‹ Dictionnaire des lieux communs de la conversationChapitre 4 sur 31 · DES · texte numérisé non relu

DES

« Il est des lieux communs, et cependant fort beaux ,

« Qui depuis deux mille ans semblent toujours nouveaux.

(Colnet. L'jért de diner en vi/te, ebant 111.)

Ne sAYoiR NI A NI B. — Vieille locution qui signifie être très ignorant. Cela n'empôche pas de faire fortune... au contraire. Quand l'ignorant est doublé d'un imbécile, il a beaucoup de cnance de réussite dans tout ce qu'il entreprend.

« Oultre qu'il ne savait ni à ni b, comme on dit. »

(De Gaufreteau. Chronique bordelaise ^ t. II. ~ 1611.)

« Ci-dessous çît monsieur l'abbé « Qui ne savait ni a ni b. >

(Ménage, Poésies,)

« Et je veux, si jamais on engage ma foi,

« Un mari qui n'ait pas d'autre livre que moi,

« Qui ne sache à ne b, n'en déplaise à Madame. »

(Molière. Les Femmes savantest acte Y, se. iy.)

ABATARDISSEMENT. ABATARDISSEMENT DES PEUPLES. — Le résultat d'une certaine politique chez certains gouvernements pour lesquels Topium, Tabsinthe ou la démoralisation sont un instrumentum regni.

Abolition. L'abolition de l'esclavage est la plus belle conquête de la civilisation moderne. — Belle phrase à effet sous la plume d*un publiciste, qui ne partage pas Topinion de Montesquieu sur les nègres. Des goûts et des couleurs il ne faut disputer.

Abri. La religion offre un abri tutélaire aux malheureux, — On voit des malheureux se jeter dans les bras de la religion pour y chercher un abri, comme d'autres se précipitent dans les bras de la Seine pour y trouver la mort.

A l'abri de l'adversité. — Tous les parapluies contre l'adversité mis à la disposition du public par les philosophes n'abritent personne.

« Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux. » (La Fontaine. Le Lièvre et la Perdrix.)

A rheure de l'adversité, ces mêmes philosophes crient plus fort que les autres ; ils crient deux fois plus fort : une fois comme hommes, une fois comme philosophes.

Absinthe. La vie est mêlée de miel et d'absinthe, — Pour la majorité, de beaucoup trop d'absinthe et de pas assez de miel. Si le sujet prêtait à la plaisanterie, j'ajouterais

Sue c'est la raison pour laquelle on compte tant 'ivrognes.

«L'absinthe est une liqueur d'autant plus dangereuse qu'une fois qu'on s'y est adonné on ne peut plus s'en passer. » (Propos de Géronte.)

Abstenir. Bans le doute abstiens-toi. — Et la variante introduite par les amis de la muse verte : Dans le doute absinthe-toi.

Le conseil de s'abstenir dans le doute remonte au temps de Zoroastre ; on le trouve dans son Zend-Avesta, Cicéron l'a traduit par : quod duMtes non feceris.

Acclamation. Loi votée par acclamation, — Et en avant la musique de Chambre ! Heureux le ministre qui peut faire voter une loi par acclamation I II est à peu près sûr de conserver encore un mois son portefeuille , le temps de voir promulguer la loi.

Acclamation du peuple, — Sous l'Empire , ce çue les journaux appelaient acclamation du peuple n'était autre que l'acclamation de quelques braillards en blouses blanches à la solde de la police. Depuis, une demidouzaine de voyous ont remplacé les blouses blanches.

Acclamer. Le souverain sur tout son parcours a été acclamé par la foule dont l'enthousiasme ne connaissait pas de bornes, — (Langage des journaux officieux.) L'enthousiasme de la foule est alimenté par une douzaine de polissons dont dix au moins émargent à la rue de Jérusalem.

Accomplissement. Le plaisir qu'il trouve dans Vaccomplis^ sèment du devoir est la plus belle récompense d'un cœur honnête, — Phrase à conserver pour la placer un jour de distribution de prix de vertu à l'Académie française. C'est une de ces phrases qui ne se perdront jamais.

Accord. L'accord des partis est impossible en France. — Je crois bien , dans un pays où chaque parti prétend conduire l'orchestre I Et c est toujours le pauvre peuple qui danse.

Accusé. La défense de l'accusé est sacréç. — Belle parole d'un avocat, laquelle s'est perpétuée d'âge en âge.

« Accusé, levez-vous I » Injonction présidentielle qui se répercute chaque jour, plusieurs fois, sous les voûtes du temple de Thémis.

Acier. Homicide acier. — Un homicide ader a tranché le fil de ses jours. — Il faut remonter jusqu'aux écrivains d'avant 1830 pour rencontrer encore des exemples de l'homicide acier et ses suites.

« J'ai senti tout à coup un homicide acier « Que le traître en mon sein a plongé tout entier. » , . . (RaciRe. Athaîie.)

Aujourd'hui l'on ne permet plus ces choses-là, à moins de vouloir se faire enfermer à Charenton, section des gâteux.

Acquitter.

■ Oui, messieurs. Impénétrables' à tous les bruits du dehors, n'écoutant que votre conscience , vous acquitterez l'accusé parce que vous êtes la plus haute expression de la justice humaine. »

{Péroraison de Vavocat défendant la tête d'un a/freux coquin qui a fait des essais anatomiques sur sa victime.)

Acteur. Cet acteur dont le rôle effacé n'a pas moins produit le plus grand, effet. — Phrase où l'on voit que l'acteur et le journaliste sont dans les meilleurs termes et font la partie de billard ensemble au café.

