‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1157 sur 1429 · MCTIONN.MRE DF.S MYSTERES · texte numérisé non relu

MCTIONN.MRE DF.S MYSTERES

Ili)

« soulagement, des consolations dont an veut « s'exempter.

« La vertu dans la tragédie ne paraît que « comme un jeu de théâtre bon à amuser le « public; mais qu'il y aurait de la iolie à « vouloir transporter sérieusement dans la a société... On me dira que dans les bonnes a pièces drainai iques, le crime est toujours « puni, et la vertu toujours récompensée. «Je réponds que quand cela serait, la plu- « part des actions tragiques n'étant que de « pures fables, des événements qu'où soit « être de l'invention du poêle, ne font pas « une grande impression sur lesspeclaleurs... « Je réponds encore que ces punitions, et « ces récompenses s'opèrent toujours par des « moyens si extraordinaires qu'on n'attend « rieri de pareildans le cours nature! des cho- < ses humaines. Enlin je réponds en niant le u fait : 11 n'est, ni ne peut être générale' « ment vrai; car cet objet n'étant pas relui u sur lequel les auteurs dirigent leurs pièces, c ils doivent rareim ni l'attendre; et souvent « il serait un obstacle au succès. Vice ou « vertu, qu'importe pourvu qu'on en impose •< par un air de grandeur. Aussi la scène « française n'est-elle pas moins le triomphe « des grands scélérats, que des plus illus- - très héros, témoins, Catilina, Mahomet, « Alrée, elc.

« Quel jugement porterons-nous d'une tra- « gi'die.où. quoique les criminels soient pu- « Dis, ils nous sont présentés snus un aspect

• si favorable, que tout l'intérêt est pour « eux ? où Caion. le plus grand des Romains, « fait le rôle d'un pédant ; où Ciréron, le

• sauveur de la république, est mont ré coin me a un vil rliéleur, un lâche, tandis que l'infâme « Catilina, couvert de crimes qu'on n'ose « nommer, fait lerôled'un grand homme, et « réunit par ses talents, sa fermeté et son couorage, toute l'estime des spectateurs A

a quoi donc aboutit la morale d'une pareille « pièce, si ce n'est à encourager des Caiili- «■ na, et à donner aux méchants habiles le « prix de l'estime publique due aux gens de « bien? Mais tel est le goût qu'il faut flatter « sur la scène, Le savoir, l'esprit, le courage «ont seuls notre admiration, et toi, douce et « modeste veitu, tu reste toujours saus hon- « neur l

« Atréeel Mahomet n'ont pas même lafaia ble ressource du dénouement. Le monstre « qui sertde héros, dans ehacunede ces deux « pièces, achève paisiblement ses forfaits, a en jouit, et l'un des deux ledit en proa pies termes au dernier vers de la tragé- ■ die :

El je jouis ei>0n du prix de mes forfaits.

« Mahomet, aux yeux des spectateurs, di- « minue par sa grandeurd'âme l'atrocité de >< ses crimes. Celle pièce peut faire plus de « Mahomels que de Zopires.

« L'art du ihéâtre ne consiste plus qu'à « donner une nouvelle énergie et un noua veau coloris à la passion de l'amour. On « ne voit plus réussir que des romans sous * le nom de pièces dramatiques. Et comme

« l'amour est le règne des femmes, un effet « naturel de ces pièces est d'étendre l'empire « du sexe, et de donner des femmes pour les « précepteurs du public. De là les jeunes « gens que les parents ont l'indiscrétion « d'envoyer à celle mauvaise école, remar- « quenl que le seul moyen île se former a dans le monde, est de chercher une maî- « tresse, c'est-à-dire, une femme sans Uona neur.

« L'amour qu'on expose au théâtre y est, a dit-on, rendu légitime. Son but est Iioiio nète; souvent il est sacrifié aa devoir et a la a vertu, et dès qu'il est coupable, il est puni. u Fort bien ; mais n'est-il pas plaisant qu'on « prétende ainsi régler après coup les mou- « vements du cœur sur les préceptes de la « raison, et qu'il faille attendre les événe- « ments pour savoir quelle impression l'on «doit recevoir des situations qui les amè- « nent. Quand le théâtre n'inspirerait pas « des liassions criminelles, il dispose au « moins l'âme à des sentiments qu'on satis- « fait ensuite aux dépens de la vertu.

« Si dans la comédie on donne un appaa reil plus simple à la scène ; et si l'on rap- « proche le Ion du théâtre de celui du monde, « on ne corrige point peur cela les mœurs. « On les peint, et un laid visage ne paraît « point laid à celui qui le porte. Que si l'on « veut les conigerpar leur charge, on quitte « la vraisemblance de la nalu.-c, et le tableau « ne fait plus d'effet. La clwrgene rend pas « les objets haïssables, elle ne les rend que a ridicules. Comœdia détériores, tragœdia « meliores quamnunc suiit imitari conantur, « nousdil Aristote. Nu voilà-!-il pas une imi- « talion bien entendue, qui se propose pour « objet ce qui n'est point, et laisse entre le « défaut et l'excès, ce qui est comme une « chose inutile ?

« Rien n'est plus ordinaire que de vo.r sur « le théâtre la malice triompher de la sim- « plicilé: ce qui, pour n'être que trop vrai « dans le monde, n'en vaut pas mieux à a mettre sur la scène avec une espèce il'ap- « proualion, commepourexeiter lesamisper- « lides à punir sous le nom de sollise, la can- « deur des honnêtes gens. Dat veniam cor- '.< vit, vexât censura columbas. Les poètes « dramatiques sont des gens qui, tout au plus a raillent quelquefois les vices, sans jamais « faire aimer la vertu ; ils sont de ces gens, « disait un auteur, qui savent bien moucher «la lampe, mais qui n'y mettent jamais « d'huile.

« La tragédie, telle qu'elle exisle,.est si « loin de nous, nous représente des èlies si « gigantesques, si boursouflés, si chiméri- « ques, que l'exemple de leurs vices pour- « rail être moins contagieux. Mais il n'en « est pas ainsi delà comédie, donl les mœurs « ont avec les nôtres un rapport plus immé- « dial, et dont les personnages ressemblent « mieux à des hommes. Tout en est mau- « vais, pernicieux, tout tire à conséquence « pour les speelateurs; et le plaisir même- « du comique étant fondé sur un vice du « cœur humain, c'est uiw suite de ce priu-

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NOTICE SUn LE THEATRE I.'.UIŒ.

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a comédie est agréable et sosi effet est funeste aux

• ripe, que piiis « parfaite, plus « mœurs.

« Qu'apprend-t-on dans 'Phèdre et dans

• OEflipe, sinon que l'homme n'est pas libre, a et que le ciel punit des crimes qu'il lui

< fit commettre ? Qn'apprend-t-on dans

< Médée, si ce n'est jusqu'où la fureur de la « jalousie peut rendre une mère cruelle et » dénaturée? Suivez la plupart dos pièces du « Théâtre-Français, vous trouverez presque a dans toutes des monstres abominables et a des aiHions atroces, utiles , si l'on veut, à

• donner de l'intérêt aux pièces, mais dau- » gereuses certainement en ce qu'elles

• accoutument les .yeux du peuple à des « horreurs qu'il ne devrait pas môme cona naître, et à des forfaits qu'il ne devrait

• pas supposer possibles. 11 n'est pas même « vrai que le meurtre et le parricide y soient

• toujours odieux. A la faveur deje ne sais « quelles commodes suppositions , on les « iend permis ou pardonnables. On a peine « à ne pas excuser Piièdre incestueuse , et o versant le sang innocent. Byphax empoi- « sonnant sa femme, le jeune Horace poi- « guaidatit sa sœur, Agamemnon immolant o mi tille, Oreste égorgeant sa mère, ne lais- « .-eut pas d'être des personnages inléres-

« sauts L'un tue son père, épouse sa

i mère, et se trouve le frère de ses enfants; « un autre force son fils d'égorger son père, « un troisième fait boire à son père le sang « de son fils- On frissonne à la seule idée « des horreurs dont on pare la scène fian-

€ çaise Je le soûlions, et j'en atteste

« l'effroi des lecteurs, les massacres des gla- « diateurs n'étaient pas si barbares que ces « affreux spectacles. On voyait couler du « sang, il est vrai ; mais on ne souillait pas « son imagination de crimes qui l'ont frémir « la nature.

» Quel est l'esprit général de Molière, des o 'aïeuls duquel jn suis plus l'admirateur « que personne? 11 tourne en dérision les « respectables droits des pères sur leurs en- « fants, des maris sur leurs femmes, des « maîtres sur leurs serviteurs. Il l'ait rire, « il est vrai, et n'en devient que plus cou- « pable en forçant, par un charme invinci- « ble, les sages mêmes de se prêter à des « railleries qui devraient attirer leur indio gnatioi. J'entends dire qu'il attaque les a vices; mais je voudrais bien que l'on com- « parât ceux qu'il attaque avec ceux qu'il « favorise. Quel est le plus blâmable d'un « bourgeois sansespritet vain, qui fait solte- « meut le gentilhomme, ou du gentilhomme «< fripon qui le du;ie? Dans la pièce dont « je parle, ce dernier n'esl-il pas l'honnête a homme? N'a-t-il pas pour lui l'intérêt, et « le public n'applaudit-il pas à tous les tours « qu'il fait à l'autre? Quel est le plus rrimi- « nel, d'un paysan assez fou pour épouser r. une demois.'lle, ou d'une femme qui cher- « che à déshonorer son époux ? Que penser « d'une pièce où le parterre applaudit à l'in- « fidélité; au mensonge, à l'impudence do • celle-ci, et rit de la bêtisedu raana: t puni?

? Si la plaisanterie! est moins punissable?

« C'est un grand vire 'l'être avare et de pre- « ter a usure ; mais n'en est-ce pas un plus a grand encore à un lils de voler son père, i de lui manquer de respect, de lui faire « mille insultants reproches; et quand co « père irrité lui donne sa malédiction , dû « répondre d'un air goguenard, qu'il n'a que « taire de ses dons « excellente, en est elle « et la pièce où l'on fait aimer le lils inso- « lent qui l'a faite, en est-elle moins une « école do mauvaises mœurs? Le Misan- « thropeesl la pièce où l'on joue le plus le ri- « dicule de la vertu. Alcesle dans cette pièce « est un homme droit, sincère, estimable, « un véritable homme de bien ; l'auteur lui « donne un personnage ridicule : cependant « c'est la pièce qui contient la meilleure et « la plus saine morale. Sur celle-là jugeons « des autres, et convenons que l'intention « de l'auteur étant do plaire à des esprits « corrompus, ou sa morale porte au mal, ou « le faux bien qu'elle prêche est plusdan- « gereux que le mal même, en ce qu'il fait a préférer l'usage et les maximes du monde « à l'exacte probité ; en ce qu'il fait consis- « 1er la sagesse dans un certain milieu entre « le vice et la vertu ; en ce qu'au grand sou- « lagement des spectateurs, il leur persuade « que pour être honnête homme, il sullit << île n'être pas un franc scélérat.

« J'aurais trop d'avantage si je voulais « passer de l'examen de Molière a celui « de ses successeurs, qui n'ayant ni son gé- « nie, ni sa probité, n'en ont que mieux « suivi ses vues intéressées, en s'allachant « à flatter une jeunesse débauchée et des

« femmes sans mœurs Régna rd plus mo-

« deste, n'en est pas moins dangereux. C'est a une chose incroyable qu'avec l'agrément « de la police, on joue publiquement au mi- « lieu de de Paris une comédie, où dans l'ap- « parlement d'un oncle qu'on vient de voir « expirer, son neveu, l'honnête homme do « la pièce, s'occupe, avec son digne cortège, « de soins que les lois paient de la corde,

a faux acte, supposition, vol, fourberie,

a mensonge .inhumanité, tout y est, et tout

a y est applaudi Helle instruction pour

« des jeunes gens, nesciiaurœ faliacis, qu'on « envoie à cette école où les hommes laits « ont bien de la peine à se défendre de la « séduction du vicel

« Tous nos penchants y sont favorisés, et « ceux qui nous, dominent y reçoivent un « nouvel ascendant. Les continuelles émo- « lions qu'on y ressent nous enivrent, nous « affaiblissent, nous rendent plus incapables « de résister à nos passions, détruisent l'ace mour du travail, découragent l'industrie, « inspirent le goût de subsister sans rien <•. faire. On y apprend à ne courrif que d'un « vernis de procédé la laideur du vice, à « tourner la sagesse en ridicule , a substi- « tuer un jargon de théâtre a la pratique des « vertus, à mettre toute la morale en méta- « physique, à travestir les citoyens en beaux « esprits, les mères de famille eu petites

« maîtresses, les filles en amoureuses de coa médies.

« Enfin, quelle idée peul-on se former des « spectacles, si l'on en juge parle caractère « des personnes qu'on s'y propose princi- « paiement d'y amuser, et qui abondent dans « les grandes villes? Ce sont des gens intri- " gants, désœuvrés, sans religion, sansprin- ■t cipes , dont l'imagination, dépravée par « l'oisiveté, la fainéantise et l'amour du plaia sir, n'engeiulre que des monstres, et n'ins- « [lire que des forfaits. Ce sont des personnes '< qu'il faut empêcher de mal faire : d'où l'on « conclut que deux heures par jour dérobées « à l'activité du vire, sauvent la douzième « partie des crimes qui se commettraient. Et « tout ce que les spectacles vus ou à voir « causent d'entretiens dans les cafés et au- « très refuges de fainéants et de libertins, est « encore autant de gagné pour les pères do « famille, soit sur l'honneur de leurs filles « ou de leurs femmes, soit sur leur bourse a ou sur celle de leurs fils. Or. sied-t-il bien « à des personnes vertueuses d'aller se cona fondre avec ces gens oisifs et corrompus, a à qui il n'est pas bon de laisser le choix « de leurs amusements, de peur qu'ils ne « les imaginent conformes à leurs inclina-: « lions vicieuses, et ne deviennent aussi « malfaisants dans leurs plaisirs que dans « leurs affaires? »

«. Quel cri contre les speclacles , a dit un «uteur (630) ! Ce cri est parti d'un homme fort connaisseur dans le genre dramatique, grand admirateur de Racine, de Molière et des autres héros de la scène, d'un homme ^n.'in qui ne pi ut passer pour un émissaire •le ce que dans le monde on appelle dévots, enthousiastes , êtres superstitieux , esprits qui ne pensent point, et gens sans conséquence (631). Ce cri est le vrai armé de tous ies traits de l'éloquence; c'est la patrie qui venge les bonnes mœurs sacrifiées aux licences de la scène; c'est la philosophie qui emprunte la littérature d'Athènes, pour foudroyer Sophocle, Euripide , Aristophane, et tous leurs descendants. C'est enfin un coup formidable qui ressemble à l'attaque brusque et impétueuse de ces guerriers d'Homère, qui terrassaient quiconque osait paraître sur le champ de bataille.

« Qui pourrait donc, Monsieur, fût-il un Démosliiène, se charger présentement de faire l'apologie de uos théâtres, et de soutenir, comme vous l'avez fait, que la vertu n'y court pas plus de risques que dans la fréquentation du monde? Tout est capable dans le monde, dil-on, d'exciter les passions. Quelle conséquence faut-il eu lirer? Tout e>t plein d'inévitables dangers, même à l'église; donc il faut en augmenter le nombre ;

(630) Le P. Benliier, Journal de Trévoux avril t'o'J. '

(631) Toutes ces qualificaiions n'ébranlent pas un Clirélien fermement attaché à l'Evangile; et en les méprisant, il se montre supérieur aux faux sjges qui l'insultent. Quant mulli ubicunque invener.ntCÏi<istia- BOT» iolem insultare , vocare hebetem nullius cordis, Kutlius peritiœ, et dicunt : !u faclurui es, quod nemo

la conséquence est belle ! On sait bien qu'il y a partout mélange de bien et de mal, mais a divers degrés. On abuse de tout, il est ■ vrai, mais on sait la règle : quand le bien surpasse le mal, la chose doit être admise maigre ses inconvénients ; et quand Je mal surpasse le bien, on doit la rejeter même avec ses avantages. C'est lorsqu'on a la volonté n'observer celle règle, dont la raison nous fait un devoir, qu'on peut admettre la pensée de .M. de Crébillon, que vous citez:

Pour être vertueux, on n'a qu'à le vouloir.

