JETONS
JKTONS
JETONS. — I.L'j jetons ont, peiulanl loiiglciups, été employés par les agents dos liiiaiices pour lenrs ealculs: ils ont Tait l'objet de distributions ou de jjralilications ; enlin, aujourd'hui encore, ils servent à l'oecasiou de moyeu de rémunératiou (jetons de présence).
Mode d'emploi. — Les peuplades les plus primitives se servaient et se servent encore, pour les opi rations d'ar.thmètique à leur portée, de petits objets semblables, tels que graines, coquilles, petits cailloux (calcul us, d'où calcul). Les Grecs et les llomaius eux-mêmes n'ont jamais cesse d'employer ) our cet objet des disques de diverses matières; toutefois, on n'a jamais eu la preuve qu'ils aient use des jetons de métal , dont l'existence n'est constatée qu'au moyeu âge.
C'est qu'en elTet , avant l'invention des chiffres arabes, et tant qu'on a désigné les nombres par des lettres, le calcul par l'écriture était fort dilTicile et devenait impos.-ible pour les opérations un peu compliquées : par le moyen des jetons, au contraire, les anc.ens sont arrives à des résultats très remarquables dans les sciences exactes. Même après que l'on a remplacé les lettres numérales ou cliijfres de finance par les cliiilres arabes (2" moitié du XV* siècle eu France), l'usage des jetous a persisté. Jean Trencbant, dans sou Arithniétique, eu 16 lO, préteud encore que, p-jur l'addition d'un grand nombre de sommes, « telle opération est beaucoup
• plus seùre voire et aisée aux jetons... » « L'on use, dit-il, toujours des lettres numérales aux escrits d'importance à cause qu'elles ne se peu-
« vent imperceptiblement trai.sformer l'une en lau-
• tre, comme les cbilTres, mais aussi elles ont cette
• incommodité que les sonnnes not( es avec elles
• ne se peuvent calculer que par le moyen des « jetous... •' -M""® de Sévignô s'en servait pour évaluer sa fortune et, en 175:5, Legendre insère encore un traité du calcul par les jetons dans son Arithmétique. « Celte manière de calculer, d'après lui,
• est plus pratiquée par les femmes que par les hommes; cependant plusieurs personnes qui sont employées dans les finances et dans toutes les
- juridictions s'en servent avec beaucoup de suc- <- ces. n Certaines personnes prudentes, en eflet, ne voyaient pas sans crainte l'usage des cliilfres se répandre ; ils offraient aux usuriers et autres gens malintentionnés trop de facilités pour leurs opérations.
Il est certain que, même avec les jetons, l'arithmétique par le moyeu des lettres numérales était une chose assez compliquée. On peut trouver dans l'.'S traités spéciaux le moyen d'effectuer ainsi les quatre régies. .Nous nous bornerons à dire qu'il fallait d'abord un jeu de jetons, ordinairement de 100 pièces, et une sorte de table ou abaque, divisée en traits verticaux et horizontaux. Chaque ligne horizontale représentait un degré de numération, en commençant en bas |)ar l'unité; la ligne supérieure représentait les dizaines, la suivante les centaines, etc. Au lieu d'employer Vubaque, on se .servait, en dernier lieu, de grands jetons posés les uns au-dessus des autres et indiquant les unités,
DICT. LES FI.S. — II
dizaines, etc., et leur ensemble tonnait Varbre de nunivrafion. Les petits jetons servaient à exprimer le nombre d'unités de chaque ordre couqjrises dans la somme totale. S'il se trouvait dans un ordre dix jetous, on les supprimait en mettant en leur place un jeton dans la catégorie supérieure. Il est facile, dès lors, de se rendre compte de la manière dont on procédait |)our les additions, soustractions, etc.
r.sage des jetons. — Les jetons mèlalli(|ues les plus anciens que l'ou connaisse remouttul au xiii* siècle. Ils étaient d'abord en cuivre ; on employa plus tard l'argent et l'or. Muets à l'origine, ils portent ensuite l'indication des corps ([ui les font frapper pour leur usage. Les plus anciens apiiarliennent à la Gliambre des comptes: on en trouve au nom des États de pnivince, des villes, des compagnies et corporations, [)uis do foiiclionnaires et enlin de simples particuliers. L'étude des jetons, au point de vue numismatique, est suivie depuis longtemps et peut rendre à l'iiistoire de sérieux services.
