SCENE II
THÉOPHILE, SALATIN.
(Théophile s'avance vers Saialni qui parlait uu Diable quand il voulait.)
svlatin. Qu'y a-l-il? Qu'avez vous, Théophile? Pour le grand P;eu! quelle funeste pensée vous fait si triste, vous d'ordinaire si joyeux?
TnÉorniLE. Moi qu'on appelait seigneur el maître de ce pays, tu ne l'ignores pas, à celle heure, il ne me reste plus rien, et j'ensuis d'autant plus accablé, Salalin, qu'en français ou en latin, jamais je n'ai cessé de prier celui qui, aujourd'hui , me veut tant de mal et me laisse si dépouillé qu'il ne me resie rien, mais rien au monde. Or il pas de chose n'est de si rude, ni de si contraire à mes idées, que je ne lisse île grand cœur, pour me tirer de là avec honneur! Tout perdu, j'en ai boute et c'est dommage.
SALATIN. Peau sire, vous parlez comme un sage, car pour qui a goûté de la richesse, il y a bien du mal el de la misère à tomber sous la main d'amnii pour le boire el le manger. 11 y a trop de gros mots à entendre.
Théophile. C'est cequi me fait perdre la tôle. Salatin, beau très doux ami, depuis que je suis sous le pouvoir d'autrui, il s'en faut de peu que le cœur ne me crève.
salatin. Je sais maintenant là où vous êtes blessé; vous êtes tout à fail abattu, comme un homme de quelque valeur; vous êtes bien maté, bien pensif.
Théophile. Frère Salalin, certes, il en est ainsi. Si lu connaissais quelque moyen pour recouvrer mon honneur, mon gouvernement el ma fortune, il n'y a rien que je ne fuse.
salatin. Iriez vous jusqu'à renier ce Pieu que vous priiez tant autrefois, et ions ses saints et icmles ses saintes? Vous feriez-vous, la main dans la main, l"bomn?e de celui qui vous rendrait votre grandeur passée? El vous scr.cz plus honoré de rester à son servit e que jamais vous ne le filles. Croyezmoi, laissez votre maître. Eli bien, qu'en pensezvous?
Théophile. Je n'en ai que trop hor.ne volonté, cl bicnlôl je serai tout à voire discrétion.
salatin. Allez en paix, et malgré (nul ce qu'on en djl, je vous rendrai votre puissance. Revenez demain malin.
TnÉOPiiiLE. A'olonliers, frère Salatin; el si tu restes dans ces bonnes dispositions, que le dieu en qui lu crois cl que lu adores, le garde.