C.VUI..J
lion do s'y défendre conlro les charmes de l'illusion et de la commotion, serait souvent dans le cas de s'y ennuyer et de désapprouver ce qui serait le plus universellement applaudi.
« Les rôles d'Amélite et de sa rivale, par exemple, dans Zoroastre (573), ne plairaient pas à ce philosophe. Cependant, comme ledit un de nos fameux arislarques, qui, en celte occasion fait la fonction d'historien , ils ont charmé par le feu de leurs passions et ont procuréaux spectateurs les sensations les plus agréables. « On a été, dit cet écrivain, jusci qu'à les plaindre toutes deux, parce que « toutes deux sont malheureuses , l'une en « faisant des crimes, l'autre en les souillant, « et que toutes deux y sont forcées par leur « passion. »
« Je ne doute point que les spectacles no pussent peut-être me flatter par certains objets; mais ,
Il ne faut pas tout voir, tout sentir, tout entendre.
L'occasion fait un cœur différent.
« D'ailleurs, quand je me proposerais de ne m'y occuper que des beaux sentiments que la pièce peut contenir, ne sontils pas souvent débités en pure perte sur lo théâtre? Le bon y est toujours trop mêlé, trop confondu avec le mauvais, pour qu'on puisse êlre assuré d'en faire la séparation, et de profiter de l'un sans ressentir l'impression de l'autre.
« De plus "Riccoboni, cet homme si expert et si distingué dans son art, nous assure « que les sentiments qui seraient les plus « corrects sur le papier, changent de nature « en passant par la [bouche des acteurs, et « deviennent criminels par les idées cor- « rompues qu'ils font naître dans l'esprit du « spectateur même le plus indifférent. » Je ne crois donc pas qu'il soit prudent de se permettre des spectacles, où il n'y a de triomphes assurés que pour le vice.
« Je sais qu'on y rencontre quelquefois des personnes dont la gravité pourrait donner lieu de croire qu'elles n'y vont que pour se délasser d'une longue ou pénible application, ou pour dissiper un ennui vaporeux qui leur noircit les objets les plus riants; et il me semble leur entendre dire :
Je puis du moins admettre une folie Uni sert de cure à nia mélancolie.
(ltocss., Ep. à Th.)
« Mais ces personnes refuseraient-elles d'avouer que si le remède dont elles usent
(572) Eo magis eis movelur quo quisque minus ali cis saniis esl.
(575) On sait qu'nnc tragédie cliantée ne diffère d'une tragédie déclamée que par une plus gr;iiïi!e rapidité dans sa marche, et par une plus parfaite concision ilansson langage. Le plaisir du spectateur ne consiste toujours dans l'une ou dans l'autre ijn a éprouver une continuité vive de passions qui l'euipeche de sentir que ce qu'en lui expose nVsl qu'une iielion.
DICTIONNAIRE DES MVoTLiitS.
n'altère point leur vertu , il n'en est pas moins, pour le plus grand nombre, un poison funeste? Elles désapprouvent sans doute tout ce que le spectnclo offre de licencieux : cependant leur présence est censée en faire l'apologie. On la cite comme une autorité décisive ; et parmi ceux qui ont la faiblesse de céder aux influences de celte autorité, combien en est-il qui, au lieu d'imiter le discernement de ces graves spectateurs, ouvrent leur cœur à toute la contagion du spectacle et adoptent ce que Corneille fait dire à Cornélie :
0 ciel ! que de vertus vous me faites haïr ! (Pompée.) ou ce que Molière met dans la bouche d'OrgOll :
C'en est fait, je renonce à tous les gens de bien; J'en auiai désormais une horreur effroyable. (Tartufe.)
« Est-ce donc nous donner une bonne caution de la puieté de nos théâtres que de citer les personnes graves qu'on y rencontre? Celte autorité peut-elle balancer celle de nos respectables citoyens qui occupent les hautes places de la judicature et qui en ont les mœurs? Pourquoi ces sages magistrats ne vont-ils pas à nos spectacles? N'est-ce point parce qu'il y a quelque incompatibilité entre leur fréquentation et la pratique de la vertu I M. de Voltaire a bien senti cette conséquence si défavorable à nos jeux de théâtre; et pour l'affaiblir, il a eu recours au ridicule. « Il y aura toujours, « dit-il, dans notre nation de ces âmes qui « tiendront du Golh et du Vandale.... Un « magistrat qui, parce qu'il a acheté cher un « office de judicature, ose penser qu'il ne « lui convient pas d'aller voir représenter « Cinna, montre beaucoup de gravité et bien « peu de goût. » Croira-t-on jamais que M. de Voltaire (574) ait pensé qu'il y a des juges qui prennent pour tarif de leur gravité la tinance de leurs offices? Au reste, quelque fausse que soit son idée burlesque et satirique, elle constate au moins la régularité de nos sages magistrats. Je suis persuadé, Monsieur, que vous ne vous offensez pas de la gravité de leur conduite. Vous savez que l'état de judicature est une espèce de sacerdoce, dont le caractère exige toutes les vertus et exclut tous les vices. Ainsi l'on pourrait y appliquer ce que Cicéron dit de 13 philosophie : Duxvilœ, virlulis indagatrix, expnltrixquevitiorum. C'est, en effet, ne pas trop exiger de tous ceux qui, dans un degré plus ou moins érainent, partagent l'auguste fonclion de décider de la fortune, de l'honneur et de la vie des citoyens, et qui à cet égard ont l'honneur d'être les organes du souverain, radiis régis coruscant. Ne sera-t-on l>as toujours intéressé qu'ils puissent se reconnaître dans ce beau portrait que Méze- 1 ai fait du Parlement de Paris, sous Charles
(574) Œuvre» de M. Je Voltaire, Lettre à un premier commis.
(575) Abrège de Mézerai, lom, IV, pige 18, édition
VIII ? a Cette grande compagnie était comme « un sancluaire de toutes sortes de vertus, « de tempérance, de continence, de modestie, « de zèle pour le bien de l'Etal et du pu- « blic. Sa religion se laissait rarement sur- « prendre et jamais corrompre. On ne lui « demandait point d'injustices, parce qu'on « le connaissait incapable d'en commettre. « Ses arrêts étaient reçus comme dos ona- « des, d'autant qu'on savait que ni J'inlé- « rêt, ni les parentés, ni la faveur, quelle « qu'elle fût, n'y pouvaient rien. Les mœurs « innocentes de ces magistrats et leur ex- « térieur même servaient de loi et d'exem- « pie. La gravité de leur profession les « éloignait des vanités du grand monde, du « luxe, des jeux, de la chasse, de la danse, « encore bien plus de la dissolution et de la « débauche. Ils trouvaient leur plaisir et leur « gloire à exercer dignement leurs charges, « Un grand fonds d'honneur, d'intégrité et « de suffisance faisait leur principale rite chesse, et la frugalité leur plus certain « revenu. N'aimant point le faste etladé- « pense, ils n'avaient point d'avidité pour « les grands biens, et ils croyaient leur for- « tune juste et honorable qur.nd elle était « médiocre et juste. Ainsi se rendant vé- « nérables par eux-mêmes, ils étaient en « vénération à tout le monde. Et on les res- « pectaità la cour, parce que, n'y ayant au- « cunes prétentions, ils n'y allaient jamais «s'ils n'étaient mandés par les ordres du « roi ou pour son service (575). »
« L'intégrité de toutes ces vertus a pu par la suite éprouver quelque altération, néanmoins cette auguste cour, réunie dans son sanctuaire, n'en a pas été plus favorable à nos théâtres. Elle leur refusa sous Henri III un établissement légal. « Le luxe. « dit Mézerai, appela du fond de l'Italie « une bande de comédiens surnommés Li « Gelosi, dont les pièces toutes d'intrigues, « d'amourettes et d'inventions agréables « pour exciter et chatouiller les passions, « étaient de pernicieuses leçons d'impudi- « cité. Ils obtinrent des lettres-patentes « pour leur établissement, comme si c'eût « été quelque célèbre compagnie. Le parle- « ment les rebuta comme personnes qua « les bonnes mœurs, les saints canons et « les Pères de l'Eglise avaient toujours « réputées infâmes, et leur défendit de jouer « ni de plus obtenir de semblables lettres. « sous peine de dix mille livres d'amende « applicable aux pauvres. »
« Ce fut sans succès qu'un avocat osa, en 1761, dégrader son ministère jusqu'à vouloir dans^une consultation imprimée innocenter la profession de comédien et la faire relever de toutes les flétrissures dont elle avait été tant de fois frappée. Le parlement prononça contre cette consultation et contre l'auteur un arrêt qu'on avait lieu d'attendre de son zèle pour les bonnes mœurs (576). Il
d'Amsterdam de 1723.
(576) Cet arrèl est du 22 avril 1761. Nous le nublions vers la (in de la présente notice.
un
lut précédé du vœu unanime de l'ordre des avocats, qui s'empressèrent de rejeter de leur sein un confrère qui s'était si fort écarté du respect que ce premier barreau du royaume a toujours eu pour les lois de la religion et de l'Etat.
« Le parlement reconnut a celle occasion tout ce qu'on avait à craindre du goût excessif de notre siècle pour les théâtres, et, a!in de nous piéparerà cet égard une postérité moins passionnée, il a ordonné que dans les collèges il ne sera, en aucun c;is, représentéaucune tragédie ou comédie (576'). Les amateurs des spectacles s'autorisaient 'le ces sortes de représentations ; cependant ils ne s'appuyaient que sur un abus dont lus bons instituteurs de la jeunesse désiraient la réforme. Ces drames étaient à la vérité ordinairement assez purs, mais ce qui avait été toléré par des motifs illusoires introduisit plusieurs licences, et d'ailleurs on habituait les jeunes gens à avoir moins d'horreur des théâtres publics. Enfin cette coutume, qui s'était établie contre les sages statuts de l'Université, était une vieille erreur à détruire (577).
