‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1159 sur 1429 · NOTICE SL'R LE · texte numérisé non relu

NOTICE SL'R LE

l'nn est moins révoltée de s'entendre adresser ce que l'on prononce tous les joins avec sentiment , et il arrive souvent que la mourante sagesse d'une jeune personne jette le dernier soupir lorsqu'elle ne croit encore que fredonner une chanson. »

« La musique, dit Corneille Agrippa, est des plus propres et chéries chambrières du vice; avec la douce voix el le venin emmiellé des chants, sons et accords voluptueux de ses instruments, elle enflamme les désirs déréglés et 'ôte loulo force et toute vertu à l'esprit , et corrompt en toute lasciveté et délices; pervertit les bonnes mœurs, excite impétueusement les cupidités et affections déshonnêles. »

Au reste, on s'est expliqué sur l'.ïiommage que l'on doit à !a musique , dont l'invention doit être môme considérée comme un présent que l'Auteur de la nature nous a tait pour l'employer à chanter sa gloire, a lui exposer nos besoins , à le remercier de ses dons . à manifester notre joie dans la prospérité, à dissiper nos chagrins dans nos afflictions , a soulager nos peines dans nos travaux , a exciter enfin l'ardeur martiale dans le cœur des combattants : Quid autem aliud in nostris Icyionibus connut ac tubce faciunt ? Quorum concentus quant» est vehementior tanto liomanu in bellis gloria cwteris prœstat (711). 11 est vrai que l'abus do la musique , presque aussi ancien que son invention , a fait , dit Roi lin , plus d'imitateurs de Jubal (712) que de David ; mais il faut reconnaître avec Plutarque que tout homme de bon sens n'imputera jamais aux sciences mêmes ce qu'on ne doit attribuer qu'aux dispositions vicieuses de ceux qui les corrompent.

Dissertation sur les spectacles , par M. Rabelleau; Paris, 1769. — Cet auteur propose sérieusement de faire de la profession de comédien une espèce de milice que chaque citoyen serait obligé d'exercer avant d'être admis à aucune place publique à la cour, dans le ministère et dans la magistrature. Ce projet, tout ridicule qu'il est, a pour motif l'impossibilité de réformer les comédiens de profession. Rabelleau leur reproche d'être seuls la cause de la corruption actuelle des théâtres. « Une troupe de gens, dit-il , faisant métier de renoncer à tous parents , h toute patrie et de courir de ville en ville, jouant la comédie pour de l'argent , tous les jours indistinctement devant des gens que le désœuvrement, la dissipation et le hasard y conduisent. Ces comédiens, ne jouassent-ils d'abord que des pièces les plus épurées, entraîneront nécessairement avec eux le désordre, la licence et le relâchement des mœurs qui règne toujours au milieu de la multitude. Lu vain les souverains rendront dos édits en leur laveur, ils n'en proliteront pas. •>

THEATRE LIBRE. H8o

Mais on peut assurer à Rabelleau que ,

quand son projet serait exécutable , le ttié.ltre n'en serait pas moins nuisible aux mœurs. Il serait toujours question d'y amuser la multitude des désœuvrés; ainsi la cause première de la corruption des spectacles subsisterait.

Les poêles dramatiques, comme l'observe Carnier (713) , ne veulent point travailler sans succès. « Us savent que l'accueil de « leurs drames dépend du suffrage de jeunes « femmes ou de jeunes gens inappliqués, « qui n'accourent au théâtre que pour so « procurer des sensations agréables. Les « choses-sérieuses leur paraîtraient froides, « et les vérités fortes les écraseraient. »

Jean Racine était bien capable de se mettre au-dessus des idées de son siècle et de ne travailler que dans un goût qui pût lui mériter dans tous les temps l'approbation des sages. Néanmoins il eut pendant plusieurs années la faiblesse de vouloir plaire aux personnes futiles. On sait la réponse qu'il fit au célèbre Arnaud qui lui faisait des reproches sur ce qu'il avait fait flippolyle amoureux : Ehl Monsieur, lui oit Racine, sans cela quuuraicnt dit nos petits maîtres ?

