‹ Dictionnaire des hiéroglyphesChapitre 2 sur 20 · TIB · texte numérisé non relu

TIB

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ÉSr (1)

ou de toute autre manière, cela dépendait du goût ou du caprice d’un scribe qui, pour bien encadrer les caractères, choisissait d’abord ceux qui lui convenaient dans la série des homophônes, et ensuite les plaçait dans l’ordre qui lui paraissait le plus favorable pour le coup d’œil.

N. B. Malgré toutes ces précautions, on ne trouve rien de symétrique dans les textes sacrés. Il faut avouer que les Egyptiens de M. Champollion étaient bien maladroits.

Pour moi qui ne vois dans tous ces hiéroglyphes que du figuratif et du tropique, je m’explique les différentes positions des caractères sacrés les uns par rapport aux autres, en admettant que les Egyptiens, au moyen de la combinaison de deux ou de plusieurs caractères, parvenaient à rendre une idée unique qui, pour être notée, aurait demandé la création d’un nouvel hiéroglyphe. Un exemple va me faire comprendre.

Cette figure

n’est autre chose que la représentation d’un vase destiné à contenir l’eau sacrée, l’eau du Nil recueillie pendant le débordement; c’est enfin une espèce de bénitier qui, étant toujours sensé rempli d’eau, exprime tropiquement l’idée d’EAu, le contenant pour le contenu, par métonymie, comme disent les rhéteurs.

Cette autre figure

est la représentation de l’eau et rend iconographiquement l’idée d’EAu.

(1) Cette manière d’écrire rappelle la fameuse inscription : Ici est le chemin des ânes.

PRÉFACE

xxj

Si l’on place ces deux figures l’une sous l’autre dans cet ordre,

ce groupe hiéroglyphique signifiera absence d’eau oy sécheresse ; car, en figurant l’eau sous le vase, on indique par là que l’eau, toujours sensée contenue dans ce même vase , s’en est écoulée, et que par conséquent le bénitier est à sec (1).

Mais si on les place dans un ordre opposé,

alors c’est l’eau qui surmonte le vase, qui déborde : ce groupe signifiera inondation, débordement.

C’est ce qui fait qu’on retrouve si souvent ces deux groupes dans les textes hiéroglyphiques; car le premier servait à indiquer la rentrée du Nil dans son lit, comme le second servait à noter le débordement de ce fleuve; et de là, par extension, le vase devint le symbole du Nil lui-même.

Si l’on place le caractère figuratif de l’eau à côté du vase,

ce n’est plus un groupe; ces deux hiéroglyphes signifient eau et Nil, eau du Nil. Si l’on place, au contraire, le vase avant le caractère figuratif de l’eau,

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nous aurons alors Nil et eau, Nil de l’eau, ce qui ne présente aucun sens raisonnable. Aussi dans les textes sacrés ne trouve-t-on jamais ces deux symboles placés dans cet ordre; car, pour qu’ils pussent signifier quelque chose, il faudrait traduire le vase par eau, ainsi que le caractère iconographique , ce qui ferait alors eau, eau; eau double. Mais pourquoi employer deux caractères différents lorsqu’il s’agit d’exprimer une même idée?

(1) Voir Traité du Zodiaque de Dendérah, lre partie, note 12.

xxij PRÉFACE.

Pour rendre cette idée, eau double, les Egyptiens employaient la peinture de

deux vases placés côté à côté,

ou l’un sous l’autre.

ou bien encore deux caractères iconographiques de l’eau, mais alors toujours placés l’un sous l’autre.

/WvW

On disait en Egypte que l’eau était double lorsque le Nil était à plein bord. Si l’on place trois vases l’un sous l’autre,

ou l’un à côté de l’autre.

ces vases signifieront eau, eau, eau (eau triple). On disait en Egypte que l’eau était triple lorsque le Nil était débordé : ces trois vases signifieront donc débordement, tout aussi bien que le vase seul surmonté du caractère iconographique de l’eau. Horus-Àpollon nous dit (1) que les Egyptiens notaient l’idée de débordement en peignant trois vases; il pouvait ajouter que cette même idée était souvent rendue aussi par trois ibis, trois crocodiles, ou trois caractères iconographiques de l’eau.

L’ibis étant le symbole de l’eau (2), on pouvait noter l’idée de débordement en plaçant un ibis sur un vase, au lieu d’y figurer le caractère iconographique de

(1) Liv. 1 , chap. 21.

(2) Voyez IBIS.

PRÉFACE

XXllj

Veau. C’est ainsi que le débordement est indiqué dans le Zodiaque circulaire de Dendérah par les hiéroglyphes placés devant le premier génie de la Balance (1).

ibis |

sur > débordement, vase )

JL.

étoile alors.

Dans ce même Zodiaque le plein bord du Nil se trouve désigné par deux vases devant le troisième génie de la Vierge. Ici, au lieu de deux vases ronds et vus de côté, on a représenté le plan de deux vases carrés, dans lesquels on figure ordinairement de l’eau agitée,

mais que la petitesse des hiéroglyphes a fait omettre dans cette circonstance ;

aigle d’Abyssinie (2) eau de l’abîme.

fôl El eau double ou Nil double., plein bord du Nil.

f ■ est (phonétique) est.

ik étoile alors.

ce qui veut dire : par Veau de l’abîme le plein bord du Nil est alors ; en d’autres termes : l’eau du débordement met le Nil à plein bord à cette épogue.

(1) Les hiéroglyphes placés devant les génies du Zodiaque circulaire de Dendérah sont la notation idéographique des paroles que prononcent ces mêmes génies; c’est ainsi que dans nos vieilles estampes les paroles que débite un personnage sont écrites dans une flamme qui sort de sa bouche. Quoique le nombre des génies de ce Zodiaque soit de trente-six , ces génies ne sont point des Décans comme on l’a cru. (Voyez ZODIAQUE).

(2) Dans le Traité du Zodiaque de Dendérah, où j’ai donné déjà la traduction de ces hiéroglyphes, j’ai pris pour un bihoreau à manteau noir, ardea nycticorax, de Linnée, cet aigle d’Abyssinie. Je m’empresse de reconnaître mon erreur et d’expliquer ici pourquoi cet aigle est le symbole de l’abîme. Les Egyptiens appelaient Abym ou Abys l’eau éternelle, infinie , et principe de tout, dans laquelle ils supposaient le monde plongé. ( Voyez SYSTÈME DU MONDE ). Ils plaçaient les sources du Nil ( voyez NIL ) à la cataracte du sud , c’est-à-dire à l’une des ouvertures du ciel de cristal qui correspondent aux quatre points cardinaux. Ils s’expliquaient le débordement du Nil au solstice d’été, par l’attention que Dieu avait de lever tous les ans à cette époque la pèle céleste pour donner issue à l’eau de Y Abym, qui contenait de toute éternité les germes créateurs, lesquels en se déposant sur le sol de l’Egypte fécondaient

xxiv PRÉFACE.

Ce que je viens de dire doit faire comprendre que ce n’était point le caprice des scribes qui groupait les hiéroglyphes, comme le pensait M. Champollion. La combinaison des caractères idéographiques pour exprimer une idée unique constitue dans les textes égyptiens la grande difficulté pour les comprendre ; et il m’arrive souvent qu’avec la connaissance exacte et complète des caractères iconographiques et symboliques qui composent un groupe, je ne peux arriver à soupçonner même l’idée qu’on a voulu exprimer par leur combinaison.

Et M. Champollion ne voyait là que de l’arbitraire ou de la symétrie !

