‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1158 sur 1429 · SC · texte numérisé non relu

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Enervant aninios cilhara\ caritusque Itjrtrqiie, El vox el mimais brachia molu suis.

(Ovide.)

Traité de In Réformation du Théâtre, par Louis Riccobom, ancien acteur italien, nouvelle édition; Paris, 1767. Celle édition est pareille à celle de 17i3. Cet auteur dit dans la préface que son plan de réformation ne devrait avoir lieu que dans le cas qu'il ne serait pas possible de supprimer , sans des inconvénients, les théâtres dans une grande ville.

Mais ce plan de réformation se ressent do la difficulté de réformer des théâtres, dont, dit Riccoboni, les pièces les plus modestes sont fort au-dessous de la pureté des meilleures pièces de Piaule. Aussi cet auteur croil-il avec raison que son plan est encore susceptible de réformation. « J'exclus, dit-il, tout à fait la passion de l'amour des pièces qu'on écrira pour le théâtre réformé. Je prétends aussi abolir entièrement la danse des femmes. Mais mon système, toute proportion gardée, pourrait être comparé à celui de Platon par rapport à sa république. Il aurait fallu, pour la peupler, que ce philosophe eût créé des hommes nouveaux; et pour fonder le théâtre que je propose, il faudrait pétrir des hommes d'une pâte toute nouvelle. H est impossible que des spectateurs qui n'ont jamais connu d'autres spectacles cpie ceux où l'amour sert de base, où celle passion anime les inlrigues, où elle détermine presque les caractères, où enfin les épisodes et la diction ne respirent que l'amour ; il est impossible, dis-je, que de tels spectateurs adoptent précisément le contraire et ne soient pas révoltés par mon système. »

Au reste, cet auteur indique la voie la plus sûre pour faire tomber le goût de nos spectacles tels qu'ils sont; c'est d'élever les jeunes gens de manière qu'ils ne s'exposent jamais à y aller. C'est en effet à la mauvaise éducation qu'il faut attribuer la corruption des mœurs.

« Communément jusqu'à l'âge de dix ans, dit Riccoboni, les enfants sont très-bien élevés; depuis dix ans jusqu'à quinze,! éducation faiblit, et les enfants commencent à être gâtés, souvent môme par leurs pères et par leurs mères: enfin depuis quinze ans jusqu'à vingt, les jeunes gens, maîtres de leurs actions, achèvent eux-mêmes de secorrompre.

« Les parents sont, pour l'ordinaire, plus occupés de l'apparence, de l'extérieur, que du fond et de l'essentiel de l'éducation de leurs enfants. On ne s'attache à leur apprendre que la politesse, les belles manières et l'usage du monde; en sorte qu'à dix ans, ils sont en état de paraître dans ce qu'on appelle les meilleures compagnies où on a grand soin de les présenter. C'est là qu'ils entendent parler de toules' sortes de matières qui peuvent ou exciter leur curiosité, ou développer lus germes de leurs

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NOTiCE SLlt Ll, TIII..V1U1. I .IMU".

passions. El c'est là i|uc dans un âge encore tendre et si susceptible îles impressions du vice, ils commencent à le connaître et à se familiariser avec lui.

« Ces principes de corruption reçoivent une nouvelle force des spectacles publics, où les pères et les mères ont l'imprudence de s'empresser de conduire leurs entants de l'un et l'autre sexe. Or, quelles atteintes mortelles ne doivent pas donner à leur innocence le nombre infini de maximes empestées qui se débitent dans les tragédies, dans les opéras, et les expressions et les images licencieuses que présentent les comédies. Ils ne les effacent jamais de leur mémoire.... Ils y voient des grands, des personnes élevées en dignité, des vieillards, etc., y applaudir. Ils s'imaginent que tout ce qu'on leur expose est à retenir.... Ils agissent enconséquence lorsqu'ils jouissent de leur liberté, et les voilà corrompus dans le cœur et dans l'esprit pour le reste de leur vie.... Mais, dit-on, quel inconvénient y a-t-H qu'ils entendent parler de la passion de l'amour, il. faut bien qu'ils la connaissent tôt ou tard? C'est ce que je suis trèséloigné de croire. On doit toujours ignorer le libertinage. Mais quand celle passion serait traitée avec plus de réserve sur le théâtre, il n'y aurait pas moins d'inconvénient, et, si j'»se le dire, moins de cruauté à leur donner, surune matière si délicate, des leçons prématurées et infiniment dangereuses, et à leur faire courir le risque de perdre leur innocence avant même qu'ils sachent quel est son prix et combien celte perle est affreuse et irréparable. Mais les parents s'intéresseront-ils à leur conserver cette vertu, s'ils n'en connaissent pas euxmêmes le prix ? Néanmoins, ils sont ensuite au désespoir quand leurs enfants donnent dans des désordres préjudiciables à leur fortune. »

Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs, par M. I>*; Paris, 1767.