« Est-il donc étonnant que nos respectables magistrats s'interdisent les spectacles comme un plaisir incompatible avec la sagesse? Or ne devons-nous pas aussi soutenir l'honneur de notre vertu? S'ils paraissent singuliers en se privant des spectacles, c'est parce qu'ils sont plus exacts à observer ce qui est d'une obligation universelle. Ils croient que leur exemple serait encore plus pernicieux que leur faute (578), s'ils usaient d'une licence qui n'est tolérée que parce qu'il y aurait des inconvénients a la supprimer. Aufer merelrices de rébus humants, turbaveris omnia libidinibus (579).
« C'est là le motif qui engage même le chef de l'Eglise à souffrir dans ses Etats l'usage des spectacles. Comme cet abus existait avant que la souveraineté temporelle fût unie à la puissance spirituelle, les Papes, pour maintenir la tranquillité dans l'ordre civil et politique, tolèrent ce qu'ils souhaiteraient pouvoir supprimer.
« Ce n'est point par négligence, ni par « relâchement, disait le Pape Gélase, que « mes prédécesseurs ont usé de tolérance « à l'égard de ce scandale que j'espère abo- « lir. Je suis persuadé qu'ils ont fait les plus ■< sincères tentatives pour le détruire et que « leurs bonnes intentions furent alors tou- •< jours traversées (580). »
(576*) Art. 49 de l'arrêt du parlement du 29 janvier 1765, portant règlement pour les collèges.
(577)Consuotudo sine verilale errons velustas est. (S. Cvpr )
(578) Plus exemplo quant peccalo nocent. (Cicer.)
(579) S. Auc.
(580) Ego negligenliam accusarc non aiideo pr;idecessorum, cuin ntagis credaui tentasse eos ut haec pr.iviias tollereiur, et quasdam exstitisse causas et contrarias voluntates qua?. eorum intentiones prsepedirant.
'5x1) Ces requêtes furent lues et examinées dans la congrégation du concile, comme une affaire qui regardait la dhcipliuc et les décisions des conciles.
o II n'est donc pas douteux que les Souverains Pontifes ont toujours réprouvé les spectacles; mais que peuvent-ils contrôle torrent qui s'y porte? Ils n'ont à y opposer que des décrets qui puissent les rendre moins contagieux et en préparer l'abolition.
« Innocent XI défendit aux femmes de montersurle théâtre, Innocent XII rejeta la requête que les comédiens de France lui firent présenter en 16%, pour être relevés de la rigueur des canons à leur égard. 11 les renvoya à l'archevêque de Paris pour qu'ils fussent traités suivant le droit, ut provideat eis de jure. Clément XI en usa do même en 1701 sur la nouvelle requête qu'ils osèrent lui adresser à l'occasion du Jubilé, auquel ils prétendaient pouvoir participer sans renoncer à leur profession (581). Benoit XIV donna, le 1" janvier 17'i8, una déclaration authentique par laquelle il protesta qu'il ne tolérait les spectacles qu'à regret. Aussi diminua-t-il à Home le nombre des théâtres (582). Et après les avoir précédemment combattus dans plusieurs de ses ouvrages, dont la collection est précieuse, il engagea le célèbre P. Concina, Dominicain, à composer sur les spectacles le traité latin que ce religieux fit imprimer à Rome en 1752. C'est avec le même zèle que Clément XIII renouvela en 1759 la délense faite aux ecclésiastiques d'assister aux représentations qui se font sur des théâtres publics (583).
« Au reste, ce n'est que dans les derniers jours qui précèdent le carême, que les théâtres sont ouverts à Rome (58i.).
« On ne connaît point dans l'Italie l'usage des spectacles pendant toute l'année. Les troupes de comédiens y sont ambulantes, et restent plus ou moins dans les Etats qui les admettent. C'est sans doute par cette raison qu'on n'y publie pas les peines prononcées par l'Eglise (585) contre leur état ; mais elles n'y sont pas moins connues. Ainsi, comme il a été judicieusement observé dans un ouvrage moderne de jurisprudence (586) : « La distinction que quelques personnes « font entre les comédiens français et les « italiens, est regardée avec dérision parmi « les gens sensés et instruits. Il faut au cen- « traire se renfermer dans ce principe in- « contestable qu'où les lois du royaume et « de l'Eglise ne distinguent point, il ne « faut pas distinguer. » On. sait que les plus grandes licences étant passées en cou-
(Ht'd. des ouvrages sur la Com.)
(582) Voyez le Dictionnaire- des sciences ecclési**tiques, par le P. Richard et autres religieux Dominicains, au mot Spectacles, tome V.
(583) Voyez la Cazetle de France du 10 lévrier
(584) Voyez les Réflexions historiques et critiques sur les différents théâtres de l'Europe, par Louis Ric- COBONI.
(585) De theatricis et ipsos placuit quandiu aguni a communions separari. (Canon du concile d'Arles tenu en 314.)
(586) Collection de décidions ae jurisprudence, par Pi S1ZA.RT, au rcot Comédien, éilit. de I7ti8.
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DICTIONNAIRE DïiS MYSTERES.
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tutne,on s'tiaUltue non-seulement à ne plus s'en offenser, mais môme à en faire l'apologie; et pour lors, quoique toujours réprouvées, elles parviennent à forcer l'autorité publique de les tolérer (587).
« Tels ont été les progrès de l'établissement des spectacles chez les anciens comme chez les modernes.
« Ovide, devenu sensé dans le cours de ses disgrâces, avait représenté à Auguste, que le moyen le plus capable de réformer les mœurs de Rome était d'y détruire tous les théâtres (588). Marc-Aurèle voulut exécuter cet avis, mais il ne put y parvenir, puisque, pour avoir seulement modéré la licence des comédiens, avoir réduit ieurs gages et le nombre de leurs jeux, toute la multitude des désœuvrés se répandit en murmures et lui reprocha de vouloir rendre philosophes tous les sujets de l'empire (589).
« Théodoric, foi d'Italie, éprouva en pareil cas la même résistance. Il était persuadé que la fréquentation des spectacles était incompatible avec la gravité des bonnes mœurs, que les propos licencieux s'y trouvaient toujours excusés; néanmoins, il se vit forcé de condescendre à la folie de la multitude, atin d'en contenir les accès (590).
a Côsme III grand duc de Toscane (591), qui dans sa jeunesse avait été grand partisan des représentations dramatiques, en reconnut le danger. Il voulut ensuite les proscrire, mais ce fut sans succès. Il se contenta d'adopter le règlement du Pape Innocent XI (592).
« On Croirait que saint Louis eut à cet égard plus d'autorité, puisque, suivant quelques auteurs, il chassa de son royaume tous les comédiens. C'est un fait qui' serait à discuter. Y avait-il alors des théâtres publics? Les Alains, les Suèves, les Vandales, les Goths et les Francs à qui l'art dramatique était inconnu, en avaient fait cesser l'usage dans les pays qu'ils avaient conquis. Il n'est pas douteux que les prétendus comédiens qu'on dit avoir été chassés par saint Louis, étaient de ces poètes provençaux qui allaient de château en château réciter des espèces d'héroïdes au son de quelques instruments. Mais, dira-t-on, si ce
(587) Peccala.quamvis magna et horrenda, ciim in consuetudincm venermii, ant parva aui nulla cruilnnt, usque adeo ut non soluni occultanda venini
eliain praiicanda videantiir Sic noslris lempori-
lius mnlia inala ila in aperlam consueludineui veneiii, il, ut pro bis iiuii soluni excoimnunicare aliqueni laicum non audeaiuiis, sed nec clricuui degradare... iuusitala peccata sola exlionesciinus : usiiaia vero sa;pe videndo oinnia tolerare, sxpe lolerando noaiiulla etiani lacère cogiiuur. (S. Aie, loin. VI,
>oS8) Ut lamen hoc fatear: ludiquoque seminaprœbent Nequitiœ : tolli theiilra jubé.
(589) Teinperavit scenica* donaliones : fuit populo lue sei ini quod populuiii sublalis ludis veilcl cogère ad pliilusopliiain.
(590) Voici les propres paroles de Théodoric : « Mores graves in speclaculis ijuis requiral? ad ciii uni nesciuul convenire Ca loues. Qiiidquid illic gauueuti populo dicilur, injuria non pulalur. Loedsesl
monarque fut si sévère a leur égard, n'y a-t-il pas a présumer que s'il eût vécu dans notre siècle, il ne l'aurait pas moins été pour nos théâtres? Le respect pour l'autorité publique qui les tolère, doit nous tenir dans l'incertitude sur la conduite que ce prince aurait tenue sur cet objet.
« On connaît les changements arrivés dans nos mœurs depuis que les grands seigneurs, devenus oisifs dans leurs terres par la privation de l'exercice de la justice et des autres privilèges de l'ancien droit féodal, commencèrent à être attachés à la cour et à la capitale, autant par le plaisir que par l'intérêt et l'ambition.
« Du temps de saint Louis, ces seigneurs ne quittaient point leurs terres où ils vivaient en bons pères de familles, et ils y jouissaient de presque tous les droits de la souveraineté. Ainsi, lorsque l'on dit que ce saint roi chassa de son royaume tous les comédiens qu'on appelait en ce temps les auteurs de la science gaie , les troubadours ou les trouvères, il faut entendre qu'il ne les chassa que des provinces et des villes de son domaine, puisque, entre autres exemples, Alphonse, comte de Toulouse, son frère, les souffrait à sa cour.