Si toutes les difficultés que présente le système Champollion pour lire les hiéroglyphes se bornaient là, on pourrait encore ne pas trop se récrier; mais « (1) « comme la plupart des voyelles médiales sont habituellement omises dans les « portions des textes hiéroglyphiques, formés de signes phonétiques », et qu’en outre « (2) on avait contracté l’habitude d’omettre souvent les voyelles I et E qui « terminent une foule de mots de la langue égyptienne, telle qu’elle a été écrite

cette terre sacrée, Piert (voyez Sphinx). Osiris, Apis, et Abym, sont une et. même chose : c’est la grande mer qui enveloppe le monde; aussi disait-on que le Nil était un écoulement d’Osiris (a).

L’ aigle d’Abyssinie, oiseau qui s’élève le plus haut dans les airs , et qui, pour me servir des expressions poétiques des Egyptiens , effleure de ses ailes étendues le cristal azuré du ciel et boit l’eau pure de V Abym pour conserver son immortalité (6); l’aigle devint le symbole de Y Abym, d 'Apis (c), et d’Osiris. L’étymologie de ce nom Aigle , décomposé par la langue sacrée, indique la valeur symbolique de l’oiseau qui le porte; Aig, eau, l, élevée ou divine (eau du ciel). Les Latins appelaient Y aigle, aquila , racine lre, aqua , eau. Diodore de Sicile ( d ) nous apprend que le Nil , qui était un écoulement de Y Abym , portait le nom d’ Aigle en Egypte.

(1) Grammaire égyptienne, page 31.

(2) Grammaire égyptienne, page 70.

(a) Plutarque , Traité dTsis et d’Osiris.

(b) Inscription du grand aigle au temple d’AiG à Esné. Cette inscription explique le proverbe Aquilœ senectus qu’on appliquait aux vieillards qui conservaient leur vigueur en buvant beaucoup. Voyez Y Hautontimorumenos de Térence et la remarque de Mme Dacier, acte ni, scène n.

(c) C’est pour cela que sur les représentations d’Apis les Egyptiens gravaient un aigle. Voyez Caylus, Antiquité égyptienne, tome 1er, planche xii.

( d ) Liv. 1, chap. 36.

PRÉFACE. xxv

« par les Coptes (1) », comment saura-t-on précisément quelles seront les voyelles médiales ou finales qu’il faudra substituer? M. Champollion les substitue selon le besoin qu’il en a pour trouver un sens quelconque clans les textes hiéroglyphiques qu’il prétend traduire; il s’appuie par analogie sur la méthode des hébraïsants modernes qui, ne voyant que des consonnes et des aspirations dans un texte hébreu non ponctué, le lisent selon la tradition des Massorettes. Mais est-il bien certain que les rabbins sachent lire l’hébreu? ne paraît-il pas absurde qu’un texte ait jamais pu être écrit sans voyelles, et qu’enfin, lorsque certaines voyelles se trouvent omises, il n’y ait pas eu un motif qui les ait fait omettre, et par suite une méthode facile et certaine pour les substituer dans la lecture (2)? Abandon-

(1) M. Champollion prétend (Introduction, pageix) que les voyelles médiales ne furent substituées dans les textes qu’après l’adoption de l’alphabet copte qui remplaça les caractères hiéroglyphiques , lorsque les Egyptiens eurent embrassé le christianisme; alphabet qui, d’ailleurs, n’est autre que l’alphabet grec accru de quelques signes. Cependant , selon M. Sylvestre de Sacy, dont l’opinion doit peser dans la balance scientifique , il paraîtrait que les Egyptiens auraient eu une écriture purement alphabétique avant l’adoption des caractères coptes; c’est ce qui résulte du travail consciencieux de ce savant orientaliste sur le texte démotique de la trop célèbre inscription de Rosette , laquelle remonte à près de deux cents ans avant l’ère chrétienne. M. de Sacy, en recherchant les groupes de caractères qui , dans ce texte , devaient correspondre à peu près aux noms propres qui se trouvent dans le texte grec , et en comparant les lettres informes de l’écriture vulgaire des Egyptiens avec les lettres hébraïques, est parvenu à retrouver dans ce texte infernal les noms d'Alexandre, d'Alexandrie, de Ptolémée , d'Arsinoë, et d'Epiphane, le tout sans aucune omission de voyelles médiales. C’est pour n’avoir pas soupçonné cette absence de voyelles médiales ( voyez Introduction , page xv ) que M. de Sacy , et, après lui , M. Ackerblad , se sont vus arrêtés dans la lecture du texte intermédiaire de l’inscription de Rosette. Quant à M. Champollion , avec l’absence des voyelles et beaucoup de ca/actères symboliques, il est parvenu à lire ce texte couramment : on peut voir un échantillon de son savoir-faire, page oè»7.

(2) Quoique ce ne soit point ici le lieu d’exposer et de justifier la méthode que j’emploie pour la lecture d’un texte hébreu; comme je donnerai dans les notes de cet ouvrage plusieurs mots hébraïques dérivés de la langue sacrée , afin de justifier les noms onomatopiques et mystiques de certains caractères hiéroglyphiques, je pense qu’il ne sera pas inutile de faire entrevoir à mes lecteurs le motif qui fit omettre par les Hébreux certaines voyelles médiales dans les textes, et le moyen que j’emploie pour les restituer sans avoir recours à l’ imbroglio massorétique. Et d’abord je commencerai par déclarer que je partage l’opinion des savants qui, depuis Origène jusqu’à l’abbé Barthélemy, ont reconnu des voyelles dans l’alphabet hébreu ; je diffère seulement avec eux sur le nombre , car je n’en compte que

xxvj PRÉFACE.

nant cette difficulté, je demanderai encore pourquoi l’absence des voyelles médiales dans les mêmes mots écrits en caractères phonétiques dans les textes sacrés

cinq :N,i,n,’,y,A,u,E,i,o;et pour cette lettre n que ces mêmes savants prétendent correspondre «à l’e muet, je la considère comme correspondant parfaitement à notre aspirée, h. Maintenant je vais expliquer comment il se fait que , malgré l’emploi des voyelles dans les textes bibliques , quantités de voyelles médiales se trouvent omises, mais d’une manière constante , dans la plupart des mots. Je tâcherai ici d’être d’accord avec le bon sens, puisque je n’ai pas le bonheur de l’être avec S. Jérôme (ci).

L’homme est un animal essentiellement orgueilleux ; l’amour de la célébrité qu’engendre l’orgueil est donc inné chez lui. Croire que ses idées sont les meilleures, vouloir les faire adopter par tout le monde, chercher tous les moyens possibles pour les éterniser, c’est une manie qui fut, est, et sera.

Avant l’invention de l’imprimerie, pour que les idées écrites fussent conservées et répandues on les gravait sur marbre et on les exposait sur la voie publique : car alors la solidité de la matière et l’exposition des écrits remplaçaient la multiplicité des copies , et tel qui , de nos jours , a la fureur de se faire imprimer aurait eu dans l’antiquité celle de se faire graver sur marbre ; mais cette gravure était dispendieuse et demandait beaucoup de temps. Aussi les auteurs d’autrefois, quoique bavards, selon toute probabilité, comme ceux d’aujourd’hui, furent-ils forcés de rendre leurs idées avec le moins de mots possibles; de là le style concis et par suite sentencieux de l’antiquité (b). D’un autre côté, pour ménager encore la dépense . on abrégea certains mots lorsqu’on présumait que les premières lettres qui entraient dans leur composition, ou même les seules initiales, suffisaient pour les rappeler à l’esprit du lecteur. Ce sont ces abréviations si fréquentes sur les monuments antiques de la Grèce et de l’Italie que nos antiquaires modernes comprennent facilement , mais qui ne laissaient pas d’être parfois énigmatiques pour les anciens (c)..

Parmi les différents modes d’abréviations il en est un surtout dont on ne tient pas compte, mais qui doit fixer particulièrement notre attention.

