HÊTRE
« Ils s'assirent à l'ombre d'un hêtre touffu, dont les branches formaient un abri naturel contre les rayons ardents du soleil. »
Cela n'est pas prudent. Que de jeunes filles, en s'assejant ainsi, s^exposent à voir les feuilles à l'envers î
Heure. L'heure de la vengeance a sonné. Quand donc sonnera l'heure de la liberté ?
« Les heures s'envolent sur l'aile du temps. » Un joli sujet de pendule.
Heureux. Heureuse comme une reine, — Aujourd'hui, ce n^est pas dire grand'chose.
Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants y comme dans les contes de fées.
Couler des jours heureux au sein d'une modeste aisance.
Heureux l'homme qui sait se contenter de peu ! — C'est ce que disent ceux qui ne cessent de tirer la couverture à eux. Ils n'ont pas eu encore la franchise d'ajouter: « Plus heureux encore celui qui sait se contenter de rien 1 »
Et rendez-la heureuse ! — Recommandation de beaupère à gendre.
« Pourvu qu'il la rende heureuse I... »
(Paul Foucher. Bianea Contarini, acte I, se. yin. 1840.)
« Son âme est bien plus belle I ah I rendez-la heureuse 1 « (V. Ducange. Léonide ou la Vieille de Suresne.)
Les heureux de la terre.
« Et voilà donc comment les heureux de la terre « Savent se dispenser aujourd'hui de bien faire. »
(Pabre d'Églantine. Le Philinte de Molière^ acte U, se. ix.)
Heureux du monde, « Oh I le vent déchaîné sème en vain la tempête, « Heureux du monde ! il passe et respecte vos fêtes. »
(Tupquety.)
« Donnez à l'indigent, donnez, heureux du monde! »
(Reboul.)
« On n'est jamais plus heureux « Que quand on le croit être. »
(Legrand. Le Roi de Cocagne^ acte I, se. ir.)
HiPPocRATE. Comme Hippocrate, il a refusé les présents d'Artaxercés. — C'est que probablement il a trouvé les présents d'Artaxercès trop maigres. Un médecin, qui se respecte, doit posséder, outre le buste en bronze d'Hippocrate sur sa cheminée, la gravure où le même Hippo-
crate est représenté repoussant les présents d'Artaxercès, gravure dédiée à la Faculté de médecine.
HiPPOCRÈNE.
« On sent que notre aimable t)oète a bu à la source sacrée de rHippocréne. Son vers facile, etc.. »
(Petite réclame, genre classique, en faveur dtxm petit poète.)
HmoNDELi-E. Hirondelle légère. Hirondelle gentille. L'automne voit s'envoler l'hirondelle, qui va demander à un ciel plus clément^ etc. — Les peintres et les poètes, qui se sont complus à faire du sentiment bourgeois, ont mis l'hirondelle à toutes sauces. Murger lui-même, qui n'était, après tout, qu'un bourgeois révolté, a chanté l'hirondelle :
« Hier, en voyant une hirondelle... »
« Et moi, je reviendrai sous ces toits éclatants, « Ainsi que l'hirondelle, au souffle du printemps. »
(Millevoye. Homère mendiant.') « Je les ai vus partir comme trois hirondelles, « Qui vont chercher bien loin des printemps plus fidèles. » (V. Hugo. Les Feuilles d'automne.)
Et les Hirondelles de Béranger":
« Hirondelles que l'espérance
« Suit jusqu'en ces brûlants climats. »
« L'hirondelle nous abandonne
« Et quitte, en gazouillant, ces lieux. »
(Esménard. Le Dernier beau jour d'automne, chanson.)
« Que j'aime à voir les hirondelles « A ma fenêtre tous les ans, « Venir m'apporter des nouvelles « De l'approche du printemps! »
(Floriaa. Les Hirondelles, chanson.)
« Quand vous reviendrez, hirondelles, « Trouverez-vous encor vos nids ? »
(Cabassol. Les Nids d'hirondelles.)
« Je t'aimerai tant que les hirondelles
<t Feront leurs nids au retour du printemps, w
{Je f aimerai, irieille romance.)
Henri de Latouche a aussi rimé en faveur de l'hirondelle:
« Dès qu'avril renaîtra, j'ouvrirai ma fenêtre , « Plutôt et du plus loin pour te voir apparaître. »
Donnons asile à la ronde du vaudeville le Passe-Port, de Menissier et A. de Courchamp :
lo« DICTIONNAIRE
« Si j'étais hirondelle, « Que je puisse voler,
« Sur le sein de ma belle tt J'irais m'y reposer. »
Une des plus célèbres hirondelles connues, une des hirondelles qui font la joie des bourgeois sensibles, figure, peinte à l'huile, dans le tableau de M. Protais, « la Sentinelle, »
HisTOiBE. Vcnlà comme on écrit l'histoire, — Se dit lorsqu'on dénature un fait. Vient d'un vers d'une méchante comédie de Voltaire, intitulée Chariot,
« Et voilà justement comme on écrit Thistoire ! » Qui donc peut se flatter d'écrire l'histoire impartialement? On la juge comme on juge tout, avec ses nerfs, avec son tempérament.
Hiver. L'hiver et ses frimas. L'hiver jette sur la nature son manteau de neige,
« Ces longues soirées d'hiver pendant lesquelles, assis autour du feu, etc. »
« L'hiver, cette saison où la nature semble se reposer, est le temps de l'activité pour les cabinets des puissances. » {Journal des Débats du 11 pluviôse an VIII.)
C'est pendant l'hiver que les cabinets préparent la guerre pour le printemps : douce occupation, hymne aimable en l'honneur du réveil de la nature 1
Hommage. Veuillez mettre mes hommages aux pieds de madame votre épouse. Rendre hommage à la vérité. — Devant les tribunaux, cette dernière phrase se prononce la main droite posée sur le cœur ou étendue dans la direction de l'image du Christ-
HoMME. L'homme, cet animal intelligent, — Qui a dit cela? — L'homme.
Le meilleur, le plus généreux des hommes,
« Le comte est le meilleur, le plus généreux des hommes. » (Àlph. Arnault et Louis Judicis. Les Cosaques, acte I, se. VIII. 1853.)
