MONDE
« Ce dôme, c'est le monde dont Dieu est l'architecte. » (Marquis de Custine. La Russie en i8S9, tome l.)
Ardeur. Ardeur mutuelle.
« Tous deux épris d'une ardeur mutuelle. »
(Vergier. Epithalames , 1750.)
En prose, on se contente de dire : amour partagé ; c'est déjà bien joli.
Archives. Nos glorieuses archives nationales. — Un bon patriote doit être presque aussi fier en prononçant ces mots qu'en regardant la colonne.
Aréopage. L'austère aréopage. — N'est plus guère employé que par les vieux débris du journalisme de province, pour désigner la Cour de Cassation toutes Chambres réunies.
Argent. — Regnard a dit, il y a beau jour, que l'argent
a Est le nerf de la guerre ainsi que des amours. » {Les Folies amouréïïseSf acte I, se. tii.)
En attendant qu'on ait trouvé le moyen de faire la guerre gratis pro Deo, la mort d'un homme en bataille rangée revient, en moyenne, en tenant compte des nonvaleurs, à une pièce de cent francs. Quand la casse s'élève], dans une seule séance, à dix ou quinze mille hommes de chaque côté, on obtient un total fort respectable. Aussi n'y a-t-il que les princes qui puissent se payer avec l'argent du peuple, un jeu aussi dispendieux.
On rend l'argent en sortant, si l'on n'est pas content.
Cette phrase, la dernière du boniment de MM. les saltimbanques, date de loin. Nous trouvons dans La Fontaine, fable du Singe et du Léopard :
€ Si vous n'êtes pas contents, « Nous rendrons à chacun son argent à la porte. »
On ne fait rien sans argent, — On n'a rien sans argent — « Pecuniœ obediunt omnia. » {UEcclésiaste.)
« Vous demandez toujours de l'argent et déjà... — « C'est que l'on ne fait rien, mon ami, sans cela. » (Andrieux. Le Trésor^ acte I, se. ii.)
L'Argent n'a pas d'odeur.— Le mot de Vespasien pour justifier un impôt sur les latrines.
«... Lucri bonus est odor ex re quâlibet. »
(JuTénal. Sot, XIV.)
C'est en vertu de cet axiome de Vespasien que nous voyons les caisses de tous les Etats qui se respectent recevoir, avec la même philosophie, le produit de la patente de l'honnête boutiquier et le produit de la patente des maisons de tolérance. On dit môme que, dans certains Etats, ces dernières sont pour le Trésor d'un bien meilleur rendement.
L'argent ne fait pas le bonheur, ont l'habitude de dire les imbéciles, et d'autres imbéciles ne manquent jamais de répondre, d'un air capable : « Mais il y contnbue. »
Argenter. La lune argentait les flots. — Poétique et vieille expression ; elle montre que l'argent ne coûte rien, en paroles, aux amoureux des Muses. Autrement, il y aurait belle lurette qu'ils en seraient réduits à cette variante plus en rapport avec leur position : La lune ruolzait les flots.
Argentin. Un son argentin. — Est comme un beau visage qui prévient tout de suite en sa faveur. Il y a la petite et la grande musique, la musique de poche et la musique de banque ; les trois ou quatre pièces de cent sous qui bavardent dans le gousset et les flots de pièces de cent sous qui déferlent en cascade sur la table du garçon de recettes.
II 7 a quelques amoureux de la vieille école qui préfèrent le son argentin de la voix de la bien-aimée.
« 11 entendait, en effet, dans Téloignement, les sons argentins d'une voix jeune et pure. »
(M"»« de Genlis. Pétrarque et Laare.)
Argile. Pieds d'argile. — Les pieds des ministres sont d'argile. — On a môme vu des ministres être tout argile.
Argument. Argument sans réplique. — Ici, j'ai prié un avocat de mes amis de me donner son opinion : En droit, m'a-t-il dit, il n'existe pas d'argument sans réplique ; en fait, c'est un soufflet bien appliqué, qu'on encaisse sans mot dire.
L'argent est un argument mésistihle.
c Ce diable d'homme a toujours ses poches pleines d'arguments irrésistibles. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)
Argus. Yeux d'Argus. — Des yeux mythologiqiies dont on a gratifié la police. Des yeux que devraient bien emprunter certains maris.
AristÂrque. — Le Pédeloup des critiques : sévère mais juste; l'opposé du Zoïle qui est sévère mais injuste.
Armes. Armes courtoises. — Luttes oratoires de haut goût, petites taquineries académiques les jours de réception, polémique sérieuse dans un journal sérieux. C'est la langue ou la plume changée en épée loyale.
J^ndre les armes à la beauté, — Beaucoup de femmes préfèrent qu'on les leur présente.
f Belle orgueilleuse et qui croit qu'à ses charmes, « Tout doit céder, tout doit rendre les armes. »
(Vergier.)
Cédant arma togœ. — Cette citation cicéronienne (de Officlis), lancée à propos par un militaire devant un tribunal, produit toujours une flatteuse impression.
Arracher. Arracher l'amour du cœur. — Opération plus
difficile que celle qui consiste à arracher une dent dont on souffre. « Madame, on ne m* arrachera Tamour du cœur qu'avec la vie » est une heureuse fin de tirade que le public souligne toujours par des applaudissements. Un jeune auteur peut encore s'en servir fort convenablement.
Arrêter. Arrêter l'élan tumultueux des passions. — Les passions comparées à une écuyère crevant des transparents, s' élançant à travers des cercles, ne manquaient pas d'originalité, il 7 a quelques cents ans.
Arrêts. Les arrêts de la providence. — Des arrêts contre lesquels il n'y a de recours ni en appel ni en cassation.
Arrêt du sort.
« Si c'est Tarrêt du sort, la volonté des dieux, »
(Demie. L'Enéide, 1. IV.)
«c Et je verrai dans peu la mort « Exécuter l'arrêt du sort. >
(Chaulieu. Vie champêtre^ 1707.) « Mais c'est l'arrêt du sort... »
(Longepierre. Médée^ acteIV„sc. t. — 1694.)
Arriver. Onnje sait pas ce qui peut arriver. — Titre et refrain d'une chanson de Coupart.
Avec l'addition d'un vers, on a fait le célèbre distique :
Ayez toujours du papier dans vos poches, On ne sait pas ce qui peut arriver. {àis,)
(Air d€m» un grenier.)
Arrondir. Arrondir une période. — J'ai connu un pseudohomme de lettres qui a passé sa vie à arrondir une période. Du reste, il en est mort. Ce n'est pas à l'arrondissement des périodes que les hommes de lettres d'aujourd'hui perdent leur temps. « Vite beaucoup et court » semble être leur devise.
Arsenal. — Les romanciers connaissent principalement Varsenal de la coquetterie, l'arsenal des mauvaises passions, l'arsenal des ruses.
Art. Tous les arts sont frères. — C'est très vrai, mais il est encore plus vrai que chaque art veut être l'aîné et primer son frère. Demandez plutôt au peintre, au sculpteur, au poète, au musicien, à l'architecte. Chacun soutiendra que son art est le premier des arts. Je
ne parle pas des artistes en cheveux, qui ont un amourpropre exagéré ; eux aussi ne peignent-ils pas?
« Approchez, dites-lui que tous les arts sont frères. »
(Colnet. VAri de diner en ville, chant I.)
Fart le dispute à la nature, — L'art rivalise avec la nature, « Ars œmula naturae. »
(Apulée. Métamorph, I. JI.) «L'art le plus innocent tient de la perfidie. »
(Voltaire. Zaïre, acte IV, se. n).
Artichaut. Cœur d'artichaut. — Le proverbe dit : Il a un cœur d'artichaut, il en donne une feuille à tout le monde. Dans presque tous ces cœurs-là, on trouve encore plus de foin que de feuilles.
ARTiaE. Etre a l'article de la mort. — D'un bon usage dans le style familier. Dans le style tout à fait sans façon, on dit, pour avoir plus tôt fait: « Etre à l'article. »
Artillerie. L'Artilleine des beaux yeux d'une femme. — Les galantins romantiques, les Parnassiens se servent de cette artillerie, tout en riant des anciens bouquets à Chloris. Estime-toi heureux , ô lecteur , quand ils n'ajoutent pas : « Elle met le feu aux poudres emmagasinées dans la soute du cœur. » Tu ne comprends pas, ni moi non plus. Parbleu ! voilà la force.
Artisan. L'artisan de sa fortune. — C'est le même qui, il y a vingt ans, répétait à tout propos et hors de tout propos : Je suis venu à Paris en sabots, avec une montre en argent et trente francs dans ma poche.
Ascendant. Ascendant irrésistible. — Deux vocables inséparables, Oreste et Pylade grammaticaux. Il n'est pas d'élève de sixième qui ne lasse usage de l'ascendant irrésistible. C'est un de ces clichés avec lesquels on berce les enfants et on endort les grandes personnes.
Asiatique. Luxe asiatique. — Encore deux inséparables. Quelques innovateurs ont tenté d'acclimater le luxe princier, mais c'est peu dire à une époque où il y a tant de princes qui en sont réduits aux expédients, à de tels expédients qu'on en a vu arrêter des diligences. C'est pourquoi « luxe asiatique » tient toujours la corde. « Quel luxe asiatique, hein? Il faut que Gilbert ait dévalisé un nabab. >
(Ch. Dealys et Ch. Barbara. Le Pont Rouge ^ acte IV, se. IX. —1858.)
Asile. Le dernier asile, l'asile de la paix, asile de la MORT. — C'est la dernière demeure où rhomme vient dormir le sommeil éternel^ lorsque la toile est tombée sur cette tragédie, ce drame^ ce mélodrame, cette comédie, cette bouffonnerie, qu'on nomme la vie.
« Et pourquoi donc me conduis-tu si près de ces asiles de mort?
(Joseph Bouchardy. La Sceur du muletier.)
« Un cortège funèbre,
« Que le peuple suivait avec recueillement, « Vers l'asile des morts s'avançait lentement. »
(M"« de Girardin. Madeleine.)
L'asile de la douleur. — L'hôpital.
« ... Alors, il faut au malheureux l'espérance. Elles (les idées rehgieuses) en font luire les rayons dans Tasile de la douleur ; elles éclairent la nuit même du tombeau. »
(Jourdan. Discours sur la liberté des cultes, conseil des Cinq-Cents, 41 juin 1797.)
Aspiration. L'aspiration de l'âme vers les régions éthérées; l'aspiration de l'âme vers le créateur. — Excellent dans une œuvre mystique.
Les aspirations du peuple. — MM. les économistes politiques ne manquent jamais de parler des aspirations du peuple d'une manière qui les fait prendre tantôt pour des utopistes, tantôt pour des anthropophagies. Les aspirations du peuple sont tournées vers le bien-être, la juste rétribution des salaires et la hberté. Nous en sommes tous là, même MM. les économistes politiques.
Assaisonner. Assaisonner un discours avec le sel de la plaisanterie. - Assaisonner un discours avec une pointe de sel attique. — C'est peut-être quelque cuisinier littéraire qui aura mis l'expression à la mode ?
Assaut. Faire assaut d'esprit. — Assaut de compliments. — Se battre à coups de bons mots, d'aimables réparties, s'encenser mutuellement. — Prendre d'assaut le cœur d'une femme. ■— C'est assez rare aujourd'hui. Il n'y a guère que les petites niaises dont on puisse prendre le cœur d'assaut. La plupart du temps on achète la place, et le cœur n'a rien à voir dans la capitulation.
Assemblée. La docte assemblée.' — Cela veut dire, pour ceux qui ne s'en douteraient pas, « l'Académie des sciences, l'Académie de médecine»; dans le langage des
revues scientifiques, des académiciens et des médecins. Encensons-nous les uns les autres.
Nos assemblées délibérantes, — Des usines à paroles.
« Il désespéra de pouvoir servir son pays dans nos Assemblées délibérantes. »
(L.-B. Picard. L'Honnête homme ou le Niais.)
Asseoir. Asseoir son jugement sur des bases solides, — C'està-dire, la plupart du temps, s'appuyer sur une sottise, une erreur accréditée de longue date.
Asservissement. L'asservissement des peuples est la honte de la civilisation. — Une de ces phrases toutes faites à l'usage des recueils d'économie politique. Les peuples qui souffrent l'asservissement le méritent. Déjà Montesquieu avait dit : « Les peuples n'ont que le gouvernement qu'ils méritent. »
Assiette. L'assiette de l'impôt. — Une assiette à laquelle un tas de mangeurs viennent piquer.
Conserver son assiette. — Le cavalier novice et l'homme ivre ne conservent ni l'un ni l'autre leur assiette.
Etre dans son assiette. — Que d'hommes feraient mieux de dire, avec plus de raison : être dans son plat.
Assises. Les assises populaires.
« Le peuple réuni dans ses assises tient entre ses mains, armées des bulletins de vote, le sort de la nation. »
Cette phrase dont l'exhibition a lieu la veille d'un jour d'élections générales ne manque jamais de produire un certain effet dans les colonnes d'un journal.
Les sanglantes assises. — C'est le nom que les écrivains dévoués au trône et à Tautel donnent au tribunal révolutionnaire.
AssocuTioN. L'association des idées. — Comme dans presque toutes les associations-, il y a une dupe et un fripon. •— Le théâtre doit à l'association des idées nombre d'élucubrations vaudevillesques et dramatiques. — Quelle est votre part dans l'association des idées ? demandaiton à un faiseur de pièces en collaboration. — Je fais travailler mon collabo, répondit ce génie modeste.
Assouvissement. L'assouvissement des passions. — Une de ces expressions qu'affectionnent les honorables organes du ministère public tonnant contre l'accusé.
« n cherchait dans le jeu et les femmes l'assouvissement
de ces passions qui conduisent un homme sur la pente fatale du crime. >
{Réquisitoire du Proc, de la R.)
Assurance. Recevez, je vous prie, l'assurance de ma parfaite considération. — Les derniers mots d'une lettre. Et dire* qu'on s'exprime ainsi en s'adressant à quelqu'un que, souvent, on méprise profondément, mais dont on a besoin.