Il y a des gens qui ont la camaraderie terrible, et qui cherchent à persuader qu'on peut produire au théâtre le plus grand effet rien qu'en disant : « La voiture de madame la comtesse est attelée, » ou encore : « Le dîner de madame la marquise est servi. » Surtout ne pas se tromper et ne pas dire : « Madame la comtesse est attelée. »

« Pour former des acteurs, il faut des écrivains. » (Dorât. La Comédie, Chant IL )

Activité. Activité dévorante, — Accouplement ministériel dû à un certain Ghevandier de Yaldrûme^un des derniers ministres du second Empire.

Actualité. L'actualité, cette noumture de la presse périodique. — Sous le nom d'actualités , (jue de vieilleries Ton réimprime chaque jour, que de vieilleries Ton fait avaler au lecteur.

Danton s'écriait : « de l'audace, encore de Taudace, toujours de l'audace ! » Aujourd'hui le cri de nos rédacteurs en chef est : de l'actualité, encore de l'actualité, toujours de l'actualité!

— Mais quand il n'y en a pas ? - On en invente.

A la porte de chaque bureau de rédaction de journal devrait être écrit ce vers de la Clyméne de La Fontaine :

« Il me faut du nouveau n'en fût-il plus au monde. » Adieu. Adietuc touchants, — Adieux déchirants.

«Adieu ! noble cœur dont le passage fut trop court sur cette terre semée d'écueils , adieu ! nous nous retrouverons dans un monde meilleur. » (Paroles qu'on prononce sur la tombe d'un ami.)

Administration. L'administration éclairée, — Ne jamais oublier d'accoler cette épithète au substantif administration quand on écrit dans un journal officieux. Les subventions tiennent à si peu de chose l Inutile d'ajouter que ce conseil ne s'adresse qu'aux apprentis journalistes.

Notre administration que l'Europe nous envie. — Vraiment, il n'y a pas de quoi, disent les gens grincheux. — Trop de lenteur, trop de guichets , et trop de sans-gêne de la part des employés.

Admirateur.

« Admirateur passionné de tout ce qui est beau, ce n'est pas sans une profonde émotion qu'il. m*a été permis de contempler la vue de tant de charmes unis à tant de grâces. »

(Pour faire suite au Parfait secrétaire des amants,)

Cette phrase, ou toute autre de la môme bêtise, accompagnée de quelques promesses sérieuses, est d'une grande portée auprès des demoiselles de magasin sensibles à la perspective d'un petit présent ; parce qiie les petits présents entretiennent et l'amitié et les femmes... qui ne sont pas trop exigeantes.

Adonis. Mon bel Adonis, — Il n'y a qu'une vieille douairière du vieux faubourg Saint-Germain qui soit capable

d'appeler son amant : « MonbelAdonis,»en lui passant la main dans les cheveux.

{Rémmùcenee mythologique,)

ADOUCIR. Adoucir les contours, — Quand on annonce à un mari qu'il est trompé, on doit chercher à adoucir les contours. Quand on annonce à quelqu'un que sa position est désespérée, on doit chercher également à adoucir les contours. Il y a même des gens si bien élevés quHls n'empruntent jamais d'argent sans adoucir les contours de leurs demandes.

Adversaire. Adversaire courtois, — Soit à la tribune, soit à la barre, soit dans une polémique, l'adversaire courtois tombera son homme à grands renforts de périodes ronflantes et du meilleur goût, saupoudrées d un peu de sel attique. Sur le terrain, sa mise sera correcte, son maintien grave, ses gestes seront sobres et ses gants gris foncés. Il donnera ou recevra courtoisement un coup d'épée dont il guérira ou mourra selon les règles de la courtoisie et du manuel du bon ton.

Adversité. Supporta" dignement les coups de Vadversité, — Il y a des gens qui supportent deux cents livres d'adversité sans broncher, d'autres qui ne peuvent pas en {)orter vingt livres. — En générd, ceux qui supportent e plus dignement les coups de l'adversité posent toujours un peu pour la galerie, et se font d'autant plus plaindre qu'ils ont l'air de ne pas se plaindre. Il y en a d'autres qui, après avoir joui pendant vingt ans de cent mille livres de rente, crient sur les toits qu'ils supportent dignement les coups de l'adversité, le jour où leur budget est réduit de 50 »/o. Nous avons connu un orij^inal qui, ayant perdu sa belle-mère , prétendait qu'il supportait dignement les coups de l'adversité.

« C'est dans l'adversité qu'on connaît les amis. > (Euripide. Héeube, acte V, se. m.)

« Dans le besoin on reconnaît quel est l'ami. »

(Jean Bodel. Le Jeu de Saint-Nicolas y 1360.)

L'adversité est l'école des grands hommes, — Dans le nombre il y en a qui meurent tellement de faim qu'ils n'en reviennent pas et disparaissent grands hommes incompris.

> C'est la destinée des hommes de génie de se mesurer avec l'adversité. »

(Tchang-Koue-Pin. La Tuniqye confrontée, acte I, se ui, traduction du chinois par Bazin aîné.)

AÉRIEN. Navire aérien. Monstre aérien. Ballon. — On prétend que, dans un temps à venir, on voyagera en ballon comme on voyage en chemin de fer. A cette époque, tous les caissiers auront des ballons à eux pour parer aux événements, et les banqueroutiers, au lieu de prendre la route de Belçique, prendront le chemin de la lune. Alors Fexpression faire des trous à la lune y ne sera plus un vain trope. Le navire aérien a été mis dans la circulation par M. Nadaud qui est bien capable de l'avoir imaginé.

Affaires. Les affaires sont les affaires. Les affaires vont mal. — Rengaine de tous ceux qui de près ou de loin touchent au commerce, depuis le plus petit boutiquier jusqu'aux princes de la finance. En avez-vous jamais entendu un seul ne pas se plaindre de ce que les affaires allaient mal? Us ont tous peur qu'on fasse appel à leur bourse.

Quand on est dans les affaires , on ne s'appartient pas. Rengaine à Tusage des commerçants qui, arrivent en retard à un rendez-vous, ou qui n'y arrivent pas du tout.