Cet écrit se trouve joint à la dernière édition de l'ouvrage précédent. L'auteur soutient que toutes nos comédies n'ont pas atteint le véritable but de la comédie, qui, dans son essence, est une satire des mœurs capable de les corriger. II propose des moyens de réformera cet égard noir.; théâtre, mais en môme temps il convient de 1 impossibilité d'y réussir relativement au mauvais goût de noire nation, « qu'on ne peut, dit-il, amuser qu'en n'introduisant sur le théâtre que des personnages plutôt semblables à des marionnettes qu'à des hommes. »

Causes de la décadence du goût sur te théâtre; Paris, 1768.

II n'est question dans cet ouvrage que d'observations littéraires; néanmoins, elles font connaître que l'auteur n'ignore pas qu'il y a des risques pour les mœurs à fréquenter les spectacles. Il pense que la plupart des spectateurs ne s'y portent que pour y perdre, par une foule de distractions et d'amusements, un temps qui est pour eus

un fardeau insupportable. II impute aux

comédiens d'être la principale cause de leus les rej roches que les moralistes font aux théâtres publics, il déclame contre l'enthousiasme avec lequel presque tous les amali urs des Spectacles parlent des comédien-. II ne pense pas qu'un état qui, relativement a ses fonctions, ne saurait être embrassé que par l'indigence et le libertinage, puisse jamais cesser d'être honteux. Et à l'égard de ce qu'on dit vulgairement qu'on peut exercer cette profession sans déroger, il répond qu'il en est de même do plusieurs autres actions qu'un gentilhomme a la faiblesse de se permettre sans qu'il en résulte une dérogation légale, mais qu'il n'encourt pas moins le mépris des gens honnêtes ; que c'est ridiculement que des personnes prétendent relever la profession de comédien, sous prétexleque Louis XIV joua dans sa jeunesse avec les acteurs de l'Opéra quelques rôles dans des ballets; que d'ailleurs ce monarque, comme le dit M. de Voltaire, en reconnut les inconvénients quand il eut conçu l'idée de la véritable grandeur.

De l'art du théâtre en général, où il est parlé de différents genres de spectacles et de la musique adaptée au théâtre; Paris , 17G9 .

Nougaret, à qui l'on attribue cet ouvrage didactique, paraît très-amateur des spectacles. Il exagère beaucoup leurs avantages, lorsqu'il dit .

« Il est démontré que la tragédie et la comédie sont l'école des mœurs; (es hommes viennent s'y instruire en s'amusant. On leur doit les progrès de l'esprit et peut-être ceux de la vertu. Lorsqu'un peuple est plongé dans la barbarie , il ignore ce qu'on entend par spectacle; mais à mesure qu'il se polit , on le voit caresser les muses et courir en foule au théâtre. »

Ces assertions dérivent d'une passion favorite qui trouble l'équilibre et l'harmonie du cerveau. Cependant cet auteur ne se livre pas à son zèle jusqu'à s'aveugler sur les défauts , les dangers et la corruption actuelle de nos théâtres. 11 convient que ce qu'il appelle gens à préjugés , c'est-à-dire les ennemis des spectacles, ont quelque apparence de raison. Voici quelques-unes de ses réflexions.

« On sait , comme le dit M. Nadal dans la Préface de la tragédie de Marianne , qu'on ne peut faire réussir une pièce dramatique qu'en flattant les passions des cœurs corrompus. Peut-être même qu'en recherchant la mécanique de celles de nos pièces qui ont fait le plus de bruit, on trouvera que c'est en elles un fond de ce même libertinage qui produit dans la représentation je ne sais quelle espèce d'illusion et d'ensorcellement ; et, si l'on se plaît aux spectacles les plus tragiques, quelque déchirement qu'ils fassent éprouver à l'âme sensible , n'est-ce point, comme le dit l'abbé Dubos , parce q.ue le cœur est ennemi du repos qui le fait tomber dans l'indolence, dans une li igm ur insipide '.' El aûn de s'occuper, il

DICTHLNNAIRE DES MYSTERES.

« Il faudrait ceux qui Iravai

se remplit de passions tristes ou enjouées , peu lui importe, pourvu qu'elles le retirent du désœuvrement.

« La magie du spectacle , dit Nougaret , 1s vue des actrices, les femmes qui remplissent les loges, tout nous porte assez à l'amour sans qu'il soit nécessaire de composer des drames dont l'intrigue agréable et gaianle , le style léger et délicat nous invitent à nous" livrer à cette passion. Je fais une remarque : je suis un des premiers poêles qui , en parlant de drames , ail averti d'en bannir la licence.

Je ne puis estimer ces dangereux ailleurs. Qui île l'honneur en vers, infâmes déserteurs, Trahissant la vertu sur un pipier coupable, Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice ai-

[inable.

(Despiiéaux, Art poétique.)

que les auteurs , surtout eut pour le théâtre , n'eussent rfen a voiler. La comédie et la tragédie meltenl toujours l'amour en jeu ; mais le spectacle moderne, c'est-à-dire le Théâtre- Italien (709) , met dans ses opéras bouffons, dans ses comédies à ariettes , l'indécence eu action, ou du moins peu s'en faut.