Comme une consonne ne peut être exprimée qu’avec le concours d’une voyelle, on en affecte une à chaque consonne pour la dénommer, en la plaçant soit avant soit après. Ainsi la lettre D est appelée

dé; celle-ci, F, est appelée ef, etc. Lorsque dans un mot une consonne est précédée ou suivie d’une

(a) Ce saint personnage qui reconnaissait des voyelles dans l’alphabet hébreu pensait que l’absence de voyelles médiales dans certains mots provenait de ce que ces mêmes mots avaient été prononcés différemment selon les temps et les lieux, et que cette diversité de prononciation était précisément ce qui avait fait adopter la méthode de ne pas écrire les voyelles douteuses, laissant ainsi à chaque peuple la faculté de les substituer selon l’usage établi chez lui. (Voyez S. Jérôme, lettre 126).

(b) Du temps de Ménandre, cette mode de graver et d'exposer des sentences sur la voie publique et surtout dans les carrefours des bourgades d’Athènes existait encore; aussi, comme le remarque fort bien Mme Dacier, dans sa traduction de Plaute, le type du campagnard était-il de débiter des proverbes et des sentences à tout propos.

(c) Un antiquaire distingué , qui avait eu la complaisance de m’expliquer toutes les abréviations des cippes et des massas que possède Bordeaux dans une salle ténébreuse où ils sont entassés pêle-mêle, fut arrêté par une inscription française abrégée que nous trouvâmes sur un monument placé devant la boutique d’un fabricant de tombeaux funèbres.

PRÉFACE. xxv ij

ne se trouve pas constante comme dans les mêmes mots écrits avec les caractères hébraïques dans la langue d’Israël? car, selon M. Champollion, tantôt on les voit

voyelle qui lui est affectée , on peut supprimer cette voyelle. Pour écrire , par exemple , DECEDE , comme chaque consonne est suivie précisément de la voyelle qui lui est affectée , si l’on voulait écrire ce mot avec le moins de lettres possibles, on pourrait se borner aux trois consonnes DCD (a). Le mot OCCUPE ne pourrait s’abréger que de cette manière : OCCUP. Il ne faut pas confondre ces abréviations avec les jeux de lettres qui rentrent dans le domaine du rébus , et qui ferait que le mot occupé pourrait s’écrire OQP.

Les Grecs employaient parfois ce mode d’abréviation. On trouve souvent le nom d’Alexandre écrit ainsi :

AlsEXîANAM

ALEXANDRS.

Ici la voyelle manquante est un O ; mais comme c’est précisément la voyelle que les Grecs affectaient à la consonne P (R) , on voit évidemment qu ’Alexandrs est ici pour Alexandros (b).

Ce mode d’abréviation, assez rare chez les Grecs et les Latins, était très-usité chez les Orientaux, et ( le papyrus étant fort cher) fut employé dans l’écriture courante comme dans celle des monuments. Exemple : La voyelle N, qui correspond à notre A, était appelée par les Hébreux alef (al, grande ; ef, voix), et par les Grecs alpha, nom qui, décomposé par les racines de la langue sacrée, donne la même signification. Pour écrire le nom de cette voyelle en hébreu on ne se sert que de trois lettres : tfitt (ALF) , et on le prononce comme s’il était écrit ALEF. La voyelle manquante est précisément la voyelle n (E) affectée par les Hébreux à la consonne s (F); voyelle qu’ils faisaient précéder lorsqu’il s’agissait de dénommer cette lettre, absolument comme nous qui appelons ef la consonne F.

Un autre exemple servira à montrer la différence de mon système avec celui des hébraïsants, qui adoptent la tradition rabbinique.

Le mot *]» (CNF) se lit , selon les Massorettes , Canaph; je le lis Cnef : ce mot signifie une aile d’oiseau.

Ici je suis obligé , pour prouver que j’ai raison , d’exhumer l’antiquité égyptienne.

Les Egyptiens appelaient le Dieu unique, le seul que reconnaissaient les initiés, d’un nom qui a traversé les siècles : ils l’appelaient le Très-Haut. Dans l’écriture hiéroglyphique , l’épervier, oiseau qui

(а) A\i milieu du pont de Bordeaux, sur les deux terre-pleins des parapets, on trouve écrit en mosaïque les initiale* du nom de l’ingénieur qui a présidé à sa construction : M. Charles Deschamps. Aussi disait-on en plaisantant : Le pont de Bordeaux n’est pas solide, car il a déjà cédé au milieu. CD.

(б) A l’époque où ces abréviations étaient en usage, les lettres doubles n’étaient pas connues. Aussi X2 est-il dans le mot Alexandros pour E ; je n’ai trouvé l’omission de la voyelle o dans le nom d’ Alexandros, écrit avec un E , que sur un tableau d ’Herculanum. A l’époque où remonte l’inscription que nous avons citée, l’oméga (œ) n’était pas non plus usité; ainsi la consonne P (R) était dite j>o, et non pas p», comme dans nos grammaires. De la différence de voyelle affectée à la consonne R chez les Grecs et chez les Latins, et de la position de ces mêmes voyelles, provient la différence de la prononciation finale de ce nom chez les deux peuples : Alexandros et Alexander, qu’on écrivait primitivement Alexanders, la consonne R étant appelée er par les Latins, comme dans nos écoles. Les Celtes, qui l’appelaient re, prononçaient ce même nom : Alexandre.

PREFACE

xxviij

et tantôt on ne les voit pas; ainsi le nom de Bérénice se trouve écrit dans un

plane au-dessus de tous les autres dans le ciel de l’Egypte , devint le symbole de l’élévation, et par suite de celui qui est élevé par-dessus toute chose , du Très-Haut. Exemple (a) :

Un homme accroupi, les mains tendues vers le ciel, est l’image de l’homme qui prie , et se traduit par homme priant; l’épervier, symbole de l’élévation et par suite du Très-Haut, se traduit par Dieu; un lièvre, symbole de l’audition (b), se traduit par écoute : ces hiéroglyphes doivent donc se traduire par Homme priant Dieu éeoute ; et comme lorsqu’il s’agit de Dieu, qui est la ronté par excellence, écouter est synonyme d’exaucer, nous traduirons ces hiéroglyphes par

Dans l’abréviation des symboles, au lieu de peindre un épervier tout entier pour transmettre hiéroglyphiquement l’idée d ’ élévation ou de Dieu, on se contenta de peindre une aile d’épervier, l’aile étendue de cet oiseau étant précisément ce qui lui donne la faculté de s’élever dans les airs. Une aile d’épervier devint donc dans la suite, comme l’épervier lui-même, le symbole de l’élévation et de Dieu.

En Egypte on rappelait un précepte aux initiés en leur rappelant seulement le nom des objets qui servaient à le peindre hiéroglyphiquement, et cela pour que les profanes ne pénétrassent pas l’idée véritable enveloppée dans l’écriture mystérieuse. C’est ainsi que les préceptes de Pythagore, élève des prêtres égyptiens, ne peuvent être compris que de ceux qui connaissent la valeur des symboles qu’il rappelle , comme : Ne vous asseyez point sur le boisseau, ne plantez pas de palmier, etc. (c). Ainsi , lorsqu’on disait que les Thébains ne reconnaissaient d’autre dieu que le Cnef ( d ) , c’est-à-dire l’aile d’oiseau ou d' épervier, comme cette aile d’épervier est le symbole du Très-Haut, du Dieu unique , c’est comme si Ton avait dit : Les Thébains ne reconnaissent qu’un seul Dieu, TEtre Suprême. Or Plutarque nous a con-

(«) Ces hiéroglyphes se trouvent gravés sur la plinthe d’un Apis en bronze ayant appartenu à Caylus et font partie d’une inscription qu’on trouve, Antiquité égyptienne, tome vi, planche iv, fig. 11, dont le sens total est: Homme victime, sa voix juste qui coule vers Dieu s’élève. Homme priant Dieu écoute; en d’autres termes: Le cri de l'innocence persécutée s’élève vers Dieu, et Dieu exauce sa prière. Ces hiéroglyphes calqués sur la planche de Caylus sont ce que M. Champollion appelle hiéroglyphes réduits, qui, dans tous leurs détails, se trouvent ainsi rendus en s£ns contraire sur plusieurs monuments consacrés à Isis.

