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II. VABUTIOHS DE LA VALEDB DE L'OB

L'or a comme toute autre marchandise un prix nomiiuil ou pouvoir échangeable contre une mar- . cliandise donnée, argent par exemple, et une valeur intrinsèque ou prix réel, ou pouvoir échangeable contre toute espèce de services ou d'objets. A ce double point de vue, l'or a plus de fixité que

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les autres marchandises et l'argent lui-même. Seuls le travail et le blé, comme l'a dit Adam Smith, seraient plus flxes dans leurs moyennes de prix avec une longue suite de temps.

Ce qui fait. avant tout la valeur de l'or, c'est le double et pressant besoin qu'on en a et la ditTiculté de se le procurer. Cette valeur, comme l'a fort bien démontré M. Levasseur, ne se proportionne pas exactement à la production des mines ni à l'accroissement ou à la diminution absolue de la quantité de ce métal existant dans le monde ; mais elle a pour régulateur l'offre et la demande, c'est-à-dire d'une part le rapport ex-istant entre la quantité actuellement disponible multipliée par la rapidité de la circulation, d'autre part la somme totale des marchandises et du travail actuellement en vente multipliée par la rapidité de la circulation et diminuée de toute la quantité achetée par le moyen du crédit.

Plus encore que le besoin industriel, le besoin monétaire de l'or, avec les paiements de nos jours, disent Liverpool, Senior et tant d'autres, est autrement impérieux que celui de l'argent.

L'importance de ces deux besoins fait que, si l'or est surabondant, il trouve vite son emploi, que sa valeur baisse peu ou se relève vite ; tandis que s'il est rare, sa recherche en est activée, et sa production dont le champ est infini en diminue promptement la cherté exceptionnelle.

Pour étudier les variations de la valeur de l'or, il faut bien passer en revue les variations de prix qui ne sont elles-mêmes le plus souvent que la conséquence des variations des autres marchandises ou de l'argent.

Sans nous perdre dans les temps anciens dont les données sur le pouvoir d'acquisition de l'or et son rapport avec l'argent sont peu précises et où le rapport oscille fréquemment et brusquement entre 1 à 7 et l à 14, disons que du temps d'Homère l'or ne valait que 11 fois l'airain, que Xénophon dans ses Revenus parle d'une baisse due à l'affluence de l'or, qu'à Athènes et en Orient le rapport est resté longtemps de 1 à 10, qu'il était de 11 '/j à Rome à la fin de la République et au commencement de l'Empire, et ce, tant qu'il fut plus facile à exploiter que l'argent.

M. Levasseur compte, depuis l'ère chrétienne jusqu'en 184 S, 14 périodes de variations dans l'Europe et surtout en France. Aux i*'' et n* siècles l'argent domine avec puissance d'achat analogue à celle de 1848; a la fin du iii^ il faut deux fois plus d'argent pour acheter le même produit : les misères sont venues et les mines chôment. Cent ans plus tard, le prix de l'or augmente uniquement à cause des thésaurisations par crainte des Barbares. Au commencement du moyen âge les trésors sont perdus, il ne reste que ce qui a été transformé en vases et objets particuliers; jamais la puissance d'achat de l'or ne fut si grande. Les altérations monétaires, plus productives avec l'or qu'avec l'argent, inUuéreut beaucoup aussi sur le rapport de sa valeur.

Sous saint Louis le rapport n'est plus que de 1 à 12. Des mines nombreuses donnent de l'argent, mais aussi beaucoup d'or en Hongrie. Saxe, Bohême Macédoine, Espagne, Suéde et Norvège. A la fin du XIV* siècle ces mines sont en pleine activité, mais le commerce s'accroît à ce point que l'or reprend une assez grande valeur. Il en est de même au commencement du xvi*. Malgré la découverte de

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l'Araériqne et de ses gisements, la quantit6 des marchandises s'accroît plus que celle des niiMaux précieux dont r«xtraction jusqu'en l.JSO est évaluée rien que pour lor à 1 1,J(;0.000 fr., moitié de celle de l'arirent.

Dans la première moitié du xvn* siècle, le rapport des deux métaux est de 1 à 1"2 dans le Milanais et en Allemagne et de 1 à 13 en Kspaf^ue, en Angleterre et en France. Au commencement du xMii* siècle il y a égalité entre la production industrielle et commerciale et celle des mines et à peu près aussi égalité de valeur entre l'or et l'argent produits. De 1721 à 17-40 l'or l'emporte par suite des découvertes de la Nouvelle-t-lrenade et du Brésil : la production annuelle est de 1 1:5.500,000 fr. or contre 63, 000, 000 de francs argent et cependant le rapport reste de 15 environ comme pendant tout le siècle et le commencement du suivant, alors que l'argent se montre plus abondant.