« Il en fut de même lorsque saint Louis voulut abolir la pratique barbare des épreuves et des combats judiciaires où il suffisait de succomber et d'être vaincu pour être déclaré incontestablement criminel ou usurpateur, et quelquefois même pour l'aire décider des questions de discipline ecclésiastique. Ce saint roi ne put détruire cet usage monstrueux que dans les tribunaux de ses domaines. Il ne lui fut pas possible de le supprimer par tout le royaume, parce que la France se trouvait alors divisée en une infinité de seigneuries qui ne reconnaissaient qu'une dépendance féodale. Mais cela ne regarde point le sujet do cette lettre.
i Je crois, Monsieur, avoir assez justifié mes idées sur les spectacles. Elles sont soutenues d'autorités si peu suspectes que vous me reprocheriez peut-être présentement un ridicule, si j'avais la faiblesse de m'en écarter. D'ailleurs, re vincimus] ipsa,
qui défendit excessuni...Speclaculum expellilgravissinios mores, invitât levissimas contenliones, est evaeualio hoiieslatis, fous irriguus jurgioruni , quod vclustas qnideui liahuit sacrum, posleritas fecilesse lidilniuin... lue nos fovenius necessitale populorum iinniinenlitim quibus voiiim est ad lalia convenire, dum cogilaliones sérias delecUnlur abjb ère. Paucos enini ratio tapilel raros probabilis obleclal iiilenlio, ad illud polius lurba ducilur quod ad eurarum reinissionem constat inventum, nain quidquid xslimal volupluosum, hoc ad bealitudinein temporuui judicat applicandum. Quapropter largiamur expensas, non semper ex judicio deinus. Evpedit imerdum desipere ul populi possimus desiderata gaudia conlinere. » (\oud Cassiod.,IiI). i VuriarumEp., n. il, Theodor., cl lil). III, epiîl. 55, Theodor.)
(591) Mort en 1088.
(59"2) Voyez les lié/lexions historiques et critiques sur les différent théâtres de l'Europe, par Louis
KlGCOBVM.
NOTICE Sl'R LE THEATRE LIBRE.
ces idées sont fondées sur les principes de la plus exacte philosophie, puisqu'elles no désapprouvent que ce que la religion condamne.
« Je conviens que c'est une aulorilé fort peu respectée par tous ces beaux esprits licencieux que Rousseau appelle des écumours de dogmes arbitraires ; mais
Pour moi qu'en sauté même un aune monde étonne, Qui crois l'Ame immortelle ci que «'est Dieu ffui
[lonpe,
(Despréaux.)
il me semble que la religion, qui fixe not.o foi , doit aussi régler nos mœurs.
« C'est pourquoi dûl-on me compter parmi ces gens qui tiennent du Gnth et du Vandale, je ne saurais regarder le spectacle de !<J *ragédie connue l'école de la grandeur d'âme, ni celui de la comédie comme l'école de la vie civile. Ce sont de ces plaisirs qu'il faut fuir quand on craint l'inquiétude.
Curant horresccnli non est qnœrendu voluptas.
« Et je ne pense pas que, pour soutenir cette maxime, on puisse, tout bien pesé, me déclarer ennemi de la patrie (593). Ce serait une espèce de fanatisme que je serais en droit de dénoncer au tribunal de la raison, l'hilosophia non lollit affectas. On peut ôlre bon patriote sans cesser d'ôtre philosophe » pourvu qu'on, prenne ce dernier mot dans son véritable sens; car vous savez combien on en abuse aujourd'hui. Ce no sera plus un nom honorable, s'il continue d'être usurpé et comme profané par ces inirédules qui s'efforcent d'ébranler tous les fondements du raisonuemenl humain , dans l'espérance (je pouvoir contester avec plus de succès les preuves de la religion. Lo système de ces prétendus inconvaincus vous paraît aussi insensé qu'impie , et vos sentiments à cet égard répondent à la justesse de votre esprit et à la droiture de voire cœur, dont j'espère éprouver les effets dans le jugement que vous porterez de cette lettre.
« Je suis , etc. »
Seconde lettre de M. Desprez de Boissy , sous le titre de : Lettre de M. le chevalier de*** à M. de, Campigneultes , membre de plusieurs académies des sciences et belleslettres, au sujet de la lettre de M. Desprez de II*, sur les spectacles; Paris, 1759; elle fut réimprimée en 1769.
« Je suis fort surpris , Monsieur, que de
(593) Qualification odieuse que M. de Voliaire a appliquée, sans doute dans un délire poétique , aux censeurs des spectacles , sous prétexte qu'ils s'opposent au bien des pauvres. Il ne savait pas apparemment °,ue la taxe dont il veut parler a pour origine une imposition de 800 livres paiïsis, que les acteurs de la Passion furent obligés de payer par un arrêt du parlement de 1541, pour que les pauvres fussent indcuini-.es de l'extrême diminution des aumônes depuis l'établissement des spectacles. An reste, esl-il étonnant que l'on s'écarte toujours de la raison dans les ouvrages faits pour le pur :imuseinent et pour exciter au plaisir? Si l'on trouve quelquefois, à y réila-
votre noble office vous vous soyez chargé de répondre (594) pour moi «h la lettre que M. Desprez de Boissy m'a. écrite sur les spectacles. Vous êles si fort éloigné du point de vue dans lequel j'ai considéré celle lettre et des impressions qu'elle a faites sur moi , que je me crois obligé de donner un drsav(i) publie à. votre réponse.
« La lettre que vous critiquez est un ouvrage philosophique qui ne m'a jamais paru capable d'offenser personne. Son objet est de prouver l'évidence du danger do nos spectacles pour les mœurs et surtout pour lus jeunes gens. Et il m'a semblé qu'il était fort propre à fournir des armes défensives à ceux qui , étant dans de bons principes , sont souvent exposés à lutter contre ces tourbillons d'esprits follets pour qui le langage de la religion est Irop sublime.
« Quoi que vous en disiez , Monsieur , la thèse que M. de B*** soutient est trop établie par l'expérience; et, s'il n'a pas jugé à propos de fréquenter nos spectacles, pour y faire l'épreuve à laquelle je l'avais plus d'une fois excité et que vous lui reprorhi z de no pas avoir faite, je n'ai pu que l'applaudir-, dès que j'ai su la sagesse de ses procédés (595) pour se faire une règle de conduite.
« On dirait que vous auriez adopté le système de ce livre pernicieux (596) qui réduit l'homme ■> la seule faculté de sentir. Vous prétendez que M. de B*** ne pouvait être en état de bien prouver la thèse qu'il soutient que par les sensations qu'il aurait éprouvées en fréquentant les spectacles, parce que l'on ne voit jamais bien par les yeux des autres.
« Il s'ensuivrait donc aussi que pour avoir une juste idée de ces lieux consacrés au plus honteux libertinage et pouvoir en persuader lo danger aux autres, il faudrait les avoir fréquentés. A combien d'inconvénients ne serions-nous pas exposés , s'il fallait , comme vous le dites , n'acquérir la sagesse qu'en se livrant aux écueils où l'on sait qu'elle échoue presque toujours 1 Vous entendez mal ce vers de Corneille que vous citez :
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
« Cette maxime est fort belle, lorsqu'on l'applique aux efforts que l'on est dans le cas de laire pour remplir mieux son devoir , et non à la témérité de ceux qui se p rmettent tout ce (jui peut irriter les passions.
mer des pensées favorables à la saine philosophie, l'on sait bien (pie l'or a son prix partout où il se rencontre, mais qu'il n'en lionne jamais à l'impurclé qui l'ail son alliage.
(59i) Celle réponse se trouve dans une hrnchuie qui porie pour dire : Estait lur différents stijets, par M. de C." (Charles-Claude-Florenl Thorkl de Camric.NEULi.ES). Il est auteur de quelques en ils indiqués dans lu h'runce littéraire, tome I, p. -SOS, édition de 17h9, el à la page '208 du tome I des IVofl siècles de notre littérature, édition de 1772.
(595) Voyez, la première Lettre.
(536) Dt "Esprit.
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1 1 ai
Et assurément Corneille n'a pas eu l'intention de contredire, comme vous le faites indécemment, cette maxime: Qui amat periculum, in Mo peribit (597); qui aime le péril y périra. Un homme sensé ne peut compter sur sa vertu que dans les périls où l'imprudence ne l'a pas conduit.
« Vous reprochez à M. de B*** de donner sa décision sur une matière qu'il ne connaît pas; mais le ton dogmatique n'est point ce qui domine dans sa Lettre. On n'y trouve que les motifs et les principes qui ont déterminé son sentiment, et il m'a paru qu'ils étaient fondés sur la connaissance de la nature, du but et des effets de nos théâtres. L'exposition que M. de B*** fait des règles de l'art dramatique prouve bien qu'il connaît la matière qu'il traite (598).
« Mais je vous accorde qu'il eût ajouté sa propre expérience aux preuves que la raison , la connaissance de l'art et le récit des autres lui ont fournies, n'aurait-on pas encore eu l'injustice de lui reprocher déjuger du cœur des autres par la sensibilité du Men?
« Je ne trouve rien de plus décisif que les autorités qu'il rapporte de Bussy-Kabutin , de Lamotte , du duc de La Bocheloucauit , de La Bruyère , de Fontenelle , de Biccoboni. Et, lorsque j'y ai vu les aveux de M. de Voltaire sur les pièces (599) qui, après Alhalie et Esther , passent pour les plus chrétiennes, il m'a semblé que vouloir se charger de faire l'apologie des spectacles au tribunal de la raison , c'était s'exposer à s'y faire siffler.
« Quelque partisan que vous m'ayez supposé des spectacles , je n'en ai pas moins approuvé la Lettre de M. de B***. J'ai reconnu l'erreur où j'étais en voulant engager cet ami à changer de sentiment , et j'ai eu la satisfaction de voir le public ralilier le jugement que j'avais porté de cet ouvrage. Tous les journalistes (600) l'ont annoncé avantageusement. Il est vrai que M. de Boissy , l'ancien auteur du Mercure, a un peu critiqué l'austérité de la momie , mais de manière à faire sentir l'intérêt personnel qu'il avait à la querelle Nous laissons à d'autres, dil-il , le soin de faire l'apologie \de la comédie , de peur qu'en nous récusant, on ne nous réplique: « Monsieur Josse , vous êtes orfèvre. » ( Mercure de murs 1756. )
(597) Eceli., m, 27.