(b) « Lorsque les Egyptiens veulent rendre l’idée d'ouïe avec leurs caractères hiéroglyphiques, ils peignent un lièvre ». ( Plutarque, Propos de table, liv. iv, 5e question ).

Dieu exauce l’homme qui prie.

(c) Aussi Plutarque dit-il (Traité d’Isis et d’Osiris) que les préceptes de Pythagore sont en tout semblables aux hiéroglyphes. Voyez Modius.

PRÉFACE. xxix

cartouche (l) Brnice et dans un autre (2) Bernic, le tout avec variation d’homophônes.

Cette omission de voyelles médiales et finales dans la transcription des mots de la langue parlée au moyen des signes phonétiques dut nécessairement présenter beaucoup d’obscurité et d’incertitude, comme le dit M. Champollion (3), « puisqu’un très-grand nombre de mots égyptiens, étant formés des mêmes conte sonnes disposées dans un ordre semblable, expriment cependant des idées très- « différentes ».

servé la véritable manière de prononcer le mot tps ( CNF ) , qu’il écrit KNEPH. Les astrologues ont ensuite estropié ce nom sur les abraxas en l’écrivant en caractères grecs KNUPHI (a) , parce qu’ils ont substitué, non pas les voyelles hébraïques affectées aux consonnes j (N) et (F) par les Egyptiens, et qui sont l’une et l’autre n (E) précédant la consonne (b), mais bien les voyelles affectées par les Grecs aux consonnes correspondantes N et (p (c).

Tous les savants qui se sont évertués à chercher sous quelle forme les Egyptiens représentaient leur dieu Cnef ou Knuphi ne se sont jamais avisés de le représenter sous la forme d’une aile d’oiseau. Et cependant , s’ils avaient fait attention que sur les abraxas où sont représentées une ou trois ailes unies on trouve presque toujours sur le revers le nom de Knuphi écrit en grec, ils auraient pu arriver par là au véritable symbole du grand dieu des initiés. Ainsi s’évanouit la fameuse étymologie de Koclier, qui fait dériver le nom de Cneph ou Cnuphis du copte flQïqj (noufi) (bon), auquel il joint le X article (cl) : étymologie que M. Champollion , qui base son système sur le copte , et qui représente le dieu Knouphi sous la forme d’un homme à tête de bélier, a dû nécessairement s’empresser d’adopter; car le mot copte 'je/rg (tenh) , qui signifie aile d’oiseau , ne pouvait pas l’amener à reconnaître le symbole du Cnef des Thébains.

(1) Grammaire égyptienne, page 143.

(2) Grammaire égyptienne, page 144.

(5) Grammaire égyptienne, page 70.

(a) KNOY4>L

(b) Cnef se prononce absolument comme s’il était écrit KENÉF ou QÜENÉF. Je n’ai pas substitué la première voyelle parce que je voulais me trouver d’accord lettre pour lettre avec Plutarque, et en outre, comme je fais correspondre la lettre hébraïque 3 à notre consonne c, j’aurais craint que mes lecteurs ne prononçassent cenéf, comme s’il avait été écrit senéf.

(c) La consonne N s’appelle vu ou va en grec (nu). IJ ne faut pas croire que « soit une diphthongue, écrite ainsi par abréviation pour ou; c’est une lettre antique correspondant parfaitement à notre voyelle u, prononcée, il est vrai, ou, comme chez les Italiens. C’est ce qu’attestent les inscriptions de Lacédémone ; et pour la consonne elle s’appelle <?i (phi). Primitivement on l’appelait <?«. (pha).

(d) De elymol. nominum Cnuphis aliorumque, apud Miscellan. observât, nov. T. u, pag. 70.

PRÉFACE

Pour obvier à cet inconvénient on eut recours à deux moyens :

« (1) Le premier semble avoir été d’affecter tel caractère de son, plutôt que ses « autres homophônes, à la notation spéciale de tous les mots qui, dérivant d’une

« même racine, se rapportent à une même idée primitive »

« Mais on atteignit bien mieux ce but en traçant, à la suite du mot écrit en « signes phonétiques, un caractère additionnel qui déterminerait à la fois l’accep- « tion du mot et sa prononciation elle-même, en indiquant ainsi, d’une manière « indirecte, les voyelles à suppléer dans la lecture du mot ».

Jusqu’ici on croyait en être quitte avec le phonétique, le tropique, et le figuratif; mais voici une quatrième classe de caractères qui vient encore compliquer le système déjà si obscur des Egyptiens. Je ne parlerai pas du premier moyen employé pour fixer l’esprit du lecteur sur la valeur des mots devenus amphibologiques par l’absence des voyelles médiales et finales, moyen dont l’existence n’est qu’une probabilité pour M. Champollion lui-même; je ne m’attacherai qu’à démontrer l’inutilité, pour ne rien dire de plus, des nouveaux caractères que l’auteur appelle caractères déterminatifs. Et pour cela on n’a qu’à s’adresser cette question : Pourquoi les Egyptiens qui avaient une multitude de caractères notant les voix omettaient-ils parfois les voyelles dans leur écriture phonétique? évidemment c’était pour abréger cette même écriture ou pour arranger leur texte d’une manière symétrique. Mais lorsqu’un mot écrit avec les consonnes seulement pouvait présenter plusieurs sens dans la langue parlée, pourquoi les Egyptiens n’employèrent-ils pas les voyelles qui auraient positivement fixé le sens du mot, plutôt que d’inventer une quatrième classe de caractères, qui devait nécessairement se confondre avec le tropique et le figuratif? Et d’ailleurs un déterminatif soit de genre soit d’espèce remplissait-il parfaitement le but que se proposaient les Egyptiens? car de deux choses l’une : ou ce caractère était exactement rendu ou il ne l’était pas. Dans la

(i) Grammaire égyptienne, page 71.

PRÉFACE. • xx \j

première hypothèse, comme ce caractère suffisait pour rendre figurativement et d’une manière très-claire ce qui était exprimé d’une manière obscure avec les caractères phonétiques, à quoi servaient donc alors les caractères phonétiques? Dans la seconde on manquait le but pour lequel on avait inventé les caractères déterminatifs. Quoique dans l’hébreu les voyelles médiales se trouvent souvent omises, rien n’indique qu’on se soit jamais avisé d’employer des mterminatifs pour en faciliter la lecture : les Massorettes ont tout bonnement mis des points-voyelles toutes les fois qu’ils ont cru devoir fixer la prononciation d’un mot à leur manière.

En jetant les yeux sur les séries de mots hiéroglyphiques déterminés , accompagnés de leur transcription en lettres coptes , avec le mot copte correspondant et leur signification en français (1), on s’aperçoit en outre que M. Champollion n’est pas conséquent avec lui-même ; car on trouve que les mots hiéroglyphiques déterminés, qui expriment phonétiquement les noms de vache, de cheveux, d’aspic, de balance, etc., sont écrits sans absence de voyelles médiales ou finales : pourquoi donc des déterminatifs dans cette circonstance ? ce ne peut être que pour le remplissage.

Ce qu’on trouve de plus curieux dans tout le système, ce sont les noms phonétiques abrégés (2). Dans ces abréviations non-seulement les voyelles manquent, mais encore la plupart des consonnes sont omises; quelquefois même une seule voyelle ou une seule consonne suffit pour rendre un nom qui, sans abréviation, aurait nécessité, pour être transcrit, une certaine quantité de caractères phonétiques, même en omettant les voyelles médiales et finales; et cependant dans cette circonstance on ne se sert pas de déterminatif pour en faciliter la lecture. M. Champollion donne un tableau de ces abrévations « qu’on rencontre le plus habituelle- « ment dans les textes égyptiens des divers âges » ; tableau qui est bien loin d’être

(1) Grammaire égyptienne, pages 72 et suivantes.