« Le plus noble, le plus généreux des hommes. »
(Scribe. La Calomnie, acte V, se. ii. 1840.) « Vous êtes venu surprendre mes paroles, épier les adieux que j'adressais... que y adresserais encore au protecteur de
mon enfance, au plus noble, au plus généreux de tous les hommes. »
(Ch. Desnoyers et Eug. Nus. Ia Tettament d'un garçon, acte III, se. IV.)
a Si j'existe encore, je le dois au plus noble, au plus généreux des hommes, à celui que je vous ai donné pour mari. »
(Scribe. Une Faute, acte I, se. th. 1830.)
« L'homme s'agite et Dieu le mène. »
(Fénelon. Sermon pour VÉpiphanie.)
On a émis plus d'une variante de cette belle pensée du cygne de Cambrai, entre autres la suivante, qui est la plus répandue :
« L'homme s'agite, et la femme le mène. »
Et encore :
« L'homme s'agite, et la femme le mène... à l'hôpital. »
Boutade d'un homme qui avait, sans doute, beaucoup à se plaindre des femmes.
tt Homo surrif humani nihil à me alienum puto, » u Je suis homme et sensible à tout ce qui touche les hommes. »
(Térenoe. Le Bourreau de lui-même, acte I, se. i.)
« La première fois qu'on entendit prononcer à Rome, sur la scène, ce beau vers, il s'éleva, dit saint Augustin, dans l'amphithéâtre, un applaudissement universel. Il ne se trouva pas un seul homme, dans une assemblée si nombreuse, composée des Romains et des envoyés de toutes les nations déjà soumises ou alliées à leur empire, qui ne parût sensible à ce cri de la nature. »
(Cité par Le Poitevin de L'Égreville. L Esprit du théâtre.)
« Tous les hommes sont égaux devant la mort. »
(Sénèque. La Troade, acte IV, se. i.)
Mais alors, pourquoi les uns ont-ils des tombeaux grands comme des villas, tandis qu'on enfouifles autres dans la fosse commune, et de là à l'ossuaire où on empile leurs crânes comme des boulets dans un parc d'artillerie ? Il faut même que les pauvres diables soient dérangés pendant leur sommeil éternel 1
Il ne faut pas se fier aux promesses des hommes, ont coutume de dire les femmes, lorsque les hommes leur font des protestations d'amour.
Le poète chinois, Kouan-Han-King, a dit :
« Les femmes doivent se garder de croire légèrement aux promesses des hommes. »
{Le Ressentiment de Téou, acte I, se. ti. Trad. Bazia aîné.)
IHO DICTIONNAIRE
« Un homme en vaut un autre. »
(Destouches. L'Homme singulier, acte II, se. t.)
« Ce sont de grands enfants que la plupart des hommes. » (Desfaucherets. Le Mariage secret, acte I, sc.i.)
Honnête homme. — Ce que chaque homme veut faire croire qu'il est. Un homme trompé par sa femme peutil être un honnête homme ? — Presque toujours.
« Le bruit est pour le fat, la plainte pour le sot ; « L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot. » (Lanoue. La Coquette corrigée, acte I, se. m.)
Et encore combien passent pour d'honnêtes hommes, qui ne s'éloignent pas, et qui, pareils au grognard de Scribe, savent souffrir et se taire sans murmurer !
Honneur. Le champ d'honneur. Mort au champ d'honneur. « L'amant de Gabrielle était le premier au champ d'honneur. »
(Victor Ducange. Adolphe et Sophie, acte I, ac i. 1816.)
« Et je puis montrer mes blessures :
« Au champ d'honneur, j'ai su les acquérir. »
(Scribe, Melesville et Xavier. Le Témoin, se. i. 1820.)
« Le ciel, au champ d'honneur, combat pour la vertu. » (Du Belloy. Gaston et Boyard.)
« Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé. »
(Corneille. Ciima, acteT, se. i.)
« J'ose dire pourtant que je n'ai mérité
« Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. »
(Racine. Britannicus, acte II, se. m.)
« L'honneur parle, il suffit, »
(Idem. Iphigénie, acte 1, se. n.)
« Un mari qui vous a confié l'honneur d'un des plus beaui noms de France. »
(Sophie Gay. Un Mariage sous l'Empire. 1832.)
L'honneur de.,.
<t L'honneur de s'asseoir parmi vous est la plus douce coihme la plus brillante récompense, etc. »
(Discours de réception du citoyen Parny, Académie française. 26 décembre 1803.)
« L'honneur d'être admis )> ou <( l'honneur de s'asseoir » est un cliché fort usité au début d'un discours de réception à l'Académie.
« L'honneur d'être admis parmi vous, et de faire entendre ma faible voix dans cette enceinte. »
{Discours de réception de Ch. Nodier, 2ô novembre 1833.)
DES LIEUX COMMUNS 16t
Horizon. Bientôt le soleil disparut à l'horizon, derrière les hautes montagnes.
Horizon politique. — L'horizon politique se rembrunit, l'horizon politique s'éclairait, « Alors l'horizon de la France était chargé de nuages. »
[Discours de rentrée prononcé par M. Berville devant la cour royale de Paris, 3 novembre 1830.)
« Décidément l'horizon politique s'éclaircit. >
(Le Français du 11 mai 1878.)
ïoRREUR. La sublime horreur d'une tempête.
il C'est plus que de la haine, plus que du mépris... c'est de l'horreur que je lui inspire. »
(Ch. Desnoyers et Nus-Follet. Jacques le Corsaire. 1844.)
Tenez, vous me faites horreur ! — La femme, qui prononce cette phrase là, est joliment indignée, ou joue joliment l'indignation.
îospiT ALITÉ. Les droits sacrés de l'hospitalité.
tt L'honneur d'exercer envers eux les droits sacrés de l'hospitalité sera réservé aux citoyens, etc. »
[Rapport du citoyen David sur la cérémonie projetée pour le 40 août 4193.)
[quleux. La mer houleuse déferlait ses vagues contre les rochers granitiques.
(Boman plus ou moins maritime.)
[UMAIN. Les humains. Les hommes. Bien souvent, rien de moins humain que les humains.
