V. DÉPENSES D'ÉTABLISSEMENT ET D'ENTRETIEN
Le prix d'établissement des ports varie dans les limites les plus étendues, avec la profondeur, la largeur, la nature de la construction des quais et des fondations, etc.
Les quais de l'Escaut, à Anvers, ont coûté 8,000 fr. le mètre courant, mais c'est beaucoup plus que la moyenne et l'on peut compter de 2,000 fr. à 4,000 fr. pour un quai à grande profondeur, en maçonnerie, avec ses terre-pleins, mais sans les voies ferrées et l'outillage qui peuvent représenter de 500 à 1,000 fr. par mètre. Mais il faut ajouter à ce i)rix la dépense des ouvrages d'accès el d'abri, creusements ou dragages, môles extérieurs, avantports, écluses, etc. On arrive aujourd'hui à des dépenses de dragages de 20 millions et plus pour un port, une grande écluse maritime coûte de 3 à 5 millions, les môles ou jetées reviennent de 5,000 à 10,000 fr. le mètre courant. 11 peut arriver cependant que la nature ait fait presque tous les frais,
l'OUTS MARITIMES
PORTS MARITIMES
quo Ion se trouve par exemple dans un ilonvi' on un bras de mer â grande profondeur natiirelloment abritt?. Daus ce cas, qui se prt^sente sur beanconp de points eu Amérique, on peut, surtout avec des ouvrages en charpente, arriver à une trùs grande économie. 2,000 fr. le niélre par exemple ; mais des situations aussi favorables sont rares. Kn France, oii l'on ue construit pas plus chèrement (|ue tiaus les autres pays d'Kurope, le mètre courant de quai, dans les grands ports, ne revient guère à moins de 5,000 fr., y compris les ouvrages d'accès et ouvrages accessoires et monte souvent à plus de 10,000 fr. sur TUcéan. Daus les ports secondaires et les petits ports, les quais, moins profonds et moins larges, coûtent moins cher, mais sont moins utilisés, en sorte qu'en détinitive la dépense, rapportée au tonnage, y est plutôt plus élevée.
Les dépenses d'entretien sont également très variables. L'entretien des ouvrages en maçonnerie bien construits est minime, celui des ouvrages en charpente peut atteindre de 5 à 10 p. 100 ; celui des pavages est faible, celui des empierrements plus élevé; quelquefois l'entretien des profondeurs ne coûte rien, d'autres fois, quand il y a des apports, il exige des dragages périodiques très dispendieux, le fonctionnement des écluses coûte cher. Bref, d'un port à l'autre, à service rendu égal, la dépense peut varier du simple au double.
A titre de moyenne générale, on peut admettre 1 p. 100 du capital de premier établissement. La dépense totale faite pour l'ensemble des ports de France est d'un peu plus d'un milliard, le budget d'entretien est de 7,500,000 fr., phares et balisage compris ; on peut ajouter 2,500,000 fr. pour personnel et frais généraux, ingénieurs, contlucteurs, ofliciers et maîtres de ports, gardiens de phare, administration centrale, soit donc environ 10 millions de francs ou 1 p. 100 et, si l'on prend à 4 p. 1 00 l'intérêt du capital, on voit que l'on peut compter en tout 5 p. 100 de la dépense de premier établissement.
Rendement des quais. — On est conduit alors à rapprocher les sacrilices des résultats en étudiant l'utilisation des quais, c'est-à-dire leur traflc rapporté au mètre courant, ce qu'on peut appeler le rendement, qui varie beaucoup, non seulement avec la fréquentation du port, mais aussi avec la grandeur des navires, c'est-à-dire la profondeur du quai, la nature du trafic, la perfection des aménagements, les habitudes d'activité. Un quai à charbon bien aménagé, et fréquenté au maximum, peut rendre 2,000 tonnes et plus au mètre courant. C'est là un chiflre extrême; un quai qui rend 1,000 tonnes est déjà dans des conditions exceptionnelles, et 500 tonnes est un rendement convenable. La moyenne pour les grands ports de France n'atteint pas 300 tonnes, c'est-à-dire qu'ils sont loin, dans leur ensemble, d'avoir atteint le rendement dont ils sont susceptibles.
