I'OUU ET CONTRE LES THEATRES PUBLICS
il parut sur la tin du dernier siècle un livre intitulé : Histoire et abrégé des ouvrages latins, italiens et français, pour et contre la Comédie et l'Opéra; Orléans, 1697.
M. Lalouette, qui en est l'auteur, y a compris tous les écrits qui, dans le temps, firent le plus d'impression. Comme ce livre intéressant est devenu rare, on va y suppléer par un extrait qui, à l'égard du dernier siècle, donnera des notices exactes sur les ouvrages dont il s'agit de donner l'histoire.
Le livre de Lalouette est dogmatique et historique.
L'auteur donne dans la partie dogmatique un exposé de la doctrine de l'Ecriture sainte,
(183) Veritas, si ad hsecusqne descendent, pessinie .le ndelibus suis sensissel. Plerumque in \<rxcepiis quxdarn utilius laceiHiir. Prsccepiorum loco severitas loquilur, et ratio doeet quœ Scriplura sa-
Dictionn. des Mystères*
des conciles et dés Pères de l'Eglise sur ta comédie.
L'auteur cite de l'Ecriture sainte le livro des Proverbes, c. iv, y 23, le Livre de Y Ecclésiastique, c. m, y 27, c. ix, y 8 et 9; l'Évangile de saint Matthieu, c. v, y 28, c. xvii'j y 6; YEpitre de saint Paul aux Epltes., c. v; y 3 et 4-, etc.
On sait que le mot de comédie n'est pas nommé dans l'Ecriture sainte, parce que les jeux scéniques n'étaient pas en usage chez le peuple juif Mais comme ils n'ont d'autre lin que d'inspirer des passions déréglées qui, selon même la philosophie païenne, sont les maladies des âmes; ils se trouvent implicitement condamnés (4-83) par ce pre-
rra conlicuit. Prohibait spectari qnos prnhiliet geri. Oninia isia speciaculornin gênera damnavil quando itiololatriam suslulii unde lusc vaniialis et evilatiâ înonsira venerunl, (S. Ctrn.,Z)e speci.)
DICTIONNAIUE DES MYSTERES.
mier précepte de la morale sacrée: « Régnez sur vos sens et vos passions : Sub te erit appctitus, tu dominabcris illius (484); » précepte dont un Sénèque, par les seules lumières de la raison, reconnaissait la néces* site pour conserver à l'âme la supériorité qu'elle a sur le corps. « L'àine, dit-il, lient dans le corps le même rang que Dieu dans l'univers, que le corps obéisse donc à l'âme, comme l'univers à Dieu; elle est trop élevée par sa nature pour que je veuille la dégrader jusqu'à la rendre esclave du corps, en me livrant au langage des sens (485). » C'est par une conséquence de ce principe que ce philosophe était si sévère à l'égard des spectacles dramatiques , comme on le verra dans la première Lettre de Desprez de Boissy.
La'oue'ltc passe des citations de l'Ecriture sainte aux canons des conciles. Il cite les canons 62 et 07 du concile d'Elvire, tenu l'an 305. Le canon 5 du premier concile d'Arles, tenu l'an 314, et ce canon fut confirmé par le deuxième concile d'Arles, tenu l'an 452. Le sixième concile général, tenu à Constantinople en 680, est aussi très-sévère contre les théâtres publics; le quatrième canon du concile de Bourges, tenu l'an 1584, ne l'est pas moins.
Et, depuis qu'on n'a plus tenu de conciles aussi fréquemment, la doctrine de l'Eglise, à l'égard des spectacles, se trouve constatée par les Rituels ou les Actes des synodes des diocèses. Lalouette cite entre autres le Rituel de Châlons-sur-Marne de 1649, celui de Paris de 1654 et 1674, ceux de Sens, d'Aleth, de Langres, de Coutances, de Bayeuv, Reims, etc.
Quant à la tradition des Pères de l'Eglise, Lalouette rapporte des passages du livre de Terlullien sur les spectacles, du traité de saint Cyprien sur le même sujet, de la quatrième homélie de saint Basile in Hexuemcron, de la quinzième homélie de saint Jean Chrysoslome au peuple d'Antioche, de la troisième homélie du même Père sur Saùl et David. On cite encore de saint Ambroise le premier chapitre de son Traité de la fuite du siècle, le troisième livre des Confessions de saint Augustin, etc.
