SCÈNE XXI
les mêmes, moins la mère du roi.
<;obin. Allons, dame! avancez. Nous ne restons pas ici. Venez avec nous pour vous distraire un peu.
osanne. Seigneurs , soyez assez bons pour me dire où voi'S me menez véritablement.
Alexandre. Dame , nous ne sommes dans ce monde que pour mourir un jour ; tous tant que nous sommes il nous faut en passer par là. Or, il ne plail ni au roi ni à ma dame sa mère (si je vous liens un langage désagréable, pardonnez- le-moi , je vous prie) Que TOUS viviez davantage; c'est pourquoi il vous faut mourir aujourd'hui sans faute. Quant à nous, nous ne pouvons rien pour vous sauver , daine. Puisqu'il en est ainsi , implorez de lout votre cœur la miséricorde de Dieu , alin qu'il vous pardonne ions vos péchés el donne la gloire à voire âme; je ne vois rien de mieux.
osanne. Hélas, beaux seigneurs! miséricorde! que Dieu soit compatissant pour vous tous! Epargnez mon corps par pitié; ne m'dlez pas la vie; car si l'on m'a livrée a vous pour être mise à mort, c'est par haine et par envie, sans cause et sans que je l'aie mérité. Si par pitié vous ne me faisiez pas mourir, certes. Dieu vous le rendrait cl vous en récompenserait bien; je n'en doute pas.
rainfroy. Seigneurs, lout le cœur me fond en larmes de la pitié que je ressens pour celle femme. Par Nuire-Dame! j'ai bien peur, si nous la niellons 4 uiurl , qui; nous ne nous en repentions à la fin.
DES MYSTERES. Tlll 9^0
gobis. Après ce que je lui ai ouï dire, certes, je ne suis point d'avis non plus de la mettre à mort, Dieu me proié^e!
Alexandre. Mais coinmeul la sauver de la mort sans manquer à noire parole? Voyons.
rainfroy. Je ne sais... Si fait Lien. Il y a un moyen que je vais vous indiquer. Nous nous sommes engagés à l'abandonner à la mer ; mettons-la donc dans un balelel sans pilote, n'ayant avec elle ni perches, ni voiles, ni avirons; laissons-la aller ainsi 011 la mer la voudra porter. Les Ilots l'éloigneronl bientôt, qu'on ne la trouvera pas, et . si elle doit être sauvée , Dieu fera sa volonté à cet égard. Quant à nous , nous serons quilles de noire mission.
gobin. Alexandre, c'esl vrai : qu'il soit donc fait comme il a dit.
Alexandre. Soit! je n'y mets pas d'opposition. En avant! allons chercher un baleau. Ah! en voici un bon el bel que j'ai trouvé ici.
gobin. C'est bien, lu t'en es habilement tiré. Il nous faut penserai! reste. — Dame, voici tout ce que nous pouvons pour vous garantir de la mort. Vous avez le désir de vivre , entiez dans ce balelet, cl nous vous laisserons aller au bon plaisir de Dieu où la mer vous mènera. S'il pldîl au Seigneur , vous serez aisément sauvée. Si non , il ne vous reste qu'à vous noyer ici , sans tarder davantage. Ainsi ditesnous ce que vous voulez, lequel des deux vous choisissez.
osanne. Seigneurs, de deux maux on doit choisir le inoindre. Dieu soil loué du mal que vous m'épargnez. Quanta ce que j'aime mieux, c'est de descendre dans le baleau el d'attendre les accidents qui pourront me venir de la mer.
rainfroy. Allons vile! apprélez-vous donc à y en lier.
osanne. Volontiers, seigneurs, sans dilliculié. J'v suis, voyez.
Alexandre. Dame, au moins sachez-nous gré de celle action. Nous nous en allons, en vous recommandant à Dieu ; qu'il vous donne aide et consolation, et qu'il veuille vous mener au port de salut !
gobin. Ainsi soil-il ! Maintenant allons-nous-eu. Nous avons bien besoin de nous en aller vite. Eli ! regardez comme la mer l'a déjà portée loin de nous!
rainfroy. Gobin, c'est l'habitude de la mer. Si lu restais encore un peu de temps ici, je te dis qut) bientôt lu ne verrais ni baleau ni femme.