Astre. L'astre du jour, l'astre lumineux. — Pendant plus de trois cents ans, c'est ainsi que les poètes et quelques prosateurs ont appelé le soleil :
« Sur les flots agités par les vents et l'orage,
« L*astre brillant du jour ne peint point son image. »
(DeUlle. Epttre.)
Quelle image pour dire simplement que le soleil était caché par les nuages.
« Dès que l'astre du jour a brillé dans les airs. »
(Esménard. La Navigation,)
« Nous implorions la clémence de l'astre du jour. »
(Ducray-Duminil.)
« Vers le nord, formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et celui de la nuit, une trombe brillante des couleurs du prisme s'élevait de la mer. »
(Chateaubriand. Le Génie du christianisme.)
« Cet astre bienfaisant dont la lumière s'étend sur tout l'univers. »
(Rapport du citoyen David sur la cérémonie projetée pour le 40 août. — 13 juillet 4793.)
« Je veux que, dès demain, l'astre brillant du jour « Ait vu partir Médée en commençant son tour. »
(Longepierre. MédéCy acte I, scène m. — 4694.)
Avec une légère variante, Lamartine, qui est un innovateur, a trouvé convenable d'appeler le soleil, ce bon soleil dont le nom seul est si chaud, « le roi brillant du jour. »
« Le roi brillant du jour se couchant dans sa gloire « Descend avec lenteur de son char de victoire. »
{Méditations poétiques.)
Par contre, l'astre de la nuit signifie la lune. L'astre des nuits propice aux larrons et aux amoureux.
« Et l'astre de la nuit
« Dont les faibles rayons nous guident sous l'ombrage. » (C. DelaTÎgne. Le Pariai acte I, scène i.)
Femme belle comme un astre. —Dans la conversation.
les gens gui n'ont pas présent à la mémoire d'autre terme de comparaison, font usage de cette phrase qui De prouve rien, mais qui a l'air d en dire long.
Athlète. Le vaillant athlète qui combat pour le progrés. — Recommandé à MM. les journalistes dans un compte rendu des débats de la Chambre.
Athlète courageux,
« Il (Barnave) avait été tenté plusieurs fois d'aller lui offrir (à Mane-Antoinette) un athlète courageux qui connût l'esprit du siècle et celui de la nation. :»
(M"» Campan. Mémoires.)
Les formes athlétiques, — Ceci est du ressort de MM. les Salonniers. Deux mots qui font toujours rêver les femmes.
Atlas. Nouvel Atlas, il a porté le monde sur ses épaules, — Napoléon I*', dans le jargon des panégyristes de ce ffrand homme « qui coûta tant de sang à la France et fit verser tant de larmes aux mères, » comme disent les panégyristes de Louis XVIII.
Atmosphère. L'atmosphère tout embaumée des senteurs du soir, — Ames tendres des lectrices, à ces mots vous avez reconnu le prélude de la scène d'amour, l'aurore de la déclaration brûlante qui va suivre. Un orage, peut-être, éclatera au cours de la déclaration, on cherchera un refuge dans la cabane du vieux pâtre, la foudre tombera à deux pas, et alors... « ô ma mère, ma mère ! »
hjonE. Les hommes sont des atomes dans l'univers, — Belle pensée philosophique, d'autant plus belle que ceux qui l'ont propagée se croient beaucoup au-dessus desdits atomes, tandis que lesdits atomes les appellent des rêveurs.
< Que sommes-nous? Hélas!... atomes, grains de sable. »
(Sophocle. Fragments.) « Moi, faible atome perdu dans la foule des êtres qui habitent cette vaste contrée.»
{^VL^^ Coiiin. Claire d'Alhe.) « Pauvre atome perdu, point dans l'immensité. »
(Th. Gautier. Départ pour V Espagne.)
Attachement. L'attachement d'un seose pour l'autre est le plus beau plaidoyer en faveur du mariage, — Quatrevingt-dix fois sur cent, c'est un auteur célibataire qui promène ce cliché à travers les colonnes de son livre.
Attaquer. Attaquer unguibus e<iros*ro.. — Cela fait touiours bon effet, car les citations latines, si vieilles qu elles soient, ont Favantage de donner, à ceux qui en usent, un certain relief d'érudition aux yeux... des imbéciles, c'est-à-dire aux yeux des neuf dixièmes. — Un critique grincheux ne manquera pas une si belle occasion d'attaquer Tauteur de ce livre unguibus et rostro.
Attente.
« Qu'en l'attente de ce qu'on aime « Une heure est fâcheuse à passer. »
(Corneille. La Suivantet acte lY, se. i.)
<c Quand on attend sa belle, « Que l'attente est cruelle I »
Attendrir. Attendrir le cœur le plus dur, — Il y a des gens qu'on mortifiera mais qu'on n'attendrira jamais. — Quelquefois le cœur le plus dur sera attendri par une situation bien bête mais bien rendue, d'un mélodrame idiot, tandis que la même situation le laisserait parfaitement froid dans la vie réelle. Logiq;ue du cœur numain.
Attentat. Attentat criminel. —Le qualificatif semblerait constituer un pléonasme aux yeux de tous ceux qui n'admettent pas, avec les jésuites et MM. les régicides, qu'il puisse exister des attentats vertueux.
Pourtant la force de l'habitude a prévalu et un honnête homme d'écrivain ne manquera pas de s'écrier, le cas échéant, en sortant de son cerveau un cliché indigné : « L'attentat criminel contre la personne sacrée du roi. »
S'agit-il d'un crime dans des régions moins élevées, toute la presse le flétrira par ces mots : <( L'horrible attentat ou l'odieux attentat dont le souvenir seul nous fait frémir d'indignation. » Gomme s'il y avait des attentats aimables. Mais on ne lutte pas contre un cliché.
Attirer. Se sentir attiré vers. — Cliché emprunté par les dramaturges au Parfait secrétaire des amants. D'ailleurs, les dramaturges empruntent tant de choses...
* C'est singulier comme à première vue, je me suis senti attiré vers elle. »
(Ad. d'Ennery et Ferd. Dugué. Marie de Mancinij acte U, se. it, 3«»« tableau.)
Attiser. Attiser le feu de la révolte. — En général, ceux qui attisent le feu de la révolte sont les premiers
DES LTEjm COMMUNS. 31
à décamper au moment de réspler les comptes, laissant les pauvres dupes se débrouiller comme elles peuvent.
Attraits. Attraits naissants.
« Déjà, sous sa robe d'indienne, on voyait palpiter ses attraits naissants. »
(Aug. Ricard. La Griaette^ 1829.)
Les attraits naissants mettent Feau à la boucbe des vieux polissons.
Aube. Déjà l'aube blanchissait le sommet des plus hautes montagnes. — Encore assez de mise dans un roman pastoral. Un peu de patience, et le lecteur va voir défiler le troupeau guidé par le jeune pâtre, suivi de son chien fidèle.
AjiBÈBmE. L'aubépine en fleurs. — Forme, avec la rose et la violette, le fond de tous les bouquets poétiques. Ce que cette aubépine en fleurs a été de fois cueillie, c'est fabuleux l et que de fois avons-nous vu, au coin d'une page, les amoureux aller cueillir, le long des haies, l'aubépine en fleurs ! Il semble qu'il ne devrait plus en rester, et toujours il en reste.
« Le jeune oiseau chantait sur Taubépine ea fleurs. » (A. Soumet. Lapcatvre fille.)
AuDAciBDx. Audacieux et fluet. — Nos pères avaient érigé en scie ces deux mots, tirés d'une comédie de Scribe :
« Audacieux et fluet etj l'on arrive à tout. »
(Scribe, Ymberi etYfarner. Le Solliciteur, se. ▼, IM7.)
C'est, sans doute, le « médiocre et rampant et Fon arrive à tout : » du Mariage de Figaro, qui a inspiré à Scribe cette pensée.
Après Scribe, L. Festeau a chanté :
a Audacieux et fluet, « J'ai l'œil vif, le pied agile :
tt Partout mon oreille habile « Est à l'afitlt d'un secret. »
{Monsieur Rampant, chans. 4829. )
Auditoire. Le sympathique auditoire. — Souvent une réunion de gens trop bien élevés pour manifester leur ennui et quitter la place.
« Le sympathique auditoire éclata en unanimes applaudissements », ou tt Le sympathique auditoire fit entendre un murmure flatteur. »
{Style de journaliste.)
Augure. Ten accepte l'augure. — Cela se prononce avec
une belle voix de basse-taille, dans le genre de celle de Joseph Prudhomme. « mon cher ami! je jure que je te serai fidèle. — J'en accepte Taugure. » — Les gens que l'on mène à l'hôpital en leur annonçant qu'ils en sortiront guéris, peuvent soupirer, avec une légère variante : Nous en acceptons Vauspice.
« Que bien m'en soit, j'en accepte l'augure. »
(Vergier. Fables.) « J'en accepte l'augure. »
(Corneille. Cinnaf acte T, se. m.) « J'en accepte l'augure. »
(Coliin d'HarlCTillc. Les {Mœurs du jour ^ acte II, 8C,v.— J800.)
Aumône. Ce n'est pas l'aumône, c'est du travail que le peupk demande. Cri d'un économiste indigné.
L'aumône humilie celui qui la reçoit. Ceux qui la demandent ont déjà l'air assez humble et assez- humilié quelquefois.
— Madame f au nom du ciel! ne me ferez-vous pas l'aumône d'un sourire ? Phrase que les jeunes gens de 4830, genre Werther, se permettaient de soupirer à l'oreille de leurs danseuses, entre la poule et la pastourelle.
Auréole. L'auréole du génie. — Combien de gens sur la tête desquels on a attaché l'auréole du génie qui resplendit à travers les siècles, combien ont crevé de froid et de faim pendant leur vie, privés souvent de l'auréole d'une chandelle pour travailler, la nuit, quand l'inspiration les saisissait?
AuROBE. — La même que les poètes, ces Babins du mot propre, appellent l'Aurore aux doigts de rose, et à laquelle ils font ouvrir les portes de l'Orient.
{Renouvelé des Bomains.) « Au moment que l'aurore, avec des doigts de rose, K Sépare en souriant la nuit d'avec le jour. »
(Bernis. Poésies diverses.) « Toujours l'aurore, avec des doigts de rose, « Ouvre à Phœbus les portes du matin. »
(M. Séguier. La Naissance de la mode.)
« Gommodum punicantibus phaleris aurora roseum quatiens lacertum, cœlum inequitabat. » Déjà sur son char vermeil, l'Aurore aux doigts de rose était montée dans les cieux.
(Apulée. Métamorph. Uv. III, trad. Bétolaud.)
Les larmes de l'aurore. Humide des larmes de l'aurore. — Pour ceux qui n'ont pas un monde de poésie dans
J'âme, les larmes de l'aurore, les larmes du matin signifient la rosée, te qui est beaucoup plus court et tout aussi compréhensible.
« Ta fleur moins célébrée a pour moi plus de charmes ; « L'aurore te forma de ses plus douces larmes. »
(Micbaud. Le Printemps (f un proterit.) « Tendre fruit des pleurs de Taurore, « Objet des baisers du zéphyr, ' « Reme de l'empire de Flore, « Hâte-toi de t'épanouir. »
(G. Bernard. La Mose, chans.)
« J'allai cueillir une rose de magnolia , et je la déposai , humectée des larmes du matin, sur la tête d'Atala. »
(Chateaubriand. Atala,)
La variante « humectée » ne vaut pas le vieil « humide ». Respect aux anciens I On trouve souvent dans Chateaubriand de ces petits écarts du droit chemin de la banalité, écarts bien naturels chez le père du romantisme. Son école en a commis bien d'autres.
L'Aurore naissante pour « le point du jour », et, avec une nuance plus poétique, « la naissance de Taurore ».
« Le magasin d'Henriette devait être le théâtre de grands événements avant la naissance de l'aurore. »
. (Aug. Ricard. La Grisette, 48$9.)
N'oublions pas TAwrcre de la vie, souvent bien sombre.
Austérité. L'austérité doit être la 'première vertu d*un magistrat vraiment digne de ce nom. — C'est entendu. Un magistrat doit être austère comme le sucre doit être doux. Laubardemont lui-même était quelquefois austère.
AvsTEBLuz, Le soleil d'Austerlitz, — • Les détracteurs de TEmpire en ont voulu faire une chandelle.
Autel. Conduire au pied des autels. — D'un assez joli style noble que Ton rencontre encore de nos jours, çà et là, chez certains auteurs pour qui Chateaubriand est un idéaL Pauvres gens! Quand il leur serait si facile de ne pas admirer ce phraseur de Chateaubriand et de dire tout simplement ; Epouser I Scribe lui-môme a reculé devant le pied; il a lâché pied quand il a fait dire , à un de ses personnages :
«... J'ai promis jadis à mon vieux père, « Quand aux autels il vint pour nous unir, a De la défendre et de la soutenir. »
(Scribe. Une Faute, acte II, se. yn, 1830.)
Ne lui sachons pas trop de gré : peut-être ce pied eût gêné la marche du vers. Plus libre dans ses entournures que son confrère Scribe, Antierse garde bien, lui, de laisser ce pied en chemin.
« Mais demain , peut-être , en présence de toute la ville , aux pieds des autels, je pourrai dire à voix haute ces mots qui feront l'envie et le désespoir de tous mes rivaux : elle est à moi I »
(Antier. V Agrafe ^ acte II, se. xu, 1837.)
« Je l'ai souvent invoquée, cette sainte bénédiction reçue aux pieds de l'autel. »
(Ad. d'Ennery et Ch. Edmond. VAieuUt acte I, sc.yn, 186t.)
« Et vous, mon Adèle, venez au pied des autels former le nœud qui doit rendre à notre Adolphe et l'honneur et son rang. »
(Victor Ducange. Adolphe et Sophie^ acte III, se. xii.)
« J'ai bon nombre d'ennemis... Dans quel camp, madame, dois-je ranger celle qui porte mon nom, et qui m'a juré affection au pied des autels? »
(Al. Dumas et Aug. Maquet. La Reine Margot ^ 1847.)