Affluer. Les curieux affluent autour de la table des pièces à conviction.

(Compte rendu des journaux judiciaires.)

C'est ordinairement pendant une suspension d'audience que ce bon public se paye le spectacle des viscères de la victime et se repaît de la vue des « fers homicides. » Il faut bien, pendant les entr'actes, entretenir un peu les émotions qu'on est venu chercher en Cour d'assises. Bon public!

Age. — Quel bel âge! disent les vieillards parlant des enfants ou des adolescents, tandis que ces derniers trouvent que leur âge commencera à n'être beau que lorsqu'ils en auront-fini avec l'école ou le collège.

« Quinze ans I... Thémire, ô le bel âge !

« Des doux plaisirs c'est la saison. »

(Maréchal. L'Age pour f amour, chans.)

Chaque âge a ses plaisirs.

Titre et refrain d'une chanson de J. Lagarde :

« Pourquoi gémir lorsque nous vieillissons ?

« Il est des fleurs pour tous les âges.

* Rappelons-nous, malgré de vains désirs,

« Que tour à tour, chaque âge a ses plaisirs. »

Agriculture. L'agriculture manque de bras. — Connaissezvous un seul Prudhomme qui, chaque fois qu'il est

question d'agriculture, ne vous lance pas cette phrase à la léte? Tenez- vous pour heureux et quitte à bon marché, s'il n'entreprend pas une diatribe sur la domesticité envahissante. « Monsieur, s'écrierâ-t-il, tous ces grands gaillards, tous ces fainéants qui désertent la charrue pour grimper derrière nos carrosses, voilà une des plaies du siècle. » Et pourquoi donc aussi avez-vous des carrosses , Monsieur Prudhomme ?

Aigle. L'aigle de Meaux. — C'est-à-dire Bossuet dans le

style métaphorique comme Fénelon est le cygne de

Cambrai ou encore le doux Fénelon, comme Virgile

est le cygne de MantoueetRossinile cygne de Pezzarre.

Que de cygnes pour un aigle !

<i L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre. » (Gresset. Le Méchant^ ac. V, se. tu.)

AiGDiLLON. Les aiguillons de la gloire. — Très à la mode sous le premier Empire, à une époque où l'on était aiguillonné par les appas de la gloire, comme de nos jours on est aiguillonné par l'appât du gain. Alors les femmes aimaient la gloire et les hommes voulaient être glorieux; aujourd'hui, elles préfèrent l'argent, et les hommes aussi... pour leur faire plaisir.

Aiguiser. Aiguiser l'appétit. Il y a des rémouleurs d'appétit comme il y a des rémouleurs de couteaux. Ce sont les fabricants d'apéritifs. Les pauvres gens ont toujours l'appétit aiguisé, un appétit tranchant comme un couteau de boucher, parce que la plupart du temps ils se serrent le ventre et que, le reste, ils dansent devant le buffet.

Ailes. Les Ailes de la Renommée, — Métaphore mythologique peu en usage aujourd'hui et remplacée par la trompette de la renommée.

Lesailesdu Temps sont moins démodées. Chez certains faiseurs de livres,on fuit encore sur les ailes du Temps, tandis que les écrivains religieux mettent leurs lecteurs sous l'aile du Seigneur. Chez quelques bourgeois arriérés la Renommée avec «a trompette , le Temps avec ses ailes et sa faux, figurent encore en bronze ou en pseudo-bronze comme sujets de pendule. Très peu appréciés à l'hôtel Drouot.

Aimer.

< Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue. »

(Boileau.)

Et la variante non moins connue :

« Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous floue. » Pour les philosophes, T. Corneille a dit dans rinconnw : « Quand on n'a pas ce aue Ton aime, « Il faut aimer ce que 1 on a. »

Plus je te vois, plus je t'aime.

« Quand je t'ai dit que mon amour,

< Pour toi, Lisis, était extrême « Je t'abusais : de jour en jour

< Plus je te vois et plus je t'aime. »

{Chansons choisies. 1783.)

Tout le monde connaît la belle variante de Gavarni :

« Plus je le vois, plus je t'aime.»

Adressée à son jeune amant par une femme à la tête de deux commanditaires, un jeune et un vieux.

Je n'aimerai jamais que vous au monde,

(Style du Parfait secrétaire des amants,) « Souvenez-vous que je vous aime, que je n'aimerai jamais que vous au monde. »

( Dumanoir et d'Ennery. La Paysanne pervertie^ acte IV, se it.) tt II est si doux d'être aimé pour soi-même. »

(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)

Air.

Air embaumé de la brise du soir.

Air embaumé du parfum des fleurs.

Air embaumé de suaves parfums.

c Je ne les verrai plus ces riants paysages, « Ces coteaux couronnés d'ombrages, « Où du parfum des fleurs tout l'air est embaumé. »

(De Bonnard. Poésies.)

Airain. — Ce métal (classique) était encore énormément travaillé par les poètes et les littérateurs consciencieux du commencement du siècle. Ils ont battu et rebattu : le cœur d'airain, graver sur l'airain, l'airain résonne, plus durable que l'airain, l'airain tonne, les sons lugubres de l'airain, tous plus ou moins renouvelés des Grecs et des Romains :

« Le tamboui bat et l'airain tonne. »

(Dorât. Les Baisers.) K L'airain contre l'airain tonnant avec fracas. *

(Gilbert. Odes.) « J'entends l'airain pieux, dont les sons éclatants « Appellent la prière et divisent le temps. »

(Esménard. La Navigation, chant VI.)

« Pourquoi donc le son de l*airain a-t-il pris quelque chose de si lugubre ? »

(M— Cottin. Claire d'Albe.)

« En vain la voix prophétique de Tairain leur annonce l'approche de l'éternité. »

(X. de Haistre. Voyage autour de ma chambre.)