« Mais rien n'est plus capable de nous ôier cette volonté d'être vertueux, que tout l'ensemble du spectacle.

« Un de nos poètes tragiques dont les talents sont connus, a entrepris (832) de défendre nos théâtres contre l'attaque dé M. Jean- Jacques Rousseau. Il s'appuie sur les lieux communs ordinaires, c'esl-à-dire sur les beaux sentiments, les pensées éblouissanles, en un mot, sur la meilleure face de plusieurs de nos drames. Mais les partisans des théâtres ne sont-ils pas dans le cas de lui reprocher de s'être chargé de leurcause? 1° Parce que, comme le pensait M. de Boissy, l'ancien auteur du Mercure, les poètes dramatiques ont besoin de lettres de créance pour être reçus à faire l'apologie de nos spectacles, et que de droit ils sont récusantes. 2' Parce qu'il lui est échappé des aveux qui ruinent la cause qu'il défend, ne serait-ce que celui-ci. II convient que si un poète reut gagner la faveur, du public, il doit ménager et flatter les passions nationales, comme était chez les Romains l'amour de la domination, et à Carthage l'amour du gain ; comme serait l'amour de la piraterie à Tunis, et parmi nous l'amour de la galanterie, et celle ancienne fureur des duels, que M. Marmontel appelle un usage établi et une opinion adhérente au principe fondamental de la monarchie, que Corneille a eu raison de flatter dans le C-id. Mais ignore-t-il que nos rois ont proscrit ce prétendu usage qui avait pour origine la barbarie des anciens peuples de la Scandinavie, et qui s'était introduit avec lesVisigolhs dans l'Italie et ensuile dans tous les Etats de l'Europe? La France s'y était livrée avec un tel excès, que Henri 111, Henri IV et Louis XIII ne purent parvenir à le détruire avec toute la sévérité de leurs édits; mais Louis XIV y porta les derniers coups par les édits de 1643, 1651, el 1C79, et par l'établissement d'un tribunal pour juger les querelles de la noblesse. Le projet en avait été donné par le comte de La Noue, dont Henri IV fit ce bel é o^e, en disant que c'était un grand homme de guerre,

facil? Tu soins eris Christiamis? quisqnis Christiprœcepla implere voluerit, incidii in homiiium qui nolunt converti sacrilcgum dicacilalem , ab iis qui sanari nolunl, vocatur insanus ; sed divinec misericordiœ Kunere tidjutus , in'.er eorum verba rersatur quoi, die , et non eut de ilinere prœceplorum Dei. (S. AuCcST.)

(65-2) M. ue Marmontel, dans le îii'rCure du icoii de nirvenibtt 1TB8.

1113 . NOTICE SLR LE

et encore plus un çrand homme de bien (033). a La cause de la fureur des duels (dit ce « héros, loué par un roi connaisseur en cou- « rage) gît en nos erreurs et folies, el en un « faux honneur. Si la noblesse continue do « marcher ainsi égalée tant en paroles qu'en « faire, elle ira toujours profanant la vertu « cl les armes en se consumant.il serait bon « que le roi, les princes el les seigneurs blA- « massent en public ceux qui auront ainsi « ensanglanté leurs armes; et montrassent « qu'ils les abhorrent comme gens qui n'ont « autre plaisir que de s'exalter par la mort « d'autrui. Il serait besoin que Sa Majesté « fit assembler les maréchaux de France et « les plus vieux capitaines, pour fane il : / bonnes ordonnances sur ce fait. Faudrait « aussi ôtro soi-ineux qu'elles fussent bien a observées à la cour, à Paris, el aux lieux a où il y a corps de gens de guerre, il n'y a i pas de doute que les bons exemples r-l les

• punitions montreraient comme on doit so 4 gouverner au vrai point de l'honneur. C'est « aux guerres qu'on doit montrer sa valeur t et hasarder libéralement sa vie. Les gens « d'honneur doivent servir généreusement

• leur patrie, el ceux qui exposent leur vie « ions les jours pour elle, ne doivent pas a h son service êlre'chiches des biens de for- « lune. Pour moi, tandis que j'aurai une « goutte de sang et un arpent de terre, je

• l'emploierai pour la défense de l'Etat au- •< quel Dieu m'a fait naître. Garde son urgent o quiconque ('estimera plus que son hon- « ni.'ur, comme le l'ont ceux qui semblent « n'Alre nésque pour l'oppression du peuple» d ri pour s'enrichir aux dépens de l'Etat. « .Mais quant à ceux qui vonl précipitant « leur valeur dans lesquerellespersonnelles, « ils font croire qu'ils ne l'estiment pas de « grand prix. »

« Tels étaient les sontimentsdecebrave officier, que son courage, dit M. de'l'hou (634), son habileté consommée dans la guerre, et sa prudence faisaient aller de pair avec les plus grands capitaines de son siècle, mais qui l'emportait sur la plupart d'entre eux par l'innocence de ses mœurs, par sa modélalion, par sa droiture et par son équité. 1! savait qu'il devait à Dieu lidélilé et service, et qu'en acceptant un duel , on combattait de iront le commandement de Jésus-Christ. « Quelle fureur, dit un auteur célèbre, et « quel désespoir que celui d'un duelliste, « qui va de sang-froid se livrer à son juge, « chercher son bourreau, et se jeter dans la « prison éternelle, en se faisant tuer, ou par

(033) Vie du comte de La Noue, dit Bras de fer.

(054) Histoire universelle, tome XI.

(63.'i) Frère de saint François de Sales.

(650) Lettre de l'hil. de Mornay à M. de Ihir'atj, ■anm de Dulot, mort en 1647.

tGY7) Cn'sar... ni ngniimliHe consiliomm. orientale Jgcllaiiiii, pnlienlia pei'iculoi'iiin, MagtiO illi Alexan- <lh>( sed Milirio ueqnc iracundo siiniiliimis : qui de* tiique scinpci' et soiniin eî cibo in vilain min in vo- (upia'eni uiereinr. (Patckc. lib. u, cap. 41.)

io3S) !>nx belto peritissimus , inirocèntia eximius, fautliUiie prxcipuus, amiciliarum lenax, in offensis

THEATRE LlhT.E. W'.d

« l'engagement d'un faux honneur , ou ynv « une sotte vanité, ou en suivant le torrent « d'une coutume détestable, ou môme dans « le moment actuel «l'une haine mortelle, et « le cœur tout occupé et tout enflammé du « désir et du demie.' effet de la vengeance! « Le comte de Sales (C3oj attaqué par un faux « brave dont il avait repris les blasphèmes, « lui répondit qu'après avoir osé défendre « la cause de Dieu, il ne devait pas la Irahir « pour les maximes d'un honneur mal en- « tendu. »

Il m; faut pas confondre l'abus du courage avec le courage même. Il est de l'intérêt de l'Etat qu'on ne se livre pas à de fausses idées sur la valeur. « Il arrive, dit l'il- « lustre Philippe de Mornay , que par la « témérité si familière à notre nation, les « meilleurs de notre noblesse se trouvent « cueillis tous verts, et se perdent avant « que de connaître où le devoir ies appelle, « c'est-à-dire, avant que de savoir éviter lo « péril sans reproche , ou le défier avec « louange (03G). » M. de Mornay voulait qu'on imitât les Lirees et les Romains, chez qui, dans les beaux siècles de leur empire, le courage ne consistait pas seulement à braver les périls pour la gloire et la défense delà patrie, mais encore à oser être vertueux, et en soutenir constamment le caractère contre le torrent du plus grand nombre : Heroem enim non una virtus efficit, sed multipleu-. On sait que les héros dont les talents se trouvent relovés par le coloris de la vertu, sont placés au temple de mémoire dans un degré supérieur. L'historien Paterculus en louant la grandeur de César dans ses projets, sa rapidité dans la manière de faire la guerre, et sa hardiesse intrépide h udrcnifirles dangers, le compare à Alexandre le Grand, mais, dit-il, Alexandre encore sobre et maître de sa colère (637). Si le môme historien nous dit que Pompée était un général très-habile dans la guerre, il relève son mérite en assurant qu'il avait di s mœurs très pures, une probité irréprochable; qu'il était citoyen très-modéré, ami constant, facile à pardonner les injures, do bonne foi lorsqu'il se réconciliait, et n'exigeant point de satisfactions à la rigueur (63S). Mais si le paganisme a eu d'aussi beaux modèles en ce genre, le christianisme en a formé de plus parfaits. Chaque siècle a eu les siens, dont on peut dire comme de Scipion Emilien (639), qui réunissait les mœurs de Caton d'Uiique (6iu) avec les verlus militaires : ils sont recommandables

exorabilis, in reconcilianda gratia fidelissimus, in accipiei.da satisfactions facillimiis. (Paterc, lib. u, cap 18 )

(659) Pub. Seipio/Eniilianns vir avilis P. Africani pateruisqiic L. Pimli viriulibus siinilliinus, omnibus in-lli :ic logre ilolibus... qui nihil in vila nisi laudanduni iiitl lecit, mit dixil ne seusil. Neqne enim quisquani boc Scipione elegantius iniervalh negoiinrum oiio dispunxit, semperque aut belli aui pacis sérviis ariibus, semper inier arma aut sittdla et ofllcia civi« lia viTsaïui. (Lib. i, cip- 12 <'t 13.) .

(CIO) Moine rilluti siindlir.i'K per eamia ing nio

DICTJONNÀIHE DES MYSTF.ISES.

Il*»

par toutes tes qualités qui peuvent illustrer la robe et l'épée. Gr» ne voit rien que de jouable dans leurs actions, leurs discours et leurs sentiments. Ils ne font rien de vertueux pour le paraître, mais parce qu'ils ne doivent pas i'aire autrement; ils ne trouvent rien du raisonnable que ce qui est juste; ils entremêlent le repos et l'action; ils mettent à profit les vides que leur laissent leurs emplois. Ils partagent leur temps entre les armes et les livres, entre les travaux militaires et les devoirs d'une société honnête.

« Mais sera-ce sur le théâtre qu'on expos Ta sans altération ni déguisement toutes ces vertus? Il faudrait pour cet effet, comme le dit le P. Porée , « que les spectateurs, « c'est-à-dire, ces esprits légers, vrais papil- « Ion'! voltigeants, ces oisifs de toute es- « pêne , ces paresseux de profession, ces « hommes enfin esclaves de la coutume et « spectateurs de toutes choses , excepté o d'eux-mêmes, cessassent d'être plus avi- « dos de mets nuisibles et dangereux que « de choses saines et profitables ; qu'ils « contraignissent les auteurs de ne point « peindre les vices avec tout le cortège des « grâces, avec tout les pièges des senti- « ments délicats , et avec tout le venin de « l'enchantement; qu'ils défendissent aux « acteurs de faire rougir un front vertueux ; « qu'ils tuassent enfin l'art dramatique, « innocent en lui-même, de la cruelle né- « cessité où on l'a réduit d'être coupable c des crimes d'aulrui et de la perte des « cœurs. » Ainsi, Monsieur, tant que notre nation continuera d'être caractérisée par le goût de la frivolité et du plaisir, nos théâtres seront toujours en mauvaise réputation auprès du sage. Ils sont non-seulement la source de la licence des mœurs; mais encore tle ce prétendu bel esprit, dont la contagion a dégradé tous les genres de littérature, et qui du théâtre commence à gagner hs chaires, et des romans a passé dans les traités de dévotion (611).

a Les spectacles n'ont eu jusqu'à présent

iliis qnam hominibns propîor, qui nunqn.iin rerle fecil, m lacère viileremr, sed quia aliter fat ère non poteral; cuiqtieid soltim visum est r.uioiieni hahere, quoil liaberel justifiant, omnibus humains vitiis imiimitis. (I'atehc, lib. ti, cap. 55 )

(041) C'est le reproche que M. l'abbé Clément, prédicateur ilii roi , fait à l'éloquence chrétienne île n lie siècle El il pense qu'on ne punira y remédier ijti en s'occiip.int davantage des Pères de l'Eglise, limil il croit qu'on ne saurait trop déplorer l'espèce d'oubli, OÙ, depuis quelque temps, on les laisse, i II .emlile, dit-il, qu'on se fasse un point d'honneur de les néglige". Le clinquant du sièc!e a, pourainsi dire, obscurci à nos yeux l'or pur et solide des premiers ministres de la religion. » [Ils prêchaient avec le «'•le des apôlrt s, non Arislotel'.co more sed piscalorio.] • Je crois que si les personnes pieuses, surtout les daines chrétiennes; commençaient à s'en occuper un peu sérieusement, bientôt on en ramènerait la mode, i On lit les sermons des prédicateurs modernes, cl à pefre connail-on ceux des premiers prédicateurs do I RvàMisile. Je conseille de lire les uadut lions des BtMiuo-ode sainl Chrysos orne, de ceux de ><>.iiit

pour défenseurs que ceux qui en soi;t partisans, soit par affection, soit par intérêt. Je voudrais qu'on me citât de bons philosophes (reconnus pour tels) qui, après avoir balancé le pour et le contre, se déclarassent en leur faveur. Mais il faudrait (ce qui serait un gran I phénomène) qu'ifs convinssent d'admettre dans un Etat policée! chrétien, la nécessité de renforcer des vices dont l'honnêteté païenneanrait eu honte, e| qui ne cessent point d'êtres vices pour être qualifiés de pas~ sions nationales et constitutives qui vivifient le monde moral : n'en déplaise à ims Raisonneurs a petite cervelle. Passez-moi cette expression; elle est d'un as nos plus célèbres poètes : et peut-elle être mieux appliquée qu'à tous ces ingénieux pygmées, qui, tout bouffis et fiers de leur corruption, veulent , sans craindre Dieu ni respecter les hommes, élever sur les ruines de la religion un trône à cette philosophie insensée dont les principes dégradent l'homme, a /Hissent son être, bornent ses espérances ft réduisent son bonheur à l'esclavage Je la volupté, dont l'empire, comme le dit Cicéron,. doit nécessairement miner sourdement toutes les vertus et les écraser (612)? Ksi-il étonnant que depuis le temps que ces sophistes (6V3) nous prêchent que le feu des passions est le moteur \inique et universel et le germe productif de tout sentiment , on ait vu paraître un livre (QVt) où l'on a réduit en maximes toutes les conséquences qui résultent de ce monstrueux principe? It sied à de pareilles gens qui travestissent les vices en vertus et qui soutiennent que les hommes sensés ne peuvent jamais être que des hommes médiocres, et que tes plaisirs physiques du genre le plus lascif devraient être la seule récompense des actions utiles à l'Etal; il sied à de pareilles gens, qui, suivant l'expression d'un ancien, ensevelissent dans la boue ce soufle divin qui anime leurs corps et qui est comme une portion de la divinité (C13); il leur sied, dis-je, d'être zélés défenseurs du théâtre, où la volupté qui fait leur béatitude est si fort excitée.

Acguslin, enfin de leurs homélies sur le Nouveau Testament, c'est-à-dire sur ce livre des livres où Ions leb docteurs se S"iil instruits, dont je voudrais qu'un chrétien ne quittai la leemre que quand il lésait tout entier par cœur. Encore faudrait-il qu'il le relui, 1* pour ne pas l'oublier; 2» pour y appremire quelque chose de nnuvea.i. i \Muximes pour vivre chrétiennement dans le monde; édition de 1 753 )

(642) Maximas virtutes jacere oumès oporiel dominante voloptate. (Defimb.)

(613) Les Grecs donnèrent ce nom à une secte de corrupteurs de la morale ei de l'ébiqnence qui s'était élevée parmi les philosophes. Celait une roule de discoureurs qui ne cherchaient qu'à briller; ils abusaient de leur espril, ne l'employani qu'à soutenir des paradoxes, et à donner aux vérins les apparences des vices, el aux vices la fausse ressemblance des vertus. La Grèce ne voulut appeler philosophes que les sages dont la doctrine ne servait qu'à l'appui des lois divines el humaines.

(tiii) De V Esprit.

i6iô) Af.^git btinn divime pirlicnlain sutnr.