Dieu est l'arbitre des humains.
[UHIDE. Humide encore des baisers de la presse. — Un journal, la moindre feuille de chou, au besoin, sortant de rimprimerie.
[ydre. L'hydre de l'anarchie relève la tête. Il faut écraser Vhydre de l'anarchie. Salut à l'hydre de l'anarchie , un des plus beaux clichés connus, la joie des rédactions de journaux, la terreur des campagnes ! En plein xix« siècle, il y a encore des journalistes qui ne craignent pas d'exhiber, detempsen temps, l'hydre de l'anarchie, des cartons où elle dort du sommeil des hydres.
Sous le second Empire, toutes les fois qu'un ivrogne criait : « Vive la République 1 » ou chantait la Marseillaise, les journaux officieux prétendaient que « l'hydre révolutionnaire relevait la tête ». On trouve un des premiers exemples de l'hydre politique dans Malherbe :
K Que l'hydre de la France, en révoltes féconde. »
(Malherbe. Sonnet à Louix XIII.)
Htmen. Le temple de l'hymen. L'amour, frère de l'hymen. Un frère adultérin souvent.
Les douceurs de l'hymen. — Sans doute une aimable plaisanterie d*un poète célibataire.
Les douces chaînes de l'hymen, — Si douces, que quel qu'un a dit : « L'hymen est le bagne de Tamour. »
« L'amour est le plaisir d'un jour, « L'hymen le bonheur de la vie. »
(Scribe et G. Delavigne. La Somnambule, acte I, se. n. 1819.)
« En attendant que je trouve à m'enchaîner dans les tendres liens d'un hymen convenable. »
(L.-B. Picard. L'Honnête homme ou le Niais.) '
(c Je ne connus que pendant un an les douceurs de i'hy- 1 men. »
(Y. Ducange. Léonide ou la Vieille de Suresne.)
Molière n'a pas hésité, le cas échéant, à repousser le ' ridicule « hymen », pour le remplacer par le mot : mariage : I
« Presser l'heureux moment de notre mariage. »
{Les Femmes savantes, acte I, se. m.) I
Le flambeau de l'hymen, — Un flambeau qu'on a vu I souvent s'allumer aux torches de la discorde.
« L'autel où de l'hymen vont briller les flambeaux. »
(G. Delayigne. Le Paria, acte III, se. ru.)
«t Au milieu des combats, et près de son tombeau, « Pourriez-vous de l'hymen allumer le flambeau? »
(Voltaire. Adélaïde du Guesclin, acte I, se. lu.)
« Et quand l'hymen pour nous allume son flambeau. »
(Corneille. Horace, acte II, se v.)
« Ce n'est pas à des torches funéraires que l'on va allumer le flambeau de l'hyménée. »
{Procès Descoutures, janvier 48JS7. Défense de M* Mauguin.)
« Que je quitte à regret la rive fortunée
« Où je vais allumer les flambeaux d'hyménée. »
(Racine. Iphigénie, acte lU, se iv.)
ÉAL. — Le rêve de quelques jeunes filles.
C'était Vidénl qu'elle avait rêvé, — Souvent rien de plus grotesque qu'un idéal descendu des nuages où l'imagination Tavail placé. Un idéal qui porte et bonnet de coton, et gilet de flanelle.
OLE. L'idole du peuple. — Recette pour faire une idole du peuple : prenez soit un journaliste politique, soit un souspréfet, au besoin un petit avocat, faites- lui écrire ou débiter quelque flagornerie à l'adresse du peuple, mêlée de quelques bonnes injures à l'adresse du gouvernement ou du clergé, obtenez son incarcération ou sa démission, et, au bout de quelque temps, vous aurez une idole sous les espèces d!e député ou de sénateur, à moÎDs que l'engouement populaire ne se soit déjà porté ailleurs.
LusioN. Se nourrir d'illusions. — Une nourriture peu substantielle.
Les illusions de la jeunesse sont de courte durée. — Elles durent encore assez de temps pour faire commettre beaucoup de bêtises, et souvent des bêtises irréparables.
LUSTRA TioN. On remarquait dans la salle un grand nombre d'illustrations de tout genre,
(Compte rendu d'une cérémonie quelconque.)
Etonnant est le nombre d'illustrations de l'existence desquelles on ne se doutait pas.
AGE. L'homme est fait à l'image de Dieu. — Mettons quelques hommes, et ce sera bien assez.
Séduisantes images du plaisir,
« A cet aspect renaissent, dans le souvenir des fidèles, dans leur cœur peut-être, les séduisantes images de ces plaisirs dont Paris est le théâtre. »
(Chronique indiscrète du xix' siècle.)
Un aperçu des séduisantes images des plaisirs pari^
siens: le tour du Bois, le lourdes théâtres, le tour des bals
Slus ou moins publics, le tour des maisons de jeu et es maisons de filles. Que de tours ne fait-on pas voir à tous les niais avides des plaisirs parisiens ! V*là le plaisir, messieurs 1... Ce sont ces dames qui le vendent.
Immensité. Combien Vhomme se sent petit en présence de l'immensité ! — C'est, paraît-il, l'opinion de tous ceux qui ont fait une ascension en ballon.
Impénitence. Mourir dans Vimpénitence finale, — Probablement des gens qui ont grelotté de froid, la moitié de leur vie, et qui croient se chauffer aux flammes de l'enfer.
Impératif. Le mandat impératif, — La domesticité du mandat de député.
Accepter le Imandai impératif, — S'engager à dire amen à toutes les folies qui passeront par la tête de vos électeurs.
Impérissable. Sa mémoire impérissable vivra éternellement dans le souvenir des générations, — Encore une de ces phrases hyperboliques en l'honneur de quelque soidisant grand homme à qui l'on ne pense plus deux mois après sa mort, ou le lendemain même.
Imperturbable. Posséder un sang- froid imperturbable, — Cette qualité est nécessaire pour garder son sérieux en présence de tant de stupidités débitées chaque jour par tant de graves personnages.
Impétueux. Impétuosité.
