SCENE XII
(De là les Hébreux viennent à Elime oit ils trouvent douze fontaines et soixante-dix palmiers, Eléeliiel [ail paraître dans son drame un homme tjui vient annoncer à Moyse celle découverte et décrit un oiseau qu'il o vu. Voici d'abord comment il parle des palmiers et des fontaines.)
UN ÉCLAlREUR. Puissant Moyse , écoulez : nous avons trouvé un lieu propice dans ces vallées, c'est là même, so>s vos regards. Celle lumière l'illumine, qui nous guide dans l'omlue des nuits sous l'aspect d'une colonne de feu. Il y a là une prairie ombragée, des sources fraîches, un sol fertile et profond. Douze fontaines jaillissent d'un seul rocher. Là s'él'U'nl un grand nombre de palmiers chargés de fi u Us ; j'en ai compté soixante-dix. L'herbe est épaisse puur la nourriture des troupeaux.
(Un peu après, il reprend la parole pour décrire un oiseau qui a été vu en ce lieu.
Nous y avons vu aussi un oiseau tout nouveau , que nul n'a jamais vu, admirable : deux lois plus long que l'aigle, aux ailes de couleurs variées; la gorge pourpre, les pattes vermeilles, le cou orné d'un duvet couleur de safran ; la lôle semblable à celles des coqs domestiques; la prunelle d'un jaune pâle enfermée dans une cornée ecarlale; le chant le plus harmonieux qu'on put entendre. Il semblait être le roi de ions les oi eaux, car tous volaient timidement à sa suite, el lui s'avançait à leur lète, superbe comme le taureau nui. d'un oas rapide, s'avance (45")).
SOTS (Les). — Les sols sorti l'une des formules de la fêle des Fous; ils oui eu leurs abbés et leurs ollices. Ils se sont per-
(-434) M. Magnin a remarqué (pie ce récit du désastre des Egyptiens rappelle les Verses d'Eschyle. (135) Eustathe, évoque d'Amioebe (Commentai-.
petites au théâtre, vers le svi" siècle et la Sottie a eu alors sesprinees dont l'histoire n'appartient plus au génie religieux. — Toy. Fête des fols.
SUZAMNE [Sainte). — Un drame de la chaste Suzanne a été écrit dans des temps très-reculés ; il est perdu aujourd'hui; il n'en resle qu'une courte mention ; el l'on ne peut même dire quel en était l'auteur.
C'est Eustathe qui en a conservé le souvenir. Bn effet, cet auteur a cité deux luis ce mystère célèbre de son temps. Il se contente d'abord d'en rappeler le titre el d'attribuer Ja.pièce à un auteur incertain pour nous, qu'il nomme Damascèno (In Dt/onis. v. 930, édition de Londres 1638, t. 1", p. 179); dans un autre ouvrage, précisant mien s son affirmation, il donne une faible idée de la pièce el indique comme son auteur subit Jean Damascène.
Voici le passage dont il est question :
« Ce drame était conçu, pour ainsi dire, a la manière d'Euripide. Suzanne taisait le compte des membres de sa race et se désolait du malheur qui lui élait arrivé dans Io jardin ; assimilant alors son jardin à celui du paradis, où la première mère fut trompée: « Par quelle fatalité du mal, s'écrie- « t-elle harmonieusement , le serpent, au- « leur du mal, devait-il s'efforcer de tenter « encore Eve en moi ? » Les vers en sont très-doux, très-coulants, pleins d'éclat, et dans la manière sévère et pleine de clarté de l'illustre Damascène... »
Les anciens critiques n'ont pas fait do doule que ce fût en effet saint Jean Damascène. Néanmoins, au xvu' siècle, Henri de Valois s'y est opposé et a attribué à Nicolas de Dardas, auteur d'attirés drames, et auteur juif, écrivant pour des Juifs, cette pièce qui serait antérieure ainsi à l'ère chrétienne, ou du moins contemporaine, mais qui n'appartiendrait pas à l'histoire du théâtre chrétien. Cette opinion a élé suivie dansées derniers temps par M. Magnin. (Journ. des Sav., 1849.) Cependant il faut considérer que le grand éditeur de saint Jean Damascène, le P. Michel Lequin, n'a pas osé rejeter absolument celle œuvre, et est resté dans le doute. (S. Joann, Dam. Opéra; Paris, 1712, iii-foj., 2 vol., t. I", Proleg., p. xlvii )
SUZANNE (Mystère de sainte). — wi' siècle. — Ou lit dans la Bibliothèque dit théâtre françois, ouvrage attribué au due do LaVallière (Dresde, 1768, in-8", 3 vol., 1. 1". p. 29; :
« L'histoire de sainte Suzanne. Exemplaire de toutes sages femmes et de lotis bous juges, à 14 personnages ; Troyes, Nicolas Oudot, in-12.