« Mais qu'ils nr prétendent pas que ceux qui réprouvent les jeux scéniqnos comme nuisibles aux lionnes moeurs, cessent d'être de vrais Français et d'être animés de l'amour des arts (6*6). L'Académie des Jeux Floraux du Toulouse n'offensa ni la patrie, ni les Muses, lorsqu'elle proposa pour sujet du prix de poésie de l'année 1748, le danger des tpectaele» (0V7;. On ne peut que lui savoir gré d'avoir prévenu les citoyens contre les abus qui obscurcissent l'honneur des belles lettres, et dont les funestes effets donneraient lieu de croire que le rétablissement des sciences et des arts a contribué à eorlompre plus qu'à épurer les mœurs. Mais il ne laut pas imputer aux sciences ce qu'on ne doit attribuer qu'à la corruption de ceux qui les éloignent de leur fin légitime. Elles ne doivent avoir pour objet que de procurer aux hommes leur bien moral et physique; et de leur faire mieux connaître l'auteur de toutes choses en l'annonçant comme la source de toutes les vérités. C'est aux académies littéraires à s'élever contre tout ce qui tend à déirédiler la littérature. Ils y sont obligés par le caractère de leur établissement. « Ces compagnies, dit M. Rousseau « de Genève (648) , doivent se regarder « coiime chargées,' non-seulement du dépôt

« des loups et peuvent se dévorer en sûreté « de conscience. Le paganisme livré à tous « les égarements de la raison humaine, a- « t-il laissé à la postérité rien qu'on puisse « comparer aux monuments honteux que « lui a préparés l'imprimerie, sous le règne « île l'Evangile? On en peut dire autant de « la sculpture, de la peinture et de la gra- « \i\fo, dont le eiseuu, le pin eau et le bute rin ne sont occupés qu'à tracer les images « des passions, pour n offrir aux yeux que « des modèles de mauvaises actions. El ne « sont ce pas les premières leçons que l'on « donne aux enfants avant même qu'ils sa- « sachent lire? »

« C'est dans la classe île ces corrupteurs qu'il faut ranger ces écrivains amali urs des spectacles , jusqu'au point d'employer la mauvaise foi et l'imposture pour communiquer leur aveuglement et leur passion a ceux qui ne sont pas épris du môme goût, et qu'ils voudraient séduire par le ridicule dont ils les chargent. Comme ils veulent rester dans leurs erreurs, ils rejettent la vérité qui les condamne, et ils voudraient qu'elle n'existât pas. Elle leur parait si ainère, qi.'ils baissent même ceux qui la leur présentent pour les engagera se rendre à >a lumière

des connaissances humaines, mais encore

du dépôt sacré des mœurs. Il en résulte

qu'il faut qu'elles aient l'attention d'en

maintenir chez elles toute la pureté, et

de l'exiger des membres qu'elles ieçoi-

, r,P ■ , i e ■ ™ „ i„ ... Los nommes, a loul prendre, vont. E es serviront du ireiu aux gens do ;. . .-A..".. ,...m. . . ..., r....«

"et à prévenir le temps qu'ils l'auront pour juge. Ils se soulèvent contre ceux qui leur rendent ce bon ollîce, et la plupart sont des aveugles qui crient sans savoir pour qui ni contre qui ils s'emportent (649J.

« lettres, si l'on ne peut mériter d'y être « admis que par des ouvrages utiles et des « mœurs irréprochables. Celles de ces com- « pagnies, qui pour le prix dont elles hono- « reut le mérite littéraire, font un choix de a sujets propres à ranimer l'amour de la « vertu dois le cœur des citoyens, montrent « que cet amour règne parmi elles. Et elles « donneront au peuple le plaisir si rare et « si doux de voir des sociétés savantes se « dévouer à verser sur le genre humain, « non-seulement des lumières agréables , « mais aussi des instructions salutaires. « Elles en imposeront h celle troupe de i charlatans qui crient chacun de son côté « sur une place publique : Venez à moi. « C'est moi seul qui ne trompe point. L'un « prétend qu'il n'y a point de corps, et que « tout est en représentation; l'autre qu'il o n'y a d'autre substance que la matière, ni « d'autre Dieu que le monde. Celui-ci a avance qu'il n'y a ni vertus ni vices, et « que le bien et le mal moral sont des chi- « mères. Celui-là , que les hommes sont

(616) Ces injures sont sans Houle échappées à M. de Voltaire dans dos moment* de fermentation (1i- liile On en a relevé Je pareilles ilans la première Lettre.

(647) M. Arcre fil sur ce sujet une ode qui fut couronnée.

(648) Dans son discours qui remporta le prix de l'académie de Dijon en ITol), el dont le sujet éiail si !'• réiablissemeni des sciences jet des ans a épuré les RioBiirs. On saii mie M. Jean-Jacowjes Rouesêau sou-

Ne sont méchants que parée qu'ils sont fous. Ce sont enfants moins digues de courroux

Que de risée

(Rousseau, liv. 1, ep. t.)

« Je passe à l'idée singulière où vous êtes de trouver la lecture des pièces dramatiqui s pins dangereuse que leurs représentations sur des théâtres publics. Cicéion et Quintilien n'étaient pas de votre senlimi nt. Ils pensaient qu'il y avait au lait de différence qu'il y en a entre un corps vivant et un corps mort i qui a des yeux sans feu, des pieds sans mouvement, îles membres sans action. Telle est la comédie sur le papier. On y voit le cor, s des passions sans âme. Néanmoins je conviens que la lecture de la plupart de nos drames a ses dangers, et qu'on doit se l'interdire suivant le conseil d'Ovide :

Teneros ne- Intipe poetat.

Mais soyez persuadé, Monsieur, que c'est aux spectacles que le poison des pièces dramatiques se glisse par degrés des sens au

tini la négative.

(liiii) Cinn esse volimt mali, iiolnnl esseverttatem qua dainiianlur mali ; amant eam lucenlem, odcrunteani redarguonlem... uoluiil eam esse quod esl, cum seipsos delieanl nulle esse quod sont ut ipsa manenle nuiienlur, no ipsa jud'u aule dainncntur... quiuus pauis veritalis iia ainarus est. ni inde os vera diceniis odorint... Lairant nuilti raecis «eulis uescienles pvo ipiimis aul contra quos lalraut. (S. Ai r.c'-ris

DICTIONNAIRE DES MYSTF.ftLS,

cœur, et du cœur à la raison. Rarement en reçoit-on d'aussi mauvaises influences dans le sang-froid du cabinet, à moins que vous ne veuillez parler de ces possédés d'une importune verve, dont parle Rousseau, qui

. . . Pour de iloui eux succès. Passant leur vie dans d'éternels acres.

Toujours troublés de fureurs couviilsiyes, De leur plancher ébjais'.eiii \c-, solbes.

«Ce ne peut être que dans de pareils accès que vous avez imaginé la réponse que vous avez faite pour moi à M. de B***. Il faut en elfet être dans le délire pour avoir entrepris la défense de l*£pftre aux mânes de la Le- (ouvreur, où le poêle (630) abjurant la vénération que tout Français doit avoir pour l'apôtre de sa nation , a l'impiété d'appeller son Saint-Denis la terre qui renferme les viles cendres d'une méprisable créature qui ii vécu et est morte infime. M. Rousseau de Genève prouve que ce n'est point par préjugés de bourgeois , mais avec raison, que les comédiens ont toujours été regardés comme des objets de mépris. Il y avait à Rome des lois expresses qui les déclaraient infâmes, et mettaient les actrices au rang des prostituées : Qitisquis in scénam prodicri, ait prœtor, infamis est. Cette loi ne regardait que les acteurs des théâtres publics, et celle distinction était fondée. L'on ne divertit la multitude qu'en flattant l'a licence, dont le goût est partout celui du plus grand nombre. Les confrères de la Passion établis vers l'an 1A02, qui succédèrent à nos iroubadours, les Enfans suis souci , les clercs de li Basoche, ne tardèrent pas à s'apercevoir que ce ne serait point en ne jouant que d s moralités, ou en ne représentant que des mystères de la religion, qu'ils amuseraient le peuple; ils y joignirent des farces assorties au goût corrompu du temps, ce qui attira contre eux plusieurs arrêts du parlement. Et depuis que Jodelle, qui vivait sous Henri H , nous a fait connaître et goûter la forme des anciens poèmes dramatiques, les comédiens n'en sont pas moins les ministres •lu vice; et si le gouvernement a cm depuis devoir tolérer , on en voit le motif dans la déclaration du 10 avril iiiil (Col) qu'ils obtinrent de Louis X1I1 dans les circonstances qui leur étaient les plus favorables. Il y est énoncé que c'est pour divertir (Ga2j les peuples de diverses occupations. Il est vrai que le monarque y ajoute qu'en cas qu'ils règlent fc lement tes actions du théâtre qu'elles soient

(630) M. île VohaiTe. Je ne l'aurais pas nomme si vous a\iez imité la discrétion de M. de b" à cet égard.

(651) Dans la Collection de décidions noucellcs de jftrisjirudence, par Demsart, édition de 1768, au mot Comédien, celle déclaration y est ci:ée soas la date de47H. C'est une faille d'impression, il faut lire 4641. Ce qui donne lieu de relever celle faille, c'est que dans la première Lettre, on a cile cel article de •fie collection.

(652) C'est à-dire détourner; on sait que le mot divertir, pris en ce s*»n*. n'est plus d'il âge.

| »55) Cavendum imprimis ne viutiruin ad imliçnos cum. aliormu s:andalo defcralur, qiiales sont

toutes exemples d'impuretés et de paroleslascives ou à double entendre; il veut que leur exercice ne puisse leur être imputé à blâme , ni préjudicitr à leur réputation dam le commerce public. Ce que noits faisons, dit le prince, afin que le désir qu'ils auront d'éviter le reproche qu'on leur a fait jusqu'ici , leur donne autant de sujet de se contenir dans lis termes de leur devoir, des représentations publiques qu'ils feront, que la crainte des peines qui leur seraient inévitables. .Mais cette déclaration que vous citez en leur faveur, et qui se trouve dans le Code pénal , ne les décharge nullement de leur noie d'infamie, puisque l'objet principal de cette déclaration était d3 modérer la licence de leurs jeux, et de prononcer des peines contre leurs excès. Elle ne fait que constater encore plus l'opinion du public à leur égard, et prouver que la bonté du prince cédait à la nécessité où il paraissait êlre tic les tolérer, mais avec l'intention de les rendre moins malfaisants. Au reste, il est certain qu'il s'en faut do beaucoup qu'ils aient rempli la condition qui leur était imposée , puisqu'on a, depuis celte époque» une tradition de plaintes sur la licence de leur profession; aussi n'n-t-on jamais cessé d'exercer les peines ecclésiastiques prononcées contre leur élat (6o3). Et comme l'observe l'auteur de \'Essai sur la comédie moderne 63i-53),« quand il serait vrai « que l'Eglise eût dans l'origine prononcé « légèrement cet analbème (ce qui no doit «se supposer), elle n'aurait pas certaine- « ment à présent assez de motifs pour le « lever. Amateur des speclacles, dit le même « auteur, je désirerais peut-être plus que « qui que ce soit que l'ont pût les rendre a tels qu'on les fréquentât sans scrupule , et « qu'on nous les procurât sans rougir; mais « j'ai de la peine à croire ce que nous dit le « P. Porée, qu'on pourrait faire du théâtre o une très-bonne école pour les mœurs. » Ne doit-on pas en effet, Monsieur, savoir par l'expérience des anciens, que les spectacles qui, dans leur commencement, furent les plus purs, tombèrent toujours dans la plus grande licence. Ab sano initia ad insaniam vix tolerabilem (C56)? Pub. Cornet. Scipion Nasiea prévoyait les inconvénients de ces sortes de divertissements publics, lorsqu'il proposa de faire abattre le superbe théâlre , que les censeurs Messala et Cassius avaient commencé de faire construire et qui était déjà presque fini (6o7). Tile-Live donne les plus grands éioges au sénatus-consulle qui , sur

publici usiiraiii, concubinarii, couiœdi Nisl

publics oûVnsioni proui de jure saïïsfacerinl. (Rituel de Pnris.)

(654-55) Imprimé en 47.-2, pour réfuter les Nouvelles observation* île M. l'agio, nu sujet des tondmnntitions prononcées contre les comédiens.

(656j Tit. Liv.

(657) Muluini prospexisse sapieniissïnii viri Seipionis animuin sequenlis 3BYI vecordia déliions! ravii, cum ingenli civilalis dedecore ac danino iheatralibtis ludls quidqiiid eacrvare virileni indolcm, quidqoid imlmcre (lagitiis, iiiipudenlia, sedilionitms hommes pniest, speelandiim publiée nique per lioc iitiitaiidniii ptoponcrelur. ïuui auiem iucdum aden

ms

noti; h sl'h le tik:athf. libhe.

ii .1

In proposition de Sripion, /i v a it ordonné la démolition de ce théâtre, et il observe que c'était le seul moyen de conserver les mœurs fies anciens Romains, dont Valère-Maximo Fait un si beau portrait: « Dans ces temps, «dit-il, la chasteté des femmes ne courait « aucun risque; les deux sexes se regar- « daient toujours modestement, s'inspiraient « un respect réciproque et vivaient dans une « pureté de mœurs inaltérable. Le gouver- « nement fut alors très-heureux, parce que « l'on avait en horreur la licence , et que « l'on était persuadé que les familles, les « villes et les empires n'ont point d'autre « principe destructif à craindre que la vo- « lupté, dont le règ>e suppose toujours le « désir insatiable de l'argent, et est par con- « séquent le germe de tout mal (658).» M. J.-J. Rousseau a-t-il donc eu tort d'élever avec tant de force la voix pour persuader a sa patrie de ne consentir à l'établissement d'aucun théâtre? Documentum illustre dédit cum effieaci facundiâ suminœ auctoritatis, comme Tile-Live l'a dit de Scipion. Vous n'êtes pas mieux fondé à critiquer ce zèle que vous l'êtes lorsque, pour justifier1 B.ivle, vous dues qu'il était lié avec des gens de mérite. Ne sait-on pas qu'il en est des gens de lettres connue des négociants? L'intérêt des sciences et des arts, comme celui du commerce, exige qu'on soit lié avec des personnes de toutes religions, de tout état et de mœurs bien différentes. Ce no sont pour lors que des liaisons d'intérêt et non de ces liaisons intimes qui ne peuvent être fondées que sur la conformité de religion, de sentiments et de mœurs : Ad connectendas amicilias , vel lenacissimum rinciilurn murum similitude i'659). Quel que soit le méri le de Bayle à l'égard de certaines parties de littérature, la plus juste idée qu'on aura de sa personne sera celle que M. Joly de Fleury nous en a donnée dans son réquisitoire du 9 avril 1750. « 11 est, dit ce grand « magistrat, l'apologiste du pyrrhonismo et « 'Je L'irréligion. Ami de toutes les sectes , « dont il fait également l'éloge, il apprend « à suspendre en tout son jugement , parce « qu'il n'admet aucune certitude. Toujours « en garde contre ses ennemis redoutables « qui combattaient ses impiétés, il répand

« comme furtivement ses erreurs Les

« demi-savants croj an t trouver dans ses mi- « vrages des preuves invincibles contre la

itegeneraaiibusa prisimaiutegritaiemeniibuspersunsuui csmi désuni aflectotn opus, subnaslarique omiiia qn.-e comparais Uieairo fueraiit, juberenlur senatuscoiiMilto iligno quodiuier nnbilissiina ltoniaïue gravil ilisargumeula notan-iur. (Tit.'I îv. lih. xlvii, c. -7.)

(ti58) Nulli lune subsessorea alienoruiu malriniouiorum oci'.li inetûeuaulur , sed parilcr cl Videra

Bande cl aspici muUlO pudore cuslodiebanlur

Ii pénales, ca civil. is, id rcgniiiu icieruo lu gradu facile steierii, util minimum viriuin veneris, pecifnia'qne cupido silii vindicaverit. Nain qno isl.c ge* ueris humain pestes peueiraveriul, ilii injuria domiualur, iiilainia (lagral. (Valer. Maxiyi., Iib. il, ; .1. 5; . iv.lili c. 5, ail. 1.)

(05H) Plin., Ii!i. iv, ep. 15.