Cœur d'airain,

* Attendez.... mais comment, avec un cœur d'airain, « Refuser un billet endossé de ma main ? »

(RegDard.Z« Joueur^ acte II, se. xnr.)

« Rien ne touche son cœur d'airain. »

(Bernis. Poésies diverses.)

« Tous les cœurs sont d'airain... »

(Gilbert. Quarts d'heure de misanthropie.)

« Il est donc vrai (ju'il y a des cœurs d'airain que le temps ne peut amollir. >

(Empis. Julie^ acte I, se. vi. — 1837.)

Aisance. Une honnête aisance. — C*est Vaurea mediocritas d'Horace. Le gradin, qui a su se soustraire au courroiuc des lois, mettre le masque de Tartufe, en imposer à ses amis et connaissances, peut passer pour jouir d'une honnête aisance, s'il se contente d'une dizaine de mille francs de rente mal acquis. — Par une heureuse interprétation de ces mots, un filou notoire, retiré des affaires avec une certaine fortune, peut affirmer qu'il

{)ossède une honnête aisance, s'il entend honnête dans e sens de modeste et chacun sait que chacun comprend l'honnêteté à sa manière.

« Le produit de son labeur procurait une honnête aisance au ménage. »

{Gaulois du 39 août f 878.)

Affection. Dégagé des affections terrestres.

« Il est un dernier asile où l'on se retrouve après la vie, où les âmes, dégagées des affections terrestres, s'ouvrent à des jouissances plus pures. »

{Procès de Descoutures , janv. 483^^ Déf. de M* Mauguin.)

Alarme, jeter l'âlârhe dans les cœurs, semer l'alarme. Très bien porté de nos jours. On jette l'alarme dans le cœur d'un avare à qui l'on demande vingt francs. — On sème l'alarme dans le cœur de certaines femmes en disparaissant la veille du terme.

Albâtre. — Shakespeare a dit : « Plus pâle que l'albâtre des tombeaux, » et une nuée de vautours littéraires se sont jetés sur l'albâtre pour en couvrir les épaules des héroïnes de leurs romans. De là, l'albâtre de son cou, ses

seins d'albâtre. Plût au ciel qu'ils s'en fussent tenus à Talbâtre, mais voici les innovateurs qui ont plongé au fond des mers d'où ils sont sortis avec le corail des lèvres et les dents de perle; voici les chasseurs d'éléphants munis des dents d'ivoire et du cou plus blanc que l'ivoire ; les jardiniers avec leur teint de lis et de rose, la bouche fraîche comme une grenade entrouverte^ la taille souple comme une liane, le duvet de la pêche qui couvre les joues; les joailliers avec leur assortiment d'yeux qui brillent comme des escarboucles ; les dessinateurs avec leurs lèvres ombragées d'un léger duvet et leurs nuages qui estompent le ciel ; les naturalistes avec leurs cheveux plus noirs que l'aile du corbeau;les voyageurs rapportant de l'Orient les pieds de Chinoise, le regard langoureux . des Odalisques ; et les archaïques avec leurs profUs grecs, leurs profils de camée. Tous l€s mondes, tous les éléments ont été mis à contribution pour dire qu'une femme avait les cheveux noirs, la taille fine, les pieds petits, les dents blanches, la bouche apipétissante, le regard tendre, les yeux vifs, ce qui est cent fois plus facile et cent fois plus clair.

Voici un modèle du genre :

« Je vis de ses beaux flancs l'albâtre ardent et pur, « Lis, ébène, corail, roses, veines d'azur, u

(André Chénier. Elégies.) « Au mois de la récolte je descendrai vers ton col d'albâtre, et j'y moissonnerai tous les lis dont il e st semé. » (Dorât. Imitations de poètes latins^ Cayalier Marin.)

Albion. La perfide Albion. — L'Angleterre ainsi baptisée par nous sous le premier Empire et qui devint notre alliée sous le second. Logique des gouvernements impériaux. E. Parny n'appelle jamais l'Angleterre « qu'Albion. »

Aléa. — Aleajacta est: Le sort en est jeté. Paroles mémorables de César au passage du Rubicon, et renouvelées des Grecs. Un des clichés dont on a le plus abusé en politique. Il est môme des gens parmi ceux qui ont mit un peu leurs classes qui ne peuvent pas arrêter une nouvelle domestique sans accompagnement de Valea jacta est. Les campagnards traduisent volontiers : Le lait est dans la jatte.

« Chez les Grecs, les sorts estoient le plus souvent des espèces de dez sur lesquels estoient gravez quelques caractères ou quelques mots dont on allait chercher l'explication dans des tables faites exprès. »

(Fontenelle. Hist, des Oracle»,)

Ordinairement on jetait soi-même les dés; d'où Feipression usitée chez les Grecs : Le sort en est jeté, aléa jacta est des Romains.

Aliment. Aliment de l'esprit. — Heureuses les productions littéraires dignes de ce surnom. Pour une denrée de ce genre saine et réconfortante comme un bon roastbeaf, combien de viandes coriaces, mal apprêtées et d'une digestion difficile, sans compter les viandes faisandées et les viandes trychineuses 1

Allumer. Allumer un brasier dans le eosur. — Le très indifférent Hippolyte avait allumé un brasier dans le cœur de la très inflammable Phèdre. Celui aui, de nos jours,en allumerait un pareil dansles trois mondes connus, à savoir : le grand monde, le monde de tout le monde et le demi-monde ; celui-là pourrait se flatter d'être un u rude lapin » comme a dit Gavarni.

« Grains qu'il n'allume dans ton cœur, « Ces feux dont tu me fais un crime. »

(Parny. Poésies mêlées.)

Allumer le feu des passions,

« Descoutures combla les distances par la correspondance la plus propre à allumer dans le cœur de la jeune Anna tout le feu des passions. »

{Procès de Descoutures , 18$7. Plaidoirie de H" Hennequin.)