« Ce serment aux pieds des autels ! dit-il avec solennité, le prononcerez-vous sans crainte ? »
(Vicomte d'Arlincourt. Les trois Châteaux ^ ch. x.)
« Et tu veux qu'aux pieds des autels « Nous formions des vœux solennels I »
(Parny. Poésies mêlées,)
« C'est assez, pour cela, de quelques larmes qui couleront des yeux de Geneviève, et qu'elle versera au pied de l'autel.» (Bourdaloue* Panégyrique de sainte Geneviève»)
L'autel est paré, la victime est prête, — Ne peut raisonnablement guère plus s'appliquer aujourd'hui qu'au pigeon qu'une hétaïre entraîne dans un cabinet particulier avec piano, canapé, etc «...
Quelques mauvais plaisants pourraient, seuls, voir, dans ce bon vieux cliché^ une allusion à la célébration du mariage.
« Viens! Tautel est paré: viens! la victime est prête; « Descends du haut des cieux, bienfaisante Gérés! » (Bertin. Les Amours, L III. -^ 1782. )
Ce grand citoyen à qui la Grèce eût élevé des autels,
« L'antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie (Franklin), qui, au profit des mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la terre, sut dompter la foudre et les tyrans. »
Mirabeau. Discours à l'Assemblée nationale. )
AuTOHÉDON. L'habile automédon. — Ne pas s'aviser d'appeler un cocher de fiacre « automédon », il pourrait croire qu'on Tinsulte.
Avare. L'avare meurt sans avoir joui de ses richesses. — Cène sont, toujours pas, ses héritiers qui s'en plaignent.
Avenir. L'avenir n'est' à personne, — C'est fort heureux ; on ne sait trop que faire du présent.
C'est ce que l'avenir nous apprendra.
Qui sait ce que l'avenir nous réserve ?
Il nous réserve quelques mesures de terre sur le corps. Tout le reste est incertain.
Aveugle. — L'aveugle multitude.
« Tu poursuis ce fantôme effrayant et|colo8sal que l'aveugle multitude a nommé la gloire. »
( M"» de Genlis. Pétrarque et Laure. )
Aveuglement. L'aveuglement des partis. — Inutile de faire remarcjuer que le parti auquel on appartient est, au contraire, très clairvoyant.
« . . .Tel est des partis l'aveuglement fatal, Qu'au sien tout est vertu, qu'en l'autre tout est vice. » ( Saunn. Blanche, ac. II, se. nr. )
L'aveuglement des masses. — Elles sont quelquefois bien assez clairvoyantes pour apercevoir que la misère et le dur travail sont leur partage.
L'aveuglement des passions.
L'aveuglement humain. — Et que de désillusions quand le bandeau vient à tomber, quand un événement quelconque se charge de faire l'opération de cette cataracte!
Azur. L'azur des cieux qui se reflétait sur la plaine liquide. — Trop pur, trop beau pour y toucher. C'est un cliché bijou. Le régent des clichés.
En voulez-vous, de l'azur et de l'azuré?
Voici : Vazur de ses yeux , et la voiite azurée , et la plaine azurée , et les lacs azurés. .
« Que dans la voûte azurée
« Les dieux s'étaient allé cacher. »
( Scarron. Gigantomachie, ch. ir. )
« Elle considère avec efifroi ce noir tourbillon de fUmée s'élevant en spirales et se dessinant sur l'azur de la voûte des cieux. »
( M"»« de Genlis, Pétrarque et Laure. ^
« Plongeur, n*as-tu pas vu, sous Teau du lac d*azur, u Les reptiles grouiller dans le limon impur ? »
( Th. Gautier. Départ pour l'Espagne. )
« Phœbé, tremblante, s'est voilée ; « L'image a perdu son azur. »
( Poésies de Joseph Delorme. )
« Adieu réclat des deux ! leur bel azur s^altère. »
( Turquety. )
« Et par l'amertume des larmes « Se terniraient ces yeux d'azur ? »
( Reboul. )
c( Et l'astre du matin blanchit l'azur des cieux. » ( Bertin. Les Amours, 1. III. — 4782. )
c Ces espaces d'azur et d'or ne montrent plus que la nuit au bout d'un court crépuscule. »
( Toepffer. Nouvelles Genevoises. )
« Jamais deux yeux plus beaux n'ont du ciel le plus pur « Sondé la profondeur et réfléchi l'azur. »
(A. de Musset.)
En voilà assez pour montrer en quelle estime les poètes ont tenu Tazur. C'est à faire croire qu'ils sont, comme les ivrognes de barrière, voués au bleu , quoiqu'ils paraissent avoir horreur d'écrire le mot.
Babylone. La moderne Babylone» La nouvelle Babylone. — Sous le titre de « La nouvelle Babylone », M. Pelletan a écrit un livre un peu prudhommesque quoique légèrement ennuyeux.
« L'image de la dissolution révoltante de la nouvelle Babylone. »
( Mémoires de Fouché, 4824. ) i
Badinage. Innocent badinage. — Plaisanterie qui sent la ' Berquînade. Les bourgeois vertueux donnent le nom | d'innocents badinages aux plaisanteries qu'ils font sur i )es bossus et autres infirmes. Rien de plus cruellement
bête quelquefois qu'un innocent badinage. — Rire des maris trompés passe pour un innocent badinage.
Baigner. Baigner dans son sang,
a Dans le sang de son frère il semble se baigner. »
(Racine.)
a Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner? »
(Racine. Britannicus, acte lY, se. m.)
« La malheureuse tomba baignée dans son sang. » {Petit Journal du 20 août 4878.)
Se baigner dans le sang d'une innocente victime, — C'est le propre des traîtres de mélodrame.
Bâiseh. Baiser de Judas. — Fausses démonstrations d'amitié, fausses promesses, et toutes les pattes de velours de la trahison dont les hommes sont si prodigues, et encore plus prodigues les femmes.
Baisser. Baisse la tête, fier Sicambre ! — Se dit comiquement en parlant à un orgueilleux humilié, à un orgueilleux obligé de faire des concessions. C'est une allusion aux paroles dites par saint Rémy à Glovis au moment du baptême de ce prince.
« Fier Sicambre, humilie-toi et baisse la tête; brûle ce « que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé. »
(Peyronnet. Histoire des FYancs,)
Balancer. Entre les deux mon cœur balance, — La vie de l'homme se passe souvent à balancer entre les deux ; voilà pourquoi tant de gens meurent sans avoir rien fait de bon ni de mauvais.
Vaisseau qui se balance sur les ondes,
« La vaste mer se découvre à ses regards ; elle porte un vaisseau qui se balance majestueusement sur les oncles !.. » (M"»« de Genlis. Pétrarque et Laure.)
Balances. Les balances de Thémis. — Des balances où le faux poids est inconnu, où il n'y a pas de coups de pouce. Que d'épiciers, dans ce monde, ne peuvent pas en dire autant !
Faire pencher la balance de la justice,
« Plein de confiance dans vos lumières (des jurés), il (l'accusé) est convaincu que nulle considération étrangère ne fera pencher la balance de votre justice. »
(Procès Contrafatto. Défense de M« Saunière, 1837.)
Bandeau. le Bandeau de l'erreur. Bien souvent préférable
au rayonnement de là vérité. Ce bandeau de Terreur, c'est la joie du ménage, la tranquillité des parents.
Bandeau royal. Une couronne que le souffle populaire ' jette à bas.
« Du bandeau royal son front était orné. »
Banqdet. Le banquet de la vie. — . Que de plats passent sous le nez de bien des convives à ce banquet-là! Quelle affreuse cuisine on y sert^ et combien quittent la table avant la fin !
« Au banquet de la vie, infortuné convive.. . »
(Gilbert.)
Baptême. Le baptême du feu, — Je te baptise au nom du canon, du sang et de la mort.
« Le prince impérial a reçu le baptême du feu. »
{Première dép^he de la guerre de 4870, Forbach.)
Barbe. Une barbe de sapeur. — Hélas 1 pleurez, cuisinières sensibles! le sapeur a vécu. Çà et là on voit encore quelques beaux spécimens de ce genre de barbe au menton des ébénistes du faubourg Antoine.
S'il faut en croire Molière :
« Du côté de la barbe est la toute-puissance. » {VÉcole des femmes, acte III, se. n.)
Molière, d'ailleurs, n'a fait qu'enchâsser en un vers une pensée très ancienne.
Baromètre. Le cours de la Bourse est le baromètre de l'opinion publique, — C'est du moins ce que prétendent les bulletiniers financiers et autres desservants du temple de Plutus.
Barrière. Barrière infranchissable, — Le bonheur parfait, voilà une barrière infranchissable !
Bascule. Bascule gouvernementale, — L'essentiel est de se maintenir, et de conserver l'équilibre. A ce jeu-là, que de gouvernements se sont cassé les reins !
Base. La justice est la base d'un État. — Avec pas mal de baïonnettes autour, ce qui ne gâte rien.
Base fondamentale, 11 y a tant de bases superficielles l
Baume. Baume consolateur. Verser du baume dans rame.
« Puissent-elles (les dernières paroles des juges) verser dans ton âme le baume précieux des consolations I » (La^au. Discours prononcé dans le procès Cazotte.)
Beauté. Beauté incomparable^ beauté piqua/nte. — On
tronye des beautés incomparables dans les romans de cheTâlerie, et des beautés piquantes dans les romans modernes sans prétentions. —Une femme qui est d'une beauté piquante pour son amant est généralement laide pour les indifférents. Il y a encore la beauté sévère et imposante^ au profil grec. Ce genre de beauté n*est çuère apprécié que des archéologues, des hellénistes et de (juelques peintres qui s'acharnent encore après l'antique.
Belle.
« La faute en est aux dieux « Qui la firent si belle. »
(Jean de Lingendes, xtii« siècle.)
Voici la stance où figurent ces deux vers :
« Si c'est un crime de Taimer,
« On n'en doit justement blâmer
« Que les beautés qui sont en elle.
« La faute en est aux dieux
« Qui la firent si belle,
u Et non pas à mes yeux. »
« ...La plus belle enfin , quelques traits qu'elle assemble, « N'est pas celle qui lest, mais celle qui le semble. » (T. Corneille. Le Charme de la voix^ acte II, se. i.)
Vulgairement traduit par : Tout ce qui plaît est beau.
Un vieux proverbe provençal donne :
« Es pa béou ce qu'es béou ; es béou ce qu'agrado. » Bellone. Enfant de Bellone.
« Notre héroïne qui, depuis la disparition de son époux, n'accorda quelques faveurs qu'à des enfants de Bellone. » (Mars et Raban. Les Cuisinièreêj 4837.)
L'enfant de Bellone est ce modeste troupier qui sert son pays et verse son sanç- pour lui, moyennant une haute paye d'un sou par jour. Il est vrai qu'on lui a dit qu'il avait le bâton de maréchal de France dans sa giberne. C'est le gros lot du tirage... au sort.
Bercail. Retourner au bercail. — Ordinairement on retourne au bercail, tondu et désillusionné. •
Berceau. La Grèce fut le berceau des arts et de la civilisation, — Aujourd'hui les prudhommes appellent Paris la capitale des arts et des belles manières.
Bien. Le bien mal acquis ne profite jamais. — Cette pensée
de Nœyius (an de Rome 519) n'a jamais empêché,
Suoique devenue proverbe, la moitié du genre humain e vivre aux dépens de Tautre. Il faut croire que le bien mal acquis profite quelquefois.
Bienfait. — Machine à faire des ingrats, disent les philosophes.
« Un bienfait perd sa grâce à le trop publier. » (Corneille. Théodore, acte I, se. u.)
Vers imité par Racine dans Iphigénie, a Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense. »
Bienfaiteur. Généreux bienfaiteurs. — Des gens qui entretiennent la paresse. — Les bienfaiteurs font des ingrats, parce que les bienfaiteurs ont une manière d'obliger qui blesse la dignité de celui qu'ils obligent. — Le bienfaiteur et l'obligé se détestent mutuellement, l'un parce qu'il oblige, presque toujours, à sa bourse défendante, 1 autre parce qu'il n'est pas dupe de cette mauvaise grâce.
Bistouri. Promener le bistouri du bon sens sur les ptoies morales, — Cliché romantique échappé de quelque amphithéâtre d'anatomie. Genre Henry Murger.
Blessure. Les blessures de Vâme. — Les blessures de l'âme saignent douloureusement. C'est triste à dire, mais que de coquines font saigner les blessures de l'âme ! Blessures du cœur.
« Mais je sais le remède aux blessures du cœur. » (Corneille. Clitandre, acte V, se. it.)
Bocage. Mystérieux bocage. — Très fréquenté par les poètes élégiaques continuateurs de Millevoye.
« Le bocage résonnait encore des chants de Philomèle. » « Le bocage, témoin discret de leurs tendres aveux. »
Voilà des phrases qui portent l'âme vers des régions poétiques 1
Bois. On n'est pas de bois, — Cela veut dire qu'on n'est pas insensible aux charmes de la beauté, que l'aiguillon de la chair se fait sentir.
Molière a traduit par :
« Qu'on n'est pas aveugle et qu'un homme est de chair. »
(Le Tartuffe, acte III, se. it.)
Bonheur. Bonheur sans mélange. — Bonheur idéal. — Le comble du bonheur. Des mots! des mots l — Le comble du bonheur, c'est souvent bien peu de chose. Un sourire,
nne promesse de sa belle, sont, pour ramoureux, le comble du bonheur, à ce qu'il dit.
: Il n'y a pas de bonheur parfait.
Le bonheur parfait n'est pas de ce monde, — Seraitrce une insinuation philosophique et consolante pour donner à entendre qu'il est de l'autre monde ?
Le bonheur n'est pas fait pour notre nature. » (Euripide. Rhésva, acte I, se. m.
« Il n'est point pour l'homme de bonheur durable. »
(Plaute. Le Charançon ^ acte I, se. ni.) « Au faîte du bonheur on pousse des soupirs, « Et l'amertume naît dans le sein des plaisirs. » (Longepierre. Médée, acte III, se. n.)