(liOO.) Voyez ÏLluye de }1, de Montesquieu, par

0 religion , méprisent ces hommes dociles « et prudents, qui font un usage légitime-do « leur raison et qui pensent avec juslicn « qu'une raison droite conduit à la foi , et « qu'une foi pure perfectionne la raison. »

« Vous convenez avec M. Desp. de B*** que la profession de comédien répugne à

1 esprit de l'Evangile, et vous prétendez concilier avec cet aveu les assertions émanées de votre enthousiasme : Ne nous déclarons pas, dites-vous, les enneniis de Melpnmène et de Tkalie, tendis que presque toute l'Europe leur dresse des autels, et songeons que le plus grand tort qu'on puisse [aire à l'homme est de lui ravir ses plaisirs, et celui (fui le fait mérite de subir la rigueur des lois comme malfaiteur. Je ne badine point : cela est plus sérieux qu'on ne pense. Notre théâtre est vraiment utile, il anime l'esprit et nourrit l: cœur; cessons donc de mépriser les corné- (liens qui prêtent leur organe aux auteurs. Pourquoi laisser dans l'opprobre cette profession '!

« Mais permellez-moi de vous demander quel degré d'autorité a sur voire cœur et sur votre esprit la morale du saint Evangile que M. de Montesquieu a déclaré être une excellente chose , et le présent le plus estimable que l'homme pouvait recevoir de son Créateur (660). Cette déclaration est Imposante eu égard au moment qu'elle fut faite. Cet académicien touchait alors au derniers instant de sa vie. Il commençait à ne plus apercevoir la céléb;ilé de ses ouvrages (661; et toutes les choses de ce munde qu'à la lueur de ce crépuscule, qui annonce évidemment l'approche d'un Dieu rémunérateur ou vengeur. Ce flambeau ne fait sentir que trop lard au plus grand nombre « que, « pour que l'homme soit quelque chose et « ne demeure point dans une espèce d'avi- « lissement et d'anéantissement, il faut qu'il « se tourne vers son Créateur; que quand il « s'en est écarté, il est comme dans un état « de mort; que quand il s'en rapproche , il « reprend toute sa vigueur; que quand il « s'en éloigne, il tombe dans les ténèbres; « que quand il s'en rapproche, il rentre dans « la lumière, et qu'il ne recuit le bon êire « que de celui même duquel il tient l'ê- « ire (662). »

Or, Monsieur, ces véiités que tant de personnes n'apprennent presqu'au dernier moment de leur vie, et pour en être trou-

M. de Maupertuis, imprimé à Hambourg eu 1755. L'auteur de eei Eloge assure « que M. de Montesquieu, avant (|ne de mourir, déclara à Ions ceux qui étaient autour de lui, cl en particulier à madame la duchesse d'Aiguillon, que c'était l'idée qu'il concevait de l'Evangile. »

Celle anecdote se trouve ainsi rapportée à la fin du troisième tome d'un ouvrage qui vient de paraiire sons le litre de Nouvelle démons'.ruiionévungeiique, pu J. Lf. Land, docteur eu théologie, 4 vol in-i2.

(Util) Mors mule colorai»; glol'iae, niloiein delcl.

((itii) L'i liomo sit aliquid convertit se ad illuni a qno crealus est. Reccdendo cnini frigescil, accedendo l'crvcscil ; rcccilemlo lenelucscil , acee- 4(cndo clarescil. A (]"o Miim h dicl ut Sit, apnd illirtn habel ulci beue «il. Ut boni situas, Dcoimligemiis.

H5S D1GTJ0NXAIRE DES MYSTERES.

blées (6G3). nous sf.nl inspirées pnr l'Évangile; «ce divin livre qui élant le seul « nécessaire à un chrétien et le plus utile de « tous à quiconque môme ne le serait pas, « n'a besoin que d'être médité pour porter « dans l'Ame l'amour de son auteur et la «volonté d'accomplir ses préceptes.» Ce sont encore les expressions de M. Jean-Jacques Rousseau (6Gi). Il vous en parait peut-être plus inconcevable dans ses égarements. Il est vrai que n'aimer que l'éclat de la lumière de l'Evangile, et ne pas en l'aire la règle de sa vie, c'est en abuser contre le dessein (Je Dieu et commettre une injustice contre lui ; c'est s'exposera en être privé, et à tomber dans les ténèbres et l'aveuglement du cœur, jusqu'à parvenir à ne plus connaître Dieu d'une connaissance salutaire (6G3). Mais n'est-il pas étonnant de vous voir justifier la profession de comédien en même temps que vous reconnaissez qu'elle répugne à 1 esprit de l'Evangile?

« Je ne serais pas surpris qu'un Hottenlot à qui l'on reprocherait son attachement aux infâmes usages de son pays, répondit qu'il convient qu'ils répugnent à l'esprit du christianisme, qu'au reste, il n'est pas dans le cas de se conformer à la morale de cette

religion qui lui est étrangère.

« Mais un Chrétien ne manque-t-il pas

aux égards qu'il do;l à ce qu'il y a de plus

sacré , lorsque convenant de ce que l'esprit

de l'Evangile décide sur un objet, il ose son-

teiii publiquement une opinion qui y est

contraJicloirement opposée? et n'est-il pas

encore infiniment plus coupable, si on lui a

démontré que cette mauvaise opinion qu'il

soutient, a toujours été condamnée par la

seule sagesse humaine, c'est-à-dire par les

philosophes païens et par plusieurs de ceux

qui étaient intéressés à se croire excusables

dans les faiblesses rie leur conduite sur

l'objet en question (G66).

« Il nie semble que quand on ne croirait

pas de cœur le saint Evang.le que l'on professe de bouche, on devrait, suivant les

principes des déistes, respecter la religion de

la patrie, et ne point marquer pour elle le plus

grand mépris, en refusant publiquement de

recevoir de cette religion la règle des

mœurs (GG7j Tel est !'ex. es où votre zèle pour

les théâtres vous a porté. 11 faut donc que ce

(G >ô) A pnm-is eritcitlift corde major Dei ira intelligitnr. (S. Augustin.)

(66J-) Dans sis Observations sur l.i réponse qui avait éié f.iilc à son discours qui ;ivail remporté le prix à l'Académie (je Dijon en 1750.

(6ïk>) Evangelio contra Dei cousiliitm abulitur et r.qiisiiiiam adversus Deimi committil, qui non ainat iiUi liiiiiiufs ip-ius splendorcni, nec illud prn régula vite suacrapsa lia bel. Priions pimiiionisgradiis est lumen aniillt-re quo abulïiuur, el in le.ebias ac ta*n la loin cordis pratabi, eo usqne m nec Denai aniplius cognosoamusnolitia salnlari. Sccumliis gradns: ion aiiipliiiscognescere seipsum, nnsque eredere eo sapienliores, i|uo insipienliores sMimis. Evangelium salval non enin qui islnd legil vel audit, sed qui reiqiii, ainat et Me viva ad praxim redigii. Qu;c Rluliitia, el (|'iam comninnis, Dei jnsliliani cognosieie, oi sic lanquara just'Uia non essel vilam insli-

que la sagesse appelle l'ensorcellement des ba~ gatclles (668) ait répanda des ténèbres sur votre esprit pour que vous vous soyez chargé de défendre une cause tant de fois condamnée au tribunal de la raison isolée do la religion chrétienne.

« Vous finissez votre lettre par ce sophisme dont Jean Racine avait fait usage : Saint Augustin s'accuse de s'être laissé attendrir à la comédie ; qu'est-ce que vous concluez du là ? Dites-vous qu'il ne faut point aller à la comédie? Mais saint Augustin s'accuse ausri d'avoir pris trop de plaisir au chant de l Lglisc : est-ce à dire qu'il ne faut point aller à l'Eglise ?

« C'est un faux raisonnement dont M. Racine sentit bien par la suite tout le ridicule. Voici la réponse qu'on y lit et qu'on trouve dans deux lettres qui furent écrites à ce célèbre poète , l'une par M. Dubois, l'autre par M. Barbier d'Aucourt : « Ce raisonne- « ment prouve invinciblement ce que vous « dites six ou sept lignes plus haut, que vous « n'êtes point théologien. On ne peut pas en « douter après cela; mais on doutera peut- « être si vous êtes chrétien , puisque vous « osez comparer le chant de l'Eglise avec les « déclamations du théâtre; qui ne sait que o la divine psalmodie est une chose si bonne « d'elle-même, qu'elle ne peut devenir mau- « v ,ise que par le même abus qui rend «quelquefois les sacrements mauvais? ei « qui ne sait au contraire que la comédie « est naturellement si mauvaise, qu'il n'y a « point de détour d'intention qui puisse la « rendre bonne.

« S'il faut quitter les choses qui sont « mauvaises et dont nous ne saurions faire a un bon usage, faut-il aussi quitter les « bonnes , parce que nous en pouvons faire » un mauvais ? »

<i Je crois devoir au^si ajouter la réponse que lui tirent les mêmes personnes au sujet du reproche qu'il avait fait à l'égard des traductions de Térence el d'autres poêles, destinées à l'instruction de la jeunesse. « Vous voulez abuser du mot de comédie et « confondre celui qui les fait pour les théâ- « très aveçcelui qui les traduit jJoui les écoles. « Mais il y a tant de dilférence entre eux, « qu'on ne peut point tirer de conséquence « de l'un à l'auire. Le traducteur n'a dans

lucre! Exspeci.il Dens quia bonus est et xiernusr; se I puuiei quia sanctus est et jusius. (Jui sures clan • dit v«ce iniseriiordix, duiil vivit, ferre debebii, du n inorii'iiir el niisericordiain coulemplain el jusiiii.nu irrilalam. (Compend. mor. Kp. S. /'.)

(606) Mal li vcruill inlell igunl nec ilii permanent, aiuanrio ea qu:e avertunl a vero. (S. Augustin.)

(667) AHud est quaiidu quisque conalur aliqui I iiiivlhgere el per iiiliruiilalem carnis non polest. Aliud qiiaudo pernieiosius adversum seipsum agit cor liuiiianum ul quod posset inlelligere si bona viilinuas acee 1ère:, non inlelligal, non quia diQicile esi, sed quia voluiiias adversa est. Hoc auiem lil cuni

amant pcccaia sua el oilerinl prxcepla Dei Cio-

dere in Deiini est credendo adlixreie ad bene co«perandum bona opeianli Deo. (S. Augustin.)

(668) Fasi iualio nugacilalis obsonral bona. (Sap. iv, 12.)

mvticl; sin le théâtre libi-f..

us

a l'esprit que des règles de grammaire qui « ne sont point mauvaises par elles-mêmes, « et qu'un bon dessein peut rendre très- « bonnes; mais le poëte a bien d'autres « idées dans l'imagination : il sent toutes » les passions qu'il conçoit et il s'efforce « même de les sentir, afin de les mieux eon- « cevoir. Il s'échaiiffiî, il s'emporte, il se « Balle, il s'offense, il se passionne jusqu'à « sortir de lui-même pour entier dans ee « sentiment des personnes qu'il représente. « Il est quelquefois Turc, quelquefois Maure, « tantôt homme, tantôt femme, et il ne quitte « une passion que pour en prendre une « autre. De l'amour, il tombe dans la haine; «de la colère, il passe à la vengeance, et « toujours il veut faire sentir aux autres les « mouvements qu'il souffre lui-même II est « fâché quand il ne réussit pas dans ce « malheureux dessein et il s'attriste du mal « qu'il n'a pas fait.

« Quelquefois les vers du poëte peuvent « être assez innocents, mais la volonté du « poëte est toujours criminelle; les vers « n'ont pas toujours assez de charmes pour « empoisonner, mais le poëte veut toujours « qu'ils empoisonnent ; il veut toujours que « I action soit passionnée et qu'elle excite du « trouble dans le cœur des spectateurs. « Quelle différence donc entre le poëte et « celui qui le traduit pour l'instruction de «jeunesse et qui en Ole tout le venin, afin « du conserver la pureté et l'innocence de « ceux qui ne cherchent dans les ouvrages « des anciens que ce qu'on y doit chercher, « qui est d'y prendre une teinture de l'air et « du st^le de ces auteurs , et d'y apprendre « la pureté de leur langue... Vuus obligez « toutes les personnes justes de vous dire « avec saint Jérôme, qu'il n'est lien de plus « honteux que de confondre ce qui se lait i pour le plaisir inutile des hommes , avec « ce qui se fait pour l'instruction des en- « fants, et quod in pueris [necessitatis eU, « trimen in se fucere voluptatis. » Au reste, dans quel temps de sa vie Jean Hacino lit-il ce faux raisonnement dont vous vous prévalez? N'est-ce pas dans celui sur lequel • il a versé des larmes? J'aime bien mieux considérer ce célèbre poêle dans cet âge, où connaissant et aimant la religion, son cœur était aussi parfait que les productions de sou génie avaient été éclatantes. Le respect que l'on doit à sa mémoire m'oblige de détruire, par l'expression de quelques-uns de ses sentiments, l'abus qu'on pourrait faire des écarts de sa jeunesse que vous osez rappe-

(669) On peut donc connaître et goûter celle parlicite littérature, quoiqu'on n'ait pas fréquenté les llieaires public?.

(670) Vere ilici polesl ni.igislraliim legem esse loqueniciu, legem aiaeiu inuuini inagisiratuin. (CiC, De teg., tib. vin.)

(6711 Que cel ordre (de la magistrature) soit sans reproches, et qu'il serve de modèle à lotis les citoyens. Celte loi est belle et d'une grande porléc. Car dès qu'elle exige une exemption de lous vices, aucun vicieux n'osera donc se présenter pour être rsyu dans cet ordre. El si cette loi enije aussi que

1er et dont il aurait souhaité pouvoir faire perdre le souvenir. Ecnulezde : c'est un pèro (pii, éclairé par les lumières de la vérité, désire de procurer le même bonheur à ses enfants, en faisant tourner à leur propre instruction les écueils dont il avait connu In danger. .M. son fils, qu'on appellera a jamais le poète de la religion , non content d'avoir profité du zèle d'un si bon père, a bien voulu le rendre encore utile a d'autres, en donnant an pubilc ce recueil de lettres si propre à taire connaître le cœur de ce grand liomiiie. Voici ce que Jean Racine écrivit il un de. ses lils et qu'on peut adresser à tous ceux qui voudraient s'autoriser de ce qui lui était échappé dans l'ardeur des passions. « Ci oyez moi, mon fils; quand vous sau- « rez parler de romans et de comédies, vous « n'en serez guère plus avancé pour le « monde et ce ne sera point parce! endroit la « que vous serez plus eslimé... Vous savez « ce que je vous ai dit des opéras et des co- '< rnédies; on doit en jouer à Marly. Le roi « et la cour savent le scrupule que je me « fais d'y aller et ils auraient une mauvaise « opinion de vous, si à l'âge où vous êtes « vous aviez si peu d'égards pour moi et « pour mes sentiments.

« Le (dus grand déplaisir qui puisse m'ar- « river au monde, c'est s'il me revenait que « vous êtes un indévot et que Dieu vous est « devenu indi lièrent.

« Je sais bien que vous ne serez pas « déshonoré devant les hommes en allant « aux spectacles, mais comptez-vous pour « rien de vous déshonorer devant Dieu?