Voilà pourquoi nous voyons nos poètes dramatiques mettre en usage toutes les ressources de leur génie, pour retracer aux spectateurs les moments les plus agréables de leur vie licencieuse. « On aime, dit Carnier (714) à se retrouver dans leurs peintures, à comparer ce qu'on a quelquefois senti au dedans de soi-même. On se livre aux impressions qne la magie dramatique fait éprouver. On apprend par cœur les poëmes, on dresse des théâtres et or: devient des comédiens. Ainsi ce qu'un auteur satyrique disait d'un peuple s'est réalisé do nos jours : Nalio comœda est. »

Cette réllexion de Carnier n'est que trop véritable. La passion pour les représentations dramatiques n est- elle pas portée jusqu'au point qu'une salle de théâtre est presque devenue comme un besoin , au moins à la campagne ? « Cette sorte d'amusement, dit l'abbé Clément (715), est un nouvel artifice mis à la moue dans notre siècle, s;'tis doute pour arracher tout à fait un reste de répugnance qu'on avait jusqu'à présent conservé pour le théAtre et ses acteurs; mais surtout infaillible moyen ije rendre la séduction plus certaine encore et plus prompte, en imprimant pins fortement îles passions dans lesquelles on est obligé de mieux entrer pour les représenter soi-même, en donnant plus de liberié et de hardiesse à parler le langage de la volupté, en mettant dans l'occasion la plus prochaine d'inspirer el de prendre des sentiments, mieux réglés peut-être dans leur objet, niais aussi déréglés dans leur prin-

(711) Quinti".., !ib. i, cap. 10.

(•712) Jnbal, l'un «les descendants du clicfdcs impies, c'cst-a-ilirc de Caïii, est d'inné pp.ir l'inventeur île ce gemv de musique,, ;isseni aux objets îles pas-

(715) Dans son Trait,' de l'é'lucution civile. (711) Dans son Traité de Cédwcalion civile (1\'>) Dans son Sermon sur I s spectuctes.

MCTIOXNAIRE DES MYSTERES.

eipe et communément plus dangereux dans leurs suites , désordre qui fut déploré par.des sages du paganisme comme le présage le plus certain du la prochaine et de l'entière décadence. »

Tout projet de réformation de nos spectacles sera toujours sans eilets dans des temps où i n'y a que les objets licencieux qui enchantent et qui séduisent. Le caractère du siècle où nous vivons est suffisamment établi par la témérité avec laquelle on offre au public les ouvrages les plus scandaleux et les plus impics. En voici un de celte espèce sur la malière des spectacles. C'est un arsenal d'impiété, armentarium impielalis. Il a pour titre : Le Mimographe, ou Idées d'une honnête femme pour la réformation du théâtre national; Amsterdam, 1770.

C'est une espèce de roman épistolaire dont le principal personnage est une comédienne. Cet ouvrage est aussi ridicule, bizarre et ennuyeux dans sa contexture et dans son néologisme que monstrueux par la licence des idées et par leur contradiction. C'est enfin un ouvrage digne de celle foule d'écrivains obscurs, qui, ne pouvant s'illuslrer par l'éclat des talents, tentent de so faire une réputation par la licence do leurs écrits.

L'avertissement préliminaire est terminé parcelle proposition extraite de V Apologie de la religion, par l'abbé Bergier : « L'expérience nous apprend qu'il faut des spectacles pour attacher le peuple. Une religion, dépouillée de lout culte extérieur, ne peut ni l'affecter ni l'instruire. Les protestants ne s'aperçoivent que trop aujourd'hui des inconvénients d'un culte trop décharné. »

Cette proposition est relative à la nécessité d'établir un culte extérieur (716) qui soit l'expression et l'image d'un culte intérieur digne du christianisme, « qui est une religion véritable, chaste, sévère, ennemie des sens et uniquement attachée aux biens invisibles (717.) »

Mais le Mimographe ose abuser de la proposition de Bergier jusqu'à en faire un principe pour établir la nécessité d'avoir des spectacles voluptueux, comme si nous étions dans l'idolâtrie « qui , dit Bossuet (718), étant faite [tour le plaisir, faisait consister une partie du culte divin dans les divertissements, les spectacles, et dont les fêtes étaient des jeux d'où l'on avait soin de bannir la pudeur. »

Le Mimographe confondant les ministres de noire religion avec les prêtres des idoles, les compare à des comédiens. Il déclame

(716) < Gum tanio cacremoniartim apparalu ceiebr.ii Ecrlesia divinum offlcium m excitelur effieacius chrisliana plebs ad Dei cuttum. > (Instit. cuiltol., pari, m, secl. 2, cap. li.)