Bonheur sans nuages.
« Le bonheur des nouveaux époux semblait devoir être sans nuages. »
(Gaulois du 29 auât 1878.)
Le bonheur est passager,— Condensation de la pensée du poète indien Bhavahouti :
« Trop souvent le bonheur que nous pouvons goûter comme parents, comme amis ou amants, est aussi passager que la lueur ftigitive de l'éclair. »
(Le Mariage par surprise, acte VIIL)
« La peine est déjà loin, quand le bonheur commence. » (porat. Le Célibataire, acte I, se. m,)
Borner. Borner ses désirs. — Affaire de tempérament. — Pour celui-ci, c'est avoir tous les honneurs qu'un homme puisse avoir. Pour celui-là, assez de fortune pour éclipser son entourage, triste entourage I souvent aussi triste qu'un entourage de tombe. Pour cet autre, c'est posséder et honneurs et richesses à faire crever de jalousie tous les amis et connaissances. Pour les amoureux de l'ancienne école: «une chaumière et son cœur. »
Bosse. La bosse du crime. — Une bosse que, malheureusement pour les autres, celui qui en est doté ne porte pas derrière le dos. Il y a encore un nombre infini de bosses plus ou moins morales : la bosse du calcul, la bosse du travail, la bosse de V amitié et la bosse de V amour, une des plus saillantes de la phrénologie.
Bouche. Etre porté sur sa bouche. — Mauvaise expression employée par les puritains du langage pour dire : « être porté sur sa gueule. » (V. Rabelais et Montaigne.)
La déesse awa?ceni5oMcAes.— Ce n'est plus la trompette
de la renommée; c'est la trompette de la réclame. {Voir aux annonces.) Cette déesse aux cent bouches fait vivre un certain nombre de courtiers et de fermiers d'annonces.
Bouche vermeille,
« Heureux qui peut ouvrir cette bouche vermeille l » (Parny. Poésies mêlées.)
« Il avait sa bouche vermeille , « Le teint aussi vif que le sien. »
(Boudard de Lamotte. L'Amour réveillé.)
Boucherie. Mener des soldats à la boucherie. — C'est ce qu'une métaphore militaire traduisait jadis par « conduire ses troupes à ia victoire ». Il laut bien dorer la pilule pour la faire avaler... surtout quand les pilules sont grosses comme des boulets.
« Mais surtout je voudrais que vous eussiez vu la mine de mon neveu et de mon valet, qui croyaient que je les avais menés à la boucherie. »
(Voiture. Lettres.)
Bouclier. Le bouclier des lois, ■— Un bouclier forgé par nos honorables, un bouclier à claire-voie et trop souvent mis à la refonte.
Boudoir. Boudoir tout imprégné du parfum de la femme aimée. — Le populaire traduit cette odeur de femme, odore di femmina, par l'énergique : « Dieu ! que ça pue bon ! » C'est l'amour en collaboration avec la parfumerie. I extrait d'opoponax I bouquet du jokey-club ! eau de Lubin ! que de têtes masculines vous avez fait tourner !
(Lire les œuvres de Baudelaire, ce panégyriste de la parfumerie et du fard.)
Boue. Ame de boue. — C'est une de ces âmes qui ont traîné des siècles dans le magasin aux accessoires du bon Dieu, et qu'un malin chef d'accessoires de l'autre monde aura passée en fraude au Père-Eternel. « Ame de boue, es-tu donc consciente ?»
« Fabrice — âme de boue et front d'airain — subit sans pâliretc. »
(X. de Montépin. le Médecin des folles, rv« partie, 4878.)
Bouillant. — Il y a : le bouillant polémiste, le bouillant
adversaire et le bouillant prélat ; ce dernier désignait
feu l'évêque d'Orléans, M^^' Dupanloup ; tous renouvelés du bouillant Achille aux pieds légers.
BomLLONNEVENT. Le bouillonnement des passions. — Tel houiUonnement des passions serait ae force à faire éclater une locomotive de chemin de fer. — Le torrent impétueux des passions bouillonne dans le cœur de cet homme. Il y a des gens qui possèdent la chute du Niagara dans le cœur.
Boulanger. Il vaut mieux payer le boulanger que le médecin. — C'est beaucoup moins cher, d'autant moins cher que certains médecms pratiquent la visite forcée, à l'exemple de cet illustre docteur qui, invité par des amis à faire le réveillon, leur persuada qu'un ae leurs enfants était malade, le fit coucher, trouva moyen d'aller lui tâter le pouls avant de partir, et porta cette soirée en compte sous la rubrique :
Une visite de nuit 40 francs.
Boulet de canon. — Comme s'il y en avait d'autres ! Et dire que cette locution est fatale !
Boulevard. La Pologne ^ ce boulevard de la chrétienté. — Un boulevard qui a été longtemps bouleversé, et sur lequel ont piétiné trois nations.
Bourrelé. Bourrelé de remords. — Les gredins disent qu'il y a des consciences timorées comme il y a des estomacs délicats. Pour ces consciences, une mauvaise action est comme un homard pour un estomac difficile.
Bouteille. — Chez les poétaillons, bouteille rime à treille ou à vermeille. — Les glouglous de la bouteille. Bouteille^ ma mie.
« Que de poètes à jeun ont chanté la bouteille I » (V. le Pauvre diable ^ de Voltaire.)
Bouton. "Fraîche comme un bouton de rose. — Le bouton de rose est très cultivé par les poètes erotiques, parce qu'il offre un sous-entendu libertm.
« Georgette allait compter treize ans, et déjà la nature lui faisaitpan de ces boutons charmants, que l'hymen seul a le droit de cueillir. »
(Ducray-Duminil. Petit'Jacques et Georgette.) « Flore a-t-elle dans sa corbeille un bouton de rose plus frais que celui de ton sein ? »
(Dorai. Imitations de poètes latins. Théodore de Bèze.)
Brandon. Allumer, agiter, promener le bi^andon de discorde. — En valeur dans le style héroïque, dans les poèmes liéroïques.
Bras. Le bras de Dieu. — Fait partie de ranatomie divine. — Le bras vengeur. Le bras séculier. Livrer au bras séculier. — Dans mes bras, ma fille I i
(Exclamation des pères de théâtre qui retrouTent leurs filles.) 1
Brave. Vieux brave. — Dix campagnes, huit blessures, décoré sur le champ de bataille, couvert de rhumatismes, historien militaire en chambre ; ce que le vulgaire appelle : « une vieille culotte de peau »•
C'est un brave ! Cliché impérial qui terminait presque I toutes les proclamations de Napoléon P' à Tarmée.
« Il vous sufiirade dire : J'étais à la bataille d'Austerlitz, pour que l'on réponde : Voilà un brave 1 »
{Proclamation, 3 déc. 1805.)
« Que Ton dise de vous : 11 était à la grande bataille sous
les murs de Moscou ! C'est un brave I » :
{Proclamation , 7 sept. 1 8t S.) I
Brave comme son épée. — Fait bien au théâtre, dans une tirade. Réminiscence du beau temps des romantiques ; rappelle « la bonne lame de Tolède ».
Bride. Lâcher la bride à ses passions. — Ce qu'il y a encore, peut-être, de plus prudent, dans certains cas. Si Ton tire trop sur la bride, elle peut casser, et voilà le pauvre cavaher à terre.
Briller. Briller d'un éclat sans pareil. — Le soleil, le génie, les yeux de la femme aimée, une conversation savante, un illustre orateur, une belle rivière de dia-j mants, voilà des gens et des choses qui, à des titres divers, ' brillent d'un éclat sans pareil, suivant l'expression des faiseurs de romans à la mode.
Briller aux dépens des autres. C'est la seule satisfac-' tion des esprits vains et frivoles.
« Chacun veut aujourd'hui briller, voilà le mal 1 »
^Casimir Bonjour. L'Education, acte l*'', scène x.) ,
Brodequin. Chausser le brodequin. — Ecoutez les vieux piliers de la Comédie-Française: ils ne manqueront pas, si vous leur parlez de M^^«Mars, devons dire : « Grand,très grand talent dramatique qui a eu le tort de vouloir ' chausser le brodequin. »
(t A socco ad cothumum ascendere. » Monter du brodequin au cothurne.
(Apulée. Métamorph.. I. X.) |
« An juvat ad tragicos soccum transferre cothurnos. >
DES UEUX COMMUNS. 45
Veux-tu donc échanger le brodequin contre le cothurne tragique?
(Martial. Epifframme xvi.)
Broder, Broder comme une fée, comme un anae. — Encore un travail qui ne donne pas d'eau à boire if
Broder des mensonges. — II n'y a pas besoin que les fils soient serrés : il y a tant d'imbéciles disposés à croire tout ce qu'on leur dit!
Broderie. Les broderies du discours, du style, — C'est la langue ou la plume qui fait l'office d'aiguille tmais, par un singulier contraste, ce n'est jamais le brodeur qui s'endort sur son ouvrage ; c'est quelquefois celui qui l'examine. — C'est l'art de dire peu de choses en beaucoup de mots, en beaucoup de pages, en beaucoup de volumes.
Bronze. Le bronze tonne, — Jadis cela se disait. Aujourd'hui nous disons : le « canon gronde. » — Le bronze mortel. Le glorieux bronze, le bronze de la grande armée : la colonne Vendôme, qui fut l'objet d'un déboulonnement spécial à l'époque de la Commune. ■
Cœur de bronze. — Tout ce qu'il y a de plus dur, de plus impitoyable en fait de cœur. L'amant qui délaisse sa maîtresse, qui reste sourd à ses supplications est un cœur de bronze... à ce que dit la délaissée. — L'usurier qui ne veut rien prêter à 200 0/0 est un cœur de bronze.
feuLER. Brûler d'un feu discret. Amour qui brûle d*un feu discret. — La jeunesse ou la timidité brûle d'un feu discret.
feuMAiRE. L'homme de Brumaire. — L'acte odieux de Brumaire a étouffé la liberté. (Style des républicains.) L'acte énergique de Brumaire a sauvé la France de l'anarchie. (Style des bonapartistes.)
fecHER. Jeanne d'Arc a poétisé le bûcher. — Phrase qui pourrait bien être de Lamartine, lui qui a appelé Charlotte Corday « l'ange de l'Assassinat ».
ULLETiN. Armé du bulletin de vote, le peuple marche sûrement et pacifiquement à la revendication de ses droits. (Rengaine politique.) Avec le bulletin de vote, plus de révolution possible, plus de sang ! (Autre guitare.)
CRIN. Le burin de l'histoire. — Il en a gravé de belles ! « Yoilàles faits vraiment miraculeux (la chute de Charles X)
que la semaine dernière a opérés, et que le burin de Thistoii retracera un jour à l'admiration de la postérité. •
{Gazette des Tribunaux^ 9 et 10 août 1830. Correspondance.)
BTZA.NTINE. Discussions byzantines. — Ce que l'on entend la Chambre quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent.
Cabinet. Le silence du cabinet — Tambouriner sur s( pupitre, se nettoyer les ongles, bâiller à se démonter mâchoire, voilà ce que nos hommes d'Etat entendei par le silence du cabinet.
C'est bon à mettre au cabinet. — C'est-à-dire ça t vaut rien, ça vaut ce que vaut le panier imprimé sa^ valeur dont le destin est d'aller soraorer aux cabine(
Cette locution a été répandue depuis la réponse d'A| ceste à Oronte qui s'acharne à lui demander commet il trouve son sonnet :
« Franchement, il est bon à mettre au cabinet. » (Le Misanthrope, acte I, se. u.)
Cacher. Cacher son bonheur au fond des forêts,
« Là, avec une épouse, inconnu des hommes, cachant m^ bonheur au fond des forêts. »
(Chateaubriand, Atala.)
Aujourd'hui Ton traiterait de sauvage celui qui ira cacher son bonheur au fond des forêts, en admettal qu'il trouvât une femme assez peu femme qui consent à partager sa retraite.
Cachet. Le cachet du génie se manifeste dans les moindr productions de notre illustre poète. — Phrase consacri par les journalistes amis de l'illustre poète.
Cadavéreux. Le teint cadavéreux. — Au premier abord o pourrait croire que c'est de la littérature de fossoyeu Non pas... c'est tout ce qu'il y a de plus reçu dans n'ia porte quel roman digne d'être lui-même... enterré.
Cadavbe.
« Le cadayre d'un ennemi sent toiigours bon. » Paroles de Charles IX devant le corps de Tamiral Coligrny pendu au gibet de Montfaucon. Ce sensible monarque, qui, à coup sûr, ignorait le sanscrit, professait à 1 endroit de ses ennemis la même opinion que Samsthanaka, personnage sanguinaire du drame de Soudraka, le Chariot d'enfant^ à qui Fauteur fait dire :
« La mort d'un ennemi est un banquet pour le cœur. »
(Acte z.)
Cadbe. Cadre ingénieux. Enfermer sa pensée dans un cadre ingénieux. — Recommandé aux journalistes qui ont le courage de jeter quelques fleurs de rhétorique sur les élucubrations de AfM. les conférenciers, ces orgues de barbarie de l'éloquence.
Calice. Boire le calice jusqu'à la lie. — Un veuf qui se remarie boit le calice jusqu'à la lie. N'est-il pas à la tête de deux belles-mères ?
Calme. Le calme, précurseur de la tempête.
« De même qu'un calme parfait est souvent le précurseur des plus violentes tempêtes. »
(M«« Cottin. Claire d'Albe.)
Calme profond.
« Les conspirateurs qui l'y attendaient (César) cachaient sous un calme profond les mouvements divers dont ils étaient agités. »
(Philippe de Ségur. ffisf, vniver$ellet tome IL)
Calomnie. La calomnie qui répand son venin. — Les traits empoisonnés de la calomnie. — Il est, peut-être , aussi difficile de dire où finit la vérité et où commence la calomnie, que de marquer où finit le banquier et où commence l'usurier.