« Pensez-vous vous-même que les hommes « ne trouvassent pas étrange de vous voir « pratiquer des maximes si différentes des « miennes ? Songez que M. le duc de Ronr- « gogne, qui a un goût merveilleux (G69) « pour toutes ces choses, n'a encore étéà au- « cun spectacle. »

« Tels étaient les sentiments de ce célèbre poëte, lorsqu'il n'écoula plusque la religion, c'est-a-dire celte vraie philosophie qui apprend à l'homme ce qu'il a été, ce qu'il est et ce qui peut le rendre tel qu'il doit être. Ce fut à cette école que, dès l'âge le plus critique pour la vertu et les talents, l'illustre M. le chancelier d'Aguesseau, avait appris ce qu'il fallait penser des spectacles. Les idées qu'il conçut de leurs dangers, sont déposées dans la collection de ses excellents ouvrages, où il continue d'être, lex loquens (070); c'esl-a-dii e la lumière et le modèle de la magistrature (671); je vous les

cliaqnc membre soit le inolète des citoyens, nous avons loin gagné. Car connue une ville entière se laisse corrompre parles dissolutions et les vices de ses cbefs ei de ses juges, de même elle est corrigée et réformée par leur régularité. Je conviens que cela esl diflicile dans la pratique, mais si nous n'y reconnaissons pas les boulines d'àpiésenl, une sage éducation cl l'exactitude à en suivre les principes, pourront eu préparer pour l'avenir. Is oruo vmo

CXllE'ftO, C/ETKRIS SPECIMEN ESTO. flWclara (SI I/O Ux

el ttite palet, tram cmwi mine rirto earere lex jubeul, ne véniel tjitidcm ift tttm ordinem quisquam vilii (-«r-

)lb9 DICTIONNAIRE

indique pour vous désabuser sur la fausso opinion où vous êtes, que la voie lapins sûre pour connaître l'utilité morale des spectacles, est de les fréquenter ; vous êtes étonné de ce qu'on s'est servi du nom et de l'autorité de M. Jean Jacques Rousseau pour proscrire les théâtres. Il avait cependant pris lavoie la plus sure, selon vous pour en bien juger, puisque vous citez l'aveu qu'il a fait •Je n'avoir jamais manqué volontairement la représentation d'une pièce de Molière; mais eu égard aux viens de sa conduite, vous dites que c'est un philosophe qui se moque de nous, en faisant semblant de nous instruire. Vous aurez donc peut-être plus d'égard au témoignage de l'immortel chancelier que je viens de nommer. La pureté et l'uniformité de ses mœurs, la gravité de sa conduite, son zèle pour le bien de l'Etat , son respect et son amour pour la religion étaient comme une censure publique, qui apprenait aux personnes élevées en dignité ou distinguées par leur naissance, à en soutenir le lustre par une vie régulière (672), fortifiait dans la pratique de tous devoirs les âmes les plus faibles, animait les plus indifférentes, faisait rougir les moins vertueuses , instruisait enfin les bons citoyens et condamnait les méchants. Son autorité est donc à citer. C'est en effet par de pareils organes que la vérité se manifeste avec plus de succès. Consultez ses savantes Remarques sur 1rs causes métaphysiques du plaisir que l'âme goûte aux représentations des drames, principalement des tragédies (673), vous reconnaîtrez que pour n'avoir jamais été aux spectacles, il en connaissait mieux les objets et les effets que la plupart de leurs plus zélés partisans, que l'amour des bagatelles nuisibles éloigne de la saine raison (674).

« il appelle celle production littéraire une douce et dangereuse rëverief qui, dit-il, a tant abusé de mon oisiveté , que je rougis presque d'être devenu prodigue pour le théâtre d'un temps que je n'y avais jamais perdu. Il ne la regardait comme dangereuse, que par la erainte qu'il avait qu'on abusât de ce qu'il y dit en faveur de la tragédie, considérée en elle-même dans sa plus giande perfection, telle enfin que les philosophes anciens la concevaient,

« Ces sages, peut-être plus sévères, dit «M. d'Aguesseau, que nos nouveaux ca- » suisles, nous ont appris que la tragédie, « aussi bien que le poëme épique, ne devait ci cherchera plaire que pour instruire. Ils ont » cru que Tune et l'autre n'étaient véritable-

HCO

« ment qu'une fable plus nob!e, à la vérité» « plus étendue, plus ornée que celle d'Esope, « mais du même genre et qui avaient le « même but , c'est-à-dire d'employer le « secours et l'agrément de la fiction pour « faire entrer plus aisément dans l'esprit et « pénétrer plus avant dans le cœur, une « vérité morale qui en est l'âme et qui en « doit animer tout le corps. L: le poète tra- « gique entrait bien dans son art, il fallait « que toute la conduite, toute l'économie de « sa pièee, tendit uniquement à établir, à « développer, à mettre dans tout son jour, « le point de morale qui en était le véritable a sujet. Il ne prenait la route des sens que « pour aller à !a raison. L'imagination parti lait sa langue, non pour séduire l'imagia nation des spectateurs, mais pour la rendre « plus attentive, plus docile à la raison. Il « n'est pas douteux que de pareils poèmes a renfermaient une espèce de philosophie, « si les poètes pouvaient être philosophes. »

« Je crois, Monsieur, qu'il pouvait y en avoir dans les temps héroïques; mais, comme le pensai t M. le chancelier d'Aguesseau, il ne serait pas facile d'en rappeler la mode dans des temps où l'esprit est préféré à la raison ; cependant si

Rnison sans sel est fade nourriture.

Sel sans raison n'est solide pâture :

De tout les deux se forme esprit parfait.

(Rousseau, liv. i, ep. 3.)

Nous avons bien vu dans Jean Racine un poète qui devient philosophe, et plus véritable pnilosophe qu'on né pouvait l'être dans le prétendu âge d'or du paganisme. Il nous a donné, dans Alhalie et Eslhcr,âeux modèles de la plus grande perfection, tant pour le drame que pour la morale. Un homme, alors très-connu par sa piété et par son esprit, écrivit dans l'enthousiasme « que ce poète « élait devenu l'apôtre des Muses et le pré- « dicateur du Parnasse, dont il semblait n'a- « voir appris le langage que pour leur prê- « cher en leur langue l'Evangile et leur anci noucer le Dieu inconnu. »

« Mais vous savez quel fut le sort de ces deux chefs-d'œuvre. Le public se prévint et se déclara fortement contre eux. Ce n'était, disait on, que des sujets de dévotion propres à amuser des enfants , et Racine mourut très-persuadé que ces deux tragédies n'auraient jamais de succès sur le théâtre public; son intention au reste était qu'elles n'y fussent jamais représentées. Et il obtint qu'on l'énonçât dans le privilège qui fut ac-

iicqis. C<rlerii suecimea esio. Quod si est, tenemus arnnia. Ui enim vupidUatibus principum et vitiit iu- [ici solel loia civiius, sic eniendnn et corrigi conliuenlia. ld'nutein difficile 'faclu est nisi ettitcutione ijHudum cl disciplina, non enim de hoc sennlu , nec Itis de Iwiuinibtis, qui nunc sum, sed de fuluris, si •lui (orie /lis ietjibus parère voluerint (Cic, De leij., Ii>. ni. j

(•ti7i) Cicéron, Cujus [ère omîtes miranlur linguam, palus non La, dit que pour coi 'rompre on réformer les moeurs de loule une ville, il ne fiul que dès-peu de personnes, mais de celles qui sont élevées au

dessus des autres par leur naissance on p.ir leurs rllarges. Pauci algue adm',duni puuci honore et gloriu aillptiScali vel coirnmpere mores civitatis, vel corrujere possunt nubilium rila viatique niutato mores muiarï aviiutum puto. (De leg., hl>. v.)

(675; M. le chancelier d'Aguesseau fit, dans un séjour à Fresnes, ces remarques sur un discours de M. de Valiiicourt, qui avait pour litre : De l'imilation par rapport à la tragédie.

(674) IniTUlsi ores iiiig.irum qui lanquam fln\ii!« a créature suo averUinlur et lahunltir in hujus s.-pculi auiaiicaulam r/ialuiain (S. Aixc tin.)

cordé ou 1089 (678) aux Dames de Saint -Cyr, que des fables cl des frivolités qui leui plaipour qui eus deux drames avaient été com- sent. Ils se livrent à truites opinions nouvel- |iosés. Ce fut une dispute littéraire qui les. lis méconnaissent la vérité, cette raison donna lieu à l'infraction do cotte clause, souveraine, cette loi universelle que I'inpour la tragédie d'Atlialie. Despréaux avait dare disait ôtre la reine des dieux et des été presque seul à soutenir contre tout le hommes, et que les Chrétiens, dit saint Clépublic, que celle pièce était le chef-d'œuvre ment d'Alexandrie, appellent la lumière de el duj oële et de la Iragédie. M. Philippe, la vie (680). Les ooétès sont persuadés que, .lue d'Orléans, régent du royaume, voulut pour plaire au plus grand nombre, il i'aul faire juger celte ancienne querelle acadé- moins les instruire que flatter les écarts de inique, et il ordonna aux comédiens français leur cœur et de leur esprit (081). de représenter Athalie sur leur théâtre; elle « C'est pourquoi les mœurs, dit M. le fut applaudie, mais la représentation, qui en « chancelier d'Aguesseau, le caractère des avait déjà clé faite à la cour par les mêmes « personnages mis sur la scène, leurs penacteurs, avait préparé cet accueil. Comme ^< sées, leurs sentiments, leurs expressions, Louis XV était alors à peu près de l'Age de « tout conspire à réveiller ou à flatter les Joas et portait sur son Iront le présage du « inclinations que nous avons tous pour la surnom de Bien-Aimé, on ne pouvait, sans « gloire, pour la grandeur, pour l'amour, s'attendrir sur le jeune monarque, entendre « pour la .vengeance, qui sont les mobiles quelques vers comme ceux-ci : « secrets du cœur humain. Les passions

Voilà donc votre roi, voue unique espérance, « loin,lcs 1ue n,ous y . voyons nous plai-

« sent par les mêmes raisons que les réel-

J'ai pris soin jusqu'ici de vous le conserver, • 'es> parce qu'en effet elles en excitent de

« réelles dans notre âme, ou parce qu'elles

Du lidèle David, c'est le précieux reste, « nous rappellent le souvenir de celles que

• • -:••••••. •..,-. « nous avons éprouvées: Raniebanl me spe-

Songez qu en cet enfant tout Israël res.de. „ etacula tkeatrica plena imaginibus miscria-

« Les circonstances du temps contribué- (< rinm "*«»'»»» («82). Ce sont ces misères

rent donc beaucoup au succès de cette tra- (< m6mes quon aime à y voir et à y sentir.

gédie sur un théâtre si peu convenable à un " 0il y Soûte encore la satisfaction de voir

sujet aussi saint et traité avec tout le respect <( ses faiblesses justifiées, autorisées, enno-

dû à l'Ecriture sainte. <( Mes, soit par de grands exemples, soit

« D'ailleurs, dit madame la comtesse do * Par le t0llr ingénieux el la morale sédui-

« Caylus (676), M. Racine y aurait vu cette c< ?ante dont U) Poete se sert souvent pour

« tragédie aussi détigurée qu'elle m'a paru " les. déguiser, pour les colorer, pour les

« l'être par une Josabeth fardée (677), par " Pendre en beau et les faire paraître au

« une Athalie outrée (678) et par un grand " luoins P'us dignes de compassion que de

« prêtre (679) si peu digne de représenter la " c.ensure. Le charme du spectacle, les ac-

« majesté d'un prophète divin. » - « De tt }10ns I111 v sont représentées, l'artifice de

« pareils sujets, dit aussi madame de Sévi- " ,a P°esie et l'enchantement des paroles

« gué, ne conviennent pas à do tels acteurs. " par lesquelles elles flattent la corruption

« Il faut' des personnes innocentes pour K du cœur» étouffent peu à peu les remords

« chanter les malheurs de Sion et des âmes K de la conscience, en apaisent les scrupules

« vertueuses pour en voir avec fruit la re- K ?l en"acent insensiblement celte pudeur

« présentation. » « importune qui fait d'abord qu'on regarde

« Voilà sans doute ce qui a donné lieu " le crime comme impossible, qu'on en voit

à M. le chancelier d'Aguesseau de traiter « ensuite non-seulement la possibilité, mais

de rêverie sa lumineuse Dissertation. Il " ]a facilité. On en apprend le chemin, on en

croyait qu'il était moralement impossible * é.tul,ie le langage et surtout on en re-

aux poètes, non de composer des drames " ll?nt 'es excuses. Quelle impression ne

vraiment philosophiques, mais d« les faire * **"' Pas Phèdre sur l'âme d'une jeune

goûter à la multitude des spectateurs, à qui * spectatrice lorsqu'elle charge Vénus de

l'on pourrait appliquer ce qu'un prêtre égyp- " toute la honte de sa passion, lorsqu'elle

lien disait des Grecs, en parlant à Solon : " Prelul 'es dieux à témoin :

Ce m; sont (pie des enfants, on n'y trouve Ces dieux qui dans son flanc

point de vieillards par les mœurs, il n'y a Ont allumé ce feu fatal à tout son sang,

(67o) Ce privilège est du 3 février 1089; il y est babenles opiiiioncm ; nec disciplinam ullam canam

du : t Ayant -vu nous-mêmes plusieurs représenta- teinpore; nec legem qua», inquit Pindarus, regina

lions desdils ouvrages dont nous avons clé salis- est omnium niorlalium el immortaliiim ; lucerna

i:uis, nous avons donné par cespresenies aux Daines aiiiein est prsecepluin honum, ut vult Scriptura sin-

de bamlCyr, avec défenses à Ions acteurs, > etc. rta, les est lumen vitœ(S. Clf.m. Alex. tib. i Siro-

(67t>) Dans son ouvrage intitulé : Mes souvenirs. malum.)

(677) C'est-à-dire la Duelos. (G81) Stultorum infinitus est numerus... slullilia

(678) La Desmares. autein est rerum appetendariim et vitandarimi vi-

(679) Beaubourg. — Les fameux acteurs du temps, liosa ignorantia. >on per mores quos sapiemia

(680) Apud l'hionem. in Timno, pulcuerrnne jubel, pervenire voluni ad lucem Dei, sc.l tantum sacerdos /Egyptius: 0 Solon, inquit, ex Grxcisnul- ad laudes liominuin quod est vanilasel in<=ipieniia. lus estsenex; vos Graeci sempereslis puèri nullain (S. Augustin.)

peniiusin animispèr vélerem audilionem antiqnam (682) S. Augist., Coiifes., lib. m, c. 2.

Diction*, ors Mystères. 37

ms

Ces dieu* qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d'une faible mortelle.

« Il est vrai qu'on n'accuse plus les dieux « du dérèglement de son cœur et qu'on ne « cherche plus à l'autoriser par leurexem- « pie, comme ceux dont saint Cyprien a dit: « peccant exemplo deorum ; mais on l'attri- « bue à l'étoile, à la destinée, à la nécessité « d'un penchant invincible; on retrouve avec « plaisir ses mauvais sentiments dans ceux ■ qu'on appelle des héros, et une passion « qui nous est commune avec eux, ne pa- « rait plus une faiblesse. On se répète en • secret ce qu'OEnone dit pour apaiser le « trouble de sa maîtresse :

Mortelle, subissez le sort d'une mortelle.

n On s'étourdit au moins de ces pensées « vagues et confuses qu'on n'approfondit « jamais. On sort du théâtre rassuré contre « l'horreur naturelle du crime (683) ; ce « même plaisir y ramène souvent ceux qui « l'ont une fois goûté. Ainsi, soit que le « spectacle ne cause aucun trouble et une « émotion passagère, qui faussement paraît « d'abord innocente, soit qu'il excite ou « qu'il rappelle des passions plus durables « que l'action et le langage du drame auto- « risent et justifient, c'est sans doule dans « ces deux effets que consiste principalement « le grand plaisir que les hommes y pren- < nent. Enfin, avoir montré pourquoi les « spectacles sont dangereux, c'est avoir fait « voir combien ils sont agréables , parce « qu'en effet ce qui en fait le plaisir est ce « qui en fait le danger, et qu'on peut due « presque toujours que la meilleure pièce « en un sens est en un autre sens la [dus « mauvaise. »

« Que conclure, Monsieur, d après cet oracle? je crois ne pouvoir mieux vous laire goûter la conséquence qui en résulte, qu'en vous les présentant sous les grâces de la poésie. Je vais donc vous citer un poète lyrique, qui pourra vous rendre ce bon ollice.

Qu'à jamais le théâtre se ferme,

Les dogmes qu'il contient, les leçons qu'il renferme, Loin de nous corriger, de nous rendre meilleurs, Séduisent l'innocence et corrompent les mœurs. Sa Morale suspecte est un faible antidote : C'est vainement qu'Horace appuyé d'Aristole , Nous dit qu'en celte école or apprend, on s'instruit : De ces instructions quel peut être le fruit? Les sentiments qu'elle aime et qu'elle nous inspire, Des folles passions affermissent l'empire : Par ces principes faux les crimes déguisés, Sous le nom de vertus sont métamorphosés. J'y vois l'ambition , l'amour et la vengeance. Lu tyrans suborneurs faire agir leur puissance, Nourrir notre faiblesse, et sur notre raison Jeter un voile épais et verser leur poison. J'y vois avec borreur Clytemnestre perfide , Œdipe incestueux , Oreste parricide , L'innocent Hippolyte à la mort condamne , El Néron triomphant d'un frère empoisonné. Corneille du théâtre abjurant les maximes, Eût voulu n'en avoir jamais souillé ses rimes :

(G83) lu thealris congaudent amantibus qui se se Jruunlur per ilagitia. (S. Auc, 1. m Conf.)