(717) BosSUET, Disc, sur l'ilist. unit:

(718) Bossuet, Disc, sur l'Hist. unie.

(719) Celle sévérité a souvent éié réclamée par les premiers magistrats chargés d'acquitter le roi île ses devoirs ifériqite extérieur de ses Etats, comme saint

contre le privilège que l'ordre du clergé a toujours eu d'occuper dans l'Etat le premier rang. Il attribue les censures de l'Eglise contre les spectacles à une jalousie des prêtres qui, dit-il page 369, ne devaient pas laisser partager le droit de représenter gui leur appartient éminemment dans tous les temps et dans tous les cultes.

On sait que l'autorité des rois est une participation de l'autorité de Dieu , de même que celle de leurs minisires politiques et judiciaires est un écoulement de l'autorité royale. On sait aussi que le ministère sacerdotal est un moyen choisi de Dieu pour transmettre son autorité à l'Eglise, pour être le canal de ses grâces et pour lui porter nos vœux, nos prières et nos sacrifices.

Ces pricipes incontestables et précieux à conserver dans toute leur intégrité pour le bonheur des peuples, sont niés et insultés dans le Mimographe, i>ag. 362 cl 365. On y donne comme des établissements odieux le sacerdoce et la royauté. L'Ecriture sainte y est profanée et tournée en ridicule.

Est-il étonnant que l'autorité royale et les dépositaires de la puissance ecclésiastique, soient insultés dans des ouvrages qui méritent d'éprouver la sévérité des lois (719)? La cause des théâtres ne peut certainement que paraître encore plus mauvaise a des gens sensés, quand ils voient ses défenseurs donner dans des excès aussi odieux. C'est pour cette raison qu'on a cité quelquesunes des assertions de ce Mimographe.

11 n'est pas surprenant que cet auteur t déclare, page 311, avoir été révolté par tous les écrits faits contre les spectacles ; aussi , en conséquence, Iraite-t-il J'interprète* atrabilaires de la religion Nicole, Bossuet, le P. Lebrun, l'abbé Clément, Gresset, etc., elc. Cependant il convient, page 373, que « un Chrétien ne peut se dissimuler que la représentation d'Athalie et de Polyeucte est viciée sur les théâtres actuels, et qu'en condamnant les spectacles, le Chrétien raisonne conséquemment. »

Le projet de réformation qu'il propose ne rend pas les théâtres plus conciliâmes avec la morale chrétienne. Il trouve impraticable la sévérité de celui de Biccoboni. Il voudrait, comme Babelleau, que nous fussions tous des comédiens, et, quant aux pièces dramatiques, après en avoir exclu quelques-unes comme licencieuses, il revient a les tolérer, pour donner, dit-il, aux pères et mères de famille le moyen de connaître le cœur humain, d'autant plus que, selon lui, les peintures de l'amour ne sont pas dangereuses.

Re:ni appelait Clovis. On en trouvera des preuves récentes dans des extraits de deux réquisitoires de MM. Joly dcFIcury el Séguier, avocals généraux du parlement de Paris. Ce sont des témoignages qui manifestent le zèle des magistrats à protéger il à venger, au nom du roi, les lois fondamentales de la religion et des mœurs. Tutoies sumus veluslalis et vin, tices, disait l'empereur Justinien.

NOTICE Sl'U Li: THK.Viru: LIBRE.