Les attaques de la calomnie n'épargnent personne. — A entendre les coquins, ce sont eux qui sont toujours les plus calomniés. — Quel est l'homme qu'on ne peut calomnier sans que la calomnie ne contienne une parcelle de vérité ?
a Va I calomnie hardiment, il en restera quelque chose. » (Bacon. De la dignité et de V accroissement des sciences^ liT, Vm, ch. n.)
Plus tard, Beaumarchais fait dire à Basile :
« La calomnie, Docteur, la calomnie I 11 faut toujours en venir là. »
Canard. Les canards Vont bien passée, — Lorsque quelqu'un se vante d'avoir fait quelque chose dont l'exécution était facile, on lui répond vulgairement, en manière ironique : Les canards l'ont bien passée. Cette façon de parler est tirée d'un couplet d'une ancienne chanson :
Dialogue du prince et du berger :
Le prince. — Passe-t-on la rivière à gué ?
Le berger. — Les canards l'ont bien passée, lirenda, lirondé.
{Cahier de ckansonSf Teuye Oudot, 4748.)
Capitaine. Le plus grand capitaine des temps modernes. — Napoléon I«'. A lui seul il a valu dix pestes, dix famines j et vingt choléras, disent ses ennemis. Ce fut le grand pourvoyeur de la barque à Caron, ce capitaine consommé qui fît une si grande consommation de soldats.
Carmin. Le carmin des lèvres, — Quand on a assez de l'incarnat des lèvres, on passe au carmin.
(Littérature de pastel.)
Carreau. Les carreaux de Jupiter. Des carreaux qui n'ont besoin d'êixe ni frottés ni cirés.
Catastrophe. Une horrible catastrophe. — Un fait divers (jui annonce un événement tragique commence toujours ainsi. Il y a beaucoup à parier pour qu'il finisse j §ar le : « Après les constatations d'usage, le corps a été irigé sur la morgue. »
Caton. Nos modernes Gâtons. — Ce sont les mêmes que le
Ï>euple, dans son langage expressif, nomme des gêneurs, es mêmes qu'il envoie, sans gêne, à Chaillot l Nos modernes Catons sont quelquefois les petits-fils de Tartuffe.
« Dupin, le moderne Caton. »
(A. Pommier. Paris.)
Cause. La bonne cause.
« Ah ! dame, quand nous nous battions dans le Bocage, c'était pour la bonne cause. »
(Fr. Soulié. La Closerie des genêts, acte I, se. tui.)
La bonne cause est toujours celle que l'on sert. Il n'y a pas eu jusqu'aux partisans de ï)on Carlos qui n'aient appelé la cause de ce prince « la bonne cause ». Peutêtre la bande à Mandrin croyait-elle servir « la bonne cause »»
Déserter la bonne cause, — Pour les républicains, c'est abandonner les principes démocratiques et se jeter dans la réaction. — Pour les réactionnaires, c'est quitter le clan de la réaction et entrer dans celui du républicanisme.
Caveant. Caveant consules. — Admonestation amicale de journaliste à l'adresse de nos édiles, de nos gouvernants, renouvelée de la formule du sénat romain à Tadresse des consuls, dans les moments critiques.
Caverneuse. Voix caverneuse. — La fortune d'une basse chantante, surtout dans l'air de Nonnes qui reposez de Robert le Diable, Cendres. Cendres de mes ancêtres.
« Mes ancêtres reposent ici ; je jure par leurs cendres de t'aimer jusau'au jour où l'ange du jugement m'appellera au tribunal d'Allah. »
(Chateaubriand. Le dernier Abeneerage.)
« Qu'ils (les Français) consacrent, dans l'année, un jour à jamais solennel , pour pleurer sifr les cendres des victimes que la guillotine a moissonnées. »
{Journal des Débats^ 22 Tentôse, an Tm.) « Les femmes attendent avec impatience l'arrivée de ces monuments funèbres (les tombeaux d'Héloïse et d'Abaylard), pour aller pleurer sur la cendre de l'infortunée Héloïse. » {Idem, 4 ventôse, an vm.)
Cercle.
« Et votre mari, ma chère ? — Encore à son cercle. — C'est comme le mien, il n'en sort pas : c'est un cercle vicieux. »
On s'entretient beaucoup dans les cercles politiques bien informés. — Les renseignements que nous avons recueillis dans les cercles politiques bien informés nous permettent de,,, — Les cercles politiques bien informés sont d'une grande ressource pour les fabricants de nouvelles politiques. N. B. Ces cercles n'ontjamais existé que dans l'imagination des nouvellistes.
Cérémonie. Imposante cérémonie. — Cérémonie officielle ou senii-officielle, le plus souvent avec accompagnement de discours, musique militaire, chœurs, orphéons, etc.
« La messe commémorative de la mort de M. Thiers à Notre-Dame sera une des plus imposantes cérémonies qui aient jamais été célébrées sous les voûtes de l'antique cathédrale. »
{La France, 3 sept. 1878.)
Cette imposQKite cérémonie a vivement impressionné
l'assistance qui a écouté avec un religieux recueUlement, etc.
Cérès. Les présents de Gérés, — Des présents qu'il faut gagner à la sueur de son front. Demandez à nos bons villageois.
« C'est au feu de nos baisers qu'on verrait mûrir les présents de Cérès. »
(Dorai. Imitations de poètei Idtin». CaTalier-Marin.)
Chacun. A chacun le sien. — Et plus ordinairement en latin cuique suum,
(Tacite. — Cicéron.)
Pourquoi faut-il qu'il y ait tant de gens qui, malgré cet axiome, veulent ajouter au leur celui des autres?
Chaîne. Les chaînes de l'hymen. — Les plus solides de toutes les chaînes. Les chaînes qui accouplent les forçats du mariage ; le mariage, un bagne que Ton ne licenciera pas comme on a licencié les au&es.
« — Oui I mais nous aurons le divorce. — Le divorce, une demi-mesure, répondra un intransigeant du coiy'ungo. Qu' in commence par abolir le mariage I »
Chaînes dorées : i
« Emplois, grandeurs tant désirées, I
« J'ai connu vos illusions ; « Je vis loin des préventions 1
« Qui forgent vos chaînes dorées. » '
(Chaulieu. Ft>cAam^^«, 1707.) ,
Champ. Le champ du repos. — Ce n'est pas le fumier quil manque pour Tengraisser.
Chanter. I
« Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séuille.) \
Chantre. Le chantre d'Elvire, vulgo Lamartine* — Ià chantre d'Achille^ le vieil Homère. 1
Chantre harmonieux.
« Cependant, au milieu de tant de chantres harmonieux, i (Réponse du citoyen Garât au discours de réception du citof/et Pamy à V Académie française. 26 décembre 1803.)
Le chantre des bois, le chantre des forêts, — Le rossignol. I « Chantez; nous savons bien que vous n'avez jamais « Essayé d'égaler le chantre des forêts. » j Oerchoux. La Gastronomie^ chant IV. — 1803.)
Z lAR. Char numéroté. — Le modeste fiacre. C'est dans un char numéroté que Louis-Philippe, partant pour Texil, quitta Paris ; celui qui, pendant dix-nuit ans, avait conduit le char de FÊtat, prit place, comme un simple voyageur, dans un char numéroté.
« Et pendant ce temps-là, dans la cour de Thôtel, les chars numérotés heurtaient leurs essieux salis par deux courses à rheure. »
(Jules DaTid. Lucien Spalma, li^re I. -^ 1835.)
« Lorsque grisette précoce « Prend mon char numéroté, « Si j'aperçois une bosse...
« C'est pour la maternité. »
^. Festeau. Le Cocher j chanson, 1838.)
Char de la victoire.
« L'honneur et la gloire
« Ne suivent pas loigours le char de la victoire. »
(Crébillon. Pyrrhus, ac. II, se. v.)
Charbon Etre sur des charbons ardents, — C'est griller d'impatience. Figure empruntée au martyrologe de saint Laurent. Celui à qui l'on a promis de l'argent est sur des charbons ardents pour peu qu'on le fasse at' tendre.
Ghabbonnieb. Charbonnier est maître chez lui. — Cela dé^ pend du caractère de la charbonnière. (V. pour Tétymologie^ les commentaires de Biaise de Montluc, où est raconté l'entretien entre le charbonnier et François !•' égaré à la chasse.) Il est à noter qu'à cette époque, lorsqu'on cherchait à faire entendre la vérité aux monarques, on avait le soin de les faire égarer à la chasse. Il est vrai qu'ils chassaient encore plus qu'ils n'écoutaient la vérité ; aujourd'hui ils chassent moins et ils neTécoutent pas davantage.
Cjabcutebie. La charcuterie désorganise l'estomac des masses. — Je dirai plus, le charcutiérisme etl'absinthage sont les deux fléaux, les deux Attilas du xix« siècle.
Cbablatan. Charlatans politiques. — Les maîtres des Bilboquets et des Mengins. S'ils n'étaient charlatans, on ne les croirait point, ces vendeurs de pommade politique, ces soi-disant extirpeurs de préjugés sociaux.— Comme on montrait un illustre médecin à un célèbre charlatan qui travaille en plein vent les mâchoires plébéiennes : — Si TOUS saviez, comme il me fait du tort I répondit le rival deMengin.
Charlotte Corday. — Charlotte Corday, Fange de la Guillotine, proposé comme variante à l'ange de l'Assassinat de M. de Lamartine.— Peutrêtre Charlotte Corday ne fut-elle qu'une Salomé normande qui a voulu opérer elle-même.
Le rapport du comité de Sûreté Générale appelle Charlotte Corday « unÉrostrate femelle». (16 juillet 4793.) Marat comparé à un temple! Voilà une comparaison qui ne serait jamais venue à l'esprit des petitsfils des Sans-Culottes de 93.
Charmes. — Ce qui captive le plus les amants ce sont les charmes secrets de leurs maîtresses. Là est l'explication des Jurandes passions qu'ont inspirées tant de femmes laides, à commencer par Cléopâtre, cette moricaude.
« Les transports renaissante à l'aspect de voâ châ,rmes. »
(Bernis. EpUre V.) « L'élégante simplicité de sa toilette, et le goût qui y avait présidé, ajoutaient encore à l'éclat de ses charmes. »
(Vicomte d'Arlincourt. Les trois châteaux, cbap. m.)
Belle comme un charme. Les charmes de la vertu.
« Ah I que de la vertu les charmes sont puissants I • (Th. Corneille. Le comte éCEssex, acte IV, se. i.)
Charme de VidéaL
« Tout était poésie en lui (Soumet), et vous attirait par le charme de l'idéal. »
(M™* Ancelot. Salons de Paris, 1866.)
Les charmes de la nature.
« Cependant il y a toujours dans les plus belles contrées de ce pays (Allemagne), quelque chose de sérieux qui fait plutôt penser au travail qu*aux plaisirs, aux vertus des nabitants qu'aux charmes de la nature. »
(M»* de Staël. V Allemagne, tome I, ch. i.) « Longtemps l'éminent orateur a tenu l'auditoire sous le charme de sa parole. »
{Compte rendu d'une cérémonie quelconque où guèlqiJ^Md prononcé un discours quelconque.)
Charybde. Tomber de Charybde en Scylla.
Passer du régime monarchique au régime républi* cain, c'est tomber de Charybde en Scylla, ou vice versa'affaire d'opinion.
« Incidis in Scyllam, cupiens vitare Carybdim. »
(Ph. Gautier de Lille, L'Alexandréide.)
Chasser. Sortez ! je vous chasse! — Belle manière de met-
tre à la porte un domestique, au Gymnase Dramatique. A un amoureux par trop entreprenant, on dit seulement: M Sortez ! » avec Tespoir qu'il reviendra.
Châtelaine. La noble châtelaine, — (Voir la collection des romans de chevalerie.) Aujourd'hui Ton a morcelé les châteaux, et, avec la monnaie des châtelaines, on a obtenu la cocodette, la gommeuse.
Chaud. Chaud comme braise, plus chaud que braise. — Se dit d'un homme dont la flamme s'est allumée au brasier de l'amour.
« Pour esteindre d'amour les flammes « Plus chauldes que feu Saint-Anthoine. »
(F. Villon.)
Chaume. Chaumière. Le toit de chaume. — On rencontre plutôt le bonheur sous un toit de chaume que sous des lambris dorés. — Une de ces rengaines destinées à faire prendre aux pauvres diables leurs maux en patience.
Une chaumière et son cœur. — Le vœu de tous les amoureux de l'ancien temps, à l'aurore de leur passion.
Alors il semblait qu'un rien dût leur suffire. Comme ils ont changé I
« Je n'ai plus à t'dfirir qu'un désert et mon cœur. » (Voltaire. AlzirCj acte IV, scène iv.)
Chausser. Chausser le cothurne. — Un cordonnier seul oserait se servir de cette expression , qu'un cordonnier seul a pu mettre à la mode. Mais il y a encore tant de cordonniers, voire tant de savetiers littéraires !
Chausse-toi. — La seule excuse que l'on adresse à un chien, lorsqu'on lui marche sur les pattes.
Chef-d'œuvre. — Une paire de bottes bien faites est un chef-d'œuvre pour un cordonnier. — Un vaudeville mêlé de chants, qui obtient deux cents représentations, est un chef-d'œuvre pour un vaudevilliste et ses collaborateurs. — Tous les livres de l'antiquité qu'on étudie au coUège à coups de pensum sont réputés des chefsd'œuvre, des immortels chefs-d'œuvre, lorsqu'on a fini d'user ses culottes sur les bancs du collègue. — Il paraît que l'homme est le chef-d'œuvre de Dieu. — Qui dit ça ? L'homme.
Chkmin. Suivre le chemin de l'honneur. — C'est pour un souverain, ne pas violer la Constitution; pour un ministre, ne pas acheter les votes des députés; pour les
députés, ne pas trafiquer de leurs votes ; pour le militaire, sacriner le plus d^ennemis possible sur un champ de bataille; pour le négociant, ne pas laisser protester sa signature ; pour la jeune fille, ne pas cé-l der avant le mariage ; pour la femme mariée, ne pas céder hors du mariage; pour le domestique , ne pas trop voler ses maîtres.
c Vous qui m'avez appris à souffrir pour votre sainte cause, vous qui m'avez toujours montré où était le chemin de l'honneur. . . . inspirez-moi, Seigneur mon Dieu 1 »
(Frédéric Soulié. La Closerie des Genêts, acte m, se. XII.)
« Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un autre chemin que celui de l'honneur. »
(Napoléon I*'. Proclamation à la Grande Armée ^ 6 oct. 1806.)
Le chemin de la gloire. Un chemin hérissé de baïonnettes, couvert de charges de cavalerie, semé d'éclats d*obus, et noir de mitraille.
Cheval. A cheval y messieurs ! (Style de théâtre.) — Dans les pièces militaires de Fancien Cirque, le « A cheval messieurs ! » a souvent retenti. On le rencontre aussi dans quelques vieux mélodrames.
« Parti déjà 1 Karl I Au revoir, mon père. A cheval, messieurs l »
(Lockroy et Anicet Bourgeois. Karl ou le Châtiment, acte I, se. Tiii.)
Dans cette pièce, Mélingue jouait un bout de rôle; il était assassiné au premier acte et ne reparaissait plus. Depuis il a pris jonment sa revanche.
« C'est bien I à cheval l et qu'on amène ces deux espions au quartier général 4 »
(E. Wœstyn, H. Crémîeux et E. Bourget. La Voie sacrée ou les étapes de la gloire, acte II .)
Chevelure.
« Sa brune chevelure tombe en anneaux sur un cou éblouissant. »
(M—Cottin. Claire d'Albe.)
« Sa chevelure blonde, bouclée avec art, retombait gracieusement sur un front blanc et uni comme celui d'une jeune fille. »
(A. Ricard. La Grisette, I8S9.)
« Sa peau était d'une blancheur éblouissante, et sa chevelure d'un noir d'ébène. »
(Vicomte d'Arlincourt. Le$ trois châteaux, ch. xit.)
Sa efievelure luxuriante tombait sur ses épaules comme un riche manteau, (Style romantique.)
Cheveu.
« Un médaillon I... des cheveux !... une lettre t... »
(Joseph Bouchardy. La Sœur du mulefier,)
( Les plus beaux cheveux blonds flottaient en boucles sur ses épaules. »
(M— D... Maria.)
f II y a assez de scandale pour dépouiller ma tète de ces cheveux blancs qu'on peut aujourd'hui regarder avec mépris. >
(Albert Labrousse et Âlph. Brot. Juliette, 4834.)
« Seras-tu sans pitié pour mes cheveux blancs ? »
{Idem, idem.)
€ Ses cheveux sont d'un noir d'ébène, « Son teint des Us a la blancheur, tt Ses lèvres sont couleur de rose, « Et ses dents sont des perles... »
(Scribe, Francis et Braiier, Partie et Revanche, se. XTi, 1823.)
« Des cheveux d'un blond doux, ondoyeux comme la soie, flottaient, sans nul apprêt, sur son cou blanc comme la neige, et couronnaient son û'ont virginal. »
(T. Ducange. Léonide ou la Vieille deSuresne,i%ZO,) « Leurs cheveux flottaient en boucles sur leurs épaules. > {HucrsLj-liumiml, Petit' Jacques et Georgette.)
Tasse-moi la main dans les cheveux. Phrase suintant la Dassion éehevelée,superfétation amoureuse qui est tombée dans le domaine du comique, mais dont nous trouvons un exemple sérieux et convaincu dans un roman du XIX* siècle.
« Amélie, disait le jeune homme, n'est-ce pas qu'un pareil amour ne doit pas finir? N'est-ce pas que tu m'aimes pour le temps et l'éternité ? Oh 1 laisse-moi passer ma main dans tes cheveux! »
(Jules À. David. Lucien Spalma, livre III, 1835.)
Les romanciers font encore usage des cheveux noirs commerébène, plus noirs quel'ébène, et, plus fréquemment, noirs comme rdle ducorbeau, qui se déroulent plus ou moins capricieusement, qui flottent plus ou moins sur un cou toujours plus blanc que l'ivoire, le marbre ou l'albâtre.
C^xix qui préfèrent les blondes chevelures trouveront également cnez MM. les romanciers un grand choix de
cheveux plus blonds que les blés, de cheveux dorés qui rappellent le blond vénitien, et autres.
Aujourd'hui que les élégantes se teignent les cheveux, il faudrait, pour être vrai, signaler la couleur rouge carotte dont elles ont abusé, et, plus récemment, lacouleui beurre rance, le dernier mot de la teinture capillaire à la mode. — Quant aux faux cheveux... ils sont dans la proportion de 4 000 sur 4 .
Faire dresser les cheveux sur la tète, — On a vu des gens à crâne chauve prendre plaisir à se servir de cette expression.
« Oui, je sens sur mon front mes cheveux se dresser. » (Népomucène Lemercier. Agamemnonf acte IV, scène m.)
Cheveux blonds et naturellement bouclés.
tt Flavum et inaffectatum capilitium. »
(Apulée. Métam. Uyre U, trad. Bétolaad.)
Chèvke. Ménager la chèvre et le chou. C'est un art ministériel qui consiste, pour conserver un portefeuille, à ménager la majorité et l'opposition.
Chèvrefeuille . Le chèvrefeuille répandait une odeur dom'. ment pénétrante. Un élégant kiosque, caché sous le c^êrw feuille, où la marquise venait rêver tous les jours. (Une des attributions du chèvrefeuille dans les romans.) j
Cbien. Un chien en vie vaut mieux qu'un roi mort. C'est 11 variante du verset 4, ch. ix de VEcclésiaste :
a Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. •
Et La Fontaine, dans la Matrone d'Ephèse : 1
« Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré, »
Bien avant La Fontaine, Fr. Villon avait exprimj ainsi la même idée :
« Mieux vault vivre sous gros bureaux i
« Povre, qu'avoir esté seigneur, I
tt Et pounr soubz riches tombeaux. »
Le chien est l'ami de l'homme.
Le chien est l'image de la fidélité.
t Un jour aux pieds de son amie, « Ce tendre époux dépose un jeune chien :
« De la fidélité c'est 1 image chérie. »
(Monvel. Les deuœ chiens, fable.)
Chimère. Se repaître de chimères. Un peuple qui ajoute i aux promesses d'un souverain à son avènement '
trône se repaît de chimères. — Compter sur le désintéressement aun créancier, c'est se repaître de chimères. « L'or est une chimère, »
(Scribe. Robert le Diable.)
Éoc. Dm choc de la discussion jaillit la lumière. Cela dépend du caractère des interlocuteurs. On a vu nombre de diseussions d'où jaillissaient des coups de poing.
braicE. Noble cicatrice, glorieuse dcatrice. Quelque bon coup de sabre en pleine figure.
' « n (Washington) s'approche avec plaisir de ces vétérans 'dont les nobles cicatrices sont les premiers ornements de cette fêle. »
(Fontaines. Panégyrique de Washington.)
C'est presque aussi grand que :
« Ce sabre est le plus beau jour de ma vie. » •
^. Avoir le ciel dans le cœur. « La main dans la main, les yeux dans les yeux, ils marchaient en silence, le ciel jdanslecœur.» Marche ordinaire des amoureux de roman.
I Ciel! mon mari! — Cri que font pousser les dramatnrges aux petites dames de théâtre surprises par le iBiari, au moment où le canif est tiré, prêt à lacérer le contrat de mariage.
Ciel! veille sur lui ! — Autre rengaine dramatique. La comtesse : -- « Le ciel veillait sur lui, Marguerite. i Mabguerite : — Oui, oui, le ciel veillait. »
(Dumanoir et Àd. d'Ennery. Les Drames du cabaret^ acte I, se. lY. 4804.)
« Le ciel ne permettra pas que la perversité triomphe; il (léconcertera les infâmes qui ont juré ta perte I »
(Sophie Gay. Un Mariage sous V Empire,) I « Le ciel en fut jaloux : elle doit être au ciel. »
(M™« Desbordes-Valmore. Le Rèoe de mxm enfant.)
D'un fréquent usage dans la littérature de cimetière. fF. ks Guides des cimetières de Paris.)
« Le ciel est jaloux de la terre, et rappelle ses favoris des H^es trompeuses du temps. »
(M"»« de Staël. Cdrinne, livre II.) « Ici, du haut des cieux, du Guesclin me contemple. » (Voltaire, AdéL du Guesclin^ acte I, se. n.) Et plus tard Scribe :
« Du haut des cieux, ta demeure dernière I « Mon colonel, tu dois être content! »
Oublier le ciel et la terre. — Être dans le troi^ëd ciel. . • de lit de Famour.
« Elles ont oublié toute retenue, toute pudeur ; oublié
terre, oublié le ciel. » i
(Fr. GaiUardet et A. Dumas. La Tour de liesle, 1832.)
Ciment. Le ciment de l'amitié. — Un ciment qui ne va pas le bon ciment romain , car la plupart des amiti sont des bicoques bâties, comme on dit, de boue et \ crachat, que le moindre vent de l'adversité suffît à jet à bas.
Circulaire. Circulaire électorale.
« La circulaire de... adressée aux électeurs du... a^ un immense retentissement et exercera une grande influeij 8ur les élections de.... »
Et dire que c'est toujours comme çà !
Giron. Depuis le ciron jusqu'à l'homme, tout dans la nati atteste la toute-puissance d'un Etre-Supréme, Que d'hommes ne sont que des cirons !
Ciseaux. Les ciseaux de la Parque. — Faut-il que l'homi soit malheureux sur la terre pour en arriver à arrac^ les ciseaux des mains de la Parque et se tranch.er à 1| même le fil de ses jours !
Il y a encore les ciseaux de la censure, cette Parc^ administrative.
Civilisation. Les bienfaits de la civilisation. — Un raffic ment d'hypocrisie. Tartuffe est un coquin très civili mais trop pressé. On fait mieux aujourd'hui.
Classe. Les classes dirigeantes. — Les filles de leurs pèij Les classes laborieuses, les filles de leurs œuvres. Poi quoi faut-il que ce soient des sœurs ennemies ?
Clé. La religion est la clé de voûte de Vordre sociaL I
n'est certainement pas un libre penseur qui a tenu c^ phrase sur les fonts baptismaux.
Clémence. La clémence est le plus bel apanage d'un roi. 11 faut avouer qu'ils n'en abusent pas.
« Songez que la clémence a toujours eu ses droits (c Et qu'elle est la vertu la plus digne des rois. »
(Thomas Corneille. Le comte d'EsseasA « La clémence est la vertu des rois. »
(Boursault. Ésope à la Cour^ acte III, se. ii.)
Clémence est un nom très répandu parmi les femi^ de chambre.
[Slébicalisme. Les empiétements du cléricalisme.^ Si les réactionnaires ont le spectre rouge, les républicains ont le spectre blanc dans les empiétements du cléricalisme.
Iloche. Cloche du monastère. Cloche du couvent.
« Toi I va retrouver nos amis réunis dans les montagnes ; qu'ils se tiennent prêts à descendre en armes, lorsque la cloche du couvent voisin leur en donnera le signal. »
(Mallian, P. Tournemine et Bernard. Le curé MérinOt acte V, scène ti, 1834.)
« C'est la cloche du monastère...
tt Ame immortelle, allez en paix! »
(Jouy. Le Gku.J
La cloche du monastère sonne souvent dans les mélodrames de cette époque.
Les tintements de la cloche.
« Les roucoulements de la colombe de Virginie... les tintements de la cloche qui appelait les voyageurs, se mêlaient à ces chants funèbres. »
(Chateaubriand. Atala.)
Clocher. Clocher natal. On revoit toujours avec plaisir le clocher natal. — Peut-être, mais à condition de ne pas le contempler longtemps.
Cloitrb. Demander au cloître l'ouhli du monde. — Un genre de suicide comme un autre.
Cœur. Cœur de roche. Cœur de marbi'e.
« Avec ce beau visage avoir le cœur de roche. »
(Corneille. La Suivante^ acte III, se. ii.) « C'est le cœur qui fait tout. »
(Molière. Mélieerte, acte II, se. lu.)
« Mais, quand nous serions rois, que donner à des dieux ? » « C'est le cœur qui fait tout... »
(La Fontaine. Philémon et Batteis.)
Qui a prétendu que le cœur humain était insondadable?
Voici ce qu'a trouvé Sophocle (Fragments) en le sondant: delà Doue.
Le cœur de Vhomme est un ahlme insondable. — Et celui de la femme donc ? Le cœur de Vhomme est impénétrable.
a Et qui peut pénétrer dans le cœur des humains? » (Saurin. SpartacuSt acte 1, se. i.)
60 DICTIONNAIKE
Le cœur ne vieiUU pas. Titre et refrain d*une chanson de Gagneux :
« Sur nous, humains que le destin moissonne, « L'hiver des ans jette ses noirs frimas; «< Consolons-nous si notre front grisonne.
« Le cœur ne vieillit pas. »
Cohortes. Nos vaillantes cohortes. (Style d'historien.) Collègue. Notre éminent , notre illustre collègue. — A rinstitut, à la Chambre, au Sénat, on se donne publiquement de l'illustre, de Téminent collègue, en veuitu, en voilà. In petto , Tillustre collègue n'est souvent qu'une ganache.
Colonne. Bossuet fut une des colonnes de l'Eglise. — Une colonne qui pesa bien durement sur le pauvre Fénelon, une colonne sur laquelle Rome n'a jamais voulu s'appuyer.
« Ah! qu*on est fier d'être Français « Quand on regarde la colonne ! »
(Emile Debraux.) Oui !... Mais quand on la déboulonne I Colonne de la monarchie.
« Le terrible ouragan qui a renversé les antiques colonnes de la monarchie française. »
{Journal des Débats, 11 Yentôse, an YIII.)
Colosse. Le colosse du Nord. — On trouve ce colosse russe moins grand depuis la dernière guerre avec la Turquie. Pauvre colosse ! tu dois une belle chandelle à la Roumanie. Mais le colosse ne pèche pas par la reconnaissance. Il sait que l'ingratitude est l'indépendance du cœur des colosses.
Combat.
« Et le combat cessa faute de combattants. »
(Corneille. Le Cid, acte lY, se. m.)