Racine en gémissant, comme lui délesta

Le vol pernicieux dont l'essor l'y porta (CSi).

« Je tiens à ces principes. Ils sont soutenus d'autorilés imposantes et en grand nombre. Maisje vous invile moins *i les compter qu'à les peser avec équité. Elles dissiperont sans doute le nuage de l'illusion qui couvre à vos yeux les dangers des théâtres. Si justus es, non numera sed appende. Non respicias ad thealnim insaniœ ; mendax est. Noli imitari turbas concurrentes. (S. Aug.) « Je suis, etc. »

Lettre de M. Gresset, l'un des quarante de l'Académie française, à M. ***, sur la comédie; Paris, 1759.

;< Les sentiments, Monsieur, dont vous m'honorez depuis plus de vingt ans, vous ont donné des droits inviolables sur tous les miens; je vous en dois compte et je viens vous le rendresur un genre d'ouvrages auquel j'ai cru devoir renoncer pour toujours. Indépendamment du désir de vous soumettre ma conduite et de mériter votre approbation, votre appui m'est nécessaire dans le parti indispensable que j'ai pris, et je viens le réclamer avec loute la confiance que voire amitié pour moi m'a toujours inspirée. Les titres, les erreurs, ies songes du monde n'ont jamais ébranlé les principes de religion que je vous connais depuis si longtemps : ainsi le langage de cetle lettre ne vous sera point étranger , et je compte qu'approuvant ma résolution , vous voudrez bien m'appuyer dans ce qui me resle à faire pour l'établir et pour la manifester.

a Je suis accoutumé , Monsieur, à penser tout haut devant vous; je vous avouerai donc que, depuis plusieurs aimées, j'avais beaucoup à souffrir intérieurement d'avoir travaillé pour le théâtre, étant convaincu, comme je l'ai toujours été, des vérités lumineuses de notre religion, la seule divine, la seule inconleslable; il s'élevait souvent des nuages dans mon âme sur un art si peu conforme à l'esprit du christianisme, et je me faisais, sans le vouloir, des reproches infructueux , que j'évitais de démêler et d'approfondir; toujours combattu et toujours faible, je différais de me juger, par la crainte de me rendre et par le désir de nie faire grâce. Quelle force pouvaient avoir des rétlexions involontaires contre l'empire de l'imagination et l'enivrement delà fausse gloire? Encouragé par l'indulgence dont le public a honoré Sidneij et le Méchant, ébloui par les sollicitations les plus puissantes, séduit par mes amis, dupe d'autrui et de moimême, rappelé en même temps parcelle voix intérieure, toujours sévère et toujours juste, je souffrais et je n'en travallais pas moins dans le même genre. Il n'est guère do situation plus pénible, quand on pense, que de voir sa conduite en contradiction avec ses principes et de se trouver faux à soi-même et tuai avec soi. Je cherchais à

(G8i) M. Lebnxii , connu par plusieurs odes.

étouffer celto voix des remords à laquelle

on n'impose point silence, ou je croyais y répondre par de mauvaises autorités que je me donnais pour -bonnes ; au défaut de solides raisons , j'appelais à mon secours tous les grands et frêles raisonnements des apologistes du théâtre ; je lirais môme des moyens personnels d'apologie de mon attention a ne rien écrire qui ne pût être soumis à toutes les lois des mœurs, mais tous ces secours ne pouvaient rien pour ma tranquillité. Les noms sacrés et vénérables dont on abuse pour juslitier la composition des ouvrages dramatiques et le danger dos spectacles, les textes prétendus favorables, les anecdotes fabriquées, les sophismes des autres et les miens ; tout cela n'était que du bruit, et un bruit bien faible contre! ce sentiment impérieux qui réclamait dans mon cœur. Au milieu de ces contrariétés et île ces doutes de mauvaise foi, poursuivi par l'évidence, j'aurais dû reconnaître dès lors, comme je le reconnais aujourd'hui, qu'on a toujours tort avec sa conscience, quand on est réduit à disputer avec elle. Dieu a daigné éclairer entièrement mes ténèbres et dissiper à mes yeux tous les enchantements de l'art et du génie; guidé par la foi, ce flambeau éternel , devant qui toutes les lueurs du temps disparaissent, devant qui s'évanouissent toutes les rêveries sublimes el profondes de nos faibles esprits forts, ainsi que toute l'importance et la gloriole du bel esprit; je vois sans nuage el sans enthousiasme que les lois sacrées de l'Evangile et les maximes de la morale profane, le sanctuaire et le théâtre sont des objets absolument inalliables; tous les suffrages de l'opinion, de la bienséance et de la vertu purement humaine fussent-ils réunis en faveur de l'art dramatique, il n'a jamais obtenu , il n'obtiendra jamais l'approbation de l'Église; ce motif sans réponse [n'a décidé invariablement : j'ai eu l'honneur de communiquer ma résolution à Monseigneur l'évêque d'Amiens el d'en consigner l'engagement irrévocable dans ses mains sacrées; c'est à l'autorité de ses leçons et à l'éloquence de ses vertus, que je dois la fin de mon égarement; je lui devais l'hommage de mon retour, el c'est pour consacrer la solidité de celle espèce d'abjuration, que je l'ai faite sous les yeux de ce grand prélat Si respecté el si chéri ; son témoignage saint s'éleverail contre moi, si j'avais la faiblesse et l'infidélité de rentier dans la carrière : il ne me reste qu'un regret en la quittant, ce n'est point sur la privation des applaudissements publics, je ne les aurais peut-être pus obtenus, et quand même je pourrais être assuré de les obtenir au plus haut degré, tout ce fracas populaire n'ébranlerait point ma résolution ; la voix solitaire du devoir doit parler plus haut pour un Chrétien que toutes les voix de la renommée. L'unique regret qui me reste , c'est de ne pouvoir point assez etl'acer le scandale que j'ai pu donner à la religion par ce genre d'ouvrage, et de n'être uoint à oortéc de réparer le mal

nu*

que j'ai pu causer sans le vouloir; le moyen le plus apparent de réparation, autant qu'elle est possible, dépend de votre agrément pour In publicité de celte lettre; j'espère que vous voudrez bien permettra qu'elle se répande et que les regrets sincères que j'expose ici ii l'amitié, aillent porter mon apologie partout où elle est nécessaire; mes faibles talents n'ont point rendu mon nom assez considérable pour faire un grand exemple; mais tout fidèle, quel qu'il soit, quand si s égarements ont eu quelque notoriété, doit en publier le désaveu et laisser un monument de son repentir. Les gens du bon air, les demiraisonneurs, les pitoyables incrédules peuvent k leur aise se moquer de ma démarche ; je serai trop dédommagé de leur petite censure et de leurs froides plaisanteries, si les gens sensés et vertueux, si les écrivains dignes de servir la religion, si les âmes honnêtes et pieuses que j'ai pu scandaliser, voient mon humble désaveu avec cette satisfaction pure que fait naître la vérité dès qu'elle se montre.

« Je profile de cette occasion, pour rétracter aussi solennellement tout ce que j'ai pu écrire d'un Ion peu réfléchi dans les bagatelles rimées dont on a multiplié les éditions, sans que j'aie jamais été dans la confidence d'aucune. Tel est le malheur attaché a la poésie, cet art si dangereux, dont l'histoire est beaucoup plus la liste des fautes célèbres et des regrets tardifs que celle des succès sans horde et de la gloire sans remords ; tel est l'écueil presque inévitable, surtout dans les délires tte la jeunesse: on se laisse entraînera établir des principes qu'on n'a point ; un vers brillant décide d'une maxime hardie, scandaleuse, extravagante : l'idée est téméraire, le trait est impie; n'importe, le vers est heureux, sonore, éblouissant, on ne peut le sacrifier; on ne veut que briller, on parle contre ce qu on croit, el la vanité des mots l'emporte sur la vérité des choses. L'impression ayant donné quelque existence à de faibles productions auxquelles j'attache fort peu de valeur, je me crois obligé d'en publier une édition très-corrigée, où je ne conserverai rien qui ne puisse èlre soumis à la lumière de la religion et à la sévérité de ses regards ; la même balance me réglera dans d'autres ouvrages qui n'ont point encore vu le jour. Pour mes nouvelles comédies (dont deux ont été lues, Monsieur, par vous seul), ne me les demandez plus; le sacrifice en est fait, et c'était sacrifier bien peu de chose. Quand on a quelques écrits à se reprocher, il faut s'exécuter sans réserve, dès que les remords les condamnent ; il serait trop dangereux d'attendre ; il serait trop incertain de compter que ces écrits seront brûlés au flambeau qui doit éclairer notre agonie.

« J'ai cru, pour l'utilité des mœurs, pouvoir sauver de celle proscription les principes elles images d'une pièce que je unissais, et je les donnerai sous une autre forme que celle du genre dramatique : celte comédie avait pour objet la pcinluro et la critique

un caractère plus a la mode que le Méchant

môme, et qui, sorti de ses bornes, devient tous les jours de plus eu plus un ridicule et un vice national.

« Si la prétention de ce caractère, si répandue aujourd'hui, si maussade, comme l'est toute prétention, et si gauche dans ceux qui l'ont malgré la nature et sans succès, n'était qu'un de ces ridicules qui ne sont que de la fatuité sans danger, ou de la sottise sans conséquence, je ne m'y serais plus arrêté; l'objet du portrait ne vaudrait pas les frais des crayons ; mais outre sa comique absurdité, cette prétention est de plus si contraire aux règles établies, à l'honnêteté publique et au respect dû à la raison, que je me suis cru obligé d'en conserver les traits et la censure, par l'intérêt que tout citoyen qui pense doit prendre aux droits de la vertu et de la vérité ; j'ai tout lieu d'espérer que ce sujet, s'il doit ôtre de quelque utilité, y parviendra bien plus sûrement sous cette forme nouvelle que s'il n'eût paru que sur la scène , celte prétendue école des mœurs, où l'amour-propre ne vient reconnaître que les torts d'autrui, et où les vérités morales le plus lumineusement présentées n'ont que le stérile mérite d'étonner un instant le désœuvrement et la frivolité, sans arriver jamais à corriger les vices et sans parvenir à réprimer la manie des faux airs dans tous les genres et les ridicules de tous les rangs.

« Je laisse de si minces objets pour finir par des considérations d'un ordre bien supérieur à toutes les brillantes illusions de nosarts agréables, de nos talents inutiles et du génie dont nous nous flattons. Si quelqu'un de ceux qui veulent bien s'intéresser à moi est tenté de condamner le parti que j'ai pris de ne [dus paraître dans cette carrière, qu'avant de me désapprouver, il accorde un regard aux principes qui m'ont déterminé ; après avoir apprécié dans sa raison ce phosphore qu'on nomme l'esprit, ce rien qu|on appelle la renommée , ce moment qu'on nomme la vie, qu'il interroge la religion, qui doit lui parler comme à moi ; qu'il contemple fixement la mort, qu'il regarde au delà et qu'il me juge. Cette image de notre lin, la lumière, la leçon de notre existence et notre première philosophie, devrait bien abaisser l'extravagante indépendance et l'audace impie de ces superbes et petits dissertateurs , qui s'efforcent vainement d'élever leurs délices systématiques au-dessus des preuves lumineuses de la révélation. Le temps vole, la nuit s'avance, le rêve va finir : pourquoi perdre à douter, avec une absurde présomption, cet instant qui nous est laissé pour croire et pour adorer avec une soumission fondée sur les plus fermes principes de la saine raison? Comment immoler nos jours à des ouvrages rarement applaudis,

(685) L'Histoire des querelles littéraires parut en 1701. L'abbé Baral en donna dans le leinps une critique sous ce litre : Lettre à M. sur l'ouvrage intitulé : Q.IERELLES UTTÉRA1HES.

souvent dangereux, toujours inutile?? Pourquoi nous borner a des spéculations indifférentes sur les majestueux i hénomèues de la nature? Au moment où j'é.-.i-, un corps céleste, nouveau à nos regards, est descendu sur l'horizon ; mais ce spectacle, également frappant pour les esprits éclairés et pour le vulgaire, amuse seulement la frivole curiosité, quand il doit élever nos réflexions. Encore quelques jours, et cette comète que notre siècle voit pour la prenvère fois va s'éteindre pour nous et se replonger dans l'immensité des cieux, pour ne reparaître jamais aux yeux de presque tous ceux qui la contemplent aujourd'hui. Quelle destinéo éternelle nous aura été assignée, lorsquo cet astre éli'icelant et rapide, arrivé au termo d'une nouvelle révolution, après une marche de plus de quinze lustres, reparaîtra sur cet hémisphère? Les témoins de son retour marcheront sur nos cendres.

« Je vous demanderais grâce, Monsieur, sur quelques traits de celte lettre, qui paraissent sortir des limites du ton épislolaiie, si je ne savais, par une longue expérience, que la vérité a toute seule par elle-même le droit de vous intéresser, indépendamment de la façon dont on l'exprime; et si, d'ailleurs, dans un semblable sujet, dont la dignité et l'énergie entraînent l'âme et commandent l'expression, on pouvait être arrêté un instant par de froides attentions aux règles du style et aux chétives prétentions de l'esprit.

« Je suis, etc.

« A Amiens, le li mai 1759. x>

Cette lettre est un témoignage du renectir de Gresset d'avoir travaillé pour le théâtre.

Despri'Z de Boissy donne celte lettre en appendice ; nous la rétablissons ici en son entier.

Les partisans du théâtre ont beaucoup murmuré contre celte lettre lumineuse et édifiante de Gresset. Il en est très-mal parlé dans le deuxième tome d'une Histoire infidèle et dangereuse, intitulée Qierelles littéraires (085). Elle 3' est donnée comme une déclamation qui a moins paru le langage du remords que celui de l'amour-propre. La Lettre de J.-J. Rousseau contre les spectacles n'y est pas mirux traitée. Le panégyriste de l'ignorance et des brutes, y est-il dit, devait être le censeur du théâtre, l'école de la politesse et du goût.

L'abbé J rail , à qui cette Histoire des querelles littéraires est attribuée (086), ne donne pas une meilleure idée de son jugement et de ses lumières, lorsque, dans le même endroit, il loue (087) le P. Caffaro d'avoir eu le courage de s'élever au-dessus des préjugés de son état, en écrivant en faveur de la comédie avec ce ton de force et de véhémence qu'il n'appartient qu'aux gens persuades d'avoir.

(686) Dans la France littéraire, et depuis dans le Dictionnaire littéraire de la France, édilion de J7li'J, t. 1, p. 303, el t. Il, p. 484.

(68") Querelles littéraires, loin. II.

1!C9 NOTICE SLR LE

Il paraît qu'Irait n'a pas , sur les devoirs de l'élat ecclésiastique , les mêmes idées que Charlemagnc eu avait. « Nous souhaitons, écrivait cet empereur aux évèquos de ses Etals, nous souhaitons que vous soyez comme doivent l'ôire des soldats de l'Eglise, c'est-à-dire des hommes pieux et savants, que vous viviez bien, que vous parliez bien et que vous soyez instruits dans les lettres saintes. Car, quoique ce soit une meilleure chose de taire le bien que do le connaître, il faut cependant le connatirc avant que de le faire (688). »'

Si Irail avait connu ['Ecriture sainte, il n'aurait pas avancé qu'elle est favorable au P. Caffaro, qu'elle n'a rien tant en recommandation que les jeux, la danse et les spectacles, et qu'elle fait un mérite à quelques-uns de ses plus saints personnages d'avoir dansé au son du tambour (089).

L'abbé Irail n'aurait pas sans doute répété ce sophisme suranné, s'il avait su que, du temps de saint Cyprien, on avait osé s'autoriser de l'exemple de la danse de David pour justilier les théâtres, mais que saint Cyprien répondit à ces taux raisonneurs : «Ne vaudrait-il pas mieux que ces gens-là n'eussent jamais appris à lire que de faire un tel usage de leur lecture ? Qu'ils sachent que l'exemple de David, qui a dansé devant l'arche, ne favorise en rien les Chrétiens qui assistent aux théâtres , parue qu'il n'y a rien, dans l'exemple de David, qui soit honteux ni qui ressente la licence des scènes et ues fables dramatiques (090). »

C'est à la rétractation du P. Caffaro qu'Irait aurait dû donner des louanges. C'est alors que ce religieux montra du courage. On pouvait lui appliquer ce que saint Ambroiso disait d'un grand roi : il a eu des faiblesses qui ne sont que trop ordinaires aux rois, mais il s'en est repenti, ce qui leur arrive rarement: erravit quod soient reges,pœnitttit quod non soient.