« Joachim et sa femme Suzanne se réjouissent de l'union qui règne enlre eux; cep. ndant deux Juges, les mêmes que les deux vieillards de l'Écriture , s'avouent l'un à l'autre la passion qu'ils ont conçue pour Suzanne et cherchent des moyens pour eu
in llexaeiner.) répète à propos du phénix les vers d'F/échiel. Eustathe est mon en 3">7.
THE
jouir. Ils prennent le pari i de l'attendre dans le jardin, du la surprendre lorsqu'elle sera dans le bain, et do la faire consentir de gré ou de force à leurs désirs. Ils font une visite à Joaclum, qui veut les retenir à dîner; ils refusent et se retirent. Joachim, sa femme et ses entants se mettent à table; les deux Juges se cachent dans le jardin. Suzanne y vient après le repas : elle entre dans le bain, et envoie ses demoiselles lui chercher des parfums. Les juges s'approchent d'elle et lui font l'aveu de leur passion ; elle refuse do les satisfaire; ils la menacent de l'accuser d'adultère, si elle ne consent à leurs désirs... Elle leur résiste cependant,..
elle crie au secours. Les valets accourent: les juges disent qu'ils l'ont surprise avec
un jeune homme. Le mari, les enfants, les demoiselles se désespèrent. On la conduit au tribunal et on la condamne à mort sur lu témoignage des deux juges. Joachim la croit toujours innocente... On mène Suzanne dans les champs pour la lapider. Le jeune Daniel rencontre la troupe qui la conduit, déclaro que Suzanne est innocente, rappelle le peuple au tribunal, et confond les accusateurs, qui subissent lo môme supplice auquel Suzanne avait été condamnée. Le tout est terminé par quelques quatrains sur différents sujets de morale. »
TUEOBALDE (Saint). — Dans la vie do saint Ayhert, prêtre duTournaisis, qui vivait à la fin du xi* et dans la première moitié du xn' siècle, écrite entre HVOet 11V8, par l'archidiacre Robert pour AI vise , évèque d'Arias, on trouve une indication précieuse des effets que pouvait ça et là produire la mise en action de la vie des saints ou des scènes religieuses, déjà condamnée pourtant par les conciles, mais seulement, il est vrai, à cause des abus. Saint Ayberl avait, dès l'enfance, accoutumé de suivre rigoureusement les pratiques chrétiennes, « craignant de se rendre l'ennemi de Dieu s'il restait ami du monde... Il était encore bien jeune et n'avait pas quitté la maison paternelle, où, malgré la liberté de la vie laïque, le retenait l'ardeur de la piété, lorsqu'un jour il eut occasion d'entendre un comédien ambulant qui déclamait sur un rhythme mesuré la Vie de saint Théobalde, la conversion et l'àpreté de cette existence qui, poursuivie avec ardeur et sans relâche, avait eu enfin pour prix la vie éternelle. Ces récits percèrent le cœur de saint Aybert, et il fut saisi dès-lors d'un si profond amour de Dieu... qu'il commença aussitôt de mener Ja vie d'une personne en religion, mortifiant son corps prr la faim, la soif, les jeûnes, les veilles, et la fréquence des prières, et fortifiant son esprit par la servitude et le joug de la chair... » (C. Bon.., 7 avril, Vita sancti Ayberti, t. I ", p. 074, •co., 2.c.)
THEODORE. — Théodore est tiré du manuscrit des Miracles de Nostre-Dnme, 1" volume, f1 197 [Iîibl. Imp. n" 7208, k A et h IL)
Il y est intitulé : D'une femme nommée Théodore qui, pour son péchié , se mist en liiiuits d'homme, et pour sa penance (pénitence) faire, deveint moine, et fut tenue pour homme jusques après sa mort.
Ou sait que le manuscrit d'où ce drame «st tiré, et qui en contient qi rantc est du xiv siècle.
