‹ Dictionnaire des financesChapitre 2551 sur 3112 · Liquidation · texte numérisé non relu

Liquidation

L'arrêt du 21 mai 1720 dissipa toutes les illusions qui subsistaient encore et bien qu'il ait été annulé sur les instances du l'arlement, le coup était porté et de 8,u00 livres les actions tombèrent à 6,000 livres entraînant dans leur chute les billets de banque dont le cours llécliit dans la même proportion.

Dès ce moment il devenait évident que bientôt le public ne voudrait plus ni billets ni aclions. Il ne restait dès lors qu'à en retirer de la circulation

SYSTHMi: DK LAW

le plus grand nombre possible et qu'à rétablir les rentes dont le rembourseiuent avait été demandé et qui avaient éti' transformées momentanément en récépissés du Trésor en attendant le temps matériel d'être converties en actions ou en billets de la banque. C'est à ce but que vont tendre la plupart des mesures qui seront prises dans la suite.

Tout d'abord la Com|)aj,Miie est autorisée à ramener son capital à 200,000 actions et à cet cU'et à racheter au besoin sur le marché le nombre de titres nécessaires. On imagine ensuite de demander aux actionnaires un supplément volontaire de 3,000 livres i)ar action eu leur promettant, dans le cas ou ils accéderaient à la combinaison, un accroissement de dividende de 1(">0 livres. Ce supplément est stipulé payable soit eu billets, soit en actions, de telle sorte qu'il aura pour etl'et, s'il est fourni entièrement eu actions, de diminuer d'un tiers le nombre des actions ou de faire rentrer pour GOO millions de billets s'il est verse en totalité sous celte forme. {Arr. 3 et 20 juin 17-20).

En prévision de rinsuffisance de ces mesures on cherche à assurer par d'autres moyens le retrait du papier: la Compagnie émet des rentes viagères et des actious rentières, véritables oitligations donnant droit à un iulérèt fixe sans aucune participation aux bénélices ; on eirectue successivement divers emprunts sur l'Hôtel de ville dont certains sont gagés sur des annuités rétrocédées par la Compagnie au Trésor; on engage les négociants à se faire ouvrir des comptes courants à la banque contre versements de billets.

Voici d'après Du Ilautchamp, auteur de VUistoire du système, la date et le montant des émissions de billets faites par la Banque créée par Law :

5janvieri7i9 is.ooo.ooo

11 février 1719 20,000,000

1" avril 1719 21,000,000

22 avril 1719- 51,000,000

lOJuia 1719 .W, 000, 000

25juilletl719 240,000,000

i2seplcinljro 1719 120,0ijo,00i)

24 octolire 1T19 ll'O,00O,000

29 décembre 1719 aGO,ooo,iiOO

6 lévrier 1720 200,000,000

26 mars 1720 300,000,000

5 avril 1720 .390,000,000

19 avril 1720 138,000,000

l'f mai 1720 362,100,000

19 octobre 1720 50,000,000

Cette masse de billets émis en si peu de temps était représentée comme suit :

Livres.

SVSTKMK IIK LAW

4,000,000 de billets de 10 livres . .

1,000,000 (le liillets de 50 livres . . 2,992,0(j0 (le hiliels de lOO livres. . 1,223,200 (ic billets de l,000 livres . 113,400 de billets de 10,000 livres

Déduisant de cette somme le montant des billets détruits, annulés ou brûlés s'èlevant, d'après les procès-verbaux du temps, à 707,227,160 livres, il restait en circulation 2,039,072. J-iO livres de billets que l'Élat devait rembourser.

En môme temps qu'on offre au papier tous ces '( débouchemeots », on cherche par tous les moyens possibles a faire reparaître le numéraire. Dans ce but on double momentanément la valeur des espèces en annonçant leur réduction pour une époque ultérieure (^30 juillet 1720) ; on annonce que bientôt

li'S billets n'auront i)lus cours, on décide (|ue les billets ne pourront être donnés en paiement qu'à la condition d'y joindre une somme éiiuivalenle eu espèces.

Au reste, Law. de guerre lasse, ne recule même plus devant les mesures les plus contradictoires et les plus violentes. Dés lors les événements se précipitent. Aux termes d'un arrêt eu date du 10 octobre 1720, les billets de banque ne peuvent plus être reçus que de gre à gré. C'est en fait en supprimer l'usage, car depuis que, le 17 juillet, la baïuiue a fermé ses guichets, les billets ne sont plus acceptés en paiement que parce qu'ils ont en quelque sorte cours forcé.

Presque aussitôt après, un arrêt du 24 octobre 17 20, pour ramener à la Compagnie les réaliseurs qui l'ont abandonnée, décide ([ue les anciens actionnaires devront rapporter on dépôt pour une durée de 3 ans le nombre de titres pour lequel ils auront été taxés et, aliii d'établir les rôles, il enjoint sous peine de déchéance à tous les porteurs actuels de déposer leurs titres qui leur seront rendus estampillés.

Le dernier coup est enfin [)orté au système par l'arrêt du 5 janvier 1721 qui, tout eu maintenant la Compagnie des Indes, lui reprit les recettes générales, résilia le bail des fermes à l'exceptiou de celle du tabac et annula le truite passé pour la fabrication des monnaies.

l'ar une inconséquence bizarre la Compagnie des ludes, dont l'utilité èlait des plus contestables, allait ainsi survivre aux désastres qu'elle avait lait naître tandis que la banque qui, sans contredit, était la meilleure partie de l'œuvre de Law, venait de disparaître.

Page 1