Altérer. Altérer la vérité. — La Vérité, la déesse à qui l'on fait manger le plus d'épices. Elle est tellement altérée que c'est pour cela, prétend Alphonse Karr, qu'eDe est représentée sortant d'un puits«

Ame. — « J'ai pas mal disséjjué de cadavres, disait un illustre chirurgien et je n'ai jamais pu découvrir l'âme. » L'âme, un mot qui a rendu de grands services à la poésie.

« Pourquoi le ciel ne lui a-t-il pas donné une âme qui comprît la sienne. »

(Sophie Gay. Un mariage sous l'Empire, 1834.) « La rage concentrée qui dictait ces mots trahissait assez le sentiment qui remplissait l'âme d'Adhémar. »

(Idem, idem,) « Nos deux âmes confondues ensemble. »

(M"« Cottin. Malvina.) <c Son âme, confondue dans celle de son amant, nage dans un torrent de volupté. »

(Idem, idem.)

« Songez que nos âmes se réuniront dans ce séjour im-

mortel , où Tamouri aussi pur qu'immuable , est à jamais sans trouble et sans inquiétude. »

(M"« de Genlis. Pétrarque et Laure.)

Régner sur Vâme, « Jeune fille aux yeux noirs, tu rè^es sur mon âme. > (Betourné. La jeune fille aux yeux noirs.) « Vous seule vous ré^ez sur mon âme. »

(Hoffmann. Le Roman d'une heure, scène xi. — 1803.)

Disposer VAme à la rêverie,

« Nous arrivâmes à Unterseen, et le bruit de TÂar, qui tombe en cascades autour de cette petite ville, disposait rame à des impressions rêveuses. »

(H»* de Staël. LAllemagne, tome I,ch. ii.)

Aller à l'âme,

« L'organe le plus beau privé de cette flamme, c Forme un stérile bruit qui ne va pas à Tâme. >

(Dorât. L'Opéra, chant III.)

£n poésie, âme rime toujours à flamme, c'est fatal et traditionnel.

Ame de ma vie,

« Toi pour qui j'ai tout fait, toi l'âme de ma vie. » (Voltaire. Alzire, acte II,, se. m.)

Idole de mon àme,

« moitié de moi-même I idole de mon âme! »

{Idem, acte m, se. it.)

Et dans Topera de Guillaume Tell :

« Matbilde I idole de mon âme I »

Ami.. En^re amis tout doit être commun. — Cette pensée, tirée d'un fragment du Myconien de Cratinus, a été depuis partagée par tous les amis qui... n'Ont rien.

Amitié.

« L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. »

Un vers que Corneille a mis dans Cinna et que, chaque jour, les courtisans répètent aux plus petits des roitelets. Quand Talma disait ce vers, si Napoléon était au théâtre, l'acteur se tournait toujours vers le souverain : solennelle flagornerie.

Amorces. Amorces du plaisir, — Les beaux yeux d'une jolie femme, amorces pour l'homme à tempérament amoureux ; une poularde truffée , amorce pour le gourmand ; — la perspective d'un bout de ruban , amorce pour l'ambitieux ; — une consultation de médecins, amorce pour les héritiers ; — un riche héritier, amorce

pour les demoiselles à marier. L'humanité passe sa vie à être amorcée. 11 n'y a pas jusqu'à l'idée d une vie éternelle qui ne soit une amorce pour le moribond. AMOUR. — Le mot qui a été le plus prononcé depuis la création du monde, la chose qui empêche le monde de finir, le mouvement perpétuel.

« Mais cet amour que tu m'as inspiré, cet amour qui fait le charme de ma vie... cet amour ne trouvera-t-il pas un écho dans ton cœur. »

(F. Cornu et H. Auger. Pauvre mèrey 1837. )

Étemel amour.

« G*est marquer plus que de la froideur pour une femme à qui vous avez juré devant Dieu un étemel amour. »

hoirie, Cannoache et Poujol. Les deux forçatSt acte II, scène t. — 18S2.)

Couronner l'amour.

€ Je vous aime depuis longtemps, vous le savez^ et vous couronnez un amour qui est né le premier jour où j'ai eu le plaisir de vous voir. »

( Hoffmann. Le Roman d'une heure y scène rri.)

« Voilà le moment de voir couronner mon amour. >

( Valory et Maurice Alhoy. La belle limonadière, acte III , scène xiv. — 1839.) i.^

Folâtres amours.

« Vous vous plaisez aux jeux de ce bercer de seine,

« De ce galant bei^er en qui furent toujours

« Avec les jeunes ns les folâtres amours. »

(Segrais. Églogues.)

L'amour m'a prêté ses ailes. — Ce que disent les amoureux qui volent dans les bras de leurs amoureuses. « Et l'y serais encor dans des peines mortelles, c Si l'amour pour vous voir ne m'eût prêté ses ailes. » ( Regnard. Le Jou£w, acte II, scène ly.)

L'amour embellit tout.

(Adam de la Halle. Le Jeu d'Adam^ scène d*Adam et de Riquier, xui* siècle.)

« Ah ! que l'amour est agréable « Il est de toutes les saisons. >

Ce sont les deux premiers vers d'une chanson très appréciée de nos pères : La barque à Caron.

Selon Parny, qui s'y connaissait, l'amour n'a qu'un temps.

« C'est quand on est jeune et jolie, « Qu'il faut aimer. »

( Il faut aimer. )

Amour-propre. — J'ai lu au bas d'un dessin de... Grévin,

je crois, cette pensée : « L'amour-propre ! Est-ce qu'il y en a un autre qui ne l'est pas ? »

« L*amour-propre offensé ne pardonne jamais. » ( E. Lebrun. Epttres, )

Et voyez comme les beaux esprits se rencontrent :

« L'amour-propre offensé ne pardonne jamais. » " ( Vigée. Les Aveux^ scène vu.)