(598) Voyez la première Lettre.
(599) l'otyeucle el Zaïre.
(600) Voyez les Journaux île l'année 1756, savoir, de Trévoux el Verdun, avril; le Journal des tenants, septembre; le septième cahier du Journal chrétien; la onzième Feuille hebdomadaire des provinces, nu 17 mars 1756, el la cinquième feuille du 14 décembre 1757.
(601) Trcnle-liuiiième cahier de l'année 1757.
(602) Sous leliire de Lettre de M. I)..., licencié en droit, à U. tréron, directeur de I'Annëe littéraire ei du Journal étranger. Voici quelques-unes de ces règles qu'on ne saurait trop faire connaître dans un temps où les journaux lilléraires se sont si fort inn!-
« M. Fréron s'est chargé de faire cette apologie dans l'extrait qu'il a donné de la lettre de M. de B*** dans V Année littéraire (601), lorsque la seconde édition parut. Mais cet extrait est fait contre toutes les règles que doit suivre un journaliste, et que l'on trouve si bien exposées dans une Lettre que AI. de Querlon donna au publie en 1756 (602).
« Quelle idée peut donner de lui Fréron lorsqu'il ose profaner l'autorité de saint Thomas, de saint Antonin, pour en faire les apologistes du théâtre en abusant de certains passages dont on a mille fois exposé le véritable sens? L'idée la plus favorable qu'on puisse avoir de lui, est de le croire fort ignorant en matière de morale.
Du vieux Zenon l'antique conirérie Disait • Tout vice esl i-su d'ànerie.
(Rolss., liv. i, épit. 5.)
« Mais n'est-ce pas encore avoir trop d'indulgence, lorsqu'on le voit manquer aux égards que tout honnête homme doit avoir pour les ministres de la religion? Il s'autorise des abus que ce corps respectable a condamnés dans lous les temps; et non content de tirer avantage de la licence de ees ecclésiastiques qui, par leurs mœurs, appartiennent pins au siècle corrompu qu'à la religion, il ose remuer les cendres d'un des plus illustres prélats du clergé de France, pour en souiller la mémoire. Il ne craint pas enfin d'accuser Bossuet d'avoir soutenu par une réponse équivoque et par sa présence, l'innocence des spectacles. Et vous, Monsieur, vous allez jusqu'à avancer que cet illustre prélat a fait un écrit en faveur de la comédie. Qui croirait qu'au lieu d'aller chercher la lumière dans les admirables écrits de ce grand homme, on n'aurait pas honte d'en faire l'apologiste de la licence I
« On a négligé de relever dans le temps l'extrait que l'on a donné de la Lettre de M. de B*** dans YAnnée littéraire, parce que l'on a présumé que les fausses allégations qui y étaient employées, tomberaient comme des absurdités. Mais par la réponse que vous venez de faire indiscrètement pour moi à la Lettre de M. de B*¥*, M. Fréron peut s'applaudir d'avoir suivi le conseil qu'un fameux délateur donnait aux courti-
lipliés. i La critique, cet art si nécessaire et si mile, ne doit avoir pour fondement et pour principe que l'amour des lettres et le goût du vrai. Or, suivant celle maxime, un journaliste qui sail respecter ses lecteurs, ne prostitue point sa plume pour accréditer des principes faux el dangereux. Il n'aOecle point de déprécier des écrits donl le plus grand défaut esl de contredire son goûl el ses idées propres. Il cile avec exactitude; il ne déguise ei n'alière rien. Il ne se pare point des expressions d'auliui, il se garde bien de rapporier de longs textes sans les distinguer, et sans avenir que o'esl un aulre qui parle; il ne produit point du ridicule où il n'y en a pas, el quand il v en aurait, il ne le monde que quand l'intérêt du "^nùl ou de la raison l'exige nécessairement, i
sans de Philippe, roi de Macédoine, en leur disant :
u-io
Messieurs.
Quelque grossier qu'un mensonge puisse èire. Ne craignez rien, calomniez toujours.
Quand l'accusé confondrai! vos discours, La plaie esl faite; et. quoiqu'il en guérisse, Ou en verra du moins la cicatrice.
(Rousseau.) « Oui, Monsieur, l'imposture ne fait que trop de prosélytes. Et la calomnie n'a malheureusement que trop son effet, lorsqu'elle rencontre des gens intéressés à la croire légèrement.
« On a souvent relevé les imputations que l'on a faites à saint Thomas et à saint Antonin. Cependant ceux qui cherchent à se séduire eux-mêmes dans leurs passions, les réclament toujours en leur faveur. Il en sera de même de ce que l'on attribue à Bossuet; on ne cessera de l'entendre répéter par ceuxqui, en proieà leurs mauvais désirs, saisissent sans la moindro réflexion tout ce qui peut être favorable à leurs penchants. Mais pour rendre moins contagieux les auteurs qui osent reproduire ces impostures, on doit, non répéter tout ce qui a été écrit à ce sujet, mais leur donner un démenti public et se contenter d'annoncer de nouveau les ouvrages qui ont détruit ces fausses imputations.
« Qu'on lise les discours du P. Lebrun, l'ouvrage du prince de Conti , les liéflexions de Nicole sur la Comédie, et • elles que Bossuet a faites, non comme vous le prétendez faussement pour la justifier, mais pour la réprouver, on verra tomber les fausses idées que les partisans des spectacles donnent sur la doctrine de quelques illustres personnages.
« On y apprend que parmi les écrivains ecclésiastiques des douze premiers siècles, l'on n'en peut citer aucun qui se soit exprimé d'une manière équivoque sur cette matière. Et si depuis l'établissement de la méthode scolaslique l'on croit trouver quelques théologiens qui paraissent avoir élé lavorables aux spectacles, on se trompe, taule de connaître le langage ou plutôt la méthode des scolastiques ; et pour en bien juger, voici un principe qu'il faut savoir.
« Ces théologiens ne se contentent pas de résoudre les cas par rapport aux circonstances qui les accompagnent ordinairement ; ils vont au devant des objections qu'on
(G03) In omni eo quod est dirigibile secunduin raiionem, superOuum diciltir quod régulant rationis «xcedit... diclum est aillent (puni ludicra, sive jo- < osa verba, vcl facla, sont dir-igibilia secunduin ralioncm, ci ideo superflu uni in lu lo accipitur quod cicedil... régulant rationis. Qiiodquidetn polest esse dupliciler. Uno modo ex ipsa specic aclionum quae assuiminlur in luduni, quod qitidem jocandi geiius secunduin Tiilliuin dieikir esse illiberale, pelulans, Uagiliosum, obsccniim, quando scilieel uiilur.al.quis causa ludi lurpibus verbis, vel factis, vcl eiîain lus qu;e verguut in proximi iiociimentum, quae de se
miiu peccata morlalia Alio aulein modo polest
esse euessus in ludo secunduin defecluin debiianuu
pourrait leur opposer. Ha examinent quelquefois les difficultés par rapport à plusieurs suppositions abstraites et métaphysiques.
« H suit de là qu'ils approuvent en certaines hypothèses ce qu'ils condamnent dans la pratique commune. Or on est souvent induit en erreur, lorsqu'on ne sait pas, ou plutôt lorsqu'on ne veut point distinguer les décisions absolues, d'avec celles qui no se rapportent qu'à des suppositions métaphysiques.
« Saitit Thomas, par exemple, pose pour principe que tout ce qu'on fait devant être réglé par la raison, les mots pour rire et tous autres jeux deviennent condamnables ■ 1° lorsque dans les jeux on mêle des actions ou des paroles déshonnêtes ou nuisibles a la réputation du prochain; 2° lorsque le jeu étant de soi-même indifférent, il se trouve joint à des circonstances qui le rendent mauvais, comme si l'on voulait jouer des ieux que l'Eglise aurait défendus (603).
« Je ne crois pas que jusqu'à présent vous soyez fondé à réclamer ce saint docteur en faveur des spectacles, puisque vous convenez qu'ils sont défendus par l'Eglise. Il est vrai que vous pensez que celte défense ne devrait plus avoir lieu présentement, eu égard à la prétendue perfection de nos théâtres. Mais pour être purgés de termes obscènes et grossiers, ils n'en sont pas moins dangereux, et il ne faut n'avoir de chaste que les oreilles pour les trouver aussi purs qu'on le piéten I. « Il est faux, dit « Bossuet, que les Pères n'aient blâmé dans « les spectacles que l'idolâtrie et les impu- « dicilés manifestes. Ils y ont blâmé l'inu- « tililé, la dissipation, la commotion de l'es- « prit, les passions excitées, le désir de « voir et d'être vu, les choses honnêtes qui « enveloppent le mal, le jeu des passions et « l'expression contagieuse des vices. » Chaque siècle a eu sa manière de couvrir les idées propres à flatter la volupté. Nous en avons une preuve dans Duchesne (604). On y voit que dans les spectacles des anciens temps de notre monarchie, on ne se proposait d'exciter les passions qu'avec les égards qu'exigeait le goût de ceque nous appelons communément les honnêtes gens, c'est-àdire, des personnes de la cour et de la capitale.
« Je passe à l'endroit de saint Thomas dont les partisans du théâtre ont le plus souvent fait usage. Ce grand théologien se fait cette objection : « Si l'excès dans le jeu
circumslanliaruin, puta mm aliqui utuntur ludo, vel lemporibus, vel locis indebilis, auleliam pr.-eterconvenieuliam negolii scu personne. Et boc quidem quandoque pote*t esse pcccalum tnoriale propier vekemenliain affectas adludum, cujusdelectationem pixponil aliquis dileclioni Dei, ila quod contra prœccpitim Dei, vel Ecclcsiae, lalibus ludis uti no.i relugiat. (2-2, quaest. 168, art. S.)