Dans un port où les quais reviendraient à 5,000 fr. et débiteraient annuellement 1,000 tonnes au mètre, la tonne de marchandises ressort du fait du port à t'.llê, soit 0 fr. 25 c. Si les quais reviennent à 10,000 fr. et débitent 200 tonnes seulement, la tonne revient à 2 fr. 50 c. Ces deux exemples qui correspondent à peu près aux limites de la pratique montrent quelle différence il peut y avoir entre les conditions économiques des grands ports.
Les tableaux suivants extraits d'une publication du ministère des travaux publics (Bull, du Min.
7 sept. 18vS7) donnent, aux divers points de vue qui viennent d'être indiqués, la situation de l'ensemble des [lorts français au l""' janvier 1.SSG.
Siluulion au 1" janvier 1S86.
Grands jiorts do l'Ocôuu . . .
i'orts socomlairos
l'otits poris. . .
Uraiids ports de la .Meditorrauùo
l'orls secondaires
l'ulils ports. . .
l'ortscfoiaCorst!
l'orts do l'Algôrio
Totaux. . .
lOMillKl'It dr
c|imis.
Mh
Tu.vi'ie
totiil (ou lomifs).
ni: PENSES
de premier elalilisscmciil.
INIEUÉT et entretien.
Grands ports de l'Océan
Ports socondaires. . .
l'otits ports
Grands ports do la Moditorranùc
Ports secondaires. . .
Petits ports
Corse
Algérie
Moyennes génér.
Ilcniloun'iil du qii.ii au mètre courant.
Dépense
par miitre
courant
de quai.
Intérêt et entretien
par mètre par tonne de quai, de trafic.
2l"ll
A la dépense totale faite au 1*'' janvier 18S6 il y aurait à ajouter 37 millions pour les phares et balises et celle des travaux faits depuis ou restant à faire. Il restait encore à cette époque à dépenser 222 raillions pour achever les ouvrages décidés, mais cela correspondra à une augmentation de longueur de quais et de trafic, la physionomie générale ne changera pas.
Pour apprécier l'utilisation des ports il faudrait, d'ailleurs , tenir compte aussi du service des voyageurs et de la ijèche, notamment en ce qui coucerne les petits ports.
En tenant compte des dépenses restant à faire au 1*'' janvier I8S6, le capital absorbé par les ports représentera environ 1,250 millions correspondant à une charge annuelle de 50 millions pour intérêts et de 10 à 12 millions pour entretien et fonctionnement, soit environ GO millions.
Le réseau des voies ferrées a conté environ 14 milliards, celui des voies de navigation intérieure 1,500 millions.
Ports étrangers. — Les dépenses des ports étrangers sont comparables et ne paraissent pas moindres proportionnellement. Le capital consacré, dans les Iles britanniques, à rétablissement des ports est compris entre deux milliards et demi et trois milliards, 300 millions à Londres, 300 à 400 millions à Livcrpool, 100 millions à Newcastle, 100 millions à Glascow, etc. Les dépenses d'entretien et d'étaldissement paraissent, proportionnellement au capital, plus élevées, mais les ports sont plus fréquentés et les dépenses rapportées à la tonne de marchandises sont de ce chef moindres en moyenne.
PORTS MARITIMES
PORTS MARITIMES
Sur le continent, la Belgique, la Hollande et l'Allemagne font des sacrifices énormes. Il a été dépensé à Anvers près de ISO millions pour 15,000 mètres de quais, soit 12,000 fr. par mètre courant pour un trafic de 4 à 5 millions de tonnes, soit donc un rendement d'environ 300 fr. et une charge annuelle à la tonne de 2 fr. Rotterdam a coiité 130 millions; Hambourg, 100 millions; Brème, 50 millions, auxquels vont s'ajouter 40 millions pour la création de nouveaux bassins ; Gènes, 75 millions.