(2) Grammaire égyptienne, page 64.

PRÉFACE

xxxij

complet, et que personne, selon toute apparence, n’essaiera de compléter. « (1) Les « abréviations qui existent en grande abondance dans les textes de toutes les épo- « ques », ont été d’une immense ressource pour M. Champollion, toutes les fois qu’il s’est mis en tête de traduire les hiéroglyphes.

Maintenant, pour avoir une idée exacte du système complet de M. Champollion, qu’on essaie, comme M. Arago (2), de composer les hiéroglyphes de la langue française en suivant le système prétendu des Egyptiens ; que pour chacune des vingt-cinq lettres de notre alphabet on choisisse seulement dix homophones, total deux cent cinquante ; que certains homophones puissent devenir symboliques ou figuratifs, comme serait, par exemple, la balance, qui noterait phonétiquement l’articulation B, exprimerait tropiquement l’idée d v justice, et rendrait figurativement l’idée de balance, au moyen d’un signe quelconque placé au-dessus ou au-dessous ; qu’on adopte une minime quantité de caractères symboliques, cinquante si l’on veut, comme serait un taureau pour peindre la force, un âne pour peindre X entêtement ; lesquels caractères symboliques pourraient néanmoins devenir phonétiques au moyen de l’adjonction d’un signe convenu, et noter par conséquent, le premier, l’articulation T, et le second, la voix A; enfin, qu’il soit permis de noter figurativement toute idée d’un objet qui peut être rendu par la peinture lidèle de ce même objet : deux hommes qui se seraient bien entendus à cet égard et qui auraient étudié pendant dix ans leurs conventions, lors même que dans leur écriture ils sépareraient toujours le tropique, le figuratif, et le phonétique, s’ils avisaient de vouloir correspondre entre eux avec cette même écriture, je prétends qu’ils ne parviendraient jamais à se lire couramment. Mais si l’on convient qu’il sera permis d’omettre ou de ne pas omettre tout ou partie des voyelles médiales ou finales, si l’on ajoute, pour éclaircir cette manière d’écrire, des caractères déterminatifs qu’on pourra mettre ou omettre à volonté, si l’on écrit les

(1) Grammaire égyptienne, page 65.

(2) Annuaire du bureau des longitudes, 1856, page 3'i7.

PRÉFACE

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mots rendus avec ces hiéroglyphes phonétiques tantôt en plaçant les mêmes hiéroglyphes à côté les uns des autres, tantôt au-dessous les uns des autres, et le plus souvent partie à côté et partie au-dessous dans un même mot, si les groupes de

caractères phonétiques qui composent les mots ne sont point séparés les uns des autres ni des caractères figuratifs et tropiques , si enfin on convient d’une centaine d’abréviations seulement : quoique ici les bases de cette écriture soient bien établies, tandis que M. Champollion, dans sa Grammaire égyptienne, ne nous donne que des aperçus, je maintiens qu’il n’existe pas d’homme dont la tête soit assez forte pour pouvoir se servir d’une pareille écriture ; d’où je conclus que le système de M. Champollion est absurde, et par conséquent qu’il ne peut jamais avoir existé.

Quand on part d’un principe faux on arrive à des conséquences absurdes. M. Champollion , se voyant arrêté dès les premiers pas lorsqu’il voulut appliquer son système à la lecture des hiéroglyphes, fut obligé d’abord de lui donner de l’extension pour y faire entrer les premières difficultés ; puis de nouvelles difficultés se présentant en foule, il se vit nécessairement forcé, pour ne pas reculer, de lui donner une élasticité telle qu’on peut avec ce système faire dire aux hiéroglyphes, à peu près comme au son des cloches, tout ce qui vient dans l’imagination. M. Champollion a fait comme Ptolémée : cet astronome ne pouvant avec son système se rendre compte du mouvement scandaleux des planètes, au lieu de l’abandonner, il lui adjoignit les épicycles qu’il combina, entassa, multiplia, entrecroisa, pour expliquer les différentes marches des astres retardataires; et il finit enfin par faire de ce même système un véritable chaos qui justifie la plaisanterie d’Alphonse (1).

(1) Alphonse, roi de Castille , disait, pour critiquer le système de Ptolémée qu’il feignait de regarder comme vrai : Pourquoi Dieu ne m'a-t-il pas consulté lorsqu'il créa le monde? j’aurais pu lui donner de bons conseils. C’est une plaisanterie et non une impiété, comme l’a très-bien vu M. Moustey dans son excellente Géographie astronomique , lre partie, page 211.

xxxiv PRÉFACE.

Mais enfin je veux tout ce qu’on voudra : je veux que le copte soit la langue perpétuelle des Pharaons, et que le système de M. Champollion soit praticable , vrai, exact, et complet; cependant je maintiens encore que M. Champollion ne lisait pas les hiéroglyphes, et que par conséquent il ne peut pas nous les faire lire. Un exemple suffira pour démontrer ce que j’avance.

M. Champollion nous donne , dans le tableau des hiéroglyphes phonétiques dont la valeur exprimée en lettres coptes est incontestablement reconnue , cette figure (1)

comme notant l’articulation P (R) (2), et cela parce qu’elle est la représentation d’une larme qui se dit en copte piUG. Je ne conteste pas que cette figure n’ait beaucoup de rapport avec les larmes argentées qu’on place sur les catafalques et sur les draps mortuaires, mais était-ce bien une larme que les Egyptiens voulaient représenter par cette image ? A la page 1 1 je trouve un vase surmonté de cette larme prétendue :

M. Champollion, qui ne s’est point avisé d’en faire un lacrymatoire, nous dit que c’était un vase en terre cuite « dont la destination fut de contenir des matières so- « lides, telles que des pains, des viandes, des fruits, etc. ». Notre première figure n’est donc plus ici une larme, qui n’est pas une matière solide, c’est alors un pain, un fruit , ou un morceau de viande. Page 53 nous trouvons une figure

(1) Voyez Grammaire égyptienne, page 4t.

(2) Cette figure est aussi la notation de l’articulation L, attendu que, selon notre auteur, page 52, a ces deux consonnes liquides s’échangent d’habitude l’une pour 1 autre », et qu en hiéroglyphes on peut écrire le nom d’Alexandre , Alexandros ou Arexandros , sans inconvénient.

PRÉFACE. xxxv

que M. Champollion appelle un encensoir (1), et dans laquelle se trouve une larme, ou un pain, ou un fruit, ou un morceau de viande, c’est absurde; cette figure ne peut être ici que la représentation de la fumée. Or, puisque « (2) le principe fonce damental de la méthode phonétique des Egyptiens consista à représenter une « voix ou une articulation par l’imitation d’un objet physique dont le nom en lance gue égyptienne parlée avait pour initiale la voix ou l’articulation qu’il s’agissait ce de noter », on conçoit que M. Champollion ne pouvait pas assigner à cette prétendue larme une valeur incontestable comme lettre, puisqu’il ne savait pas au juste ce quelle représentait. Je ferai en outre remarquer à mes lecteurs que la figure dont il s’agit, soit qu’on la représente isolée, ou surmontant un vase, ou placée sur le fourneau d’un encensoir, est toujours peinte en jaune dans les textes coloriés (3). Ce que je viens de dire ici pour l’hiéroglyphe qui noterait l’articulation P (R) dans l’écriture primitive des Egyptiens je pourrais le dire de presque toutes les figures qui entrent dans le tableau dont nous a gratifiés M. Champollion ; donc, la classe des hiéroglyphes les plus importants pour la lecture des textes sa-

crés lui étant totalement inconnue, il s’ensuit que M. Champollion ne pouvait pas les lire. MM. les Professeurs de collèges, qui pour la plupart enseignent ce qu’ils ne savent pas, pourraient bien m’objecter que ce n’est pas un motif pour que M. Champollion ne puisse pas nous enseigner à les lire : à cet égard je m’en réfère complètement au génie de ces Messieurs pour lesquels je professe la plus haute admiration.