(0S8) « Optamus vos, sicul decet Ecclcsioc milites, et iulerius devotoseï exierius doctos, castosque bene viveudo et scholaslicos bene loquendo. Quamvis enim melius sil benefacere quant nosse, prias Lamen est nosse quant lacère, t Ceci est extrait d'une Icine (|n« Cbarlemagne écrivit à uu abbé du monastère de Fulde, et elle devait être communiquée à ions les évêques et abbés de la province, comme ['ordonne cette dernière phrase : < Hujus epistolx exemptai ia ad onines suffragânles tnosque coepiscopos et per uuiversa monasieria dirigi non negligas si gratiant nostratu habere vis. > Celle lettre est rapportée dans le tome V du llecueil des Histoires de France-, donné par les Bénédictins, pag. 621.

(089) Querelles littéraires, loin. II , pag. 390.

(t>90) < Pudor nie lenct praescriptiones eoritin in liae causa et patrocinia referre, ubi inquiunl scripla smii isia, ubi sont prohibila? Anlfi arcain David ipse saltavit. Nabla cynares, aéra, lympana, tibias, rytharas, choros legiintis. Cur ergo boinini Christiano lideli non liecal speelare quod licuil divinis lilteris scribere? Iloe in loco non immerilo dixerim longe melius fuisse isiis nullas lilteras nos qttain sic hueras légère. Verba enim et exempta quae ad exliorlationeni evàngelicae viriutis posita sont ad viliortim patrocinia liaiisfeiiinlur.... QUod David in COnspeclil Oci choros rg'1 > ni li i 1 adjuval in TliCalro sedenles

Au reste, il a échappé a Irail un aveu très-défavorable aux théâtres, lorsqu'il dit (691-92) que /a religion etlalégislation ont toujours réprouvé la profession des comédiens, et que cet accord des magistrats et des casuistes pourrait donner lieu â de sérieuses réflexions.

M. l'abbé Irail puisse-t-il en faire d'assez bonnes, pour imiter le repentirdu P. Caffaro ! car il faut aimer les hommes et ne haïr que leurs erreurs. Diligite /tontines, interficite errorcs.

Lettre d'un ancien officier de la reine à tous les Français, sur les spectacles, par M. I'rébucbet; Paris, 1759.

Lettre d'un curé du diocèse de***, à M. de Marmontel, sur son Extrait critique de la Lettre de M. Jean-Jacques Rousseau â M. d'Alemlierf. Paris, 1760.

L'auteur de cette Lettre est M. Secousse, curé de la paroisse de Saint-Eustachede l'aris. Cet écrit intéressant est à joindre aux autres monuments du zèle avec lequel le respectable corps des curés de celte capitale a si souvent combattu les moralistes relâchés.

Lettres historiques cl critiques sur les spectacles, à Mlle Clairon, actrice de la Comédie F'rançaise, dans lesquelles on prouve que les spectacles sont cott/raircs aux bonnes mœurs ; Avignon, Paris, 1762.

Ces Lettres sonl une bonne critique de la consultation que M. Huerne de La Molle avait adressée à mademoiselle Clairon ; on y a fait imprimer à la lin l'arrêt du parlement de Paris, du 22 avril 1761, qui condamne la consultation.

L'auteur de ces Lettres est le P. Joseph- Romain Joly. Il en a donné tout le fond sous une forme différente dans le troisième tome d'un autre de ses ouvrages qui a pour titre : Conférences sur les principaux sujets de la morale chrétienne ; Paris, 1768.

Le Dictionnaire universel des sciences ecclé-

Cbristianos fidèles. Nnlla enim obscxnis niotibus membra drslorquens desaltavil Graecœ libidtnis fabnl mi. Nabube, cynarae, libiae, tynipana , cytharce Domino servierunt non volupiaiibus. » (S. Cïpr. , De spect. )

« Non praccipil Scriptura nisi charilalem, non eulpal nisi cupidiiaiem , et eo modo mores bominum informât.... Omnis morbus animas babet in Scripturis medicamenlum suum Il faut lire les Ecritures saintes connue le faisait S. Augustin, en demandant;! Dieu qu'elles ne lui servissent jamais pour se tromper ni pour tromper les autres,» nec fallar in eis, nec fallani ex eis. » Et pour lors elles nous deviennent un miroir qui nous montre nos défauts et les moyens de nous guérir. « Utere lectione divina vice speeuli. Scriptura enim est spéculum loeda oslendens, ci conigi docens. > Ceux qui osent faire autoriser, par l'Ecriture sainte, un usage licencieux, ne mci'itenl point d'autre réponse que celle que saint Augustin lit souvent à Julien : Ce que vous dues n'est l'os vrai, vous êtes un séducteur et un insensé, i NoU est veinni quod dicis, lingua lua amplcxa est dolo-

sitatem orras et tibi consenlientes miuis alios

in criorein. Isla non dueres si tu saunai aiiiinuin liaberes. i (S. Aie, Coût. Jul.)

',091-92) Querelles littéraires, loin. H

DrCTlONIS.UUE DES MYSTERES.

siastiqucs, par le R- P. Richard et aulres religieux dominicains, imprimé chez Jom- Lert, en 6 vol. in-fol. On y trouve nu mot Spectacles, une suite méthodique des meilleurs principes sur cette matière.

De f éducation civile, par M. Garmer, professeur nu Collège royal et de l'Académie royale îles inscriptions et belles-lettres; Paris, 1763.

Le troisième chapitre de ce solide ouvrage contient les réflexions les plus justes contre la prétendue ulilité morale de nos spectacles. On sait que les poètes dramatiques attribuent à leur art la gloire d'avoir triomphé de la barbarie et d'avoir adouci les mœurs publiques. M. Garnier est bien éloigné d'en convenir.

« C'est véritablement un grand service, leur dit-il, si en adoucissant les mœurs vous les avez rendues meilleures et plus pures. Mais si vous no les aviez adoucies qu'en les amollissant , si votre magie n'avait servi qu'à transformer des tigres et des lions en «les renards et en des singes, le beau secret que vous auriez trouvé!... Vous vous vantez d'être les précepteurs de la nation. Eh Lien! dites-nous donc depuis plus d'un siècle que nous prenons de vos leçons, avonsjious t'ait bien des progrès dans le chemin de la vertu? Les hommes parmi nous sontils devenus plus appliqués à leur devoir et plus délicats sur leur réputation? Les femmes se respectent-elles davantage? Les enfants sont-ils plus soumis à leurs parents? L'union règne-t-elle davantage dans les familles ? I^cs droits de l'amitié sont-ils mieux connus et plus respectés? La patrie a-t-elle acquis un plus grand nombre d'illustres défenseurs? Enfin ceux qui vous fréquentent valent-ils mieux que ceux qui vous négligent? Tachez surtout de nous prouver bien clairement ce dernier point; car j'observe que les parents qui s'occupent de l'éducation de leurs enfants, vous redoutent étrangement; que les personnes à qui leurs places prescrivent de la gravité et de la décence craindraient d'être surpris dans les temples où l'on débile si pompeusement vos maximes; que bien des gens sensés s'y ennuient, que vos prêtres et vos prêtresses ne jouissent pas encore des droits que les lois accordent au dernier des citoyens.... J'ouvre vos livres el je ne trouve partout que certaines amours romanesques, dont l'absurdité et la triste uniformité sont encore les moindres défauts. Le devoir et la vertu sont dans vos pièces de mal heureuses victimes que vous parez de quelques fleurs pour faire à l'amour un sacrifice plus éclatant. Comment avez-vous remplacé le chœur des anciens ? Par des confidents et des confidentes que je

(093) Ce système a paru merveilleux aux maté rialisies qui n'attribuent nos facultés intellectuelles qu'à des inodiûcations de la matière, de soiie que, selon eux, l'existence des âmes est une chimère, et l'iiomme ne diffère du singe que par l'organisation matérielle. Ce n'est pas après avoir été endoctriné par une pareille philosophie qu'on d,ra ce que le célèbre Bouchardon, enthousiasmé de la lecture d'Ho-

n'oserais nommer parleur nom el qui semblent n'avoir d'autres fonctions que de corrompre ceux qu'ils conseillent Quels

modèles osez-vous offrir aux femmes, des Pltèdres, des Cléopdtres, des Henmonrs, des Roxanes , des Ertphiles, etc. Voudriez-vous avoir de pareilles héroïnes pour filles et pour femmes? Enfin, que peuvent faire de mieux ceux qui vont vous entendre, que d'armer leur cœur contre des impressions funestes à leurs repos et d'oublier si parfaitement ce qu'ils viennent d'apprendre, qu'il ne leur en reste aucun souvenir en rentrant dans le sein de leur famille? Mais on ne peut espérer celte modération de celle foule déjeunes gens que l'on voit si ordinairement se pâmer au doux chant des sirènes. Ils passent bientôt de l'image à la réalité et finissent par s'énerver l'âme et le corps. Les moins coupables sont ceux qui cultivent la musique et la danse, qui sont idolâtres de leur ligure et qui veulent plaire aux femmes en s'elforçant de leur ressembler ; et cependant ces gens sont pourvus de charges, sans qu'ils songent aux moyens de les bien remplir.... Qui consolera la patrie en proie h des âmes de boue? Qu'un cordonnier, qu'un tailleur fassent ma! une chaussure ou un habit , c'est un malheur facile à réparer et qui retombe à la lin sur eux-mêmes; mais qu'un homme en place se conduise nul, la patrie entière s'en ressent et souvent la plaie devient incurable.... Qu'on ait donc soin d'inculquer de bonne heure aux jeunes gens qu'ils ne sont point faits comme de vils animaux, pour se procurer des sensations voluptueuses , que leur raison est le flambeau qui doit les éclairer ; que celte raison, épurée par la religion , dicte des devoirs; que la satisfaction qui provient des actions vertueuses est le plus grand de tous les plaisirs et le seul permanent; qu'un homme qui néglige sa raison est plus a plaindre que celui qui renoncerait volontairement à l'usage de ses yeux ; qu'il est aussi impossible d'être heureux avec une âme souillée de vices, que de se bien porter avec un corps, couvert d'ulcères; que la science est la source des biens, comme l'ignorance est la source de tous les maux. »

Des causes du bonheur public , par M. l'abbé Gros de Bësplas; Paris, 1768. Cet ouvrage intéressant contient un chapitre sur le danger des théâtres et la nécessité de les réformer.

Bodin, cet écrivain du xvie siècle, qui parait avoir fourni à M. de Montesquieu l'idée de VEsprit des lois, et celle de ce système qui règle sur l'échelle des climats les mœurs et la religion des peuples (693) ; Bodin qui, dans ses rêveries politiques tolère touies

mère , disait à l'illustre antiquaire, M. le comte de Cavlus : Depuis que j'ai lu ce livre, tes hommes ont quinze pieds, ta nature s'est accrue pour moi. Mais t'est la religion chrétienne qui nous rehausse réellement et bien davantage lorsqu'elle nous enseigne que notre âme est, non une vapeur déliée, ou un air subtil, mais une substance spirituelle et immortelle, qui, comme un miroir, doil recevoir el réfléchir l'i-

NOTICE SUK LE THEATRE L1HKE

les religions, excepté la religion chrétienne dont il était ennemi , désirait plutôt la suppression que la réformation dei jeux de théâtre. Il pensait sur cet objet comme les anciens législateurs des Grecs.... « Les jeux scéniques, dit-il (G9i), sont une peste de la république des plus pernicieuses qu'on saurait imaginer. Car il est d'expérience qu'il n'y a rien qui gâte plus les bonnes mœurs, la simplicité et la bonté naturelle d'un peuple. Ce qui a d'autant plus d'elficace et de puissance que les paroles, les accents, les gestes, les mouvements et actions conduits avec tous les artifices qu'on puisse imaginer, laissent une impression vive en l'âme du ceux qui tendent là tous leurs sens; et pour faciliter encore plus cette impression, l'on mut toujours à la fin des tragédies comme un poison ôs viandes, la farce ou comédie. Quanti les jeux du théâtre seraient tolérables aux pays méridionaux pour être d'un naturel plus pesant et plus mélancolique, et pour leur constance naturelle moins sujets a changer, si est-ce que cela doit être défendu aux peuples tirant plus vers le septentrion pour être de leur nature sanguins, légers et volages, et qui ont presque toute la force de leurâme dans l'imagination du sens commun et brutal. Mais il ne faut pas espérer que cesjeux soient défendus ou empêchés par les magistrats, car ordinairement on en voii qui sont les premiers à ces jeux (095).

C'est sans doute relativement à l'impossibilité morale de supprimer les théâtres, que M. de Busplas en demande au moins la réformation. Elle est nécessaire à plus d'un égard, car pour se borner au genre qui aurait dû être le moins dangereux, combien chez tous les modernes la tragédie a-t-clle toujours élé éloignée de ce qu'elle était dans les beaux jours d'Athènes, qui finirent sous Alexandre 1 Klle nu se proposait alors que l'instruction dus citoyens. Elle avait même des rapports avec la religion et l'administration politique du pays, comme ou l'a cidevant dit. C'est par cette considération que les magistrats de l'Aréopage pouvaient composer dus tragédies, au lieu qu'il y avait une loi expresse qui leur défendait de faire des comédies. M. Le Franc de Pompignan nous a donné une belle idée (G96) de ces tragédies anciennes composées par des philosophes

mage de toutes les perfections Je Dieu; c'est-à-dire, < que la vie de l'âme, connue le dit Bossuel, doit «Hre une imitation de celle de Dieu, qu'elle doit vivre connue lui de raison et d'intelligence, et qu'elle est destinée à lui être unie, en le contemplant et en l'aimant » {Disc, sur rHisl. unio.) Tarn. magnum banum est natum ralionalis, ut nullum sil bouum quo beuta til, nisi Iléus.

(694) bans le »i« livre de sa République.

(695) Un a ci-devant vu, page 158, que sous Charles MU les magistrats ne méritaient pas le reproche que bodin taisait à ceux de son temps. Mais chaque siècle a eu ses Calons et ses Scipions. On sait avec quelle chaleur ce dernier, qui était ScipiOll l'Africain, s'éleva contre l'usage où l'on était de sou temps de se servir des comédiens pour apprendre aux jeunes gens m danser, à chauler ou à déclamer,

et par des hommes d'Etat (697). Et en comparant ces drames avec ceux do notre siècle qui a prostitué les lettres ut les arts à la mollesse, au luxe et à la volupté, cet académicien fait des réflexions dignes d'un poète philosophe.

« Je ne pense point sans élonnemenl, dit-il , au prodigieux avantage que lus païens ont sur les Chrétiens à l'égard de la morale du théâtre... Tout ce qui pouvait avilir l'âme était banni des anciennes tragédies grecques. L'IIippolyte d'Euripide est, à proprement parler, la seule où l'amour agisse; on ne l'employait pas pour exciter la terreur et la pitié. Les auteurs dramatiques mettaient en œuvre d'autres ressorts. Ils n'exposaient sur le théâtre les malheurs et les crimes de l'humanité, que pour rendre les hommes plus sages et plus vertueux. Les mœurs de nos tragédies, opposées aux mœurs de la tragédie athénienne, ont un caractère mou qui se fait jour a travers le pathétique et la terreur dont nos meilleures pièces sont remplies. C'est que le théâtre a pris les mœurs de la nation, comme il contribue à son tour à les amollir et à les énerver.

« Il n'y a point en cela d'exception à faire de nation, ni d'auteur. Français, Anglais, Espagnols, Italiens, habitants du Nord, Corneille, Racine, tous se réunissent pour consacrer à l'amour la muse de la tragédie.

« Il y a toujours de la conformité entre l'humeur d'un peuple et le genre do ses spectacles. Où les deux Sûxes sont galants, frivoles, voluptueux, il faut que le théâtre enseigne et respire le plaisir, qu'il nourrisse les passions, qu'il les rende intéressantes jusque dans leurs égarements, et qu'il fasse de l'amour la faiblesse des grands cœurs.