(tio-l) S'erba joculaioria omîtes delkïas et lepores et risu dignas nibaniiaies et cxlcras ineplias b'uccis irucinaniibiis in médium eruciare non erubescuni. (Kigord., in Phil. Aug. De jacut.j Duchesse, Mut loin. V.)
« est un péchéi les histrions, dont toute la « vie se rapporte au jeu, seront don» dans « un état dépêché; et il fiudra (remarquez « la conséquence) condamner de même oeui « qui se servent de leur ministère, ou qui ■-. leur donnent quelque secours. Cependant « saint Paphnuceeut révélation qu'un joueur « de flûte jouirait avec lui du même degré « de gloire dans le ciel. »
« Le P. Lebrun que les seuls préjugés ne dirigeaient pas, mais qui était versé dans lacounaissancedc-IVitiquité, remarque que, pour bien entendre la réponse à cette objection, il faut observer qu'il n'était pas question de spectacles tels que les nôtres du temps de saint Thomas; que ce saint entendait par histrions ceux qui n'avaient d'autre emploi que de divertir quelquefois les hommes, ou par la récitation de quelques contes agréables, ou par des instruments, comme faisait le joueur de flûte dont il parle.
« Ces histrions pouvaient être ce qu'on appelait troubadours ou chanteurs; et parmi eux, les poètes provençaux étaient les plus estimés. Les princes elles grands seigneurs les faisaient venir à leur, cour pour s'en amuser. Deux ou trois de ces poètes s'associaient quelquefois, et allaient de château en château s'otfrir à réciter au son de quelqu'instrument (605), les pièces qu'ils avaient composées. Elles avaient pour objet, tantôt de récréer par des plaisanteries, tantôt de louer les exploits des princes ou des seigneurs qui les avaient mandé?, comme on le voit dans l'Histoire de Louis VIII, père de saint Louis. Ces histrions n'avaient point de théâtres publics. Il en était d'eux comme ûe ces comédiens dont parle Pline le Jeune, que l'on faisait venir pour être récréé pendant le repas par quelques récils amusanls ou instructifs (606; ; et ceux-là n'étaient point regardés infâmes a Rome, comme l'étaient ceux qui montaient sur des théâtres publics et comme le tout nos comédiens
« Cela posé, comment saint Thomas répond-il à l'objection qu'il s'est faite? Il décide que le divertissement étant quelquefois nécessaire, il n'est pas défendu qu'il y
(605) Ceux qui jouaient des instruments se nommaient jongleurs.
(61)6) Fréquenter comœdis [cnena dislingtiilur, ut voiuptales quoque studiis coudianlur. (I'lin. lib. m, en. I.)
(607) Ludus est necessarius ad conversaiionem humaine vitre. Ad omnia auiem quse siinl ulilia conversation! humana:, depulari possunt aiiqua ofticia licila, et ideo eliam olliciuni liislrionuni, quod oidinatur ad solaiiuni liominibiis exbibenduni, non est seçundum, se illiciluin, nec sont in slalu peccali, duniniodo modcrale lutlo utanlur, id est non ulendo aliquibus illicilis verljis vel factis ad luduni, et non adhibendo ludum negoliis et teniporibus iudebilis. (2-2, qiiœsl. 168, art. 5, ad fincin.)
(608) Inspeclio speclaculoruin vitiosa redditur in quantum homo lit pronus ad vitia Uscivije vel ciiidclitalis, per ca qu;e ibi reprasenlanlur. (2-2 q. 167, art. 2.)
(609) Aurail-i! écliappé une vérité à M. Fréron? M. de IT", en parlant des femmes qui vont à nos
ait des hommes qui puissent nous divertir en jouant de quelqu'instrument, ou en nous récitant divers contes agréables; et qu'ainsi ils ne peuvent être en état de péché. Mais voici les conditions. « Pourvu, dit-il, qu'ils «ne disent et ne fassent rien d'illicite; quo « le jeu soit modéré; qu'il ne dérange pas « les affaires et qu'il ne se rencontre point « dans des temps défendus (607). »
« On voit que par celte décision saint Thomas laisse le cas dans la supposition métaphysique, qui n'est pas certainement celle où se trouvent nos spectacles (608), qui sont de la nature de ceux que co saint docteur a condamnés, parce qu'ils excitent aux vices les spectateurs. Il n'est pas question ici de l'art dramatique considéré en lui-même. M. de B*** déclare assez dans sa Lettre le jugement qu'on en doit porter comme littérateur. Mais qua'it à l'effet moral de la représenta lion de nos drames, quelle différence entre notre théâtre et celui des anciens Grecs! Tout, jusqu'aux jeux scéniques, dans les beaux jours d'Athènes, se rapportait à l'utilité publique. Les poètes draina tiques et les acteurs étaient considérés commodes hommes d'Etat, des philosophes, des censeurs même chargés d'instruire et de réformer le peuple, en rendant presque toujours leurs drames relatifs ou à la religion ou au bien de la patrie, ou à l'histoire de la nation; et on ne leur laissait rien avancer qui pût offenser le goût de l'ordre, l'amour de la vertu, ni l'intérêt des mœurs publiques et particulières . Les femmes ne montaient point sur le théâtre. Or quel contraste n'aperçoit-on pas dans nos spectacles du côté des poètes, qui en font une école où l'on présente presque toujours les vices colorés en beau et la vertu rendue ridicule; du côté des acteurs, dont layie scandaleuse n'inspire que la volupté; du côté des spectateurs qui, pour la plupart (609), n'aiment à y goûter que des pensées libertines et qu'un jeu indécent, incitalivumad lasciviam? Est-ce là ce que M. Fréron prétend faire appeler par saint Antonin, comédie de bonnes mœurs? Je profite, Monsieur, de l'aveu que vous faites, que si les
spectacles, dit dans sa lettre, page 56 : « Combien en est- il dont on peut dire avec Martial : Elle y est entrée Pénélope, et elle en est sortie Hélène. » Notre journaliste soutient que M. de B " se trompe. // est plus vrai , dit-il , de dire que In plupart des femmes qui vont à In comédie, y entrent comme M. de B'" prétend qu'elles en sortent, c'esl-à-dire qu'elles y entrent déjà toutes corrompues. M. Fréron parait être inoins zélé pour l'honneur dn sexe que pour l'Arlequin de la Comédie-Malienne, dont il voudrait l'aire un héros de vertu. L'inimitable Carlin , dit-il, es! bien éloigné, avec raison , de se croire un personnage capable de corrompre les mœurs. Cet éloge lui ôlerail le caractère de son rôle, dont l'objet consiste non à ébranler le spectateur par ci s passions qui causent la terreur et la pitié, mais à exciter et à flatter le libertinage ('ans Presque tout' s les scènes bouffonnes cl licencieuses dont (I est l'àme, et qui certainement sont d'un ton plus fort que ce qui se passe dans les bonnes compagnies.
mo
NOTICE SUR LK THEATRE U'ùdZ.
comédiens ne jouaient que des pièces tell s que souhaiteraient les honnêtes gens, leur salle serait sourent déserte, et qu'avec d'e.icellentes pièces, les meilleurs comédiens mourruienlde faim. Or, saint Antonin décîile formellement que si les histrions représentent quelquefois des pièces honnêtes et quelquefois des déshonnèles, on doit ms abandonner et n'assister à aucune de leurs représentations (610). Ces histrions sont pour lors dans le cas de ceux dont saint Thomas déclare le gain aussi illicite que celui des femmes prostituées (611), et auquel, par conséquent, il n'est point permis de contribuer. Mais n'est-ce point parler à un homme qui dort, que d'entrer avec vous dans ces discussions, dès que vous vous dites (012) engagé dans les délires de l'amour et de la poésie? Cum dormiente loqnilur qui enarrat slu'.lo sapientiam. [Eccli., XXII, 9.)
« Je crois encore que vous rêvez quand vous citez saint Charles Borromée connue une autorité favorable aux spectacles. C'est un reproche qu'on a à faire à tous les apologistes du théâtre. Ils ne s'autorisent que trop souvent d'auteurs graves : mais ils ne citent jamais, ou, s'ils citent quelquefois, ils sont toujours intidèles, soit parce qu'ils tronquent les passages, soit parce qu'ils les interprètent nia1, soit parce qu'ils ont la mauvaise foi de taire ce qui pourrait découvrir l'esprit des auleursdorit ils l'ont usage. '< Les « personnages, disent-ils, les plus recom- « mandates ont regardé le théâtre comme « étroitement lié à l'ordre public. Saint Uhar- « l"S Borromée corrigeait de sa propre main » des pièces destinées à la déclamation. Ri- « cheheu s'occupa do réformer la scène ; n Féuelou avait les mêmes vues: M. Lan- « guel, archevêque de Sens, dans son discours « pour la réception de M. de la Chaussée à « l'Académie française, dit à ce poëie dra- « matique : Je puis donner, non aux. spec- « tacues que je xe puis AppaouvEH, mais à « des pièces ai.ssi sage? que les vôtres, UNE
« CEBTAINE MESURE DE LOUANGES. Le Sacré Ct
« le profane, !e sérieux el le comique, la
« chaire et le théâtre doivent se liguer pour
« rendre le vice odieux: ainsi, disent nos
« apologistes des spectacles, les saints les
« politiques el les sages, ont cru que le
« théâtre méritait une. attention particulière
« du gouvernement. » Ces autorités ne sont pas d'une bonne valeur. Le cardinal de Ri-
(610) Cnni Iiislriones iilinuiir iinlifferenler (ali exirciluiione ad reprsescnlauduin eliam lurpia, ii!i cita aïs, et cum opnrlel Oiiuillere, el pcccalum e.-t lalia aspicere, et laliuus pio illo opère sliquid tiare. (Sum.. lit. 8.)
(611) Quaedam verodicuntur maie acq dsita , quia acquiruntur ex turpi causa, sicut de uierelririo et Lislnmtatii. (2-2, quaesl. 87, art. 2.)
ib:2i [Uns une pièce intitulée : Rêve à mademoiselle de "".
