Opéra-Comique
Loin d'avoir été l'objet d'une protection spéciale comme l'Opéra et la Comédie-Française, l'Opéra-Comique fut longtemps traité en parasite auquel on pardonne à peine son existence. U ne recevait rien : il était persécute, il payait. Il payait d'année en année des redevances de plus en plus fortes à l'Académie royale et ne parvint pas toujours à empêcher à ce prix le pillage de ses modestes baraquements forains. II se vengeait en parodiant le répertoire de FOpéra, de là son nom.
D'abord nomade, simple spectacle ambulant, traqué par les deux scènes auxquelles son succès populaire était préjudiciable, suspendu, condamné par l'autorité, il renaissait toujours plus vivant, trop parfaitement d'accord avec le goût national pour que sa suppression pût être définitive.
Cependant, les chanteurs italiens qui s'étaient introduits en France à diverses époques ayant été chassés par Louis XIV, rentrèrent immédiatement après sa mort et obtinrent du régent la permission d'alterner leurs spectacles avec ceux de l'Opéra dans la salle du Palais-Royal. Bientôt ils allèrent à l'Hôtel de Bourgogne, devenant pour l'Opéra-Comique une redoutable concurrence, car leur répertoire était d'une folle galté ; ils ont laissé dans la tradition de nos parades populaires un certain nombre de personnages-types dont les noms sont restés légendaires : Arlequin, Colombine, Fracasse.
En 1752, l'arrivée de nouveaux Italiens que l'on appela les Bouffons rendit la lutte encore plus acharnée. Dans l'intérêt de tous une ordonnance royale réunit les deux plus anciennes troupes à celle de l'Hôtel de Bourgogne. Elles constituèrent la Comédie-Italienne, et s'installèrent salle Favart ' en 1783. Le boulevard des Italiens prit son nom de cet événement.
Vers cette époque, une autre entreprise s'établit salle Feydeau. C'est là que toutes les deux, après avoir traversé la Hévolulion non sans quelques dillicultés, opérèrent leur jonction en 1801.
L'Opéra-Comique a été depuis l'objet d'une protection plus elïicace. Il reçut, en 1806, une somm(; de 202,660 ir. pour quinze mois et, jusqu'à la lin de l'empire, 90,000 fr. par an. Sous la Restaura-
1. Les acteurs exigèrent que ce théâtre n'eût poinl do façade sur le boulevard. Ils trouvaient humiliant d'èlre confondus avec les forains (jui l'encombraient.
tion, 150,000 fr. lui furent attribués, plus 30,000 fr. pour frais de loyer lorsqu'il occupa la salle Favart. Aéanmoins sa situation était peu prospère. Ce théâtre devait 307,720 fr. en 1823.
Humblement sollicité, Louis XVIH, — considérant qu'un terrain avait été donné à l'Opéra-Comique sur lequel fut élevée la salle Favart et que la llévolution l'en avait dépouillé; que, d'autre part, la salle Feydeau menaçait ruines et devenait un danger pour les spectateurs, — endossa la dette moyennant renonciation des droits qui résultaient d'un acte notarié du 8 thermidor an IX et prit en main les aflaires de la troupe avec une bienveillance peu intéressée. Le Gouvernement fit construire la salie Yentadour et la vendit à un acquéreur qui dégageait la liste civile des dettes acceptées. La subvention fut de 100,000 fr. d'abord. Elle atteignit plus tard 150,000 fr. et les dépassa :
et enOa, 1837 à 1894 : 240,000 à 300,000 fr. 6. Odéon.
L'existence ofTicielle de l'Odéon, en tant que second théâtre français, ne remonte guère au delà de 1815. L'histoire de ce théâtre pendant les années précédentes se confond avec celle de la Comédie- Française ou avec celle de l'Opéra-Italien.
L'ordonnance du 2 novembre 1815a placé l'Odéon sous l'autorité du ministre de la maison du roi. Il a reçu alors les subventions suivantes :
Devenu théâtre lyrique, il fait connaître par des traductions plusieurs opéras étrangers. 11 obtient comme subvention :
Ici se placent les représentations célèbres d'œuvres de Shakespeare, données par Kemble et miss Smithson, pour lesquelles l'État paya :
1828 112,000f 1829 180,OOOf
Pendant une assez longue période, l'Odéon devient une salle de passage ou tous les genres se succèdent. Reconstitué en lSi3 pour trois années qui s'achèvent par une faillite de 200,000 fr., il ferme ses portes quelques mois et reprend son rôle de second tliéàtre français en 1817.
L'Odéon est spécialement le théâtre des écoles. Son cahier des charges lui impose des conditions étroites en ce qui concerne le répertoire. Le montant de sa subvention est réparti en un certain nombre de parts affectées séparément à chacune des représentations classiques ou des représentations de pièces nouvelles exigées. 11 doit donner un certain nombre de matinées à prix réduit. Il a organisé des abonnements de saison à des conditions spéciales. Souvent des conférences littéraires sont ajoutées et forment en quelque sorte des préfaces instructives à ses représentations.