‹ Dictionnaire des hiéroglyphesChapitre 13 sur 20 · BELIER · texte numérisé non relu

BELIER

Le belier, chef d’un troupeau, marche toujours à la tête.

Dans l’écriture hiéroglyphique le belier est le symbole du chef, du maître, et

du GUIDE.

Son nom onomatopique est baaî ou maaî (1), et ses noms mystiques les plus usités sont : al, ar, ail, ari (2), ram, et cer.

Le belier étant le symbole du chef et par extension de la suprématie ; la blancheur étant la couleur de la lumière et par suite de Y intelligence ; un belier blanc était pour les Thébains le symbole vivant de Intelligence suprême (3). Cette divinité portait le nom cI’Amoun (4) et se confondait avec le Cnef (5), qui était aussi le symbole de I’intelligence suprême. On prétendait que la vénération des Thébains pour le belier venait de ce que cet animal avait servi de guide à Bacchus lorsque ce conquérant parcourait les déserts de la Lybie, et surtout de ce qu’il lui avait

(1) Voyez Préface, page lj et suiv.

(2) ns (ari) signifia lion, lorsque le lion devint le symbole du chef et du maître; mais dans les hiéroglyphes purs le lion n’a jamais eu cette valeur (voyez Lion). Le nom du lion en égyptien est tv*1 2 * 4 5? ( nsh ) , d’où les poètes grecs ont tiré — lion.

(5) Le belier blanc étant le symbole de la suprême lumière ou de I’intelligence suprême était aussi le symbole de Dieu , mais par extension seulement ; car I’intelligence suprême n’était que le tiers de la Divinité selon les dogmes du culte primitif, puisqu’elle se composait de I’intelligence suprême, de la vie universelle, et de la matière infinie.

(4) Amoun ou Amun (|wn), dont les Grecs firent ig.g. wv, comme nous l’apprennent Plutarque et Diodore, signifie en langue sacrée dm (am) a«ie, p (un) principe, le principe de la vie.

(5) Voyez Préface, page xxvij. Les noms mystiques du belier étaient donnés très-souvent au Cnef; tel est, par exemple, celui de S’N (ail), le Cnef n’étant autre chose qu’une aile d’épervier. Le nom mystique du belier bni ( ram ) était donné aussi à Vépervier, symbole de I’intelligence suprême. Les chrétiens, en faisant d’une espèce de pigeon le symbole de cette même intelligence, lui donnèrent le nom de Ramier. C’est notre Saint Esprit qui fait partie de la trinité ( intelligence , vie , et matière ) dont se compose I’être qui est tout ce qui est , JEOUA ( Dieu ).

fait découvrir une source d’eau vive dans l’oasis d ’Ammon pour désaltérer son armée (1). On voit ici que la fable du belier de Thèbes est absolument la même que celle de I’aliboroün de Jérusalem (2). Lorsqu’on voulait personnifier Amoun, on le représentait sous la figure d’un homme blanc à tête de belier, ou tout au moins avec des cornes de belier (3).

Par abréviation, les cornes de belier

exprimèrent symboliquement l’idée de chef, de maître, et de guide. Les rois de Thèbes portaient, comme insigne de leur puissance, une coiffure ornée de deux cornes de belier (4), et les nobles seuls avaient le droit de placer la corne de belier sur leur casque (5).

(1) Isidor. Orig. L. 3 , cap. 47, et Germ. Cæs. , cap. 18.

(2) Voyez Ane.

(3) Les statues d’AMoim étaient en pierre blanche , et les cornes de belier dont on décorait la tête du Dieu avaient exactement la forme des fossiles que nous appelons des cornes d’Ammon. On ne saurait croire combien les cornes d’ Artimon étaient recherchées en Egypte; on prétendait que Dieu les avait mises dans la terre pour que l’homme „ en les retrouvant, se rappelât la fin du monde et le jugement dernier qui doit arriver, selon la haute astrologie, lorsque le solstice d’été aura dépassé la constellation du belier. Par suite on attribua aux cornes d’Ammon la propriété de procurer des songes divins (voyez Pline, liv. 37, chap. 10). Les nécromants s’en servaient pour entrer en communication directe avec Diec , lorsqu’ils suspectaient la bonne foi des ombres qu’ils interrogeaient.

(4) Aussi le roi de Thèbes était-il appelé (ari)) belier, ou ttwoio ( RAMshish ) , belier blanc ou chef intelligent : de ce dernier nom on a fait Rhamsès. A Tyr le roi portait le nom de Iram, i- divin , ram- belier, c’est-à-dire divin-maître. Le roi de Thèbes était considéré comme le prince le plus puissant de l’Egypte , même avant que Sésostris eût réuni toute l’Egypte sous la domination d’un seul.

(3) La corne de belier qui ornait le casque d’un noble était l’insigne de sa puissance ; casser la corne d’un noble c’était le dégrader: Omnia cornua peccatorum confringam, et exultabuntur cornua justi ( Psal. 74 , vers. 11 ). Un noble était appelé ont ( ram ) , c’est-à-dire maître. Dans le moyen âge , où tout noble était chevalier , les éperons étaient le signe caractéristique de la noblesse. Cependant il paraîtrait que la corne égyptienne fut conservée par nos pères comme expression symbolique de la puissance nobiliaire ; mais, au lieu de placer cette corne sur le casque , ils la placèrent sur le chanfrein du destrier ; de là ces licornes telles qu’on les retrouve sur les anciennes armoiries , notamment sur celles d’Angleterre.

Les conquérants, les législateurs, et les chefs de colonies, étaient représentés en Egypte avec les attributs de la puissance royale; voilà pourquoi Bacchus et Moïse avaient des cornes.

Les Egyptiens, pour déclarer la guerre, conduisaient un belier sur le territoire du peuple qu’ils voulaient attaquer, et ce belier, symbole du maître, indiquait clairement l’intention où ils étaient de rendre le pays tributaire. Les juifs, au dire d Adamantius, employaient la même cérémonie pour rompre avec leurs voisins, et tout le monde sait que le F ecialis chassait un belier sur les terres des peuples que les Romains se proposaient de subjuguer.

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