Amoureux. Amoureux des Muses, amant des neuf sœurs. — S'il en existe encore parmi ceux qu'on qualifiait jadis de ce titre , ils doivent joliment soupirer à sainte Perrine :

« Amants des muses, pauvres diables « Qui courez à la gloire au milieu des sifflets. » (Dorât. Epttres, 1. U.)

Amphitryon.

te Le véritable amphitryon

« Est l'amphitryon où 1 on dîne. »

( Molière. Amphitryon. )

Voulez-vous mériter le beau nom d'Amphitryon ? Que votre table soit toujours ouverte à vos amis et môme à vos ennemis, que la chère soit exquise, les vins purement authentiques , le service silencieux , les liqueurs hors ligne, le café merveilleux, les cigares exceptionnels. Semez de temps en temps , avec à-propos , quelques louis dans la poche de vos convives , allez jusqu'au billet de mille dans les grandes circonstances, et gardezvous bien , non seulement de jamais redemander votre argent, mais encore de jamais faire la moindre allusion aux services que vous aurez rendus.

Analyse. L'analyse des intestins confiée au docteur X*** a signalé la présence du poison, — Ainsi s'expriment les journaux judiciaires lorsqu'il s'agit d'une expertise à la suite d'un empoisonnement. — Devant lejury, les docteurs se battent à coups de citations sur le dos du défunt. -^ « Il n'y avait pas de poison, dit le docteur Blanc ; il y en avait, prétend le docteur Noir. — Les intestins en ont fourni i/2 milligramme. — Voulez-vous que j'en trouve i milligrammes dans le fauteuil de M. le président? — Voyez Trousseau! — Voyez Orfilal — Voyez Velpeaul — Voyez CuUerier! » — Le soir, si le hasard vous conduit près d'un cabaret à la mode , vous verrez les docteurs Blanc et Noir assis béatement devant une table en train de savourer un chaufroi de perdrix, ce qui est le dernier mot de la scienccM. culinaire.

ANALYSER. Analyser ses sensations. — Depuis la découverte de la vapeur et la propagation des chemins de fer, bien peu de gens ont le temps d'analyser leurs sensations. D'ailleurs, on a si peu de sensations ; on a des besoins que Ton satisfait plus ou moins, selon que les moyens le permettent plus ou moins.

Anacréon. L'Anacréon moderne. — Lui a-t-on assez donné de l'Anacréon moderne à Bérançer, quand on ne l'appelait point le chantre populaire !

« Cet Anacréon moderne apprit à lire dans une imprimerie. »

[Chronique indiscrète du XIX* siècle.)

Aujourd'hui le chantre populaire n'est plus çuère goûté que de quelc[ues bourgeois en goguette. La jeune phalange républicaine ne se prive pas de l'appeler « faux Donhomme. )> Quelle belle occasion pour nous de placer ici le sic transit gloria mundi.

Ancre. Ancre de salut. — L'apparition d'un commanditaire sérieux est une ancre de salut pour le négociant dont la barque va s'engloutir dans les eaux de la faillite. Une pièce de dix sous, pour celui qui meurt de faim, est une ancre de salut ; pour un souverain, la guerre est quelquefois une ancre de salut.

Ange. Mon bel ange 1 ange aux blanches ailes ! Ange adoré ! Ange tutélaire ! Ange descendu des deux ! Ange qui remonte au ciel!... Et un nombre infini d'autres anges plus ou moins ailés à l'usage des amoureux de la première heure. Mais le lendemain, l'ange est un démon, une gourgandine. C'est qu'en vingt-quatre heures — une moyenne — a été comblée la distance qui sépare une illusion d'une réalité.

« Et Virginie, voyant la mort inévitable, posa une main sur ses habits, l'autre sur son cœur, et, levant en haut des yeux sereins, parut un ange qui prend son vol vers les deux. »

(Bernardin de Saint-Pierre. Paul et Virginie.)

« Non, ce n'est point une mortelle I c'est un ange descendu du ciel pour captiver la terre. »

(Ducray-Duminil. Peiit-^Jacques et Georgette.) « Marie s'offrit à mes regards, non plus comme la compagne de mes premiers jours, mais comme l'ange qui devait me consoler de mes peines. »

(F. Cornu et H. Auger. Pauvre mère.) « C'est un ancre de plus au ciel. » — « Dieu nous l'a prise, il avait besoin uun ange de plus au ciel. »

{Littérature de cimetière.)

Joli comme un ange.

« Deux enfants, jolis comme des anges, et bien portants comme des paysans, avaient dès lors doublé cette heureuse famille. »

(Ch. Nodier. Souvenirs de Jeunesse.)

Animaux. Le roi des animaux. — Le lion, à ce que prétend cet autre « animal à deux pieds, sans plumes, » qu'on appelle l'homme et qui s'est modestement intitulé : le roi de la création. Quelques-uns se sont même crus des dieux^ plus que des dieux :

« Le san^ des martyrs nous inonde,

« La vieille Europe est toute en feu ;

« Qui donc pourra sauver le monde ?

« L'homme I l'homme est plus grand que Dieu î »

a chanté un poète inconnu, mort, à l'hôpitarl, de faim, de haine et d envie à la suite d'une insolation poétique.

Anneau. — A joué et joue encore, avec le portrait de ma mère, la croix de ma mère, un grand rôle dans les mélodrames où il contribue au dénouement.

« Saint Jean. — Mais avant de mourir peut-être, il m'a dit de venir vous chercher... et m'a remis cet anneau, pour que vous n'hésitiez pas à me suivre. >

« Jeanne. — Cet anneau, oui, c'est bien le sien I...Et Yvon est en danger... Où le retrouver? Par où ? De quel côté ? > (Paul Foucher et Alboise. La Salpétrière, acte I, se. n, I84S.)