Enfin admettons, pour en finir, que la valeur comme lettre des hiéroglyphes phonétiques qui composent le tableau de la Grammaire égyptienne soit incontestablement reconnue, ainsi que la vérité du système, j’en reviens toujours à mon

(1) C’est une lampe de Phtha.

(2) Grammaire égyptienne , page 28.

(o) Cette figure est la représentation d’une flamme et peint iconographiquement l’idée de feu. Voyez Modius.

PRÉFACE

xxxvj

dire : M. Champollion ne pouvait pas lire les hiéroglyphes, car il s’y prenait au rebours. « On reconnaîtra, dit cet auteur (1), dans quelle direction marchent les « caractères composant un texte hiéroglyphique, en observant le côté vers lequel « sont tournées les têtes des figures d’hommes et d’animaux ou les parties saillantes, « anguleuses, renflées, ou courbées, des objets inanimés qui font partie de l’ins- « cription », et, cette observation faite, on doit, selon lui, lire l’écriture sacrée de droite à gauche lorsque les têtes des figures d’hommes, d’animaux, ainsi que les parties saillantes, anguleuses, etc., sont dirigées vers la droite, et de gauche à droite lorsqu’elles sont dirigées vers la gauche. Dans les textes sculptés et dans les manuscrits en colonnes verticales le même principe sert à faire reconnaître la colonne par laquelle il faut commencer la lecture , sauf quelques rares exceptions que présentent les papyrus du Louvre, à ce que prétend M. Champollion.

Pour comprendre ici que notre auteur se trompe il n’est pas nécessaire de savoir lire les hiéroglyphes , il suffit de jeter les yeux sur un texte.

Les textes hiéroglyphiques sont très-rarement écrits en boustrophédon , et à quelques légères exceptions qu’on s’explique facilement en considérant cette écriture comme idéographique, la direction des figures est généralement constante dans les inscriptions horizontales comme dans les inscriptions verticales.

Il semble que , contradictoirement à l’opinion bien arrêtée de fauteur de la Grammaire égyptienne, il est naturel de suivre dans la lecture des textes sacrés la marche indiquée par la direction des figures ; mais ce n’est qu’une présomption. Voyons si, jugeant par analogie, cette présomption ne se transformera pas en certitude.

Je suppose d’abord, pour bien être compris, qu’il s’agisse de faire déterminer par une personne qui n’aurait jamais vu de caractères sanscrits ni strangèles, le sens dans lequel on doit lire l’écriture sacrée des Brahmes ou les inscriptions antiques de la Chaldée : la seule inspection des manuscrits suffira pour la fixer à cet

(1) Grammaire égyptienne, page 19.

PRÉFACE

xxxvij

égard. En effet, comme elle trouvera nécessairement quelques lignes qui ne seront pas remplies, voyant dans le chaldéen que les portions de lignes écrites sont à droite, elle en conclura que ces caractères ont été écrits en allant de droite à gauche, comme l’hébreux ou l’arabe, et que par conséquent on doit lire le strangèle comme on lit la plupart des écritures orientales; pour le sanscrit, comme les portions de lignes se trouvent à gauche, elle en conclura par cela même qu’on l’a écrit et qu’on doit le lire dans le même sens que le grec et le français. Il en serait de même pour toutes les écritures, tant anciennes que modernes, s’il s’agissait de décider à priori le sens dans lequel on doit les lire.

Et maintenant , si nous trouvons un texte hiéroglyphique disposé en lignes horizontales et dans lequel une ou plusieurs lignes ne sont pas remplies (chose assez rare, mais qu’on peut trouver (1) ), la portion écrite de ces mêmes lignes se trouve être à gauche lorsque la direction des figures est à droite, et à droite lorsque les figures sont profilées à gauche ; d’où nous pouvons conclure par analogie que l’on doit lire les textes hiéroglyphiques dans le sens indiqué par les figures, ou, pour parler plus exactement, par la majorité des figures.

Dans les textes en colonnes verticales, pour s’assurer que le principe est vrai, on n’a qu’à jeter les yeux sur les tables hiéroglyphiques du Zodiaque de Dendérah. On concevra tout d’abord que la lecture de ces tables doit commencer par la plus grande colonne, celle qui est la plus près des différentes figures d’ER (2), attendu que ces colonnes sont exactement remplies d’hiéroglyphes , tandis que dans les dernières l’espace tracé par l’encadrement laisse apercevoir des vides à la fin. Or, dans ces différentes tables, la direction des figures s’accorde parfaitement avec le principe auquel nous avons été amené par analogie (3).

(1) Voir Caylus, Antiquité égyptienne, tome v, planche vu, fig. v.

(2) Les figures de femmes qui soutiennent le Zodiaque circulaire de Dendérah sont la représentation de l’élément de I’Air , du genre féminin en langue sacrée et en langue égyptienne. Voir Traité du Zodiaque de Dendérah , lre partie , note 5.

(5) En dehors des colonnes de la quatrième table du Zodiaque circulaire de Dendérah on trouve des

xxxviij PRÉFACE.

Le système Champollion ne s’appuie sur le témoignage d’aucun auteur ancien (1). Peu importe, disent ses partisans, puisqu’il est fondé sur le granit de Rosette.

J’en appelle ici au sang-froid des savants : ce monument bilingue pouvait-il amener un homme, quel que fût d’ailleurs son génie, à la lecture et à l’interprétation de tous les textes sacrés, et par suite à la création d’une Grammaire égyptienne? Admettons un instant que la langue hébraïque et la valeur de ses caractères soient perdus : on retrouve un monument bien conservé sur lequel est inscrit un décret en hébreu, en grec, et en latin, l’inscription latine correspond mot pour mot à l’inscription grecque, ce qui fait supposer par analogie que l’inscription hébraïque correspond aussi mot pour mot aux deux autres, eh bien, je le demande, pourrait-on avec ce monument parvenir à lire et comprendre tous les textes bibliques ? mais si l’inscription grecque ne correspond pas littéralement à l'inscription latine (2), s’il manque sur le monument mutilé un bon tiers du texte hébreu (3),

hiéroglyphes tournés dans un sens contraire à celles de cette même table ; ces hiéroglyphes se rapportent à la première table et en font partie. Dire pourquoi on les a mis là au lieu de les mettre à la suite de la première table, c’est ce que je ne peux pas m’expliquer.

(1) Le témoignage unanime des auteurs de l’antiquité , sans en excepter Clément d’Alexandrie , dont M. Letronne a voulu faire un défenseur du système Champollion , contredit formellement ce même système. Il n’y a que la prétendue interprétation d’un obélisque par un maladroit faussaire (a) qui vienne à l’appui de l’auteur que je combats, et qui soit invoquée par lui.

(2) La position des noms propres dans le texte démotique de l’inscription de Rosette , comparée à la position de ces mêmes noms dans le texte grec , a fait présumer avec raison à M. Sylvestre de Sacy que le dernier texte ne pouvait pas être la traduction littérale du précédent.

(3) Un bon tiers du texte hiéroglyphique manque dans la célèbre inscription de Rosette.

(a) Cette traduction nous a été conservée par Ammien Marcelin. « Il est aisé de voir que l’imposteur maladroit qui a voulu « faire croire qu’il entendait et traduisait les hiéroglyphes d’un obélisque, Hermapion , n’a fait qu’adapter à un ancien « roi et copier le style emphatique, les protocoles, les formules ordinaires, la langue des inscriptions bien postérieures « consacrées à la gloire des Ptolémées : c’est comme si l’on donnait à Pharamond les titres de Louis XIV. Cette prétendue « traduction est faite à plaisir, et aussi fausse que l'inscription égyptienne d’Osiris, rapportée par Théon de Smyrne,

« etc. » (Villoison, 2= lettre à M. Ackerblad).

