‹ Dictionnaire des financesChapitre 810 sur 3112 · Dérogations à la prohibition du prêt à intérêt · texte numérisé non relu

Dérogations à la prohibition du prêt à intérêt

1, Exceptions en faveur des Juifs et des Lombards.

Mais la prohibition ne put être aussi longtemps maintenue sans que des tempéraments y fussent apportés; trois causes devaient contribuer à en atténuer la rigueur.

Une importante exception fut faite en faveur des Juifs. La situation que les préjugés des peuples firent, au moyen âge, à cette race intelligente et économe, l'interdiction qui lui était faite de posséder des terres nobles ou roturières, ne lui laissèrent plus guère d'autres ressources que de se livrer au trafic et à l'usure. L'interdiction canonique du prêt à intérêt mit le marché des capitaux entre les mains des Juifs, constituant ainsi à leur profit un monopole qu'ils surent exploiter. L'exécration où le peuple les tenait n'empêchait pas qu'il eût recours à leurs capitaux. Les princes, de leur côté, pressés par les besoins d'argent, concédaient aux Juifs, moyennant tribut, le droit de tenir des banques, — ce qui était alors considéré comme un privilège régalien, — ou l'autorisation de prêter à usure. Proscrits ou rappelés tour à tour suivant que l'opinion publique était surexcitée par leurs exactions usuraires ou que les princes avaient besoin de leurs finances, obligés souvent de racheter à prix dor leur liberté et leur vie, lésés par les ordonnances royales qui confi.squaient leurs biens, comme en 1306,— après avoir ordonné à leurs débiteurs de s'acquitter de leursdettesentreleursmains,— ou même annulaient leurs créances, comme en 1397, ils s'habituèrent à reprendre par l'usure ce qu'on le\ir enlevait par la spolation et surent si bien exploiter les peuples qui les tenaient en mépris qu'on a pu dire que les Juifs ont été plus souvent massacrés comme créanciers que comme hérétiques.

A partir du xii'^ siècle, les Lombards — et sous ce nom l'on comprenait tous les commerçants italiens,— partagèrent avec les Juifs le monopole du prêt à intérêt. Comme les Juifs, ils furent soumis aux forlunes les plus diverses, à maintes reprises expulsés, rappelés, dépouillés de leurs créances ou saisis dans leurs biens. Au xiv'^ siècle, ils prirent la place des Juifs après leur expulsion et on les retrouve dans tous les États de l'Europe, exerçant la banque sous la protection de l'autorité publique.

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