Colle doctrine épicurienne est réellement

celle de nos théâtres, et on l'adopte plus on moins en les fréquentant. On peut s'en procurer la preuve par le poème îles Saisons que M. de Saint-Lambert donna en 17o9;on y trouve la description la plus naïve de tous nos spectacles. Ils paraissent avoir été peints d'après nature; il y a môme lieu do croire que M. de Saint-Lambert tenait le pinceau Jans le moment de l'ivresse de leur séduction. C'est sans doute cette séduction qu'il a voulu exprimer lorsqu'il dit dans le quatrième chant :

Les Muscs, les amours, unis pour me séduire, M'enlèvent à l'instant Mans un monde enchanté, Où tout vaille, respire et peint la voluplé.

0 spectacles divins, écoles respectables, Du véritable honneur, des vertus véritables!

ils nous ont délivrés des gothiques usages. Des antiques travers, du vernis des vieux âges. Us corrigent en nous ces défauts, ces srreurs, Qui pourraient altérer les charmes de nos mœurs. Quels sons harmonieux, quels tableaux ravissants! Tous les arts à la fois séduise., lions mes sens.

L'auteur se ressentait encorede ce funeste rnchantement, lorsque dans des notes de son poème (pag. 8« et 1*58, etc.) il soutient quo les spectacles tels qu'il les a peints, sont une véritable école où l'on reçoit des leçons de vertu, où l'on apprend la saine philosophie et les vérités d'usage; qu'il faillirait ériger des statues aux inventeurs de ces plaisirs qui font jouir tout à la fois tous nos sens, et qu'on doit dire arec Dernier, que la privation d'un seul plaisir innocent est un grand péché.

Il faut présumer que M. de Saint-Lambert n'a fait que prêter son génie poétique à cette morale sensuelle, et que de cœur il tient à la philosophie de Despréaux, dont on va citer quelques vers pour faire opposition.

Le seul honneur solide

C'est de prendre toujours la vérité pour guide, De regarder en tout la raison el la loi.

Li ce n'est qu'en Dieu seul qu'est l'honneur véritable.

(Desp., salir. 11.)

Car qu'est-ce, loin de Dieu, que l'humaine sagesse?

(/</., salir. 1:2. )

Le (aux esl toujours fade, ennuyeux, languissant, Rien n'est beau que par la vérité.

C'est par elle qu'on plaît cl qu'on peut long-temps

| plaire.

(/</., épine 9.)

Que votre àme el vos mœurs, peintes dans vos ou-

fvrages, N'offrent jamais de vous que de nohles images.

Un auteur vertueux, dans ses vers innocents,

Ne corrompt point le cœur eu chatouillant les sens.

Son feu n'allume point de criminelles flammes;

Aimez donc la vertu, nourrissez-en votre àme,

Eu vain l'cspril esl plein d'une noble v'g :cu:-, Le vers se seul toujours des bassesses du cœur.

(.tri poé.ique.)

Jean Racine prêtait l'oreille aux instructions de ce grand poète qui était pour lui

Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible, Sur ses railles jamais ne le laissant paisible.

En voici une preuve. Jean Racine avait eu la faiblesse de composer en faveur di s th •âtres une lettre où il avait mis lo te la chaleur d'un poëte intéressé à défendre l'honneur de ses lauriers. Despréaux, à qui il l'avait communiquée, lui fit cette réponse : Votre littre est très-bien écrite, mais vous défende:.: une très-mauvaise cause. Racine reconnut qu'il est d'une belle âme de no jamais compromettre sa réputation paraticu > écrit dangereux : Negligere quid de se tontines (veJ prœsenles, vol posleri) senliant dissolutl animi est. (Cickr. De off.) Et nonobstant toute l'ardeur de son ressentiment contre les inoralisles qu'il avait alors pour adversaires, il déchira sa lettre en présence de Despréaux.

Tel aurait élé le sort de toutes les apologies des spectacles, si leurs auteurs avaient sincèrement consulté des gens de lettres qui eussent une teinte de ce qu'on appelle présentement le vernis des vieux âges, c'est àilire un jugement sain, un respect pour les lois divines et humaines, en un mot, du zèle pour les mœurs.