(613) Principes et m3giatratus coimuonenilos esse duvimus, ut liisiricuies. cl niiinos cseterosque circula tores el ejus generis perditus hommes ë suis (latins ejieianl; el c.uipones et alios quicuuque eus réf'periiit acriier aniraadverlant.. .. Oinncs nequitist leulioag e provincia tolleodas curent. (Cône, prot , Dictions, dus Mystères,
chelieu tolérait, par des considérations politiques, ce qu'il devait désapprouver comme ministre ecclésiastique. Le sentiment de M. de Fénelon ne doit être regardé que comme une faiblesse de littérateur. Et celte mesure de louanges que M. Languel accorda a M. dfl la Chaussée, manifeste l'embarras où il était de concilierle devoir ecclésiastique avec l'étiquette de la eéiémnn e du moment. Il me semble que prétendre tirer avantage de cette nui cdote littéraire p >ur le théâtre, c'est manquer aux égards qu'on doit a la h >nne idée que l'on avait des mœurs canoniques de ce prélat.
« Quant ?i saint Charles Borromée, cet illustre cardinal était bien éloigné d'approuver les spectacles. On peut en juger par ses ordoir.wtces pastorales qui se trouvent dai s les actes des conciles de Milan. « Nous « avons, d i t— il, jugé à propos d'exhorter les « les princes et les magistrats de chasser « de leurs provinces les comédiens, les far- « ceurs, les bateleurs et autres gens sem- « blables île mauvaise vie, et de défendre aux « hôtelliers et à tous autres, sous de grièves a peines, de les recevoir chez eux. » Il ordonna aux prédicateurs de reprendre avec force ceux qui suivent les spectacles, et de ne pas cesser de représenter aux peuphs combien ils doivent les avoir en horrear(b'13; Enfin en 1CC2, on lit imprimera Toulouse i\~\ livre que saint Charles avait fait composer pour prouver que les spectacles dramatiques sont mauvais à cause des circonstances qui les accompagnent et de leurs effets. Ce vénérable cardinal rappela sur cet objet les principes de l'Eglise, que les abus avaient fait oublier; mais il se conduisit avec la prudence d'un pontife éclairé,
« On sait que l'Eglise est souvent obligée de tolérer des abus dont la suppression pourrait causer de plus grands désordres, ou qu'elle ne peut détruire sans le concours de la puissance séculière (614). Et alors les ministres de la religion ne peuvent que les déclarer mauvais, eu détourner les fidèles par tous les moyens possibles et proposer ies tempéraments qui peuvent les rendra moins contagieux. Ce l ce que fit saint Charles. Les désordres do son diocèse étaient extrêmes et la réforme ne pouvait s'en faire que pa: degrés. -Il obtint du gouvernement de Milan jii ordre qui défendit de représenter aucune pièce qui n'eût été examinée 1 1
I, part, h.)
l'iildicoriiin pecralorum illecehras quas liomine* depravala? cmisueltiilinis errore decepli prn niliilo putain, concionaior pcrpeiiio reprelieudel atque in summum odium adducere conléndel, osiemletque quam graviter beuin offciidaut... Sce;iicx persona- Unque aciiones, mule tanguant quodam seuiiuariu se uinsi iiialefactoruiii ac uagitionim p n ■ omnium i\i-iuiii, quam a Christian» disciplinas olliciis adlia:ie. .le-, quam valde cuni pagautiram iusthulù convciiieillcs atque diaboli astu inventa:, oinni oûlcio a populo chrislîanû exterminanda; sini , quam maxime pmerit icliyione conléndel. tActor., part, iv, pag. 183.)
(tili) Ecclesia inulta tulerat qu-je non probat. (S. Auc.J
ll'.l
trouvée conforme à la morale chrétienne. Mais, comme ledit l'historien desa vie, cette loi parut si sévère aux comédiens qulls aimèrent-mieux quitter la ville. Et quand il serait vrai que saint Charles eût corrigé des pièces destinées à la déclamation, on doit supposer que l'examen en était si sévère qu'il ne pouvbit tendre qu'à la destruction des spectacles. C'est du moi as l'effet qui en résulterait si l'on donnait des censeurs aussi scrupuleux à nos théâtres, de même qu'il n'v aurait plus de spectateurs s il fallait n'aller aux spectacles qu'aux conditions que saint François de Sales en permettait l'usage. ,. ,v ,
« Jl y a des gens qui on! de faux préjuges a l'égard de ce saint évèque. Ils le supposent si complaisant qu'ils le feraient presque le patron des casuistes relâchés; el cette opinion les porte à faire de saint Charles Borromée le patron descasuistes rigoristes. Néanmoins ces deux saints ne durèrent que dans, a ma '1ère dont ils ont annoncé la doctrine de l'Eglise, et dans le fond ils sont tous deux aussi rigides; Saint François de Sales ne l'est-il pas assez lorsque pour le choix il un 'confesseur il veut qu'on en choisisse, non un entre mille, comme l'avait dit Avisa, mais un entre dix mille?!! permet, dit-on, d aller aux tv.lset auires divertissements dangereux. Mais comment le permet-il? C'est en exigeant des dispositions qu'on ne pourrait essayer de garder avec fidélité sans renon- . m- à tous ces plaisirs. 1! compare ces divertissemenls aux champignons dont les meilleurs ne sont pas salubres. « Toutes ces « assemblées, dit-il, attirent ordinairement « les vires et les péchés qui régnent eu « une ville, les jalousies, les bouffonneries, « les railleries, les querelles, les ollesa- « mours: parce que leur appareil, leur tu- « multe et la liberté qui y dominent, écnaul- « lent l'imagination, agitent les sens el ocu eu. eut le cœur au plaisir; si le ser- « peut vient souiller aux oreilles une pa- « rôle sensuelle ou quelque cajolerie , si « l'on est surpris des regards de quelque « basilic, les cœurs sont tous disposés a en » recevoir le venin. Ces ridicules diverlis- « semenls dissipent et affaiblissent lesiorecs « de la volonté pour le bien el réveillent en « lAine mille sortes de mauvaises djsposi- « lions. C'est pourquoi l'on ne doit jamais « se les permettre dans la nécessité même, « qu'avec .le grandes précautions el sans « avoir ensuite recours à quelques consulô- « ,-ations saintes etfortvives,qui préviennent « les dangereuses impressions que les plai- „ sirs pourraient faire sur l'esprit; et voie»
(615) (Entres de stùnl François de Sales. tHli Censeo licenliain Ihealiï aflerre ceriissuiiam r^siem moribasclirislianis. Excaecal mmirum prava «msueindo aniroos.et qua passim lien vuleim.s içlondere coiianuir quidam ln.ei.lix pairom... Populus mielligai hisiriones nonprobari a repoWica, sedpoptili obleclalioni alipie iriiporluius prcciuns dan, isuaî, cum non poicst (\»x meliora suni obiiiiere, sofei iiliipiamlo minora mala loferare, el popnli Icvil.iii ali iuij cAa-eàcrc. (Marina, lit), m, De fege el >egt»
1IJÎ
« celles que je vous conseille. En mén o « temps que vous étiez h ces divertissemenis « que je suppose avoir été hien réglés dans « tontes leurs circonstances pour la bonrn> « intention, pour la modestie, pour la dignité « et la bienséance, pensez, dis je, qu'en mê- « me temps que vous y étiez, plusieurs Ames « brûlaient dans l'enfer pour des péchés « commis dans ces divertissements on par « leurs mauvaises suites. Plusieurs religieux « et personnes de piété étaient à la même « heure devant Dieu, chantaient ses louanges « et contemplaient sa divine bouté. ^Plusieurs « personnes dans ce même temps sont moi- « tes dans une grande angoisse; mille et « milliers d'hommes el de femmes ont souf- « luit les douleurs des maladies les plus vio* « lenles en leurs maisons et dans les hôpi- « taux : Hélas I ils n'ont eu nul repos et vous « n'avez eu nulle compassion d'eux : ne « pensez-vous pas qu'un jour vous gémire; « comme eux, tandis que les autres seront « à ces mêmes divertissements. Nolre-Sei- « gneur, la sainte Vierge, les anges et le* « saints vous voyaient à ces divertissements. « Ah! que vous 'leur avez déplu en cet élal î « Enfin tandis que vous étiez le, le temps « s'est écoulé, la mort s'est approchée. Confit sidérez qu'elle vous appelle à ce pas- « sage affreux du temps à l'éternité, mais à « l'éternité des biens ou des peines. Voila « les considérations que je vous suggère; « mais Dieu vous en fera naître daulns « plus fortes si vous avez sa crainte (615). » « Croyez-vous Monsieur, que ce sml la permettre ces divertissements? N est-il pas évident que ce saint évoque cache son zèle sous une indulgence appaienle, qui en même temps inspire le plus grand mépris du monde corrompu et l'aversion la plus héroïque de ses maximes et de ses théâtres ? Consequentia isla adeo luculenta ut nulla valcat iergiversatione eludi?
« Quelle vraisemblance y a-t-il a attribuer à des personnages dont la sainteté est si bien établie, des opinions que les Pères Gusman el Mariana (616) déclarent u avoir jamais été soutenues que par ceux qui appellent bon ce qui esl mauvais el mauvais ce qui estbon?Et quand même on trouverait dans des siècles d'ignorance quelques auteurs respectables .Vqui l'on pourrait reprocher d'avoireutropde complaisance pour certains abus, leuraulorité ne ferait point loi, et, par conséquent, l'exempledes ecclésiastiques qu'on dit rencontrer aux spectacles, ne doit pas en imposer (617). C'est un scandale humiliant pour les Etals catholiques, puisque les protestants se piquent à cel égard d une plus
insliluiione, cap. De spectaculis.)