« Le torrent impétueux projetait au loin la blanche écume de ses ondes, qui, bondissant dérocher en rocher, allaient se perdre dans la verte campagne qu'elles fécondaient. »
Un vent impétueux soufflait à travers les planches disjointes de la misérable cabane, — L'impétuosité de leurs passions aveugle les hommes.
Impitoyable.
« Il ne trouva que des juges impitoyables. Ces tigres altérés de sang, sur un signe du farouche Fouquier-Tinville, ce monstre à face humaine, l'envoyèrent à la mort. »
Naturellement l'historien qui lâche cette phrase n'est pas précisément un panégyriste de la Révolution.
Implacable. Vouer une haine implacable, — Allons donc!
il y a bien peu de gens capables d'une baine implacable, aujourd'hui. Adieu la baine implacable l... dès que Tintérêt Texige.
Importance. L'importance de la question n'écftappera à per^ sonne.
(Chambre des députés. — Conseil manicipal.)
Imposant. Figure imposante. Voix imposante, — Il y a des niais à qui certaines figures, certains sons de voix imposent.
Impossible. Impossible n'est pas finançais,
(Napoléon !•'.)
« Impossible est un mot que je ne dis jamais. »
(Collin d'Harleville. Malice pour malice, acte I, se. tiii.)
Impression. Faire une profonde impression,
« Tout cela fit beaucoup d'impression sur l'âme des spectateurs. »
(Ducray-Duminil. Petit-Jacques et Georgetie.)
^ssentir une profonde impression. Sa vue m'avait fait une profonde impression. L'impression favorable que vous m'avez laissée, lors de notre dernière entrevue, etc.. Il m'a laissé une très bonne impression, — Les femmes mesurent à rétiage de la générosité d'un bomme le degré d'impression qu'il leur produit.
Impression durable et salutaire.
Impressionnable.
« Pareille à une sensitive, la jeune Caroline, si vivement impressionnable, ne put, à ce récit, retenir ses larmes. »
Impressionner. — Vivement impressionnée par le magnifique spectacle qu'offrait le soleil disparaissant derrière l'Océan, elle se taisait, muette d'admiration, lorsque, etc.
{Paysage littéraire à l'usage des commençants.)
hiPRÉvoYANCE. Sa fatale imprévoyance a causé bien des maux.
Ceci peut s'appliquer à plus d'un bomme d'Etat, à plus d'un souverain.
lïpRiMEB. Imprimer la crainte. Imprimer le respect.
a II imprime à ses moindres actions un caractère de ran
deur qui force Tadmiration des masses et impose le res pecl. »
Improvisation. Dans une briUante improvisation, vivemm applaudie, Vélégant orateur, etc. — Le plus souvent le brillantes improvisations ont été lc»nglemps préparée dans le silence du cabinet; quelquefois même, prépa rées par d'autres.
Imprudent. Jeune imprudent, ne jouez pas avec l'amour l
(DeTÏse de confiseur ou de mirliton.)
Impulsion. Donner une nouvelle impulsion.
« Sous un sage gouvernement, il sut donner une noa^^elj impulsion aux idées libérales. »
{Coup d'eneensùir sur le nez d'un souverain.)
Inaccessible. Cœur de roche, inaccessible à la pitié, rien il peut donc vous émouvoir ?
(Fin de tirade de femme supi^iante.)
Inanimé.
« Éléonore poussa un cri déchirant, et se laissa tomb inanimée dans les bras du fidèle Pedro. »
{Style de roman, genre e^agnoi
Inauguration. Inaugurer.
« Aujourd'hui a eu lieu, en présence d'un ^rand nomb de notabilités de tout genre, l'inauguration de... »
{Style des journaux.)
« Il faut inaugurer une ère nouvelle, où les idées franch ment libérales ne courront plus le risque d'être entraiéi dans leur essor. Nous réclamons toutes les sages libert qui, etc.. »
(Fragment d'une tartine politique.
Incarnat. L'incarnat des lèvres. .
« Ses yeux noirs, ainsi que ses cheveux et sa barbe, coi trastaient d'une manière remarquable avec son teint ass blanc et fort pâle, ce qui faisait ressortir le bel incarnat ( ses lèvres que couronnaient les plus belles dents que r< pût voir. »
(M™* GuéDard de Méré. Les Souterrains de Birmingham. /SI
« Bouche dont les souris découvraient avec gloire « Un petit double rang de ses perles d'ivoire ; « Lèvres dont l'incarnat faisait voir à la fois « Un rosier sans épine, un chapelet sans croix. »
^Le père Pierre de Saint-Louis. La Magdalenéide.
L'incarnat de la pudeur.
« Le "vîf incarnat de la pudeur, uni à la joie la plus pure, donne à son visage enchanteur un éclat surnaturel. »
(M"»« de Genlis. Pétrarque et Laure.)
Incestueux.
H La morale^ ne réprouvera jamais assez, Tarsenal de nos lois n*aura jamais assez d'armes pour combattre ces accouplements incestueux qui sont la honte d'un peuple civilisé.» (Cri de moraliste qui souvent joue rindignation.)
Lncidknt. Ici se place un incident,
« Au cours des débats, il s'est produit un incident que nous ne saurions passer sous silence. y>
Un pénible incident a impressionné rassemblée. Un triste incident a interrompu la séance,
(Échos de la Chambre.)
Incohérence. Incohérent. — L'incohérence du langage.
tt Bientôt l'incohérence de ses idées ne laissa plus de doute sur son état mental. Le malheureux était atteint de folie à la suite de, etc. »
« Des mots incohérents s'échappaient, par intervalles, de sa gorge oppressée. »
(Style de romancier. — Le chapitre qui suivra a beaucoup de chance de commencer chez le docteur Blanche.)
Incomparable.
a Notre incomparable diva s'est surpassée dansle duo du... »
(Critique théâtrale.)
n y a cinq ou six diva proclamées incomparables. Du temps de Ch. Maurice, ce qualificatif avait beaucoup de prix.
IxcoNDUiTE. Les funestes effets de Vinconduite. — Certains pères de famille, qui pourraient poser pour la statue de l'économie, ne manquent jamais de s'écrier, lorsque leurs héritiers ont dépensé une pièce de cinq francs : « Craignez, mon fils, les funestes eff'ets de l'inconduite ! »
Inconsolable.