Toutes ces apologies ne sont établies que sur la coutume et l'amour du plaisir. Tout l'art de leurs auteurs ne consiste qu'à éblouir par des subtilités et des sophismes. On sait que l'erreur n'a pas d'autres armes à employer. Il n'en est pas de même îles écrits qui combattent le théâtre. Ils sont fondés sur la raison, sur l'intérêt des bonnes mœurs et sur la religion, trois sources d'arguments invincibles. Ne pourrait-on pas encore citer en preuve le témoignage intérieur d'un grand nombre de ceux qui fréquentent les spectacles? On en voit qui ont assez de bonne foi pour se condamner eux-mêmes, plutôt que la vérité, et qui disent ingénument : jo désapprouve ce que j'ai la faiblesse de tue permettre :

Xideo meliora, proboque.

Détériora iequor.

Enfin, concluons: « Le spectacle tel qu'il est, » dit Le Franc (~20), « n'étant pas à beaucoup près un lieu silr pour la sagesse et pour la vertu ; et les acteurs dete spectacle étant toujours dans les liens de l'excommunication, un auteur élevé dans la morale chrétienne no saurait, sous quelque prétexte que ce soit, ni par quelque ouvrage que c« puisse être, concourir au soutien du théâtre, sans se rendre lui-même responsable des ineonvénic ni» et des abus qui y sont allachéSi ni contribuer ;i l'entretien des acteurs, sans partager le mal qu'ils causent et

(7-20) De l'Académie française ancien président de Ltiire à !.. fini ine.)

la Cour des aides de Monlauban. (Voyez sa

celui qu'ils font.... On s'efforce depuis longtemps de réduire en problême théologique celle question : si c'est un péché d'aller à la comédie. On ne manque pas d'appuyer la négative de toutes les distinctions possibles, de toutes les conditions capablesde rassurer.On exige qu'il n'y ait rien de déshonnôte, ni de criminel dans la pièce; que celui qui va au spectacle n'y apporte point de penchant au vice, ni une âme facile à émouvoir; qu'il y soit maître de son cœur, de ses pensées, de ses regards; que rien de ce qu'il entend, que rien de ce qu'il voit ne soit pourlui une occasion • le chute ni de tentation. Cette théorie est certainement admirable. Qui me répondra île la pratique? Sera-ce notre casuiste? Qu'il aille plutôt a la comédie. Au retour je m'en rapporte à lui. »

Le Franc propose le défi avec trop de confiance pour qu'il soit prudent de l'accepter. Il faut donc conclure pour l'affirmative du problème. Bussy-Rabutin en résolut un autre du même genre, dans une lettre qu'il écrivit à M. de Roquette, évoque d'Aulun. Il est question des bals. On sait qu'il avait titre pour avoir autorité consultative sur cette matière. Sa lettre ne sera pas ici une pièce disparate; on va donc la rapporter. Elle se trouve dans le quatrième tome du recueil de ses Lettres, édition d'Amsterdam, 1738.

« De Chaseu ce 23 juin 1G77.

« J'ai lu, Monsieur, l'avis sur les bals que vous m'avez envoyé ; et puisque vous souhaitez de savoir ce que j'en pense, je vous dirai que je n'ai jamais doulé qu'ils ne fussent très-dangereux. Ce n'a pas été seulement ma raison qui me l'a fait croire, c'a encore été mon expérience et quoique le témoignage des Pères de l'Eglise soit bien fort, je Cens que sur ce chapitre celui d'un courtisan sincère doit être d'un plus grand poids. Je sais bien qu'il y a des gens qui courent moins de hasard en ces lieux-là que d'autres ; cependant les tempéraments les dIus froids s'y réchauffent, et ceux qui sont assez glacés pour n'y être point émus, n'y ayant aucun plaisir, n'y vont point. Ainsi il n'est pas nécessaire de les leur défendre ; ils se les défendent assez eux-mêmes. Quand on n'y a point de plaisir, les soins de sa parure et les veilles en rebutent et quand on -v a du plaisir, il est certain qu'on court grand hasard d'y offenser Dieu. Ce ne sont d'ordinaire que des jeunes gens qui composent ces assemblées, lesquels ont assez de peine à résister aux tentations dans la solitude, à plus forte raison dans ces lieux- là, où les beaux objets, les flambeaux, les violons et l'agitation de la danse échaufferaient des anachorètes. Les vieilles gens qui pourraient se trouver dans les bas sans inléres-

(7-2!) Nemo salut fere sobrius, nisi forte insanit. [Ortit. pro Mur.)