Entin Lalouette indique un bref du Pape Innocent XII, auquel on peut ajouter ceux des Papes Clément XI, Benoit XIV et Clément XIII, qui sont autant dedécisions contre les spectacles publics, et qui sont citées dans la première Lettre de Boissy.
Voilà ce qui concerne la partie dogmatique du livre de Lalouette. La partie historique contient les notices des ouvrages qui parurent dans le siècle dernier, pour et contre les théâtres. On va les indiquer dans l'ordre de leurs dates.
Lalouette nous apprend que Hédelin d'Aubignac est le premier auteur français qui, dans le dernier siècle, ait osé entreprendre
'481) Cènes. IV.
(iSjj Qnem in hoc murale tociim Dens oblinel . Uau: aaiiuus in domine; semant ergj détériora
de justifier les théâtres publics. 11 le fil uan-s deux ouvrages qu'il donna en 1657, le piemier intitulé : Pratique du théâtre. Le second a pour titre : Projet pour le rétablissement du Théâtre-Français. Ce dernier est demeuré imparfait. Hédelin y avoue les difficultés de justifier les théâtres. « On a contre soi, dit-il, 1° la créance commune des peuples, que c'est pécher contre les règles du christianisme que d'y assister; 2° l'infamie dont les lois ont noté les comédiens. »
Cet aveu accuse et condamne la témérité de cet auteur... Habemus confilentem réuni. D'ailleurs, c'était un poète de théâtre, il défendait sa propre cause.
D'Aubignac n'est pas le premier de nos dramaturges qui ait écrit en faveur du théâtre. Il parut en 1639 un ouvrage intitulé : Apologie du théâtre, par Georges de Scudéri ; Paris, Aug. Courbé, 1639, in-4°. Georges do Scudéri, qui mourut à Paris vers 1666, est le versificateur infatigable dont Boileau Despréaux a dit :
Bienheureux Scudéri, dont la fertile plume Peut tous les mois, sans peine, enfanter un volume ; Tes écrits, il est vrai, sans art et laiiguissaus, Semblent être Formés eu dépit du lion sens.
Scudéri avait composé seize pièces dramatiques : ainsi il était, comme (i'Aubignae. intéressé à soutenir la cause du théâtre, dont il s'était fait aussi une ressource contre la faim : M agis fami quam famœ inserciebat. ' En 1666 on vit paraître une apologie de la comédie sous ce titre : Dissertation sur iu condamnation des théâtres.
On l'attribua à Hédelin d'Aubignac.
Le Théâtre Français, divisé en trois livres, où il est traité : 1° de l'usage de la comédie ; 2° des auteurs qui soutiennent le théâtre ; 3° de la comédie et des comédiens, par Samuel Chaplzeau, à Lyon, 1674, in-12.
« Samuel Chapuzeau, dit M. l'abbé Goujet (486), s'est montré très-zélé pour les théâtres. Il s'en est déclaré l'apologiste, et il a voulu les venger contre ceux qui ont de bonnes raisons pour les condamner. Des trois livres, dont son ouvrage est composé, il aurait pu en retrancher le premier, où il ne dit rien, enfaveurdes spectacles, qui n'ait été cent fois réfuté. »
Néanmoins Chapuzeau convient, pages 40 et 131, que, depuis la mort du cardinal do Richelieu, notre théâtre s'était beaucoup amélioré sous le rapport des mœurs.
En 1694, les partisans du théâtre imaginèrent de donner le fameux et pitoyable écrit intitulé : Lettre d'un théologien illustre par sa qualité et par son mérite. Cette lettre, avec un si beau titre, n'eut pour approbateurs que des poètes dramatiques, et elle ne put être imprimée qu'à la tête et qu'à la fa vewr d'un recueil de pièces comiques. Ou l'attribua au P. Caiïaro, mais on doit s'en tenir au désaveu qui en fut fait par ce reli-
melioribus. Major sum quam ut mancipiiim sim rorporis ini'i. (Sekbc ep. 65.) (48f>) IlibUo:. franc., loin. VU!, pag 358.
NOTICE SI H LE THEATRE LIBUE
gicu.t (487). Aussi ne la vit-on |ilus paraître sous son premier litre, niais seulement sons celui d'un homme d'érudition et de mérite. Ce dernier titre ne lui convient pas mieux.