La frappe des jetous était un privilège. Au xv« siècle, les graveurs ne pouvaient « touclier et gra- « ver des fers à nionuoyes des jetons sans l'auiori- (' sation des généraux des moniioyes ». En 1G9G, un édit réserva an balancier du Louvre le droit exclusif de frapjjer des jetous en France. Il était interdit de se servir des jetous fabriqués à l'étranger. H est à présumer que, dans le comm^incemeiit, chaciue calculateur, comptable ou financier, se procurait lui-même les jetons qui lui étaient nécessaires pour son travail. Mais, comme nous l'avons dit. les corporations fiuau -ières furent les premières à faire frapper des jetons en leur nom. Outre la Chambre des comptes, déjà citée, on en trouve encore pour la Chambre des monnaies, la Chambre aux deniers du roi, les trésoriers royaux. On lit sur un de leurs jetous: •> Aux trésoriers la perte », ce qui peut être considéré comme la devise des comptables.
Les corps constitués distribuèrent sans doute des jetons aux agents charges de tenir les comptes; lorsque le cuivre fut remplacé par l'argent ou l'or, ce cadeau constitua une gratilication : la gratilication devint même, par la suite, un droit qui donna à l'occasion naissance à des procès. Des lettres patentes ou des édits consacrèrent ce droit pour des cours souveraines ou des fonctionnaires. Lors même que l'on cessa d'utiliser les jetous pour le calcul, le droit à la distribution subsista, quitte à être remplacé par une somme en numéraire.
On peut citer, parmi les charges auxquelles des jetons étaient attribués, celles de la Cour des monnaies {V. Edit de 171'J), du prévôt des marchands, échevins et autres officiers du bureau de la ville de Paris; de premier maître d'hôtel et de maître d'hôtel ordinaire du roi. Le roi lui-même recevait chaque année six jetons d'or dont on faisait par la suite des assiettes.
D'autre part, certains offices entraînaient l'obligation de fournir des jetons à des subordonnés ou à d'autres institutions. C'est ainsi que le trésorier général de l'extraordinaire des guerres, entrant
JEUX ET PARIS
JEUX ET PARIS
en exercice, devait donner chaque année, en janvier, une bourse de jetons d'argent aux contrôleurs; d'après l'article 22 de l'édit de 1696, il devait en être de même pour les trésoriers généraux à l'égard des agents des services comptables. La reddition des comptes par les services de la trésorerie donnait lieu à une distribution de jetons pour la maison du roi, évaluée à 900 livres. (0. de la Chambre des comptes de 1728.) Il en était de même des trésoriers des troupes de la maison du roi et du receveur des revenus casuels. La Chambre des comptes, en enregistrant les édits de mai et juin 1727, relatifs à ces comptables, eut soin de stipuler qu'ils seraient tenus, comme par le passé, de satisfaire aux droits de bourses et de jetons qui devraient être fournis en la manière accoutumée, au moment de la reddition de leurs comptes. L'ordre de Saint-Louis olfrait également une bourse au roi lors(|u'il rendait ses comptes; on constate qu'en 17.J2 le dauphin fut l'objet d'un même liommage.
Enûn, les jetons étaient également distribués en dehors de toute allusion à leur utilité, soit comme témoignage de gratitude, soit comme rémunération de travaux extraordinaires, soit comme simple gratiflcation. C'est ainsi qu'en 1498 le maire et les échevins de Tours firent présent à Louis XII de 60 gecto7is en or; que les États de Bourgogne distribuaient, chaque triennaiité, une certaine quantité de bourses d'argent, qu'un règlement du conseil du roi du 27 septembre 1594 attribua 100 jetons d'or par an chacun, à prendre sur les amendes du Châtclet, au comte de Chiverny,chef de la police, chancelier de France, au lieutenant civil et au procureur royal au Cliâtelet, en reconnaissance des peines et du travail qu'ils se donnaient journellement.
Jetons de présence. — La distribution des jetons de présence remis aujourd'hui encore aux membres des conseils d'administration ou de certaines commissions appartient au même ordre d'idées. On peut encore considérer cet usage comme un moyen d'engager à l'exactitude; telle est l'origine des jetons de présence distribués aux memhres des diverses académies présents aux séances. 11 parait que parfois les assistants bénéficiaient des jetous destinés aux absents; aussi appelait-on je^on?n'er5 les académiciens très assidus.
A. Lemoigne.
Bibliographie.
JuIps Rolter et Eugène Uucuer, Histoire du jeton au moyen âge. Paris, Rollin. 1858.
Arttlimetica Joannis Martini Silicci. Paris, 1514.
L'Arithmétique de Jean Trenchant, avec l'art de calculer aux jetons. Lyon, 1608.
A. d'AppiiT DE lAMONNOYB, Introduction à l'étude des jetons. Paris, E. Thunot et Gif. 1867.
Mémoire de Mahudel dans l'histoire de l'Académie des inscriptions et Billes-Littres, t. V, p. .388.
J. Lecenobe, L'Arithmétique en sa perfection. Paris, 1763.
Les Jetons de l'échevinage parisien. Paris, Imprimerie nationale.
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