« La conjuration de Cinna sera échaufféo par l'amour d'Emilie; Pauline sera fidèle à son époux, mais elle aimera Sévère. César mènera de front le renversement de la république et le concubinage de Cléopâtre. Le vieux Sertorius voudra séduire une jeune femme éperdument amoureuse de son mari.

Voilà les mœurs de la tragédie chez le plus grave et le plus sublima de nos poètes. Nous donnons àMclpomèueia ceinture du Vénus... Pour purifier uotru théâtre, nous disons que

exercices, dit-il, qui auraient paru Douteux à nos ancèlres, qui n'auraient pas voulu pour la inoindre partie de l'éducation , confier leurs enfants à des gens décriés par leur profession ou par leurs mœurs. I> tint iu ludum liislrionum, discuul enntare et saltare quod majores noslri ingenuis, probro duci voluerttnl. (Macrob. , Salurn., lib. il, c. 8.)

(696) Dans sa Disserlation en forme d'averlisseinent, qui est au commencement de sa traduction des tragédies d'Eschyle, qui a paru en 1770.

(697) Eschyle avait été disciple de Pythagore, et il servit dans les batailles de Marathon et de Salamine. Sophocle fut magistrat et militaire, il fut associé à Périclés dîns la guerre contre les Lacédémoniens. Euripide, élève de Soerule, lit 'e voyag» d'Egypte avec Phtton.

les faiblesses y sont combattues par le remords, condamnées par la raison, convaincues par l'honneur, punies par l'événement, que le contre-poison marche à côté du venin, et que la vertu triomphe toujours. Mais ce raisonnement n'est que spécieux. Quels prédicateurs ont jamais canonisé le\ice? Et cependant parmi nos prédicateurs, combien n'en voit-on pas iiui lo couvrent de fleurs; en croyant l'accabler de foudres, lui ôtent sa difformité, l'embellissent presque, et par des portraits passionnés et par des descriptions fleuries, ils le font rentrer dans des cœurs d'où la parole évangéliquu devrait l'arracher. Si tel est l'etfet de ces instructions trop peu chrétiennes, quel sera celui d'un théâtre où l'on prête à nos faiblesses les attrails séduisants de la poésie et la chaleur de l'action? Avec de pareils remèdes, on rend incurable le mal qu'on prétend guérir. »

Nos jeux de Ihéâlre ne sont pas seulement vicieux dans leur constitution morale, ils ont aussi de grands défauts dansleur constitution littéraire. Et leur imperfection à ce aernier égard a son avantage en ce qu'elle doit diminuer les regrets de ceux qui, pour conserver leurs mœurs, nese permettent pas la fréquentation des spectacles.

Le célèbre Eénelon, archevêque de Cambrai, donne à entendre dans sa Lettre à l'Académie française, que, par une considération philosophique, il ne s'intéressait pas a la réforme des fautes graves que les littérateurs éclairés ont à reprochera la plupart de nos meilleurs poëmes dramatiques. « Je ne souhaite pas, dit-il, qu'on perfectionne les spectacles où l'on ne représente les passions corrompues que pour les allumer. Nous avons vu que Platon et les sages législateurs du paganisme rejetaient loin de toule république bien policée les fables et les instruments de musique qui pouvaient amollir une nation par le goût de la volupté. Quelle devrait donc être la sévérité des nations chrétiennes contre les spectacles! Loin de vouloir qu'on perfectionne les théâtres, je ressens une véritable joie de leurs défauts littéraires. Nos poêles ont rendu les spectacles languissants, fades et doucereux comme les romans. On n'y parle que de feux, de chaînes et de tourments. On y veut mourir en se portant bien. Une personne très-imparfaite est nommée un soleil ou tout au moins une aurore. Ses yeux sont deux astres. Tous les termes sont outrés. Tant mieux. »

L'art dramatique ne s'est pas perfectionné depuis Fénelon. Et aûu qu'on n'attribue pas cette opinion à un préjugé d'une philosophie cynique, on va citer les historiographes et les maîtres de l'art.

« Notre comédie, disent les frères Parfait (698), n'est pas propre à amuser les personnes sensées et à corriger le ridicule

des hommes. Elle n'offre que du faux merveilleux, que des scènes décousues, que des intrigues compliquées, que des événements qui ne sont pas amenés, ou que des farces dignes tout au plus d'avoir le peuple pour spectateur.

« On ne voit pas une imagination sage en inventer les sujets, un jugement bien réglé en tracer les desseins ; on n'y voit pas les grâces naturelles et piquantes, l'enjouement fin et délicat tenir le pinceau ; enfin notre comédie n'est pas un tableau vrai et animé. »

« Egarés par l'imagination , dit Madame Riccoboni (699), nous. perdons les traces du sentiment et de la vérité. Et si nous ne retournons sur nos pas, il est à craindre que le goût dominant ne nous replonge dans la barbarie des premiers siècles.

C'est où nous conduiront ces merveilleux, qui, selon M.deQuerlon(700), « croient avoir fait des découvertes pour nous avoir apporté le goût faux, maniéré, petit, puérile ou sauvage, atroce, stravaganle, sfrenato, elles nouveaux genres de pantomi mes.... La corruption du goût tient plus qu'on ne pense aux mœurs. Et l'influence qu'on attribuait à la musique sur celle des Grecs, tous les arts l'ont aujourd'hui sur les nôtres. Us ne portent aux yeux, aux oreilles et à l'esprit que l'image et le sentiment de la volupté qu'ils respirent. »

« 11 est prodigieux, dit Darnaud (701), combien nous sommes livrés à tout genre d'imposture. 11 est des bornes dans tous les arts au delà desquelles se trouvent le gigantesque, l'extravagant, l'absurde, en un mot le faux et l'opposé du naturel. Et ces bornes si sages, nous les avons passées. Nous ressemblons précisément à ces femmes qui, à leur- entrée dans le monde, mettent si peu de rouge qu'on peut douter si ce ne sont pas leurs propres couleurs. Ensuite leurs yeux s'accoutument à cet éclat étranger, et elles en abusent au point qu'elles se défigurent. Tout meurt sous les efforts d'un art corrupteur. Nos pièces de théâtre sont défectueuses. Les développements y sont vicieux. Les scènes ne sont qu'indiquées. Les enflées et les sorties, une des premières règles de l'art dramatique, sont totalement négligées. Les coups de théâtre n'ont jamais été amenés avec plus de maladresse. La nature est partout affichée au bel esprit, et l'on craint surtout d'être simple et de ne pas entasser les ornements. Nos poètes sont des espèces de jongleurs qui amusent la populace aux dépens les uns des autres.... Le public se laisse abuser par des talents factices, et il est la dupe de la fausseté du bel esprit. VI omnium rerum sic litterarum intemperantialaboramus. Or, tics que le goût du public est corrompu, rien n'est plus rare que de trouver un littérateur qui aifle couraged'aimer la littérature pour eile-œêwo

(<ï9S) Dans l'Histoire du Théâtre français.

(699) Dans son nouveau Théâtre angles.

(/00) Feuilles hebdomadaires des provinces, de l'an-

née 1770.

(70!) Dans sa Leilre sur sa tragédie d'EupkinÙe, dont lu deuxième édition parut eu I7US

NOTICE SU'. LE THEATRE LIIME

et de s'exposer à déplaira a la multitude. Un tel nomme ne confond pasle bruit avec la réputation. Il >ait supporter jusqu'à l'obscurité et l'indigenee. Il est prêt à immoler la

richesse et les emplois à ses talents. Il fuit le monde pour courir s'enfoncer dans le silence de la solitude. Il se redit sans cesse que l'éclat littéraire n'est rien sans l'amour de la vertu ; que le plus honnête homme est toujours celui qu'on doit le plus estimer, et il n'oublie jamais ces paroles de Montaigne : La vertu est plus jalouse des loyers d'honneur que des récompenses où il y a du gain et du profit. Ce n'est pas merveille si la vertu reçoit et désire moins volontiers cette sorte de monnaie commune que celle qui lui est propre et particulière. »

C'est sans doute conséqueinment à celle m n'aie que Darnaud déclare (702) n'avoir pas voulu se traîner sur les pas de ses maîtres a i théâtre.

Il esl vrai que ses tragédies de Comminge et iVEuphémie, énergiquement rembrunies, ont tout le sérieux du cothurne. Mais n'aurait-il pas été à souhaiter que Darnaud eût donné la préférence à des sujets profanes plulùl que de mettre, comme il le dit, la religion aux prises avec la passion de l'amour (703), et de placer le lieu, la scène de ses drames dans des monastères?

Le sacré sera toujours déliguré dans les poëines dramatiques qui ne sont applaudis qu'autant, comme le dit Darnaud, qu'on y fait jaillir et éclater les grandes passions dont la fougue est si nécessaire à l'action théâtrale (704), et où, pour intéresser les spectateurs, il faut présenter les images les plus vives des faiblesses, des fautes et des crimes qui sont la honte de l'humanité (70j). Voici à ce sujet le sentiment de Sainl-Evremond :

« L'esprit de notre religion, dit-il (700), est directement opposé à celui du théâtre. L'humilité et la patience de nos saints sont trop contraires aux vertus des héros dramatiques. Le théâtre paraît loujouis, à la plupart des spectateurs, perdre de son agrément dans la représentation des choses saintes; et les choses saintes perdent du respect qu'on leur doit quand on les représente sur le théâtre. C'est inutilement qu'on y opposerait la doctrine la plus sainte, les actions les plus chrétiennes, et les vérités les plus utiles pour produire celte purgalion (707) qu'A ris to te avait eu la simplicité d'admettre comme un remède propre à arrêter les mauvaises impressions des poèmes dramatiques. Ce rhéteur philosophe est a cet égard en défaut: car y a-t-il rien de si ridicule que de former une science qui donne sûrement une maladie qui travaille incertaiueuient à la guérison d'une autre; y a-l-il rien do si ridicule que de mettre

(705) Dans sa Lettre sur Euphémie.

(703) Lettre sur la tragédie u" Euphémie. (701) tbid.

(70'i) « t'.nihurnus est Tragicus prisea facinoru carminé recensera. > (S. C.vpr.) (7(0) Œuvres de Sut nl-Evremond , ton), III, d'où

la perturbation dans une âmê i our 1.1 lier après de la calmer par' des réflexions qu'on lui fait faire sur le honteux étal où on l'a mise? » Knlin comme Despréaux le dit aux poêles dans son art poétique :

De la fui d'un chrétien les mystères terribles,

D'di riemcnis égayés ne. sonl point susceptibles.

L'Evangile à l'esprit n'offre do ions côtés

Que péniu nce à faire et tourments mérités v/08) :

Et de vos Gelions le mélange coupable,

Même à ses vérités donne l'air de la table.

La nécessité de réformer la licence de nos spectacles est donc bien connue. Mais celte réformation est-elle moralement possible?

On a ci -devant rapporté une opinion motivée qui décide négativement la question.

En effet, il a paru des projets de réformation. Quelque peu sévères qu'ils soient, ils ont été regardés comme des spéculations vaincs et impraticables.

Néanmoins, comme ces ouvrages, qn'iï reste à indiquer, ont été composés par des auteurs attachés, par état ou par goût, aux théâtres, ils ont un caractère singulier d'autorité pour la peinture qui y est faite des vices et des dangers des représentations théâtrales: Hoc est argumentant rei.

Il n'est pas surprenant (pie l'art dramatique n'ait presque toujours enfanté que des productions folles et dangereuses. Cet art est né de la folie et de l'ivresse que le Dieu des raisins inspirait. Eu voici la généalogie:

La tragédie informe et grossière ea naissant N'était qu'un simple chœur, où chacun en dansant, El du Dieu des raisins entonnant les louanges, S'efforçait d'attirer de fertiles vendanges. Là le vin cl la joie éveillant les esprits Du plus habile chantre un bouc était le prix. Tliespis fui le premier, qui barbouillé de lie, Promena dans les bourgs celle heureuse folie; El d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau Amusa les passants d'un spectacle nouvoau Eschyle dans le chœur jeta les personnages; D'un masque plus honnête habilla les visages; Sur les ais d'un Ihéàlre en public exhaussé, Fil paraître l'acteur d'un brodequin chaussé. Sophocle enfin donnant l'essor a son génie, Accru l encore la pompe, augmenta l'harmonie, Intéressa le chœur dans loule l'action, Des vers trop raboteux polit l'expression, Lui donna chez les Grecs celte hauteur divine Ou jamais n'atteignit la faiblesse latine.

(Di:srnÉACx, Art poétique.)

Mais quels chants pourrait-on attendre de Tlialie, Lorsque d'Aristophane épousant la lobe, Et par son impudence assurant ses succès, Elle s'abandonnait aux plus honteux excès.

(Louis Racine, Epîi. à M. de Vulincourt.)

La poésie ne devait pas être profanée par de pareilles fictions. C'est la dégrader que de ne pas lui conserver la pureté de sa

l'on a aussi tiré ce qui a élé dit sur l'Opéra, afin de confirmer l'idée qui en avait élé donnée dans la première Lettre.

(707) Il a olé ci devant parlé de celle purgalion , dans la première Lettre.

(708) Flcre couiniis&a, el l'ciula non cotnmiltere.

divine institution. Elle a pour titre primordial de sa naissance le cantique qui. fut composé par Moïse après le passage de la mer Rouge. « De là, dit Bossuet, est née la « poésie. C'était Dieu et ses œuvres merci veilleuses qui en étaient les sujets. Dieu « les inspirait lui-même. El il n'y a pigopre- « ment que le peuple de Dieu où la poésie « soit venue par enthousiasmé'. »

Moïse, le plus ancien des poêles, consacra donc la poésie à la vérité éternelle. El plusieurs siècles après ou vit Homère la consacrer au mensonge. Elle devint l'instrument des passions.

Elle osa nous prêcher le vice effrontément : Elle mit en tous lieux sa gloire à nous séduire, Et corrompit ibs cœurs qu'elle devait instruire, Homère le premier, fertile en fictions, Transporta ilans le ciel lotîtes nos passions. • .'est lui qui nous fit voir ces maîtres du tonnerre, Ces dieux dont un clin «l'œil peut éhrauler la lerre, Injustes, vains, craintifs, l'un de l'autre jaloux. Au sommet de l'Olympe aussi faibles que nous. Ei c'est lui-même encor dont la main dangereuse, A tissu de Vénus la ceinture amoureuse. Les feux qui do Sapho consumèrent le cœur, Dans ses écrits encore exilaient leur chaleur. Pour chanter les exploits des héros qu'il admire Le faible Anacréon en vain munie sa lyre, Les cordes sous ses doigts ne résonnent qu amour.

Dans ces temps malheureux Vénus avait des lénifies, Le crime auloris.é par d'augustes exemples, Ne paraissait plus crime aux yeux de ces mortels, Qui d'un Mars adultère encensaient le^ auiels. Sur une terre impie et sons un ciel coupable, Le chanlre des plaisirs pouvait être excusable. Cependant aujourd'hui les enfants de la foi D'un plus sage transport ont-ils suivi la loi? Hélas! dressant partout un piège à l'innocence, Des Romains et des Grecs ils passent la licence. Je pleure avec raison tant de rares esprits Qui pouvant nous charmer par d'utiles écrits De ces précieux dons oubliant l'avantage, Ont souillé des talents dignes d'un autre usage. Des discours trop grossiers le théâtre épuré Est toujours à l'amour parmi nous consacré. Là, de nos passions, l'image la plus vive, Frappe, enlève les sens, lient une âme captive. Le jeu des passions saisit le spectateur; Il aime, il hait, il craint, el lui-même est acteur. D'un héros soupirant là chacun prend la place, El c'esl dans tous les cœurs que la scène se passe. Le poison de l'amour, a bientôt pénétré, D'autant plus dangereux qu'il est mieux préparé.

L'homme est longtemps trompé par de fausses

[images ; Mais la mort qui s'approche écarte les nuages. Captive jusqu'alors, enfin la vérité Sort du fond de nos cœurs et parle en liberté On écoute sa voix, on change de langage : De l'esprit el du temps ou regrelle l'usage ; Regrets tardifs d'un bien qui n'est jamais rendu : L'esprit est presque éteint, et le temps est perdu. Ne perdons point le nôtre. Heureux dans sa jeunesse Qui prévoit les remords de la sage vieillesse : Mais plus heureux encore qui sait les prévenir, El commence ses jours comme il veut les finir. Ainsi quoique à mes yeux le théàtie ail des char-

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