« Sa veuve inconsolable lui a fait ériger ce monument. »
(Littérature funéraire.)
N. B. — La veuve inconsolable est, en général, remariée dans l'année qui suit le décès de l'époux. Une de ses plus douces émotions est d'aller, le jour des Morts, au bras de son deuxième, jeter quelques fieurs sur la tombe de son premier.
Inconstanci. Inconstant. L'inconstance de la fortune, la fortune est inconstante, eUe est femme. Les femmes son\ inconstantes. — II ne faut pas trop nous plaindre de cette qualité. Quand on n aime plus une femme, on aime assez qu'elle soit inconstante. Quand on l'aime, on ne s'aperçoit jamais de son inconstance ; on n'y veat jamais croire. Toujours la magique puissance du bandeau de l'amour!
Inconstitutionnel. — Un des mots les plus longs de la langue française, un mot à grand effet, quand il est bien lancé, par un orateur, du haut d'une tribune parlementaire.
« Messieurs, vous remarquerez, ai-je besoin de le dire, que cette proposition est inconstitutionnelle. Vous la repousserez. »
Avoir bien soin de prononcer, en scandant chaque svllabe, in... cons... ti... tu... tion... nelle... C'est là un de ces mots interdits aux bègues.
Inconvénient.
« Les inconvénients attachés à ce système ne peuvent souffrir l'examen. Vous repousserez donc l'amendement. »
(Littérature de Chambre.)
Indéfinissable. JJn trouble indéfinissable s'empara de ^on esprit.
C'est le moment, c'est l'instant où l'amour frappe le premier coup à la porte du cœur d'une jeune fille.
Indépendance.
« L'indépendance de son pays fUt sa seule préoccupation et le but de toute sa vie. »
{Éloge d'un homme d^État quelconque^ de Cavourpsr exemple.)
L'ingratitude est l'indépendance du cœur.
A Paris surtout, on a trop d'occupation, pour sacrifier quelques instants à la reconnaissance. Et puis, il faut tout dire, les bienfaiteurs, en général, sont trop exigeants.
Indescriptible. Bonheur indescriptible. — Encore un de ces adjectifs qui ne font pas perdre de temps à l'auteur, et qui lui permettent de passer illico à d'autres exercices littéraires.
Indignation. A cette vue, à ces paroles, une noble indignation le saisit. Laisser éclater son indignation. Il ne ptit
contenir son indignation en entendant prononcer de telles paroles, — Tel étale en public son indignation pour un coquin enrichi, qui, au foid du cœur, le jalouse et lui porte envie.
NÉPcisABLE. — La bonté de Lieu est inépuisable. Sa bourse, qui semblait devoir être inépuisable, fut tarie à la fin. — Il n'y a pas de fortune inépuisable pour l' homme inactif , La générosité n'est inépuisable que lorsqu'elle s'appuie sur la vanité!
NESPÉBÉ. bonheur inespéré! je pourrai donc revoir celle que j'aime.
(Style d*amoureux qui puise ses inspirations dans la lecture du Parfait Secrétaire de» amante.)
lïESTiMABLE. Possédcr dcs trésors inestimables, >— Bien rares sont les maris qui trouvent de pareils trésors dans la personne de leurs femmes; plus rares sont ceux qui s'en aperçoivent, ou qui savent les apprécier.
SEXPÉRIENCE. L' inexpérience du jeune âge, — Ce qu'on lui reproche le plus, et ce qui au fond plaît le plus.
ïEiTRicABLE. Lc CŒur humain est un labyrinthe inextricable. — Mais non : vanité, ambition et envie, en général, voilà le fond du cœur humain.
(FAILLIBLE. Lc succés dc l'affaire me parait infaillible, et une première émission de,,, nous permettra de.,.
(Ce que Ton peut entendre dans une réunion d'actionnaires.)
IHeu seul est infaillible, — Permettez! Et le pape
donc?
n?AME.
« Bas le masque I vous êtes un infâme, qui n'a pas craint d'abuser de la candeur et de l'inexpérience d'une faible femme. »
a C'est une infâme trahison dont Dieu vous demandera compte un jour. »
« Les infâmes I Courage, courage, et nous pourrons poursuivre vos assassins: je les reconnaîtrai, moi! »
(Joseph Bouchardy. La Sceto' du muletier.)
« Jeanne était en son pouvoir I l'infâme ! et vous Tavez souffert, mon Dieu!... »
(Paul Foucher et Alboise. La Salpétrière, acte III, se. th.) « Les infâmes I Cionune ils m'ont trompé I comme je leur
ai servi de jouet et de risée!... Oh! qu'ils tremblent!... Marguerite, il te faut un supplice mille fois plus affreux que la mort! »
(Ch. Desnoyen et Nas-Follet. Jacques le Corsaire, 1844],
« Tu mens, infâme ! tu mens. »
(F. Cornu et H. Auger. Pauvre mèref]
MM. les comédiens sont priés de bien appuyer sur Taccent circonflexe en prononçant ce mot.
Infâme ravisseur.
« Et de cruel tyran, d'infâme ravisseur,
« Te fasse vrai monarque et juste possesseur. »
(Corneille. Pkocas, acte IT.)
Infanterie. V infanterie française est la première du monde. L'infanterie française est le plus beau fleuron de Varmép.
Infanticide. Encore un infanticide,
« Des vidangeurs, en opérant le curage de la fosse d'aisances de la maison du... n"..., ont découvert le cadavre d'un enfant nouveau-né dont la mort est le résultat d'un crime. » (Sic.)
« Depuis quelque temps les infanticides se multiplient d'une manière effrayante. »
« Encore un nouvel infanticide dont les circonstances rappellent celui qui, la semaine dernière, etc.. »
[Tiré de la collection des faits diven
Infernal. Machination infernale. "Ruse infernale. Déjouer une ruse infeimak,
(Style romantique).
Infernal et divin, — Deux mots (jui font Teffet d'un chien et d'un chat accouplés. Ils étaient fort à la mode, il y a quelque vingt ans, dans la conversation des admirateurs des romantiques. Cette antithèse a hurlé pour la première fois dans le Journal d'Eugénie Guérin.