PRÉFACE. xxxix

la seule tentative de ressusciter avec un pareil monument les principes généraux de l’écriture sacrée des juifs ne serait-elle pas taxée de folie?

J’ai dit et je crois avoir prouvé que M. Champollion n’entendait rien aux hiéroglyphes. Je prouverai aussi jusqu’à l’évidence, dans le corps de cet ouvrage, que l’auteur de la Grammaire égyptienne ne se faisait point scrupule d’altérer les formes de certains caractères sacrés pour donner une apparence de vérité à ses traductions prétendues : et d’ailleurs ces mêmes traductions ne démontrent-elles pas que leur créateur laissait vagabonder son imagination pour trouver des phrases originales qui, la plupart, n’ont pas le sens commun (1)?

(1) M. Champollion qui parle (Introduction, page viii) des phrases incohérentes de Kircher, remplies de mysticisme à la fois ridicule et obscur, traduit ainsi une portion de ce qu’il appelle la dédicace du grand obélisque de Karnac, dans laquelle se trouvent contenus, selon lui , les titres de la reine Amensé (a).

L’Horus femelle, le soutien de son père, l’aînée fille du mari de sa mère, Amon-Ra.

Harsaphès.

Qu’est-ce que cela signifie?

Il lit sur les obélisques de Louqsor (6) :

Celui qui décore Thèbes, comme la montagne solaire du ciel, par des monuments considérables.

Qu’entendait-on par cette montagne solaire du ciel?

Sur le temple d’Edfou il retrouve cette inscription relative au dieu Hath que je n’ai pas l’honneur de connaître (c) :

Il fait tenir le monde en équilibre par ses doigts.

La formule dédicatoire des stèles funéraires , ainsi que les inscriptions qui accompagnent les statuettes des tombeaux , sont ainsi conçues selon notre archéologue ( d ) :

Glorification au dieu Phré, l’âme vivante d’Osiris, dame vivante de la maison Thentamoun.

N’est-ce pas se moquer du public?

Si l’on doit juger de la clarté et de l’importance des textes sacrés pour l’étude de l’histoire et de la religion égyptienne par ces échantillons pris au hasard , tous les autres étant à peu près taillés sur ce même patron, il faut avouer que c’est bien vouloir perdre son temps que de s’occuper de l’étude des hiéroglyphes.

(а) Grammaire égyptienne, page 117. On ne consacrait les obélisques à personne ; c’étaient des monuments astronomiques qui tout au plus pouvaient être consacrés au soleil.

(б) Grammaire égyptienne, page 205.

(c) Grammaire égyptienne, page 200,

(d) Ibidem.

xl PRÉFACE.

Pauvres Egyptiens, ce n’était pas assez que Cambyse livrât aux sables du désert la terre sainte sur laquelle doit reposer le trône lumineux d’iEsou lorsqu’il viendra juger les vivants et les morts, il fallait encore que, sans égard à la cherté du papyrus et à la simplicité de vos monuments, on vous supposât, comme à nos académiciens de province, le talent de parler pour ne rien dire!

Et cependant M. Champollion nous assure ( Introduction , page xxi ) « qu’on s’instruira en étudiant « les longues inscriptions sculptées sur les murailles du palais des rois, et contenant le détail circonstan- « cié des expéditions militaires, le poids des pierreries et des divers métaux imposés à l’ennemi , l'enu- « mération des animaux domestiques, celle des denrées et des objets d’art que les pays conquis devaient « régulièrement livrer au vainqueur. Ces inscriptions monumentales furent expliquées à Germanicus, « visitant les ruines de Thèbes , par les plus âgés d’entre les prêtres du pays : elles existent encore en « grande partie, et Tacite , racontant le séjour du fils adoptif de Tibère au milieu des débris de la vieille « capitale des Pharaons, a donné du contenu de ces textes historiques une analyse surprenante par son « exactitude. L’historien romain semble avoir écrit en ayant sous les yeux une traduction littérale de « ces antiques textes : je les ai retrouvés dans les décombres du palais de Karnac ».

Mais est-il bien certain que ces vénérables prêtres, rusés comme de vieux charlatans, n’aient pas cherché dans cette circonstance à se jouer de la crédulité de Germanicus pour donner de l’importance à leur pays et se rendre intéressants en feignant d’expliquer à un héros l’histoire d’un héros imaginaire?

Voici ce que dit Tacite :

Mox visit ( Germanicus ) veterum Thebarum magna vestigia : et manebant structis molibus litterœ Ægyptiœ, priorem opulentiam complexæ : jussusque é senioribus sacerdotum patrium sermon em interpretari, referebat habitasse quondam septingenta millia ætate militari ; atque eo cum exercitu regem Rhamsen Libyâ, Æthiopiâ, Medisque et Persis, et Bactriano , ac Scythà potitum, quasque terras Syri, Armeniique et contigui Cappadoces colunt, inde Bithynum , bine Lycium ad mare imperio tenuisse : legebantur et indicta gentibus tributa, pondus argenti et auri, numerus armorum equorumque , et doua templis , ebur atque odores, quasque copias frumenti et omnium utensilium quœque natio penderet, aut minùs magnifica, quàm vi Parthorum , aut potentiâ romanâ jubentur.

Malgré le certificat délivré par M. Champollion à Tacite, je déclare qu’il ne peut pas exister de pareilles inscriptions soit à Karnac , soit ailleurs. Si les inscriptions hiéroglyphiques étaient des monuments historiques, les Egyptiens eussent toujours été d’accord avec eux-mêmes lorsqu’il se serait agi de leur histoire, mais pas du tout : à Solon ils la racontèrent d’une certaine manière (a); à Hérodote c’est tout différent (b) ; à Diodore ce n’est plus la même chose (c) , et jamais les prêtres historiens n’alléguèrent les inscriptions hiéroglyphiques de monuments, c’étaient toujours des annales manuscrites qu’ils citaient

(a) Voyez le Timée et le Critias de Platon.

(b) Voyez Euterpe, chap. xeix et suivants.

(c) Diodore de Sicile, liv. 1, sect. h.

PRÉFACE. xlj

A moi maintenant l’Egypte et ses mystères.

La terre d’Egypte était appelée Cous (1) par les Egyptiens, et eux-mêmes dans leur langue s’appelaient Cousians (2).

comme source de leur histoire. Les prêtres de Thèbes ne montrèrent point à Hérodote le palais de Karnac comme témoin irrécusable des contes qu’ils lui débitèrent , ils se contentèrent seulement de présenter à l’appui de leurs dires trois cent quarante-cinq colosses de bois qu’ils avaient déjà montrés à Hécatée , lesquels représentaient trois cent quarante-cinq grands prêtres qui s’étaient succédé de père en fils (a).

Lorsque Manéthon , prêtre égyptien, se chargea, par ordre de Ptolémée Philadelphe, d’écrire l’histoire de son pays , pourquoi ne se servit-il pas de ces monuments élevés par les contemporains pour en extraire les faits historiques qu’on prétend y trouver encore relatés? et pourquoi préférait-il se servir des livres apocryphes d’Agathodæmon (6)?

Il s’agit dans Tacite d’un roi appelé Rhamsès ; eh bien , le nom de Rhamsès était un nom commun à tous les rois de Thèbes , comme celui de Pharaon à ceux de Memphis , et celui d’Iram à ceux de Tyr. ( Voyez Bélier ).

De tout cela j’en conclus que les prêtres égyptiens se moquèrent de Germanicus, et que M. Champollion , en prétendant avoir retrouvé ces mêmes textes à Karnac , se moque de nous.