« Tout, dans les drames de ce théâtre, conspire à faire rougir la pudeur. Le sujet est contre la décence. L'intrigue et l'action forment des images révoltantes, les détails respirent la passion même; en un mot , loul peint et célèbre la volupté. On la fait pénétrer par les yeux et par les oreilles jusque dans le fond de l'âme. L'harmonie d'une musique voluptueuse achève de porter i ivresse dans les sens des spectateurs. Je doute que les sybarites aient eu des spectacles plus dignes de 'leur mollesse et des passions auxquelles ils s'abandon-

tisiînt On met dans les scènes ces petits

airs coupés qui , dit M. de Voltaire , i it ter— icmpent l'action et font valoir les fredons d'une voix efféminée, mais brillante aux dépens de l'intérêt el du bon sens. On y multiplie ces arieltes qui , comme le dit M, J.-J. Rousseau, ne sont qu'un misérable jargon criminel qu'on est bienheureux de ne pas entendre, une celleclion faite au hasard d'un très-petit nombre de mots sonores que notre langue peut fournir, tournés et retournés et. toutes les manières , excepté de celle qui pourrait leur donner du sens. C'est sur ces impertinents amphigouris que nos musiciens épuisent leur goût et leur savoir, et nos acteurs leurs gestes et leurs poumons. C'est sur ces morceaux extravagants que nos femmes se pâment d'admiration. Voilà quel est ce théâtre qu'on fréquente chaque jour, qu'on applaudit , qu'on élève jusqu'aux nues....

(709) On sait que ce théâtre fut dès son origine fort enclin aux indécentes bouffonneries. 11 est rapporté dans la Gazette de France du 17 mai 16'J7 « que Louis XIV le proscrivit, parce que l'on n'y gantait pas les règlements, que l'on y jouait des pièces licencieuses, el que l'on ne s'y était pas corrigé des obscénités et des gestes indécents ; nue

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Puisqu'on tolère de telley licences, que ne devons-nous pas attendre à voir représenter (710) ? »

Le même auteur se plaint aussi du caractère de nos opéras.

« Les héros de la scène lyrique, dit-il, sont trop tendres et trop langoureux; ils sont remplis de maximes d'amour qui révoltent les gens scrupuleux. »

On sait que Boileau a bien peint la séduction do ce théâtre, lorsque, dans sa dixième satyre , il en décrit les funestes et inévitables influences sur la femme la plus pure qu'on y conduirait. Personne n'ignore cette description , mais peut-on se refuser de la comprendre dans cette nuée de témoignages qu'on a rassemblés ici contre les théâtres ?

Par toi-même bientôt conduite à l'Opéra,

De quel air penses-tu que la sainte verra

D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse,

Ces danses, ces héros à voix luxurieuse;

Entendra ces discours sur l'amour seul roulants,

Ces doucereux Renauils, ces insensés Rolands,

Saura d'eux qu'à l'amour, connue au seul Dieu su-

[prême, On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même. Qu'on ne saurait trop loi se laisser enflammer, Qu'on n'a reçu du ciel un cœur que pour aimer; El tous ces lieux communs de morale lubrique, Que Lulli réchauffa des sons de sa musique? Mais de quels mouvements, dans son cœur exciiés, Senlira-l-elle alors lousses sens agités? .îe ne le réponds pas qu'au retour, moins timi.le, Digne écolière enfin d'Angélique ctd'Armide, Elle n'aille à l'instant, pleine de ces doux sons, Avec quelque Medor pratiquer ces leçons.

L'auteur de VArt du théâtre, en parlant

de la musique voluptueuse de nos spectacles , donne incidemment aux femmes un avis très-sage.

« J'ose , dit-il , conseiller aux dames , malgré tous les avantages qu'elles en relircit , de ne se livrer qu'avec réserve à l'étude du chant. Mézerai a dit qu'Anne de Boulen , femme de Henri VIII , savait trop bien chanter pour être sage. Cet historien ble avait-il si grand tort de faire un tel jugement d'Anne de Boulen ? Il est désagréable de s'exposer à de pareils soupçons. Il esterai qu'on peut avoir une très-belle voix et aimer la vertu. La musique n'est pas tout à fait incompatible avec la sagesse; mais les dangers auxquels elle expose, une jeune femme doivent la lui faire craindre. Celle qui possède un organe flatteur en tire bientôt vanité. Les applaudissements qu'on lui prodigue la remplissent d'orgueil. On s'aperçoit de son faible , on la loue avec enthousiasme; l'éloge séduit, et la tète tourne. D'ailleurs, à force de répéter des chansons tendres et voluptueuses, le cœur s'enflamme ;

quelques personnes delà première qualité, protecteurs de la Comédie Italienne, avaient agi auprès du roi pour la révocation de son édil contre elle, mais que leurs démarches furent inutiles.

(710) Cette peinture du Thcàlre-Italieh justifie ta qui a élé dit dans la première Lettre.

Il fil

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