« Quel homme que Hugo! je viens d'en lire quelque chos^: il est divin, il est mfernal, il est sage, il est fou, il est peuple, il est roi, femme, peintre, poète, sculpteur, etc., etc. »
On le voit, M. Victor Hugo a presque autant de titres à la postérité qu'avait de noms ce gentilhomme espagnol qui effraya tant son aubergiste en les lui énumérant « beauté ! ton regard infernal et divin. »
(Baudelaire. Fleurs du mal.)
Infini. Contempler l'infini Comme l'homme se trouve pe^ quand il contemple l'infini! — S'il est sincère, il avouera
qu'il n'a pas besoin de contempler Tinfini pour avoir cette opinion de lui-môme.
IxFOHTUNE. Inportuni — lufortune noblement supportée,
« Le récit de voti infortune nous a touchés jusqu'aux larmes. Courage ! dei 'ours meilleurs luiront pour vous. »
« Infortuné I Qu'ai-jt fait au ciel pour mériter un tel châtiment, pour subir un sort si rigoureux? »
[Style de théâtre).
Ingénue.
« Le rôle de... a été avec beaucoup de charmes par
notre gracieuse ingénue.
[Feuilleton théâtral)
Ingrat.
«Fils ingrat, qui déshonore les cheveux blancs de son père ! »
(Scène de la malédiction.)
bîNocENCE. Le sommeil de Vinnocence. Le langage de V innocence est empreint d'une éloquence irrésistible. ,
« Innocente créature, lâchement persécutée, combien vous avez dû souffrir ! »
« Vous n'avez pas craint d'abuser de l'innocence d'une enfant ? »
« Oserais-je abuser de sa candeur et de sa sensibilité, pour lui faire trahir son devgir et lui ravir à la fois l'innocence, la paix et le bonheur? »
(H"" de Genlis. Les Chevaliers du Cygne, chap. xii. 1795.)
Innocence opprimée,
« Non, messieurs, l'innocence, tout opprimée qu'elle soit, ne prend jamais l'attitude des coupables. »
(M«"« Roland. Mémoires.)
Innovation. Sage innovation,
« Partisan éclairé de toutes les sages innovations, il f\]t un des premiers qui propagèrent^ etc. »
Inspirer. Jamais Villustre écrivain n'avait été mieux inspiré. — Dire que c'est la même rengaine, chaque fois que l'illustre écrivain accouche d'une œuvre nouvelle I
Institution. "Nos glorieuses institutions.
« Imitons l'exemple de notre nouveau roi, qui préside à nos institutions épurées et raffermies, et qui, fidèle à la gloire dont il s'est couvert dans les plaines de Jemmapes, vient d'ordonner qu'on rétablît la statue de Napoléon sur la
colonne, veuve de son héros, et dont il n'aurait jamais dû descendre. »
{Réponse de H. Parseyal-Orandmaison aa discours de réeep' tion de M. Viennet à l'Académie française, 5 mai 1831.)
Instruire. Instruire en amusant. — C'est la prétention de tous ceux qui écrivent des livres à l'usage des enfants ; c'est aussi la prétention de quelques autres. Sur mille, un réussit à peine.
« Et c'est rendre, à mon avis, un service considérable au public que de l'instruire en l'amusant. »
(L'abbé Prévost. Préface de Manon Z^escaut.)
Intention. Mes intentions sont pures, — Les hommes en
ont pas mal dupé de femmes, avec ces quatre mots.
« Si vous m'assurez que vos intentions sont pures. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)
Intérêt. L'intérêt soutenu d'un ouvrage. L'intérêt palpitant d'un bout à l'autre de l'ouvrage.
(Art. bibliographique.)
L'intérêt est ce qui nous divise le plu^.
« Qu'on soit riche ou pauvre, l'intérêt est ce qui nous divise le plus. »
(Théâtre chinois. Le Vieillard à qui il naît tm fils, comédie, acte II, 8c. III.)
Intestine. Malheureux pays en proie aux divisions intestines !
Investigation.
« Les investigations de la police ont amené la découverte d'une bande de faux monnayeurs. »
« La police se livre à d'activés et nouvelles investigations, qui ne tarderont pas à aboutir. »
(Tiré de la collection des faits diTers.)
Irréparable. Perte irréparable.
« C'est une perte irréparable dont le contre-coup se fera sentir en Europe. »
Cela se dit à l'occasion de quelque grand homme, ou réputé tel.
Italie. L'Italie, ce berceau de la musique.
« Car voir l'Italie, ce beau berceau de la musique, c'était le rêve de ma jeunesse. »
(Cogniard frères. Pauvre Jacques, se. viii. 1835.J
Ivoire. LHvoire du cou.
uSon cou plus blanc que l'ivoire... »
(Style de tourneur littéraire.)
Tons les poètes de toutes les écoles se sont servis de la comparaison : <( plus blanc que l'ivoire, blanc comme l'ivoire», sans songer que l'ivoire est presque toujours d'un blanc-jaune.
« Jusqu'à terre à longs plis pendait leur cape noire, tt Mais leur coiffe brillait blanche comme l'ivoire. »
(Brizeux. Hitt. poétiques, 1855.)
« Son poil était si beau, d'une couleur si noire !
ft Trois marques seulement plus blanches que l'ivoire,
« Ornaient son large front et ses pieds de devant. »
(Andrieux. Poésies diverses.) u Ces épaules d'ivoire aux gracieux contours. »
(C. Brifaut. L'Horoscope d'une femme, conte.)
« Sur rivoire d'un cou flexible « Son bras reposait incliné. »
(Dorât. Les Baisers.)
fus. — Chez les romanciers et les poètes, le jais partage, avec le noir « aile de corbeau » et « l'ébène », l'honneur de servir de comparaison à la couleur des cheveux des brunes.
« Ses cheveux, noirs comme du jais, et naturellement frisés, tombaient en longues boucles sur son cou de cygne » ou « sur son cou plus blanc que l'ivoire. »
ALousiE. Jaloux. Dévoré de jalousie. Enflammé de jalousie. Sentir les aiguillons de la jalousie. Les serpents de la jalousie lui déchirent le cœur, La jalousie ne se commande pas.