Théodore n'a pas été publié
M. O. Leroy , dans ses Eludes sur les Mystères et dans ses Epoques de l'histoire
de France, a seul jusqu'ici donné de celte pièce une analyse très-complète, accompagnée d'observations que nous reproduisons :
« Une jeune femme, Théodore, en l'absence de son mari, s'est laissé séduire par un amant et vit en sécurité dans l'adultère, quand on vient lui parler d'un grand prédicateur. Elle se rend à son sermon, auquel l'auteur nous fait assister aussi. A peine l'a-t-ello entendu qu'elle s'écrie :
Qu'ay-je lait! j'ay mon mariage Brise el à periticion Mis m'aine (mon), et à deslruccion Ma biaulé, mon honneur, mon corps.
lia. tiès-doulx Dieu misericors!
Comment ay je eslé si surprise!
Lasse {hélas) ! lasse! à lort m'en avise Certes du diieil morir voulroie.
Lasse! jamais jour n'aurait joye , El a bon droit!
« .es triomphes de l'éloquence chrétienne n'étaient pas rares dans les temps de foi vive et profonde. M. Saint-Marc-Girardin racontait l'an dernier, à son cours de poésie française, qu'au xivc siècle, un Rlessinois, coupable d'adultère et d'empoisonnement, entendant de lu bouche d'un orateur chrétien les châtiments réservés dans l'autre monde aux crimes qui n'ont pas été expiés dans celui-ci , se leva épouvanté, et lit à l'auditoire étonné le terrible aveu de tout ce que lui reprochait sa conscience....
« Se jugeant désormais indigne d'approcher du mari qu'elle a trompé, et ne songeant qu'à se cacher et à mater son corps (la religion avait déjà ses Lavallière), Théodore se dépouille de ces ornements dont elle élaitsi vaine et de ses cheveux mêmes. Résolue de faire pénitence, pour échapper à toutes les recherches, elle prend des habits d'homme, et, après avoir quitté le toit conjugal, adresse ces adieux aux objets qu'elle laisse, et recommande au ciel son époux :
Hoslels et meubles , je vous lais Mes amis tous, elclers el lais (Iniques), Le mendre (moindre) coin le greigneur Hl'lus grand),
tuf.
TliE
VZ-)
Cornant (je recommande) à Dion noslre
[Seigneur.
M;iis sur louz , par cspécial , A Dieu, mon ehier seigneur loyal, Qui vous cl nini ail en sa garde, 0 douce mère Dieu, regarde En piliè eesle pcschercsce, El prie ion Eilz qu'il m'adresce El me sequeure (secourrai) à ce besoing. De mon païssuijàsi loihg! ...
Si que je sui loule cslialiic.
« Hlle aperçoit une abbaye d'hommes, et à la faveur de son travestissement, va s'y présenter, et demande si l'on veut l'y admettre. L'abbé, qui ne soupçonne pas son sexe, après quelques questions, la reçoit en qualité de frère mineur, chargé des commissions au dehors. On la voit remplir par humilité les- emplois les plus bas, et l'on assiste en même temps au désespoir do son mari, qui la cherche en vain dans son hôtel. La disposition du théâtre, qui... représentait plusieurs lieux a la fois, permettait ces rapprochements intéressants. L'auteur n'exprime pas mal dans les vers suivants la cruelle irrésolution du mari :
La suiveray-jc? que feray?
Oil voir, mais OÙ irav ?
Las! je ne scé de quelle pari.
Le cuer de dueil pour li me part.
Confortez moi, hiau sire Diex!
« Dieu lui envoie alors l'ange Gabriel, qui lui dit d'aller au chemin des martyrs saint Pierre et saint Paul, s'il veut voir encore sa femme. Pendant qu'il se dirige vers l'endroit qui lui est indiqué, Théodore, qui a reçu du supérieur l'oidre d'aller chercher à Kougeval de l'huile à brûler, dont les moines ont besoin, s'arrête, fatiguée , au milieu do la voie des Martyrs. Qu'aperçoil-elle?.. Laissons-la parler :
Lasse ! je voy la mon mari.
Je croy pour mny est moult marri, Car je le voy pensis cl morne.
Ne sçay s'il vaull micx querelorne Ou qu'en passant a li me monstre...
Saluer le vueil en passant.
Monseigneur, Dieu le loul-puissant.
Joye vous doinl (donne) !
LE MARI
Amen, dan moine, el si pardoiut (qu'il pa A vous cl à nioy les péchiez Irfomie
Dont les cuers avons cnlaichiez El enlaidiz.