(617) Aicum llieatra fréquentant, nonprobi, sel Buiprofessionis violalores oraiiinosuirt. Non ad vu gi oDinionem sed ad regulan. mores suos confort. »« il ■ lient • • An ne facluni quodpiam a lege severmne velilnin ideirco de criinine pnrgare debemnsjnpJ hommes non undequoque sœlesu illnd perueiran i. (Francis. Daniel. Concina. ordin. pnedicaior. toi ea. dissert, de speelac.)
NOTICE SUR LE THEATRE LliiUE.
grande régularité. Si, dit un auteur luthérien;
cité dans u:i ouvrage du P. Concilia, quelques princes évangéliques tolèrent dans leurs coursées surtes do divertissements, on ne pourra pas du moins reprocher à nos ministres d.j so les permettre. Ils savent tio|> ce que la sainteté de leur caractère exige et quelle i Quence leur conduite a sur les laïques. Quodti tamen in aulis evangelicorutn prineipum hœc gaudiu admiltunlur, Itaud facile clericis et verbi l)<i ministris jure dedecui hoc poterit objici. Optimc enim intelligunt quid deccnl venerandum hune ordinem, quantumque suo excmplo proficiat vel noceat (l>18). Au reste, suivant I observation du P. Concilia, que 1rs hérétiques ne se prévalent pas des mauvaises mœurs de ceux qui ne professent que de bouche notre religion. La sainteté de notre doclrinee! la puretéde notre morale n'en sont pas moins inaltérables. C'est de Dieu et non des hommes que l'Eglise a reçu ses lois : ainsi elle no dépend point des exemples (CI9j. Rien n'est plus satisfaisant que les réponses laconiques et énergiques que M. Uossuetet un évêque de Noyou tirent à ce sujet à Louis XIV. M. de B***, a fait usage de ces anecdotes (620) pour réfuter ce que vous répétez d'après M. de Voltaire au sujet du banc que les évoques avaient à Versailles sous Louis XIV dans la salle de la comédie. Ce prétendu banc dont Mi Fréron s'autorise aussi, ne subsiste plus; c'était donc un abus qui n'aurait pas été lolérable, nonobstant lu dill'érence qu'on prétend mettre «Mre les spectacles de la ville et ceux de la cour.
« Je conviens que ceux-ci ne sont que des représentations domestiques qu'on regarde comme d'étiquette. La présence de la majesté du monarque doit y tenir en respect lousjesspectateurs et attirer tous les regards. Mais quoiqu'il en soit, les acteurs, pour servir à ces amusements de cour, ne peuvent en rien conclure en faveur de leur profession envers le public. Elle n'en parait pas inoins odieuse aux personnes vertueuses de la cour. M. l'abbé Clément (621) nous a conservé à cet égard un illustre témoignage. Cet orateur dont l'éloquence a loujouis été convatrée au saint ministère, rapporte dans un de ses ouvrages (622) un trait qui caractérisera à la postérité la vertu de madame Anne-Henriette de France, morte à Versailles le 10 lévrier 1752 : -< Cette excellente prin* « cesse disait un jour à une personne qu'elle « honorait do ouelque confiance, qu'elle no
« concevait pas comment on pouvait goûter « quelque plaisir aux représentations du « théâtre, que pour elle c'était un vrai sup- « plice. La personne a qui elle pariait ainsi, « ne put s'empêcher d'en marquer de l'éton- « nement et prit la liberté de lui en de- « mander la raison. — Je vous avoue, ré- « pondit la princesse, que quelque gaie que « je sois en allant à la comédie, sitôt que je « vois les premiers acteurs paraître sur la « scène, je tombe tout à coup dans la plus <• profonde tristesse : Voilà, me dis-je à moi- « même, des hommes qui se damnent de pro- « pos délibéré pour me divertir. Cette ré- « flexion 'n'occupe et m'absorbe tout entière « pendant le spectacle. Qitel plaisir pourrais- « je y goûter? »
« Celle princesse n'ignorait pas tons Jes grands et frêles raisonnements des apologistes du théâtre; mais elle savait que toutes leurs vaines prétentions étant approfondies, paraissent puériles et dépourvues de sens. «Les « sopbismes, comme le dit M. Gresset, les « noms sacrés et vénérables dont on abuse « pour justifier la composition des ouvrages « dramatiques et le danger des spectacles ; « les textes prétendus favorables, les anec- « dotes fabriquées, loul cela n'est que du « bruit et un bruit bien faible pour ceux «% qui ne refusent point d'écouter les récla- « mations de la religion et qui reconnaissent « que lorsqu'on est réduit à disputer avec « la conscience, on a toujours tort.
« Tous les suffrages de l'opinion, de la « bienséance et de la vertu purement hu- « inaine fussent-ils réunis en faveur de nos n théâtres publics, ou aura toujours à leur « opposer la loi de Dieu qui les défend.» On ne pourra jamais acquérir de prescription contre cette loi. Les partisans de spectacles manqueront toujours de la condition la puis essentielle, c'est-à-dire de la possession de la bonne foi. Comment en effet pourraient-ils l'avoir ? La raison, indépendamment de la perfection qu'exige le christianisme, a-t-elle jamais cessé de protester contre cette sorte d'amusement, dont l'effet est de nuire aux mœurs en donnant sur plusieurs crimes des idées opposées à celles que donnent la raison et la religion ? « il est par « exemple, dit l'abbé Deslontaines, défendu « sur le théâtre d'ensanglanter la sicne me- « me en le faisant suivant les régies de la « justice et de l'honneur et il est permis « néanmoins de s'oter la vie à soi-même, eu x qui hors du théâtre ferait horreur. La rai-
(618) Celle citation se trouve dans une dissertation du P. C.ONCi.NA, Despectac.
«019) Utiiiain Bidleni vel ah ipsa nalura insilusde» fendendi proprix religionis decorem iiistiiicius sevocaret caitiolicos clericos au hs iiianissiinis fabulis et corrupitlis quas vel ipsi liasreiici lanquain clericali siaïui inlesla* deteslanlur. li omnes, quibus vera calliolica religiocordi est, haïul possuni non sunnnopere coiiiinoveri et rcbore perfnmli el inœslilia angi <luiu lalia in liacreticis legunl. Quoniaiu bine diseunl ml loriin:, bxreiicorum conversionein remorari quant cailiulicorutn ei maxime clericorum pessiinos mores islurum villa in crriirc obUiniaiit humilies a vora de-
vins religione, cnjiis lamen vcrilali niliil mali evenire poiesi ex malilia eoitmi qui illain profilcrilur. .... Scimus alinnde religionis verilatem qnam ab eorum qui illam profiieniur moribus bauriendam esse.
Accessus ad theaira omnibus ciiciimstaniiis inspectis reseslsuaple nalura perieulomni plena omnium que luxiialum el dissoliiliouuni occasio vel ip*is hxcularibus hominibiis. (CosciN. ibid.)
(ii20) Voyez la première Lettre.
(Ii2l) Prédicateur du roi
(b'22) Maximes pour se conduire chré.ienMeitu-r., dans le monda; cdilioji de 1743,
DÎCTIONNAIKE DES UÏSTERKS.
. son nous dit que c est une vraie faiblesse c de ne pouvoir survivre a son malheur, et « qu'il est bien plus noble de braver la sfor- « tune et de ne jamais s'abandonner lors- * qu'elle nous abandonne. D'ailleurs notre « religion nous représente cette action de « désespoir comme le plus grand et le plus « funeste des péchés qu'un chrétien puisse « commettre: comment oublie-t-on ainsi la . morale et la religion au théâtre % De môme « que la lecture des romans rend I esprit ro- . manesque, l'assiduité au théâtre rend . aussi l'âme tragique. Parmi les spectateurs . il se peut trouver un malheureux réduit « au désespoir, ou qui sera au premier jour « dans cette alfreuse situation ; l'exemple de « tant de héros qu'il a vus se délivrer de la « vie, se retracera dans son imagination et . le portera peut-être à celle futaie extré- . mité. Enfin uos lois oit attaché dos pei- « nés infamantes à une action que nous « osons regarder comme Irè^-belle et tres- « glorieuse sur le théâtre (623). »
« L'abbé Desfontaines savait assez respecter la religion pour ne pas comparer, comme l'a fait indécemment M; Fréron (62V), la parole de Dieu avec la parole empoisonnée du théâtre, ni pour juger des eifels de l'une par ceux de l'aulre. L'émotion causée par un bon sermon ne s'opère que par l esprit divin dont le prédicateur est l'organe, quelle que soit la durée de celte émotion • au lieu que rien n'est plus naturel que les impressions des représentations dramatiques* i l|e$ sont même inévitables, mais pour le mal. Kl si le drame contient quelques bonnes pensées morales , c'est d'elles que M. Fréron devait dire que leurs impressions ne laissent pas plus de traces dans l'âme qu un vaisseau en fendant la mer, parce qu'elles sont déplacées sur des théâtres où il n y a de victoires assurées que pour le vice. Ses attraits y sont toujours efficaces parce qu'en général iecœurdel'bouimeeslforlcom&Kjfifc/e par sa nature et tout disposé à s'enflammer a la moindre étincelle des passions dont il possède tous les germes. S'endéplaiseà M. Fréron, il me parait qu'il n'a pas aussi bien élu dié l'homme que l'a fait La Bruyère.
Ce journaliste ne se montre pas meilleur connaisseur en ouvrages de casuistes. Il nous donne pour un écrit judicieux et raisonnante, fait par un habile casuiste et un célèbre directeur de conscience, la Lettre que le P. Caflaro fit pour prouver qu'il était permis non-seulement de composer des pièces de théâtre, mais de les jouer et d'y assister. Ce jour-1 nalisle en aurait sans doute porté un autre jugement, -s'il avait eu connaissance de la rétractation. (625). Il est vrai que l'écrit qu'il donne pour uneautoriiérecevable, est forl peu imposant par lui-même; mais cou, bien de gens qui, fautederaisoueUleluruièies,s'aulori~e t u'après notre journaliste de celte Lettreûèsa-
(62"») Esprit de l'abbé Desfoiilaines, l. Il, p. 129. (Wl) Dansta 50* cahier de PAnnée littéraire 17. >S. iliiai Nous l'avons reproduite piii:, liaul.