Jaloux de son ombre. Plus jaloux qu'Othello. Jaloux comme un tigre.
AMAIS.
« Jamais le romancier célèbre n*a été mieux inspiré qu'en écrivant le Fiacre n» 43 ; jamais récit plus étrange, plus dra^
matique, plus attendrissant, n'aura passionné, nos lecteurs.
[Petit Journal du 34 janyier 1880.)
« Jamais Tintelligence de Tillustre écrivain ne s'était montrée dans plus de clarté, jamais son langage n*ayait été plus net. plus précis, plus persuasif, jamais sa pensée ne s'était élevée plus haut. »
Et tout cela, le plus souvent, pour un mauvais roman d'un prétendu grand homme.
Jambe. Jambe fine. Jambe aristocratique.
« Une jambe aristocratique emprisonnée dans un bas dp soie qui en dessine les contours dignes du ciseau de Phidias. »
(Style de roman.)
Jardin. La Touraine est le jardin de la France,
« Connaissez-vous cette partie de la France que Ton a sur nommée son jardin ? »
(A. de Vigny. Cinq-Mars.)
Jareet.
« Fièrement campé, le jarret tendu, l'épée à la main, W en feu, il était beau à voir ainsi. »
(Portrait en jambe d'an duelliste de roman.)
Jatte.
« On apporta du pain, des fruits, une jatte de lait, et, au bord du clair ruisseau, nous prîmes un frugal repas. »
(Roman genre Florian.)
Jaunissant.
« Les blés jaunissants, doucement agités par Thaleine (ta zéphyr. »
{Genre Florian,)
Jeter. Jeter l'épouvante dans les cœurs. — Une demande d'argent jette l'épouvante dans le cœur d'un avare Les assiduités d'un beau jeune homme, auprès de la femme d'un mari jaloux, jettent l'épouvante dans le cœui du jaloux.
Jeter de profondes racines.
Jeter des fleurs sur la tombe. — Flatter un cadavrft
« Jetons aussi quelques fleurs sur la tombe de Dezde compositeur charmant, à qui TOpéra-Gomique doit plusieufl ouvrages pleins de naturel et de grâce. »
(Feuilleton du Journal des Débats du 26 plu\i6se an TUI
« H est d'usage à la Chambre haute, que le président jdii
DES LIEUX COMMl XS 175
uelques fleurs sur les tombes qui se sont ouvertes entre i session passée et celle qui commence. »
{Figaro do 29 oct. 1878).
. Joueur. Les jeux sanglants de Mars, Les jeux et les ris mrckent sur ses pas.
Faites le jeu, messieurs! Litanie des croupiers des maions de jeu.
«C'est dans le jeu qu'on voit les plus grands coups du sort.» (Molière. Les Fâcheux, acte II. se. i.)
La fatale, la funeste passion du jeu,
« Mais une coupable ambition avait fait naître en lui ?a ission fatale du jeu. »
(Borie, Carmouche et Foujol. Les Deux Forçats, acte III, se. \i.)
« Charles Dautun..., avant de poignarder son frère, n'aulit peut-être jamais eu l'idée du crime, s'il n'avait pas nourri ms son cœur la ftineste passion du jeu. »
(Procès de Dautun et Girouard. Résumé du prés, des assises).
En 48U, vers la fin de l'Empire, un mendiant vint installer sous les arcades du Palais-Royal, en face du uméro 143, cette usine à mendiants. Celui-là, vêtu omme un notaire dans le malheur, tenait à la main, on pas sans une certaine crânerie, un chapeau pis- Bux et gondolé au fond duquel étaient collés trois as. t chaque fois qu'un passant s'arrêtait intrigué : « Meneur, s'écriait le truand, en avançant son chapeau, u'auriez-vous fait?... Moi, j'ai joué sur ce coup ma )rtune, et j'ai perdu... J'étais tombé sur un brelan
UTé. ))
« Ce sont là jeux de prince. »
(La Fontaine. Le Jardinier et son Seigneur.)
Des espiègleries sanglantes que quelquefois les heuîux du monde se permettent. Des infamies que les iehes croient pouvoir racheter avec de l'or. Sous l'anien régime, ces gredineries étaient très fréquentes, a guerre pourtant est toujours encore un jeu de rince. L'expression se trouve déjà dans le Dictionn. de icad, de 1643.
« La destinée du joueur est écrite sur les portes de înfer. »
(V. Ducange et Dinaux. Trente Ans ou la Vie d'un Joueur.)
:. Joie infernale, — La joie d'un don Juan qui triomphe
de rinnocence. Joie qu'on éprouve en voyant une m chancelé réussir.
« La première impression de la duchesse d'Alvaao fut v joie infernale. »
(Sophie Gay. Un Mariage tout VFmpire. 1831}
Joie infernale appartient à la littérature dramatiqi
Renoncer aux joies de ce monde.
Joindre. — Joindre l'utile à l'agréable.
Miscuit utile dulci.
(HOKACK.)
Jouer. Bien joué, Marguerite !
(Fr. Gaillardet et ▲. Dumas. La Tour de Nesk:
JoDG. Le joug des passions. Secouer le joug de l'esclaxai
(Roman humanitaire.)
Le joug des tyrans.
•( Du joug de ces tyrans, et si vils et si ûers,. »
(Parny. Poésies méléei.]
« Quel joug ne brise point un peuple audacieux? »
(Longepierre. Médée, acte II, se. m'
Le joug salutaire des lois.
« Ainsi à Tabri des froissements d'un pouvoir qui nefl dite aucune usurpation et d'un peuple oui ne cherche pi
à s'affranchir du joug salutaire des lois , les im
trats, etc... » J
{Discours de rentrée prononcé t par Vav. gén. Bioard, M la cour royale de Caen, 3 noT. 1830.)
Jour. Les jours de l'homme sont comptés. L*auteurdei jours. Jour de bonheur et d'ivresse. Jour à jcanais m rable. Béni soit le jour où je la vis pour la première fi
Les plus mauvais jours de notre histoire.
Nous ramener aux jours les plus néfastes de « histoire.
(Tartiniers politiques et coaserratears.)
Le plus beau jour de la vie.