Citation interprétée jusqu'à ce jour d'une manière comique. M™« de Sévigné, dans ses lettres, est la première qui l'ait reproduite dans ce sens, et tant d'autres après elle. j
Combattre. Combattre le bon combat, — Noble et ancien style qui peut faire croire que celui qui l'emploie n'esi, pas étranger aux beautés de la langue de Virgile. |
Combattre pour la défense de nos glorieuses institvtion^r Quand ou est victorieux, ce sont ceux qui sont reslesi
dans les caves qui ont tout le profit. Quand on est vaincu : via Cayenne et Nouvelle-Calédonie, v?
Combattre l'erreur avec les armes de la persuasion. Perdre son temps, passer pour un fou ou tout au moins pour un original.
Comique. Molière est notre premier comique. ■— Aujourd'hui il faut nous contenter des... Ah! ne nommons personne.
Vis comica. (Attribué à César). — Cette force comique remplacée par le vis pomographica, la force du maillot et du décolletage.
Commensal. Joyeux commensal, — Il faut bien que le piqueassiette joue son rôle et fasse rire les invités.
Commentaire. Fas de commentaire, n'est-ce pas ? — Cliché adopté par MM. les Journalistes qui ne veulent pas affaiblir par une appréciation quelconque, soit un acte qui parle assez par lui -môme, soit un propos éminemment typique.
Compagne. Fidèle compagne de sa vie. — Se rencontre dans les oraisons funèbres en parlant de celle que Prudhomme appelle « sa chère moitié, son épouse dévouée. »
Comparaison. — La plupart des comparaisons de longue haleine présentent cette singularité qu'on pourrait les appliquer au rebours ; elles auraient autant àe signification.
Parmi les comparaisons fondamentales, il faut citer d'abord :
Triste comme un bonnet de nuit, poltron comme un lièvre, paresseux comme une couleuvre, hardi comme un page, jurer comme un charretier, boire comme un sonneur, comme un suisse, comme un polonais, fumer comme un suisse, joueur comme les cartes, bon comme le pain, soûl comme un polonais, fier comme Artaban, vif comme la poudre, timide comme une jeune fille, doux cmnme un agneau, susceptible comme un éléphant, muet comme un poisson, roucouler comme deux tourtereaux, sage comme une image, prompt comme l'éclair, fort comme un turc, beau comme le jour, heureux cmvme un roi, heureux comme le poisson dans l'eau, riche comme Crésus, malin comme un singe, malheureux comme les pierres, pauvre comme Job, jaloux comme un tigre, pressé comme un lavement, blanc comme neige, mou comme une chiffe, sourd comme
tin pot, têtu comme un âne, méchant comme un âne rouge, gai comme un pinson, amoureux comme un fou, sale comme un peigne, propre comme un sou, bavard comme une pie borgne, méchant comme la gale, gros comme deux Uards de beurre, fichu comme l'as de pique, orgueilleux comme un paon, juste comme l'or, tendre comme la rosée, amoureuse comme une cJuitie, dur comme un roc, fragile comme un verre, laid comme un pou, bête comme un chou, poilu comme un ours, rouge comme un gratte-cul, ami comme cochon, libre comme Vair, plein comme un osuf, plat comme une punaise, noir comme une taupe, chaud commue braise, froid comme un glaçon, amer comme du fUl, limpide comme Veau de rocfœ, rare comme les beaux jours, embêtant comme la pluie, grossier comme du pain d'orge, droit comme un i.
Compatir.
« Qui ne sait compatir aux maux qu'il a soufferts ? » (Voltaire. Zaire, acte II, se. ii.)
Vers imité de celui de Virgile :
« Non ignora mali, miseris succurrere disco.
« Sans peine on compatit au malheur qu'on éprouve. » (Arnault. Marins à Mintumes, acte II, se. i.)
CoMUs. Enfant de Cornus.
« Les enfants de Cornus, sujets aux mêmes lois, « N'ont rien qui les distingue et sont égaux en droits. » (Berchoux. La Gastronomie, chant III, 1803.)
Concentrer. Concentrer ses plus chères affections.
» C'était un bonheur pour elle d'être utile à l'époux qu'elle adorait depuis quarante ans, et sur lequel elle avait concentré les plus vives, les plus chères de ses affections. » {Discours de réception de M. V^nnet à l'Académie française, B mai 48S4.)
Conception. Les sublimes conceptions de l'esprit humain. — Combien ont, pendant toute leur vie, crevé de faim, de ces génies qui ont légué au monde les fruits de leurs sublimes conceptions l
Concours. Un immense concours de monde se pressait dans l'église trop petite pour contenir...— Qu'il s'agisse d'un mariage ou d'un enterrement, le cliché ne varie pas. L'église est toujours trop petite pour la foule !
« M. X... a bien voulu prêter le concours de son talent à cette fête dont les invités ont emporté le meilleur souvenir.»
Cela vaut mieux que d'emporter rargenterîe comme il est arrivé quelquefois dans certaines fêtes où la société était aussi nombreuse que mal choisie.
Confident. Discret confident. — lien entend de belles, le discret confident! Quand son intérêt est en jeu, adieu la discrétion du discret confident.
CoNFRèRE. Cher et illustre confrère. Monsieur et illustre confrère. En tête d'une lettre écrite par un manœuvre de lettres à un haut personnage littéraire.
Le cher et regretté confrère que nous pleurons. ^ En tête d'un article nécrologique. Du vivant du cher et regretté confrère, a-t-on dit assez de mal de lui! Et celui qui prononce l'oraison funèbre n'a pas été le dernier à en dire.
« Après notre illustre confrère dont vous venez d'entendre la parole autorisée, ce n'est pas sans un sentiment de crainte que j'aborde un pareil sujet. »
(Début d'un orateur timide qui, au fond, se croit bien supérieur à celui qu'il traite dlllustre.)
Notre spirituel confrère. Se dit entre journalistes.
Conjurer. Conjurer à genoux, conjurer à deux genoux. — Une manière de s'avilir aux yeux de son prochain. Phrase de mélodrame.
Conjurer la tempête. C'est un art que possèdent certaines femmes travaillant le contrat ae mariage à coups de canif.
Conquérir. Conquérir les cœwrs. — Encore un triomphe de l'hypocrisie.
Considération.
« Obéissant à des considérations que nos lecteurs comprendront, sans qu'il soit besoin d'insister davantage, nous nous sommes abstenus de parler de cet événement. »
Faux-fuyant de journaliste qui s'est laissé devancer par ses confrères. Traduisez par : « Nous n'en connaissions pas un mot hier. » Et, aujourd'hui... suit une colonne de détails empruntés à un confrère qu'on se garde bien de citer, naturellement.
Consister. Le bonheur consiste dans la pratique de la vertu. — Qu'ils lèvent la main et qu'on les compte ceux qui mettent cette belle maxime en action !
Consolation. Plus de consolation sur la terre, — C'est avec ces mots là qu'où tombe dans tous les excès.
« Qu'importe I Périssent ensemble mon corps et ma raison I Tu sais bien tout ce que j'ai perdu; tu sais bien qu'il n'y a plus pour moi de consolation sur la terre. »
(Ad. d'Ennery. La prise de Pékin, acte II, se. x, 1861.)
Constitution.
« Fidèle gardien de la Constitution, j'en ai reçu le dépôt de vos mains et je saurai la faire respecter. »
Belles paroles de n'importe quel souverain, le lendemain du jour où il a prêté serment à la Constitution. Plus tard va-t-en voir s ils viennent, Jean I
Contempteur. Contempteur de la vertu, — Quand on voit tant de coquines dénigrer le petit nombre de femmes honnêtes, c'est que les coquines savent que l'honnêteté et la vertu sont des capitaux qu'on peut réaliser un jour ou Pautre.
Contenter. On ne peut contenter tout le monde et son père. — Phrase clichée qui était dans la circulation bien avant La Fontaine qui s'en est ainsi emparé dans sa fable Le Meunia^ son fils et l'dne.
« Est bien fou du cerveau.
« Qui prétend contenter tout le monde et son père. »
On rencontre déjà ce dicton dans une lettre écrite au savant Nicolas, par Léonard Arétin, surnommé Brunus, auteur du xv« siècle.
(Quitard. Dictionnaire des Proverbes.)
Contradicteur. Mon honorable contradicteur. — Tu l'appelles ainsi à la tribune et tout bas « affreux coquin, affreux drôle » qui se permet d'avoir une opinion contraire à la tienne.
Contradiction. Contradiction du cœur humain.
« Étrange contradiction du cœur humain I »
(Chateaubriand. Le dernier Abencerage.)
Conviction. Conviction profonde. — Il y si a peu de gens qui ont une conviction et surtout une conviction profonde que ce n'est pas la peine d'en parler.
« Je vous le dis avec l'énergie de la conviction. » Paroles qu'on peut prononcer à la tribune ou dans une circonstance grave et solennelle.
« Je regrette donc, avec toute l'énergie d'une conviction profonde, tout ce qui est en dehors de 1 ordre légal. »
{Discours de rentrée prononcé par M. Dufatare, avocat général^ devant la Cour royale de Pau^ S novembre 4830.)
Terrible conviction.
« Ah I si tu savais tout ce que j'ai souffert quand j'eus acquis cette terrible conviction I »
(Francis Cornu et H. Auger. Pauvre nierez 1837.)
Savoir que votre femme vous trompe, c'est acquérir, pour quelques-uns, une terrible conviction.
CoNVTVE. Convive aimable» — Un estomac reconnaissant... pendant la durée du dîner.
Convulsion. Lés convulsions du désespoir. — Une scène de haute comédie féminine.
Coquelicot. Rouge comme un coquelicot. Un champ émaillé de coquelicots et de pâquerettes. Un auteur moderne, M"« Sand, je crois, pour varier un peu le tableau champêtre a appelé le coquelicot « le sourire des champs. » A quand le • signe de l'honneur deschamps »?
CoKAiL. Les lèvres de corail. — (Littérature de joaillier.)
« Son sourire exprimait d'avance ce qu'elle allait vous dire; sa bouche, ouverte à demi, laissait soupçonner deux rangées de dents, dont la blancheur rendait plus vive (sic) le corail de ses lèvres. »
(Ducray-Duminil. Petit- Jacques ei Georgette.)
« Et le corail si pur de ces lèvres riantes. »
(Ch. Brifaut. L'horoscope d'une femme , conte.)
« Peins, sur ces lèvres de corail, « Les fleurs nouvellement écloses. »
(Dorât. Le Portrait d^Ismène.)
« Ces lèvres de corail si fraîches. »
(Sainte-BeuTe. Poésies de Joseph Jklorme.)
Coude. Corde sensible. — La corde du cœur que fait vibrer un sentiment auquel on est sensible.
« Ces quahtés ne touchaient pas « De mon cœur la sensible corde. »
(Vergier. Fables.) CORINTHE.
« Tout le monde ne peut pas aller à Corinthe. »
Non omnibus licet adiré Corinthum; par corruption pour a^rocorinthum. L'acrocorinthus était une forteresse flanquée sur un rocher, à rentrée du Péloponèse : elle
est encore debout. L'accès en était excessivement difficile, d'où le non omnibus licet adiré cCcrocorinthum dont on a fait Corinthum en prenant le tout pour la partie. Les fantaisistes traduisent par : On n'allait pas en omnibus au lycée de Corintbe.
Corps. Les corps célestes. — Les étoiles auxquelles les amoureux comparent les yeux de leurs amoureuses. Les corps célestes sont du domaine des revues scientifiques : étoile serait court et trop compréhensible .
Jadis la poésie usait de ce trope :
« Quel plus sublime cantique « Que ce concert magnifique « De tous les célestes corps ? »
(J.-B. Rousseau. Odes,)
Cortège. Cortège imposant. — Une mascarade royale ou officielle, quelque chose comme un sacre... La promenade du bœuf gras passe aux yeux des badauds, faute de mieux, pour un cortège imposant.
Coryphée. Les coryphées du parti légitimiste, les coryphées du parti bonapartiste. — Ils n'ont pas de grandes masses chorales à diriger. — Mais sont-ils vingt, ils font du bruit pour mille. .
Cou. Cou d'albâtre. Cou de cygne. — Voilà comme les poètes comprennent la blancheur d'un cou de femme ; et quel compliment ils lui décochent l
« Ses cheveux noirs tombent en boucles sur son cou d'albâtre. >
(Chateaubriand. Le dernier Abencerâge.)
Cou dHvoire. Pour varier un peu.
« Une jeune femme d'une blancheur éclatante, dont les charmes naturels étaient singulièrement relevés par une foule de perles et de pierreries qui serpentaient sur ses che- . veux blonds et son cou d'ivoire. »
(Armand Charlemaene. Les trois B ou Aventures et mémoiret d'un boiteux y d un borgne et d^un bossu, 1809.)
Cou plus blanc que le marbre. Méditez bien, jeunes auteurs, la phrase suivante. Comme elle est belle, et comme elle est courte, et comme elle est naturelle, et comme elle fait image ! 11 n'y a que les romantiques capables de pareilles beautés.
«... Une chevelure massive , plus noire que Tébène,
soulevée par l'exubérance de sa sève, envahit, dans un désordre superbe, un cou ferme et blanc comme le marbre de Carrare, et, s'y enroulant en tumulte, ainsi qu'au soleil une nichée de couleuvres, décompose en reflets changeants la lumière absorbée dans ses replis. »
(F. Mallefille. Mémoires de Don Juan.)
iocLEUfis. Les plus vives couleurs brillent sur son visage. « Où trouver des couleurs pour la peindre ? »
(Mme Cottiu. Malvina.)
îoup d'œil. Coup d'œil d'aigle.
«De son coup d'œil d'aigle, Voltaire examine les pièges que l'envie tendit â une illustre infortune. »
(Discours de réception de M. Pongeryille à t Académie française.)
De combien de myopes, de combien de porteurs de lunettes n'a-t-on pas dit qu'ils avaient un coup d'œil d'aigle ?
Le coup d'œil d'aigle a été attribué également à Napoléon.
