États de Tonrs
Les États généraux de Tours, réunis en janvier 1484, méritent de fi.xer plus longuement l'attention. Convoquée après la mort de Louis XI, cette assemblée nous montre le bon sens des députés qui, effrayés des maux causés par le despotisme, voulaient limiter le pouvoir royal sans porter atteinte à l'ordre public. Charles VIII n'avait pas 14 ans; sa sœur Anne de Beaujeu exerçait en fait la régence; la réaction contre les abus du précédent règne était générale. Le 14 janvier, 250 députés venus de tous les points de la France s'assemblaient autour du jeune roi : dans la plupart des villes, les trois ordres avaient choisi en commun leurs députés; de là un caractère tout particulier des mandats et une disposition favorable des esprits. Le chancelier réclama de la part du roi, non des subsides comme dans toutes les sessions précédentes, mais des conseils. Les députés, divisés en six bureaux, travaillèrent à fondre eu un seul les cahiers de doléances dont ils étaient porteurs. .Jusqu'à l'achèvement de la rédaction du cahier général, aucun nuage n'avait altéré l'accord des députés. L'écueil sur lequel se brisa l'entente fut la composition du conseil du roi. Pour en faire partie, les princes mirent en œuvre toutes les intrigues; quelques députés s'agitèrent en vue d'obleuir des exclusions ou des nominations; les provinces voulurent faire prévaloir leur influence. Au milieu de ces menées, Philippe Pot prononça un admirable discours sur l'autorité des États dans lequel il proclama tous les principes de la royauté limitée. Ni lui, ni Masseliu, le courageux chanoine de Rouen qui devait être l'historien des Etats, ne réussirent; la majorité confia à l'ancien conseil le droit lie choisir lui-même et de s'adjoindre douze députés. C'était une abdication.
Faibles eu matière politique, les députés se montrèrent très avisés quand ils traitèrent les questions de justice, de police et de finances. Les réformes qu'ils suggérèrent, les vœux qui sont déposés daus li;s cahiers expriment les idées les plus sages. Pour obtenir les états de finances, ils soutinrent une lutte
KTATS GENERAUX
dos plus vives : avant tlo voter un impùt, ils voulurent l'onnailre les besoins : enlin, après cini| semaines do sollieitalions. ils reçurent conununiealiou des éléments de la situation linaneière: mais les chilTres étaient inexacts, les reeetles réduites, les dépenses exaircrées. Hoculaut devant une révision impossible, les députés prirent le parti d'oIVrir au roi la somme ijue la France i»ayait à la nu)rt de Charles Ml, soit l.Oro.OOO livres (tandis qu'à la mort de Louis XI. la taille s'était élevée à i millions et demi» : ce don était limité à deux années, époque à laquelle les Ktals liénéraux devaient être convoqués. La périodicité des Ktats aurait élé de la sorte établie. Toute la liu de la session se consuma à discuter le cliill're de l'iinpOt, le cliuucolier réclamant 1,500,000 livres, les députés refusant cette somme et se résignant enfin à accepter le supplément de 300,000 livres pour la première année du règne comme don de joyeux avènement. C'était tout ce que voulaient les trésoriers. L'impôt de la première année allait devenir permanent. Les députés congédiés, la taille fut levée sur le pied de 1,500,000 livres.
.Néanmoins, grâce aux États de 1484, le chiffre dos tailles fut ramené de plus de 4 millions à 1 million JOO.OOO livres, le vote libre de l'impôt lut de nouveau proclamé , et les abus de tous genres signalés : les conseillers de Charles Vlll et de Louis Xll s'inspirèrent de la plupart des doléances émises à Tours : eu ce sens l'œuvre de 14S4 l'ut loin d'être stérile.
Hennis ou 1500 pour rompre le projet de mariage qui devait unir la (illc du roi au jeune Charles d'Autriche, les États proclamèrent, dans un élan de patriotique reconnaissance, Louis Xll le « père du peuple ".
En 1.55S. la ruine du trésor força Henri II à convoquer une assemblée : il lui demanda d'autoriser un emprunt de 3 millions d'écus d'or, à raison de 1,000 écus par 3,000 personnes que désigneraient les députés. A ce système, ils substituèrent un prêt par les villes qui garantiraient le paiement de la rente. Le roi oiïrait de servir un intérêt d'un denier douze, soit 8 '/j p. 100.