Durant la première moitié du xix® siècle l'or varie à Hambourg de 15.11 à 16.2, à Londres de li.97 à 15.S7. tandis qu'il reste a l'aris presque constamment au-dessous de 15.5.

Dès 1S20 la Russie se met à produire et à envoyer sur les marchés des quantités considérables d'o'r, savoir : 900,67 3 £. en 1S37, 3,700,000 £, en 1817 et 4,175,800 ^Cen 1850. De leur coté la Californie et l'Australie font passer la production annuelle de l'or de 214,265,000 fr. en 1846 à 510,644,400 fr. eu 1851 et 868,678,600 fr. en 1853, et augmentent la circulation monétaire du monde pendant les 17 années qui suivent ces découvertes de 12 milliards 700 millions d'or, tandis que l'argent n'augmentait que de 4 milliards 800 millions.

Et contrairement à toutes les craintes, l'or, malgré cela, n'a presque pas baissé de valeur ni sur le moment ni par la suite. Il est vrai que ce développement de la production a coïncide avec l'extension donnée par la grande industrie aux machines à vapeur et avec la création des chemins de fer dont il a facilite et aidé la construction.

Sous cette double influence le monnayage s'accroît considérablement. De 1848 à 1857 la France, l'Angleterre et les Étais-l'nis frappent plus de 6 milliards d'or. La France frappe un quart moins de monnaies d'urgent qu'autrefois et 22 fois plus de monnaies d'or. Le prix des denrées naturelles s'est tlevé de 67.19 p. 100, celui des produits manufacturés de 14.94; mais aussi le commerce extérieur a augmenté de 75 p. 100, l'industrie est devenue plus active, les facilités de communication ont enriclii les cultivateurs; et si les ouvriers, les employés et les rentiers, les créanciers ont eu quelques déceptions, éprouvé quelque gène, ce n'a été que momenlané ; car ce qui est resté en (In de compte de tout cet accroissement d'or c'est l'activifé communiquée au commerce et à lindustrie dont les bons effets atteignent tôt ou tard tout le monde.

A partir de 1860 il se produit un mouvement en sens inverse, mais moins brusque et plus durable ; la production de l'or diminue lentement, à peine d'un tiers en tout, et ce jusqu'en 1888, et celle de l'argent augmente assez précipitamment d'un tiers presque tous les ans. Il s'ensuit surtout à partir de 1875 une baisse du prix de l'argent naturellement, mais aussi ce qui se conçoit moins, tout d'abord, une baisse de prix des marchandises.

Ce qui a surtout baissé ce sont les objets d'alimentation courante, ce qui est un bien, et ce qui

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provient principalement des progrès de la fabrication et de la production dans les pays neufs et dans l'Inde, de la baisse des frets maritimes.

En somme le prix de l'or n'a pas sensiblement varié depuis près de 50 ans, parce (jue la demande sans cesse croissante, même chez les peuples les moins connus, a été équilibrée jusqu'ici par une augmentation non moins grande de la production et lies transactions comuiciciales.

m. DD BÔLE DE L'OR COMME MÉTAL MONÉTAIBE.

Qui dit étalon monétaire dit pouvoir libératoire absolu et monnayage aussi libre que possible accordés à l'inslrument ou au.\ instruments d'échange.

Soit naturellement, soit artiliciellement, l'or n'a pas toujours rempli ce rôle privilégié. Tant ([iie sa production resta nulle ou insigniliante, tant que les besoins des échanges et les oi)érations conunerciales ne comportèrent pas pour sou emploi un fractionnement connnode, l'or a cédé tout naturellement sa place à l'argent.

Certains peuples qui ne considéraient que la flxitè du prix des métaux ou l'intérêt spécial de leur commerce et de leur industrie lui ont substitué artihciellement l'argent comme l'ont lait jadis Hambourg, Brème, Lubeck, Dantzig et, de nos jours, les États-Unis.

Plus souvent encore, croyant sans doute que les deux métaux, or et argent, étaient également utiles et indispensables, on les a liés l'un à l'autre dans un rapport déterminé vers leciuel devaient tendre et mourir toutes les oscillati(ms. La plupart des pays d'ailleurs qui jouissent de l'étalon d'or n'y sont arrivés qu'après avoir essayé de l'étalon unique d'argent ou du double étalon.

Les principaux États de l'Allemagne jusqu'en 1871 et le Danemark jusqu'en 1873 ont été monométallistes argent.