(1) Cous en langue égyptienne D'D (eus) signifie un vase. Or la terre d’Egypte, étant comme un vase destiné à contenir l’eau pure de l’abym, c’est-à-dire l’eau du débordement, prit le nom de vase par excellence, et ensuite par extension ce même nom cous (vase) finit par signifier le limon, la terre vaseuse, l’Egypte (c). Dans la dernière époque des hiéroglyphes , c’est-à-dire sous les Ptolémées, et seulement dans la Basse-Egypte , où les prêtres ignorants employaient beaucoup de rébus , la figure d’un vase

cous , servait à transmettre l’idée de terre (l’Egypte. C’est ainsi qu’on retrouve le nom d’Egypte sur l’inscription hiéroglyphique de la pierre de Rosette; mais dans les hiéroglyphes du bon temps l’idée de terre d’Egypte est rendue par une lionne couchée ou par un sphinx (voyez Sphinx).

(2) Cousian, décomposé par la langue sacrée, signifie divin enfant de la terre (cous -terre, i- divin, an - enfant ) (d).

(a) Voyez Euterpe, chap. cxliii.

(h) Voyez le Syncelle.

(c) En grec le mot %*! signifie vase, conge (mesure de liquide), et en même temps peut signifier poussière, terre, et même homme, comme étant formé du limon de la terre.

(d) Ce nom d'enfant de la terre fut le nom adopté par les peuples primitifs pour désigner un habitant de la plaine; l’habitant des montagnes était dit enfant du ciel. Nos habitants des landes s'appellent encore Cousiots ( ot comme an signifie petit, enfant ) , et ce nom remonte à l’antiquité la plus reculée, puisque leur capitale, Bazas, est appelée Kocwov par Ptolomée et Cossium vasatum par Ausone. Le mot cousin, qui signifie maintenant un parent plus ou moins éloigné, signifiait primitivement compatriote ou compagnon. Nous appelons indifféremment nos Landais des Cousiots ou des Parents.

xlij PRÉFACE.

Si l’Egypte ne fut pas le berceau de la civilisation du monde, toujours est-il que c’est en Egypte seulement qu’on peut retrouver les annales de son enfance; car les prêtres égyptiens conservèrent dans leurs mystères et la langue universelle et l’écriture primitive, écriture et langage qu’on retrouve sur les monuments qui ont échappé au fanatisme des premiers chrétiens (1), à la cupidité des Arabes, et au vandalisme des savants.

Hérodote, Clément d’Alexandrie, et Porphyre, nous parlent de trois sortes d’écritures employées par les Egyptiens.

La première, appelée profane ou démotique, n’est autre qu’une écriture alphabétique qui , au moyen de vingt-deux caractères , servait à la transcription de la langue vulgaire des Egyptiens : cette langue, du temps des Pharaons, était ce que nous appelons aujourd’hui la langue hébraïque , telle qu’on la retrouve conservée dans la Genèse de Moïse (2).

(1) Les premiers chrétiens qui retrouvaient les mystères de leur religion expliqués sur les temples de l’Egypte cherchèrent, autant que possible , à effacer tout ce qui pouvait rendre suspecte l’origine moderne de cette même religion. Sur le Zodiaque rectangulaire de Dendérah la Vierge céleste tenant Horus, figures que les Egyptiens appelaient Marim et Iesou dans la langue mystique, ont été mutilés avec un ciseau , de telle sorte qu’on ne retrouve que la tête des deux personnages, et cela parce que, selon toute probabilité , il s’y trouvait des hiéroglyphes qui auraient pu , comme certains abraxas attribués aux disciples de Basilide, faire reconnaître dans l’ancien collège des prêtres de Tentyris ce qu’on appelle des hérésiarques.

(2) La Genèse de Moïse n’est qu’une traduction en langue égyptienne vulgaire de la Genèse de Thout. J’ai trouvé sur un Pi de la Bibliothèque nationale les deux premiers chapitres de la Genèse de Thout, avec un commentaire expliquant cette même Genèse écrite en langue et en caractères sacrés; aussi pourrai-je expliquer clairement la fameuse création qui a paru si absurde à tant d’érudits et à S. Augustin lui-même. (Voyez Système du monde).

Le mot Egypte, en latin Ægyptus, en grec AirYIITO’S ( Aigyptos) , indique, non pas la terre d’Egypte, mais le fleuve de l’Egypte lorsqu’il est débordé. Homère appelle le Nil Aïywrc;, nom qui ne convient qu’au débordement , comme l’indique sa décomposition A ïy-eau, vit -divine consécratrice , t -de la vie ( eau sainte de purification , eau sainte du baptême ) ; c’était l’eau pure de l'abym, l’eau du débordement, qui avait la propriété de laver les souillures du corps et de l’âme. Par extension on donna à la terre que recouvre YAigypt, le nom d’Egypte (voyez Nil). F aigle d’Abyssinie, que nous avons vu être le symbole de l’abym, était appelé par les Grecs Alyvmôs, dont la racine première n’est pas yv4-, comme on le prétend dans nos dictionnaires. La constellation de Y Aigle est appelée indifféremment parHesychius Agor et Aigyptos.

PRÉFACE. xliij

La seconde, appelée sacrée ou hiératique, est encore une écriture alphabétique qui , au moyen de vingt-cinq caractères, servait à la transcription de la langue primitive ou sacrée, conservée par les prêtres dans les mystères (1*).

La troisième enfin était une écriture appelée symbolique ou hiéroglyphique , qui, au moyen de la représentation d’un objet physique, exprimait l’idée de l’objet luimême ou une idée abstraite , mais ayant toujours un rapport direct avec l’objet représenté.

Ces deux dernières écritures sont mêlées sur les monuments sculptés : sur les papyrus on ne retrouve ordinairement que l’écriture sacrée (2).

Le but de ce Dictionnaire est d’expliquer seulement les caractères de l’écriture symbolique ou hiéroglyphique : dans un autre ouvrage je traiterai de l’écriture sacrée et de la langue primitive. Mais ici, pour bien faire comprendre la différence qui existe entre ces deux écritures qui se confondent dans les textes sacrés, je vais reprendre une inscription du Zodiaque circulaire de Dendérah que j’ai déjà expliquée, et dans laquelle se trouve un caractère de l’écriture sacrée que j’ai désigné sous le nom de phonétique; la voici :

aigle d’Abyssinie.... eau de l’abym.

[ü El Nil Nil

(phonétique) ik étoile

Nil double.

est.

alors.

(1) Les prêtres ont toujours eu une langue mystique ou sacrée : la langue vulgaire des Egyptiens devint la langue sacrée des Lévites , l’ancienne langue des Toscans fut la langue sacrée des augures de Rome , et la langue vulgaire des Romains d’alors est aujourd’hui la langue sacrée de nos prêtres. Tutto il mondo è fatto corne la nostra famiglia.

(2) Les écritures qu’on retrouve sur les bandelettes des momies contiennent généralement ou le thème astrologique de l’individu qu’elles enveloppent, ou un certificat de bonnes vie et mœurs pour servir devant qui de droit à la résurrection générale, ou enfin des invocations magiques pour éloigner le mauvais principe , c’est-à-dire la corruption du corps qu’elles étaient chargées de conserver sain et sauf jusqu’au moment où la trompette céleste annoncerait le lever du soleil éternel.

PRÉFACE

Cette figure

est un des caractères alphabétiques de l’écriture sacrée qu’on appelle premières lettres , et qui correspond à notre consonne B. Sur les papyrus cette lettre est ainsi rendue :

ces caractères dérivent de cette figure hiéroglyphique,

le phallus ( membrum virile intentum J, symbole de la génération (1).

Si, au lieu du caractère sacré, on avait mis la figure hiéroglyphique, j’aurais traduit les paroles du génie :

aigle d’Abyssinie...

. eau de l’abym.

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