Anonyme. Soulever le voile de l'anonyme. — Un voile qui doit être joliment usé depuis le temps qu'on le soulève.

La lettre anonyme est Varme des lâches, — C'est aussi et principalement l'arme des domestiques ou des anciens domestiques qui cherchent à se venger de leurs maîtres. Les lettres anonymes adressées aux maris sont à peu près toutes calquées sur le même modèle.

« Mari aveugle,

« Pendant que vous travaillez pour soutenir le luxe de votre « femme, elle vous trompe indignement. Tous les soirs, à « six heures, elle sort pour se rendre à tel endroit. Suivez-la, « vous serez convaincu de son infidéUté. C'est un de vos amis, « touché de votre malheur, qui veut vous ouvrir les yeux. Je « vous plains. »

N. JB. — Rien n'est plus vrai qu'une lettre anonyme. Que faire en présence d'une pareille dénonciation? Y croire et j aller voir, si l'on n'aime pas sa femme. N'y pas croire et rester chez soi, si on l'aime.

Antan. Mais où sont les neiges d'antan^

Bien placée , pour exprimer un regret , cette citation ne fait pas mal et prouve que si l'on ignore la ballade de François Villon, on a au moins la mémoire du perroquet. Quelques ignares écrivent ou prononcent : « Neiges d'autan. »

Antigone. La moderne Antigone. — C'est un parfum poétique, un souvenir des temps fabuleux. Cela veut aire, pour ceux qui ignorent l'histoire d'Œdipe : Jeune fille qui conduit un vieillard aveugle. Ce rôle touchant est aussi souvent confié à de simples caniches. C'est plus émouvant et, peut-être, plus pittoresque. Au point de vue de l'exploitation de l'attendfissement public, le rôle du chien est énorme, témoin le succès du Convoi du pauvrje, de Vigneron.

Antre. L'antre de l'usure. — Devrait être relégué dans le magasin aux accessoires pour ne plus en sortir. Il n'y a plus d'antres. L'usure se pratique sous des lambris dorés. Gobseck est jeune, il a trente ans. Passionné pour les arts, il raffole des femmes et des bibelots ; on le voit à toutes les premières représentations, aux courses et au Bois ; il va aux eaux, tient un grand train de maison et égorge ses victimes soit à la Bourse, soit dans les bureaux de sa maison de banque. D'autres fois, c'est le boudoir de l'usure, quand c'est la courtisane qui revend d'une main à ses amants ce qu'elle leur a pris de l'autre.

Apogée. Atteindre à Vapogée de la gloire, — Pour un écrivain, c'est entrer à l'Académie française quand il n'en est pas digne, ou ne pas j entrer quand il en est digne. Pour un médecin, c'est avoir eu beaucoup de malades plus forts que la médecine, beaucoup de malades qui ont résisté à la puissance de la médecine. Pour un général, c'est avoir gagné une bataille qui a balayé de la surface du globe un nombre considérable de braves gens qui ne demandaient qu'à vivre. Pour le simple soldat, c'est avoir sauvé la vie à son général.

Appareil. Appareil respiratoire. — Ce sont de ces mots technicrues qui ne doivent sortir que de la bouche d'un grave aocteur. Ça en impose encore aux gens impressionnables. Ces diables de médecins, depuis Molière, ils n'ont pas fait un pas !

Bans le simple appareil.-^ En chemise. Réminiscence de ces deux vers de Bntannicus de Racine, acte II, se. ii. « Belle sans ornement, dans le aimple appareil « D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil. »

Apparence. Il ne faut pas se fier aux apparences. L'apparence est souvent trompeuse.

« On se laisse aujourd'hui tromper par l'apparence. » (Abeille. Crispùif acte 1, se. i.) « On est souvent trompé par Tapparence. »

(Chéron. Tartufe des mœurs ^ acte III, se. ix.)

Appas. Les appas de la gloire. — Il en est des appas de la gloire comme de ceux de certaines femmes : aussi trompeurs les uns que les autres.

Divins appas. — Les appas de la femme aimée, souvent des pièges grossiers.

c Ta courageuse adresse à ses divins appas « Vient de rendre un secours que leur devait mon bras. • (Corneille. Théodore y acte IV, se. vi.) a Oui, je souffrirai tout de vos divins appas. »

(Molière. Les Fâcheux^ acte I, se. tiii.) « Sans ses divins appas rien ne m'est précieux. » (Idem. Mélicerte, acte II, se. t.) « J'aime une belle blonde a Qui charme tout le monde « Par ses divins appas. »

(Recueil d^airs sérieux et à boire, 1698.)

f Mais j'ai craint le pouvoir de vos divins appas. » (Destouches. Z'iTommé singulier , acte V, se. ix.)

Appel. Appel au peuple. — - C'est le « prenez mon ours » des bonapartistes.

Faire appel au dévouement de quelqu'un. Autre cliché politique également moderne et dont la traduction est : appeler quelqu'un au poste de ministre, un beau poste, le rêve de tout homme politique. Il y en a qui veulent être ministre, ne fût-ce que pour quelques jours, pour

Eouvoir répéter qu'ils l'ont été, pour le répéter à toute eure de la journée, pendant toute leur vie et, peutôtre, dans l'autre monde. Dieu vous préserve de leur rencontre et de leurs conversations. Ils sont aussi tannants , aussi insupportables que l'épicier qui compte un général dans sa famille ou que le concierge qui a un &ère notaire.

Appeler. — Ce verbe a inauguré nombre de discours de réception à l'Académie française.

« Vous êtes appelé au milieu de nous , Monsieur, par le libre suffrage de l'Académie. »

{Bfipmse de M. Jouy à H. de Pongerrille. Séeince de V Académie française, ^9 juin 1830.)

t Appelé par votre indulgence bien plus que par mes faibles titres à Thonneur dont je viens jouir aujourd'hui, t

(Lamartine. DUcours de réception à l'Académie française.)