« Je te retrouve enfin, et c'est le plus beau jour de vie. »
(Boirie, Garmouche et Poujol. Les Deux Forçats^ acte III. se. ^
« Moment enchanteur I... Oui ce jour sera le plus beau'
ma vie . » i
(Vict. Ducange. Adolphe et Sophie, acte II. se. i'^
« Je VOUS ai arraché de leurs mains... C'est le plus beau jour de ma vie! »
(Ch. Desnoyers, Boulé et Chabot de Bouin. Rita l'Espagnole, acte II, se. XII.)
«« Ce jour charmant, dans tout Paris « Semble ranimer la folie :
« Le premier jour où je te vis «i Fut le plus beau jour de ma vie. »
(Désaugiers à Sophie, le premier jour de l'an,)
« Partons I partons ! c'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie ! »
(Ch. Desnoyers et Eug. Nus. Le Testament d'un garçon, acte II, se. X. 1851.)
Il y a des gens qui prétendent que le jour du mariage est le plus beau jour de la vie !
< Du jour où je vous ai vue, je me suis senti naître à rime une de ces passions qui font le bonheur ou le malheur de la vie. »
(J. Arago et A. Martin. L'Éclat de rire, acte I, se. xi. 1840.)
Jkpuis le jour oii je vous ai vue, j'ai senti naître Vamour dans mon cosur,
(Le Parfait Secrétaire des amants.)
La mort tranche les jours de l'homme,
" On croit qu'un mal cruel trancha soudain mes jours. » (Ducis. Hamlet, acte II, se. v.)
« On disait que la Parque avait tranché ses jours. »
(Voltaire. Adélaïde du Guesclin, acte I, se. i.)
Attendre des jours meilleurs,
le jour de l'an, ce jour si impatiemment attendu par les concierges et les enfants.
Faire du jour la nuit,
« J'étais las, attendant chez moi votre retour, « Qu'on fît du jour la nuit, et de la nuit le jour. »
(Regnard. Le Joueur, acte I, .se. vu.) « Enûn, gorgé de mets, de Champagne et d'amour, * Tu fais du jour la nuit, et de la nuit le jour. »
(L. Festeau. Chansons.) « Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. »
(Racine. Phèdre.)
Jours fiUs d'or et de soie.
« Heureux dix fois nos pères, s'il est vrai qu'ils coulaient, flans une paix profonde, des jours filés d'or et de soie ! » (V. Ducange. Léonide ou la Vieille de Suresne.)
\1é DICTIONNAIRE
« Je passerais des jours filés d'or et de soie. »
(Regnard. Le Distrait, acte III, se. ii;
Filer d'heureux jours, couler des jours heureux, € Oh I vous, oui nous tenez de fort graves discours « Sur l'art et les moyens de filer d'heureux jours. » (Berchoux. La Gastronomie^ chant Vf,
« Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants, « Coulaient en paix leurs jours. »
(Florian. Le Château de cartes, hbkÀ
« J'ai coulé des jours sereins et doux. »
(Àndrieux. Le Trésor, acte III, sc.i
Journée. Les immortelles journées de Juillet. — Malhi reusement mortelles pour bien des gens. (Gonsultd nécrologe de la colonne de Juillet.) {
« Sous le rè^ne d'un roi patriote, d'un roi dont l'illd Bolinbroke avait cru ne tracer qu'un portrait imagiDaire dont le peuple IVançais, dans les immortelles journées Juillet, a couronné le modèle. »
[Réponse de M. Jouy au discours de réception deM. D*, 30 août 1832.)
« Les immortelles journées de Juillet avaient licencié|
fait la garde du roi parjure. » I
{Gajsette des Tribuncuix da 5 noTembre i830.)|
« Nous touchons à cette glorieuse révolution que trois mortelles journées ont vu s accomplir. »
[Discours de rentrée. Trib. d'Orléans, 3 novembre I83i
11 n'y a pas moyen d'ouvrir un journal de TépiKj sans tomber sur l'apologie de ces « trois immortel journées ». Il a fallu attendre dix-huit ans la répoa C'est Février qui a répondu à Juillet. Il a mis, du res le temps de la réflexion.
Juge. Souverain juge.
<i Au moment terrible de comparaître devant le trône souverain juge. »
{M"« Cottin. Elisabeth.] « Madame, savez-vous que vous n'êtes plus devant époux, mais devant un juge? »
(Albert Labrousse et Âlph. Brot. Juliette. IsJi-l
(Prière à MM. les comédiens de marcher très nob blement au devant de l'épouse, qui doit reculer et fii lement tomber anéantie sur un siège, en se cachant tête dans les mains.)
Jus. Le doux jus de la treille, qui a inspiré tous nosclu
Qniers, et qui rime si bien à « yermeille » et à « bou-
lie. »
Il vaut mieux s'enivrer du doux jus de la treille. »
[Recueil d'airs sérieux et à boire, Paris, Ballard, 1698.) CE.
Sire I Sire ! justice ! »
{Le Cid, acte II, se. ix.)
Les hommes ont pu vous absoudre, mais vous n'échap- •ez pas à la justice de Dieu. La justice humaine est une anation de la justice de Dieu,
Quelques secondes après, la justice des hommes était isfkite. »
(Petit Journal du 16 juillet 1878.)
]'est la dernière phrase, la phrase inévitable des nptes rendus d'exécutions capitales.
Oh ! la justice des hommes !... Mais il y en a une autre...
vous est-il jamais arrivé de penser à la justice céleste? w
(Dumanoir et A. d'Ennery. Les Drames du cabaret, acte II, se. v.)
Rendre justice à la pureté des intentions.
Mais lorsque vous me connaîtrez mieux, vous rendrez ;ice à la pureté de mes intentions. »
(Poujol et Maréchalle. A Minuit! acte II, se. vi. 1839.)
Si ce malheureux fut coupable, la justice de ce monde plus de droits sur lui. Il n'appartient plus qu'à la justice Dieu ! »
(Anicet-Bourgeois et Michel Masson. Les Orphelins du pont Notre-Dame.)
^ja justice informe. — Chute d'un fait divers relatant t un vol, soit un assassinat, dont l'auteur désire en- •e garder l'anonyme.