!oLPE. Boire à la coupe, s'enivrer à la coupe de volupté. — Affectionné par les poètes sensuels de recelé de Théophile Gautier.
Il y a loin de la coupe aux lèvres. C'est la traduction française d'un vers traduit déjà du grec en latin par Aulu-Gelle.
«c Multa cadunt inter calices supremaque labra. » Coupe d'amertume. La coupe du banquet de la vie pour la plupart des convives.
« Quelques douceurs, sans doute, pour lui faire avaler la coupe d'amertume. »
(Sophie Gay. Un Mariage sous F Empire. 1833.)
Quand, au milieu des tourmentes de la fortune et du cœur, on a bu successivement à toutes les coupes d'amertume de la vie... »
(T* d*Arlincourt. Les Trois Châteaux, chap. 1. 1840.)
La coupe du bonheur.
« Elle épuisait avec eux la coupe légère et fragile du bonheur le plus pur que l'on puisse goûter sur la terre I » (U°" de Genlis. Pétrarque et Laure.) « Je saisis du plaisir la coupe enchanteresse. »
(Duels. U Amitié.)
Couper. Couper l'herbe sous les pieds. — Ce n*est rien encore quand on ne coupe pas les pieds du môme coup.
GouPBEBT. Le fatal couperet. — L'imtrumentum regni de notre glorieuse Révolution.
Courage. Du courage ! — Je ne vous souhaite pas d'entendre prononcer ce mot, dit à votre adresse, par M. le directeur de la Roquette.
«... Un tel, votre pourvoi en cassation a été rejeté, votre recours en grâce a été repoussé. Du courage!... »
Couronnement. Le couronnement de l'édifice. — Fut longtemps un cliché impérial. Qui eût dit alors que Sedan serait le couronnement de Tédifice ?
Couronner. Couronner de fleurs sa tête. Orner de fleurs. - Phrase qui rentre fatalement dans un compliment eo vers adressé à quelqu'un pour sa fête.
« Il est aujourd'hui votre fête,
« Et de ces agréables fleurs , « Dont le temps ne saurait effacer les couleurs, < Ma main devrait, abbé, couronner votre tête. *
(Deshoulières. A l'abbé de Lemau.)
« Mon cher papa, c'est aujourd'hui ta fête : I
« Voici des fleurs pour couronner ta tête. »
{Compliment enfantin.)
« Et tous les ans, aux jours de votre fête , c Ornez votre sein, votre tête € De ces fleurs. >
(Verger. Fables, 4706.)
Courriers. La courrière du jour. — Variante à l'usage da gens qui sont fatigués d'appeler par son nom l'aurore, l'aurore aux doigts de rose. — La nocturne courrién variante à l'usage des gens à qui le mot « lune » écoP cherait \% langue ou le papier.
Courroux. Affronter le courroux.
« Il ose affronter mon couitoux. »
(Fabre d'Eglantine. L'Intrigue épistolavre, acteV, se. viii. I79r)
Calmer le courroux,
« J'ai cru que des présents calmeraient son courroux.
(Racine. Athalie.)
Allumer le courroux.
« Aurions-nous donc, mes sœurs, allumé son courroux?» (G. DelaTigne. Le Pariai acte II, se. vi.)
Coursier. TJn noble coursier. — Les enfants disent aj dada, et c'est bien plus pittoresque ; que MM. les Aei démiciens y réfléchissent.
« Que je trouve de charmes « A voir tous mes guerriers « Rangés et sous les armes, « Lancer leurs fiers coursiers! »
(Scribe et Poirson. Le Nouveau PoureeaugnaCy se. tu. \%\'7.)
OC VER. Couver des yeux. — Une manière de faire éclore l'amour, quelquefois.
Couver une trahison. Une manière d'amener un changement de ministère, dans les sphères politiques. — Une manière d'amener le minotaure, dans la sphère domestique.
RADïDRE. Crainte.
« On n*est que plus près du danger,
« Quand on croit n'avoir rien à craindre. »
(Moncrif . Les Artifices de l'amour.)
Inspirer une crainte mêlée de respect. Sentiment qu'aiment à inspirer les grands hommes.
On n'obtient rien par la crainte. Pardon, Ton se fait obéir des chiens et des hommes.
Ireuser. Creuser son esprit. Creuser la vérité, — Un travail de mineur qui aboutit quelquefois à la désillusion.
Ireuset. Le creuset de Vamitié. L'adversité est le creuset de ramitié. A cette heure combien de creusets éclatent !
Le creuset du malheur.
« L'homme épure sa vie au creuset du malheur.»
(Ancelot. Louis IX.)
tw. Le cri de l'honnête homme indigné. Le cri de la conscience. Le cri de la nature. Le cri du ccBur. Des cris plus ou moins sourds.
< Sa physionomie altérée peignait le trouble de son âme. Etait-ce rmdignation de l'innocent qu'on accuse? était-ce le cri de la conscience du coupable ? »
{Causes criminelles célèbres du xix« siècle. Procès des assassins de Fualdès.)
lïiME. Un crime abominable j un crime affreux vient de jeter la consternation dons la commune de... ordinairement si paisible. — (Section des Faits divers.) .
« Ainsi que la vertu le crime a ses degrés.
« Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. »
{Phèdre, acte IV, sc.ii.)
Un vers de Racine familier aux avocats. Nous le trou-
vons cité dans la défense de M« Paillet pour Papavoine, et dans le réquisitoire de Tavocat général Vincent de Saint-Bonnet, Procès Leliéore.
Racine avait lui-même emprunté, avec une légère variante, cette pensée à Sénèque :
« Toujours le malheur engendre des malheurs plus grands. >
{La Troade, acte IV, se. i.)
■ Le crime fait la honte et non pas l'échafaud. » (Thomas Corneille. Ztf comte d'Essex.)
Crime j forfait qui fait frémir la nature, « Messieurs, ne peut-on pas croire qu^époux sans amour coi^ugal, père de famille sans maison, fonctionnaire sans place, frère sans tendresse fraternelle, il a coopéré au forfait qui fait frémir la nature ? »
[Procès deDautun et Girouard^ 4 81 S; réqvisit. de Van. gén. Girodet.)
Cristal. Le cristal des eaux. Le souffle du zéphyr agitait k cristal des eaux. — Quand vous lirez cette phrase dans un roman, vous pouvez vous dire : les cygnes ne sont pas loin l A la môme page, vous les verrez fendre ce même cristal et se livrer à de joyeux ébats.
« De vos tranquilles eaux le fidèle cristal. »
(Deshoulières. Le Ruisseau.) « Un zéphyre plus lent agite ces roseaux, u II sort un vif éclat du cristal de ces eaux. »
(Segrais. Eglogues.)
Limpide comme le cristal.
Critique. i
« La critique est aisée et Fart est difficile. » C'est ce qu'a dit, le premier. Destouches, dans le G^ rieux^ (acte 11, se. v.)
C'est ce que répète le plus petit acteur du plus petil théâtre de la plus petite ville, chaque fois que la criti que lui est amère.
Croissant. — Pauvre empire turc l ce serait plutôt U
qualification de « décroissant » qui te conviencb-ait. Croix. Chacun porte sa croix dans ce monde. — 11 y en j qui la portent sur la ipoitrine, d'autres dans la pot trine et d'autres sur le dos.
La croix des braves. — Celle-là ne se gag^e pas, Ij
derrière assis sur le fauteuil d'un ministère. |
Le mélodrame a abusé de la croix.
« L*un des enfants, Taîné, portait au cou une chaîne d'o
à laquelle était attaché votre portrait ; l'autre, une croix en diamants, que Jacques m'avait donnée le jour de notre mariage. »
(Ch. Desnoyer et Nus-Follet. Jacques le Corsaire. 1844.)
« Et v'ià le bout de soie noire où qu'est pendue la petite croix d'argent, que j'y ai offerte à la Saint-Médard ! C'est la croix de ma tante I »
(Ad. d'Ennepy. La prise de Pékin,)
Croix de ma mère. — C'est Chateaubriand lui-même qui, le premier, Ta pendue au cou de ses héroïnes, cette fameuse croix, que tant de dramaturges se sont passée de main en main.
« Quand je te parlai pour la première fois, tu vis cette croix briller à la lueur du feu sur mon sein ; c'est le seul bien que possède Atala. Lopez, ton père et le mien, l'envoya à ma mère peu de jours après ma naissance. »
{Atala.)
C'est donc à tort que M. Gourdon de Genouillac, dans ses « Refrains de la rue» attribue à une chanson de 1 830, la Montagnarde,* l'honneur d'avoir inauguré la série des «croix de ma mère », encore bien que, dans la chanson, il s'agisse de la croix de mon père :
u Dis lui qu'en partant
« Je laisse une mère,
(c La croix de mon père,
« Toi que j'aime tant. »
« La croix de mon père » était une trouvaille, ajoute M. de Genouillac; croix de mon père ou de ma mère, pendant trente ans elle fit les beaux soirs du drame .
ÎBocpiR. Croupir dans la paresse, croupir dans l'ignorance, — D y a des gens qui s'en trouvent bien; il y a tant d'animaux qui travaillent, tant d'animaux savants, disent-ils, pour leur excuse !
SuEiLLiR. Je voudrais cueillir le miel sur tes lèvres, ô mon ange! — Il n'y a qu'un sous-officier sentimental pour risquer une pareille proposition. Les prosaïques épiciers mettraient ce miel en pot sous le nom de miel de Narbonne.
ïcivRE. — L'or du pauvre.
« Sa poche est un trésor:
« Sous ses heureuses mains le cuivre devient or. »
(Regnard. Le Joueur, acte III, se. vi.)
S'applique de nos jours à tous ceux qui réussissent dans leurs affaires, à tous nos heureux Turcarets, à tous les Mercadets arrivés.
Cul. Je vous ferai pourrir dans un cul de basse-fosse, mnant! — (Tiré des romans qui veulent inspirer rhorreur du clergé et de la noblesse.) ■
Culte. Le culte de Vénus. — Un culte dont bien des desservants finissent à Thôpital du Midi.
Le culte du beau. — N'en parlez pas aux réalistes.
Le culte des Muses. — L'art de faire des vers avec oi sans le secours du dictionnaire de Richelet.
« Lorsque je suis admis à Thonneur de me consacrer au culte des Muses dans leur sanctuaire même. »
{Discours de réception de M. Raynouard à l'Académie françûist, le 24 novembre 4807).
Cygne. — Le cygne de Mantoue, alias Virgile. — I* cygne de Cambrai, alias Fénelon, le cygne de Femn^ alias Rossini. Je me suis toujours demandé pourquoi M. de Lamartine n'avait pas été le cygne de Mâconel pourquoi on l'avait appelé le vain de Mâcon^ Lecygf» de la croix, calembour à l'usage des enseignes d'hôtel leries'. ' i
Le chant du cygne, — Le chant de la fin d'un graii^
poète et même d'un petit poète qu'on a fait grand (l(
son vivant et dont la postérité se chargera d'opérer tt
réduction Collas.
« Que ta plainte, une fois de mon cœur épanchée^
« Rappelle un jeune cygne et son doux chant de mort. »
(M">« Desbordes- Valmore.)
Dussions-nous jeter la désillusion dans le cœur dflf poètes, nous dirons que si le cygne chante avant (M mourir, c'est tout simplement parce qu'il est atteint (M cette maladie mortelle si commune chez les oiseaui é qu'on nomme « Tavalure ».
Cynique. Plus cynique que Biogène. — C'est beaucoup difft. - Allez donc coucher dans un tonneau, allez donc dirt à n'importe quel sénateur de se lever de votre soleil, allez donc offir coram populo le spectacle d'un homme qui a si peu de tenue I C'est que, depuis Diogène, il morale a fait de rudes progrès. Et l'hypocrisie donc !
[)anse. L'innocent plaisir de la danse. — Serrer une femme à moitié nue sur votre poitrine, frotter votre moustache contre le fin duvet de ses joues, respirer le parfum de sa chevelure, lui soupirer, au besoin, un doux roucoulement à Toreille, sentir battre son cœur contre le vôtre, la voir tout émue, tout agitée, toute palpitante, tournoyer entre vos bras, est-ce là un plaisir innocent? Que d'intrigues nouées à la faveur d'une valse, que d'adultères ébauchés pendant une contredanse 1
« Un torrent de feu naquit d'une simple étincelle et enveloppa en un instant cette belle enceinte où tant de familles réunies se livraient à l'innocent plaisir de la danse. >
(Alibert. Physiologie des passionSt t. U.)
Di. Tenir le dé de la conversation. — Ne laisser personne placer un mot. Souvent un dé pipé.
Débauche. Honteuse débauche. — 'Kidt^amiç eîp-i x*i ^ç^ t«v epoTtzùv, répondit Socrate devant Taréopage qui ne lui reprochait pourtant que d'avoir médit des dieux ; et, bien que ir8aepa<TT7iç, il dut boire la ciguë.
Débordement. Déchaînement. Scandaleux débordement. — Conduite déplorable d'une femme qui sort du lit conjugal pour entrer dans celui de l'adultère. — Quand elles sont riches et puissantes, quand elles sont « très grandes et très insignes dames », on les appelle des originales, des excentriques.
Bébordement, DécJiainement des passions populaires. — Une inondation... de sang.
Débris. Les débris de nos glorieuses phalanges. — La phrase était de sortie le 15 août de chaque année sous le second Empire. Les débris de nos glorieuses phalanges venaient accomplir leur pieux pèlerinage au pied de la colonne Vendôme.
« Quelques débris de nos braves légions, éternel honneur du nom français. »
. (Jouy. Guillaume le Frane-parlew .)
É3UT. Débuter. — L'émotion inséparable d'un prem début. En amour, ce n'est pas précisément dans les ( buts que Témotion paralyse les moyens de Tacteur.
Débuter par un œup de maître. — Epouser à vii ans une riche héritière, quand on n'a pas le sou. Gagner une somme énorme au jeu, la première f qu'on touche aux cartes.^
Débuter dans la carrière du crime. — La représentât] de retraite a lieu, soit à Gayenne, soit place de Roquette.