En 1252, à Florence, le florin d'or, valant à l'origine une livre, est imaginé comme étalon de valeur, étalon qui demeura longtemps invariable tandis que partout ailleurs on ne cessait d'altérer les monnaies d'argent. En Angleterre jusqu'à Henri 111 il n'y avait que quelques besous et florins étrangers or dans la circulation. Henri III émit des deniers d'or dont la valeur fut flxée à 20 sterlings ou sous d'argent. Edouard lll donne le cours forcé à l'or comme à l'argent ; mais en fait l'un des deux métaux alterna sans cesse sur l'autre dans la circulation selon le rapport lixé par la loi. Devant la baisse de l'argent au-dessous du rapport légal et la disparition de l'or qui en résultait .lacques l'"' éleva la valeur de For par rapport à l'argent d'abord de 11 p. 100 et de nouveau de 10 p. 100, ce qui faisait 21 p. 100 d'augmentation. Après l'or ce lut le tour de l'argent à disparaître. A la lin du xvii« siècle l'or a reconquis en Angleterre comme monnaie étalon une prépondérance qu'il ne perdra plus. C'est l'époque de la révolution politique et économique de ce pays.

Lorke a montré la chimère ou le désordre résultant de la volonté de rapporter les valeurs commerciales à deux mesures. Le rapport qui avait été établi étant de 1 à 15.21, alors qu'il était en France de 1 à 15.50, l'or désertait complètement l'Angleterre. En 1774, l'or devient en droit comme en fait seul étalon. L'act de 1774 ne donne pouvoir libératoire a l'argent que jusqu'à 25 £. et l'act de 1816 que jusqu'à 40 schellings. Le monnayage fut

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déclaré libre pour l'or, sans frais et sans autre perte que celle de l'iutérèt du capital pendant la fabrication. La valeur de l'once d'or fut fixée à 3 ^ 17 scb. 10 d. et '/i-

En Allemagne, l'or ne commence à apparaître qu'avec le Zollverein de 1857 qui prescrit la frappe de couronnes d'or à 10 et 5 grammes, c'est-à-dire 50 couronnes à la livre métrique ; et comme l'étalon d'argent était maintenu, ces pièces devaient être acceptées par les caisses des didérents États à un taux fixé 2 fois par an.

Tandis que l' Autriche-Hongrie après Sadowa revient à l'étalon argent ou plutôt à deux étalons parallèles, puisqu'elle crée des pièces d'or de 4 et S florins, la nouvelle Allemagne, après avoir consulté les dilférentes chambres de commerce et le comité de l'Handelsiag, séduite par l'exemple de l'Angleterre, et profitant de ce que le rapport n'était encore monté de 15.41 qu'il était en 1SG6 qu'à 15.58, favorisée enfin par le paiement de notre indemnité de guerre, passa résolument à l'étalon unique d'or.

En 1871, l'or monétaire allemand s'élevait à 90,900,000 de marks et en 1879 à 1,564,000,000 de marks et il restait alors 427 millions de marks d'argent divisionnaire et 429 millions de thalers a démonétiser. Cette transformation assez importante coïncida avec un certain ralentissement dans la production de l'or et elle a pu dès lors avoir un certain effet sur la baisse considérable de l'argent, l'Allemagne ayant du précisément à ce moment tirer de l'étranger à peu près 500,000 kilogr. d'or et vendre 3,G37,000 kilogr. d'argent.

En 1873, le Danemark, la Suède et la Norvège en formant i'union monétaire Scandinave établirent aussi l'étalon d'or et créèrent des pièces de 10 et 20 couronnes avec monnayage libre.

En Hollande, les lois votées le 6 juin 1875 et le 9 décembre 1877 ont ordonné l'établissement de la monnaie d'or et la suspension de la fabrication des monnaies d'argent à la demande des particuliers. C'est une situation analogue à celle de la France.

C'est en 1793 que les États-Unis commencèrent à frapper simultanément de l'or et de l'argent, mais au lieu d'adopter le rapport de 1 à 15 et '/, comme en France, ils prirent celui de 1 à 15. L'or comparé à l'argent, ayant moins de valeur que chez nous, émigra en Europe. En 1834, le Congrès voulut y remédier en établissant le rapport de 1 à 16, le phénomène inverse se produisit. On se décida alors en 1853 à adopter l'étalon d'or ; seulement la guerre de sécession éclatant, le papier-monnaie remplaça presque complètement cette dernière monnaie. En 1804, la prime de l'or était telle que pour 225 dollars papier ou ne recevait que 100 dollars or. En 1878, malgré la circulation encore considérable du papier, après la liberté de monnayage de l'or et la suppression en 1875 de tous frais de fabrication, la prime sur l'or disparait et l'étalon d'or fonctionne avec avantage.

Grands producteurs d'argent, les États-Unis ont depuis tenté l'impossible pour rendre plus de valeur à ce dernier métal. U'où leur Bland's-Bill avec le rapport de 1 à 15,988 et leur nouveau Silrer-Bill prescrivant l'achat de 4 millions et demi d'onces d'argent par mois tant que le prix du métal ne sera pas supérieur à 1 dollar par 371 grains -^ d'argent, cet argent devant servir de garantie à l'émis- .sion do nouveaux billets, Si/ ver-cerf ificaf es .

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