Année littéraire, 37'caliirr île I7'>.V (bi. i iiivuiu i;u ppe quaul sapiens aj^umeiilali \
vouée, production indiscrète d'un jeun»
liummequin'nvaiipresqueaucuneiué'denos spectacles, qui n'avait pas seulement lu Molière, quis'était laissé séduire par de faux exposés, qui confondait les usages d'un tempsavec ceux d'un autre, qui ignorait enfin l'esprit des auteurs dont il avait fait usage pour s'autoriser dans son illusion? Voilà les casuistes dont on veut se prévaloir quand on s'oublie, comme M. Fréron, jusqu'à traiter de divines el de justes idoles du public (626), des créatures dont la profession est incompatible avec les bonnes mœurs. S'il en était de la question des spectacles, comme de ces points de doctrine sur lesquels on voit les théologiens disputer ouvertement pour ou contre et chaque parti s'applaudir d'un triomphe indécis, le P. Calfaro se serail-il cru obligé de donner la rétractation la plus authentique de la Lettre dont M. Fréron ose s'autoriser? Mais est-il facile de détromper des gens qui, à force de s'être figuré que ce qui flatte leur goût pour la v.dupté est permis, s'en font une espèce de conviction t L'on sait que l'ignorance de l'esprit de l'hom-
me, comme le dit un grand génie de failli* quité, n'est jamais plus présomptueuse, ni ne prétend jamais mieux philosopher ni raisonner que quand on veut lui interdire l'usage de quelque divertissement ou de quelque plaisir dont elle est en possession (627). « On voit quelquefois la vérité recevoir les des hommages de ceux même qui n'en sont pas les fidèles disciples. On en a un exemple dans la Lettre que M. Jean-Jacques Rousseau de Genève a adressée à M. d'Alembei t pour réfuter les ridicules reproches que les auteurs encyclopédistes avaient faits à la république de Genève, sur ce qu'elle n'a pas de théâtres publics. Je conviens que la caractère de cet auteur est de paraître plein du langage philosophique sans être véritablement philosophe, qu'il est livré aux paradoxes d'opinions et de conduite; qu'en même temps qu'il peint la beauté des vertus il l'éteint dans l'âme de ses lecteurs. C'est ce dernier effet que sa Lettre à M. d'Alembirt parait avoir produit sur vous, Monsieur, puisque vous rejetez tout ce qu'elle contient Heur de vrai à i'égard de l'état de comédien, de la morale qui se débite sur le théâtre et de sesfunesles impressions sur les spectateurs. Mais quoique cet écrivain insinue dans cet ouvrage le poison de la volupté en paraissant le proscrire ; quoiqu'il y soit dangereux sui quelques points très-importants de doctrine et de morale, néanmoins les vérités qui lui sont échappées n'en sont pas moins respectables, elles doivent être recueillies comme de l'or que les honnêtes gens ont droit de réclamer. On sait combien est pernicieux le plan d'éducalion que ce même auteur a donné sous le titre d'Emile (628). Loin de b'accorderavec le christianisme, il n'est pas
Bibi viiteiur ignoraiil'ra humana, cnm aliquid île liujiismodi gaudiis a'j l'ruciibus veretur adnmiere (Ter-
TLLLIEN). , n ■
1628) Condamne par I arrel du parlement 0e I ans, du 9 jiiiu 1702. par le tuaudeuieul de M. de beau-
un
r.'mo propre à former tirs citoyens et des hommes; cependant faut-il rejeter cet homma;e Rdmirable qui y est rendu à l'authenticité de l'Evangile. « J'avoue, dit-il, qui- In « majesté de l'Ecriture m'étonne; la saiiw i teté do l'Evangile parle a mon cœur. Voyez « les livres des philosophes avec toute leur • pompe; qu'ils sont petits près celui-là! « Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime « et si simple soit l'ouvrage des hommes? " Se peut-il que celui dont il fait l'histoire « ne soit qu'un homme lui-môme? Est-ce « la le ton d'un enthousiaste ou d'un ambi- « tieux sectaire? Quelle douceur, quelle pu- « reté dans ses mœurs! Quelle grâce lou- « chante dans ses instructions! Quelle élé- « vation dans ses maximes! Quelle profonde « sagesse dans ses discours ! Quelle présence « d'esprit, quelle finesse et quelle justesse « dans ses réponses ! Quel empire sur ses pas- « sions! Où est l'homme, où est le sage qui sait « agir, souffrir et mourir sans faiblesse et « sans ostentation? Oui, si la vie et la mort
* de Sociale sont d'un sage, la vie et la « mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons- » nous que l'histoire de l'Evangile est in- « ventée à plaisir?... Ce n'est pas ainsi qu'on « invente ; et les faits de Socrate, dont per- « sonne ne doute, sont moinsatteslésqueceux
* ('« Jésus-Christ Il serait [.lus inconce-
« vable que plusieurs hommes d'accord « eussent fabriqué ce livre, qu'il ne ï'est « qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais
* les auteurs juifs n'eussent trouvé ce ton « ni celte morale. Et l'Evangile a des carac- « téressi grands, si frappants, si parfaile- « ment inimitables, que l'inventeur en se- « rait plus étonnant que le héros. » Ce témoignage, .Monsieur, doit certainement faire autorité-, quoique l'auteur ait refusé de se Soumettre à la doctrine de ce saint Evangile et qu'après en avoir bien établi les augustes caractères, il en rejette la révélation divine el se ait ami de toute religion où l'on sert l'Eslre éternel, selon là raison qu'il nous adonnée. Tels sont ces beaux esprits dû temps. Ils se (piquent de raisonner en philosophes et viveuten insensés. Ils sont souvent en contradiction avec eux-mêmes; et ils n'ont que quelques moments lucides où ils parlent le langage de la vérité; mais ce n'est que de la plénitude de l'esprit ou de l'imagination, et non de l'abondance du cœur, C'est' dans de pareils moments que M. J.-J. Rousseau a dit avoir reconnu, qu'on ne pouvait être vertueux sans religion et qu'il a porté un aussi bon jugement sur les théâtres publics.
« Il parle d'après sa propre expérience et en observateur sensé des influences des spectacles sur les mœurs. Ainsi vous ne pouvez point dire qu'il est l'écho de ce qu'on appelle indécemment déclamations de prétn».
« Il ne pense pas connue ces modernes Arisltpcs dont vous paraissez avoir adopté
l'école, que des spectacles et des mœurs puissent jamais être choses compatibles. II me que les représentations théâtrales soient nécessaires pour former le goût des citoyen» el leur donner une finesse de tact et une délicatesse de sentiment {(m), ou qu'elles puissent jamais être utiles aux mœurs quand même l'on y verrai! toujours le vice puni et la vertu récompensée, Et afin qu'on ne mo soupçonne pas d'exagérer, je, vais le faire parler lui-même. Ouvrez donc vos oreilles. Erigant aures oblusas qui compressis labiit mussitant nostram stntentiam non esse certain.
: « Demander si les spectacles sont bons ou « mauvais, ilsulïit pour décider la question. « de savoir que leur objet principal a tou- « jours été d'amuser le peuple. Voilà d'où « naît la diversité des spectacles, selon les « goals des diverses nations. Un peuple in- « trépide, grave et cruel, veutdesfôtesmeur- « trières et périlleuses, où brillent la valeur « et lesang-froid. Un peuple féroce et bouil- « lant veut du sang, des combats, des passions « atroces. Un peuple voluptueux veut de la « musique et des danses. Un peuple galas» <t veut de l'amour et de la politesse. Un peu- « pie badin veut de la plaisanterie et du ri- « dicule. Trahit sua quemquevoluplas. Dïàiil, « pour leur plaire, des spectacles, non qui « modèrent leurs penchant, mais qui K< « favorisent et les fortifient... Il n'y a que « la raison qui ne soit lionne à rien sur la « scène.
« Une bonne conscience éteint le goût des « plaisirs frivoles ; c'est le mécontentement « de soi-même, c'est 'le poids de l'oisiveté, « c'est l'oubli des goûts simples et naturels « qui établissent la prétendue nécessité dos a spectacles... Attacher incessamment sou « cœur sur la scène, c'est annoncer qu'il était a mal à son aise au dedans de nous. L'on « croit s'assembler au spectacle et c'est là « qu'on s'isole ; c'est là qu'on va oublier se* « amis, ses voisins, ses proches, pours'inté- « cessera des fables, pour pleurer les mal- « heursdes morts, ou rire aux dépens des « vivants, de manière qu'on pourrait dire de « ceux qui les fréquentent : N'ont-ils dont a ni femmes, ni enfants, ni umis, comme ré- « pondit un barbare à qui l'on vantait les « jeux publics de Rome ?... Le théâtre purge- « les passions qu'on n'a pas, et fomente cela les qu'on a... J'entends dire que la tragédie « mène à la pitié par la terreur; soit, mais « quelle est celle pitié? Une émotion passa- » gère et vaine, qui nedurepas plusque l'iïlu- « sion qui l'a produite ; un reste de sentiment « naturel, étouffé bieniot par les passions, « une pitié stérile qui se repaît de quelques « larmes, et n'a jamais produit le moindre « acted'humanité... On s'attendrit plus vo- « lontiers à des maux feints qu'à des maux « véritables. Les imitations du théâtre n'exi- « g- ni que des pleurs, au lieu que les objets a imites exigeraient de nous des soins, du
1*111111, archevêque (te Paris du 20 août 1762. cl par l.i teiiMiiv ite l.i Faculté il- théologie de Paris de la
même .innée.
(ij-2!i) Eti'iv-.Mons des .valeurs encyclupé listes.