M. Sardou lui-même, peu partisan des phrases toutes faites, n'échappe pas à la contagion.

cUne année s'est écoulée depuis le jour où vous avez daigné m'appeler à l'honneur de partager vos travaux. »

(Victorien Sardou. Discours de réception à V Académie française^ ta mai «878.)

C'est ainsi que l'auteur de Rabagas salue d'un des plus aimables clichés académiques les académiciens ses confrères.

Le pur cliché académique débute ainsi :

« Appelé , Messieurs , à l'honneur de faire partie de cette illustre assemblée, c'est avec un légitime orgueil que, etc. >

Si , ce qui arrive quelquefois , le nouvel académicien est un homme de lettres ou simplement un journaliste, il aura soin d'intriguer auprès des feuilles publiques pour que MM. les typographes composent Assemblée avec un grand A.

Pour un souverain plus ou moins usurpateur, lorsqu'il monte sur le trône, c'est toujours « appelé », dit-il, par les vœux de la nation.

« Appelé par le voeu de mes concitoyens au milieu de cette grande crise, d

{Réponse du duc d'Orléans au discours de bienvenue du premier président de la Cour de Cassation, 7 août 1830.)

Apprentissage. Apprentissage de la vertu. — Si je n'avais pas la prétention d'écrire un ouvrage sérieux pour la

{)ostérité la plus reculée, je n'hésiterais pas à dire que e meilleur apprentissage de la vertu consiste à voir lever l'aurore.

Dejaure, dans Montano et Stéphanie, n'a-t-il pas dit avec accompagnement de musique :

o Quand on ftit toujours vertueux, On aime à voir lever raurore.>

Mais comme j'écris un ouvrage sérieux, je ne me fais aucun scrupule d'avancer, non pas avec Brutus, que la vertu n'est qu'un mot, mais bien que l'apprentissage de la vertu constitue un non-sens. On naît vertueux comme on naît borgne ou bossu ; et l'on n'apprend pas la vertu comme on apprend à tailler des boucnons ou à faire des godiveaux. Donc, il faut envoyer le cliché de l'apprentissage de la vertu rejoindre la grande armée des mots

pompeusement vides de sens. En fait d*apprentissage,

Earlez-moi de Vapprentisage du malheur; en voilà un de on aloi I L'apprentissage du malheur, pour les neuf dixièmes des hommes, commence au berceau et finit à la tombe , et dans ce métier-là on a beau se croire fort, on en rencontre encore toujours de plus forts que soi.

Approbation. Flatteuse approbation de Vauditoire, — Est-ce Talleyrand? c'est lui, je crois, ce doit être lui <jui a dit : « La parole a* été donnée à Fhomme pour dissimuler sa pensée». On peut dire la même chose de ce que nos journalistes, dans un compte rendu de séance, politique ou littéraire , entendent par « flatteuses approbations de l'auditoire» une série denravos, de « très bien » discrets, de «hum, hum » délicatement poussés, que l'on peut traduire par : « N'aura-t-il pas bientôt fini de nous ennuyer ? Quel raseur 1 »

Appuyer. S'appuyer sur son droit. — Un mot qu'on sort dans les grandes occasions ; un peu théâtral, mais encore fort de mise à la tribune et à la barre. Ne pas oublier de se cramponner à la tribune en le prononçant , cela double l'ef^t.

Apreté. Apreté du gain. — Signe caractéristique de nos modernes Phrynés, des modernes hétaïres et des auvergnats venus à Paris pour faire fortune.

Apre a la curée. — Nos modernes hétaïres, nos modernes Phrynés, les Laïs du jour sont âpres à la curée; les anciennes l'étaient également. Rien de nouveau sous le soleil. — C'est la curée des daims.

Arbitre. L'Arbitre de nos destinées. — Une des métaphores pour désigner Dieu, le souverain maître de toutes choses, l'architecte de l'univers, le créateur du ciel et de la terre, le sublime artiste; celui que les libres-penseurs n'ont pas craint d'appeler « le nommé Dieu », et un philosophe non moins libre-penseur, « une sécrétion du i cerveau. » ,

Arborer. Arborer des principes subversifs. I

« Monsieur, l'ouvrier n'est pas heureux au jour d'aiyour- ' d'hui, son salaire est insuffisant ; comment voulez-vous qu'a- | vec 4 ou 5 francs, il puisse, lui et sa famille?...— Taisez- vous, 1 vous arborez des priucipes subversifs. »

Quand on a bien arboré une certaine quantité de principes subversifs, on finit par arborer le drapeau de la révolte, et de là on s'en va à Cayenne aux frais de

TEtat... quand on n'est pas le plus fort. Et, au bout de quelques années, on est amnistié, à moins qu'on ne soit mort.

Arbre. Secouer les rameaux de l'arbre de la liberté, — C'est une de ces phrases que peut se permettre un maître de conférences à TEcole Normale. Ne serait pas déplacée non plus un 2 Décembre dans les colonnes d'un journal libéral. Demandez à un républicain de choix et d'imagination, il vous dira que, sous le" second Empire, les gourdins des sergents de ville étaient taillés dans le bois de l'arbre de la liberté.

Abc. Avoir plusieurs cordes a son arc— Les petites actrices, certaines parfumeuses, certaines marchandes de gants, ont au moins une corde de rechange... Une corde avec laquelle on devrait les pendre au nom de la morale publique.

ÀacHE, L'Arche sainte. — En général, la femme n'aime pas qu'on la regarde comme une arche sainte. — Le coflfrefort d'un avare est pour lui l'arche sainte.

Pour le bourgeois : La famille, la propriété, la religion, voilà l'arche sainte.

Architecte. L'Architecte de l'univers, l'architecte du

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