(~t±) La danse en général n'est pns en elle-même un vice; mais elle esl devenue pewiirifwi.se pane qu'on l'a éloignée de la noblesse de son origine. Klle lui d'aboid l'expression de l'enthousiasme des sen-

ser leur conscience, sciaient ridicules d'y aller; et les jeunes à qui la bienséance le permettrait ne le pourraient pas sans s'exposer à de trop grands périls. Ainsi je liens qu'il ne faut point aller au bal quan i on est chrétien et je crois que les directeurs feraient leur devoir, s'ils exigeaient de ceux dont Hs gouvernent les consciences, qu'ils n'y allassent jamais. »

On peut joindre à ce témoignage la peinture suivante que Saint-Lambert a faite des bals dans son poëme des Saisons , mais avec une intention bien différente de celle de Bussy-Rabutin. Celui-ci nous dit avec une sincérité admirable : fugitehœc, fuyez la coupe empoisonnée de Circé, au lieu que Saint- Lambert nous dit : accurritc, accourez.

... Le bal va s'ouvrir chez Hébé, chez Alcine, L'or el l'émail des Heurs, les perles et l'hermine Delà foule élégante orne les vêlements.

L'incarnai des rubis, le feu des diamants Répandent un jour doux sur les charmes des belles, Et les yeux avertis vont se fixer sur elles. Le désir de lout vaincre, el l'espoir du succès Brillent modestement dans leurs yeux satisfaits. Le feu de leurs regaids s'anime avec la danse L'amour, sans se montrer, Fait sentir sa présence, El plein d'un sentiment vif el délicieux Chacun seul, le plaisir qu'il voit dans les yeux.

A la mélancolie

Opposez, s'il ie faut, les jeux de la folie

Opposez des excès, hâlez-vons de saisir

Lu seul instant de joie, un moment «ie plaisir.

Entrez dans ces salons où de brillants Prêtées

Changent en riani leurs formes empruntées,

Où la nuit, le tumulte, el les masques trompeurs

Font naître à chaque instant d'agréables erreurs.

Là le maintien décent, la froide retenue, Là les sexes, les rangs ; les âges confondus Suivent en se jouant la folie el Momus.

Il paraît que Saint-Lambert ne s'était pas muni d'antidote contre le venin de la coupe qu'il nous présente. 11 loue la danse par les effets pour lesquels Cicéron (721) l'altribait à une espèce de délire. Et, selon ^Ëmilius Prohus , les Romains vertueux rejetaient l'usage de la danse, comme un vice qui réveille et fortifie une passion dont le sentiment inévitable est à combattre, dont le souvenir est incommode et fâcheux, la modération difficile, la tentation violente el l'ai lâchement criminel : Scimus saltare cliam in vitiis poni (722).

Sui/ons donc, les sages conseils de Bussy- Rabulin. Ils sont fondés sur des principes qui peuvent en général s'appliquer à tout co qui est inventé dans les grandes vi'.les pour amuse.rla multitude des citoyens oisifs, fastueux, vains, légers et voluptueux. Tout, divertissement qui occupe leurs passions, est certainement conforme à leur goût dépravé

limenls, soit de reconnaissance envers Dieu , soi! d'une joie légiiimc. Enfin on en fil un exercice propre à former le corps et à donner à toute la personne ce que Rollin appeHe une certaine politesse d'extérieur. « Omriia majorum Insiitulisjndicentur.i (Cons. Nep.)

iifn

Tels sont «les effets do In passion épidémiqije pour les théâtres, comme l'a fort bien observé deQuerlon, toujours intéressant, judicieux et énergique dans ses notices périodiques. « Les spectacles, dit-il, ont répandu un esprit do frivolité dans tous les états dont aucun Age n'est exempt : ils remplissent l'imagination d'idées fausses et superficielles, qui no font que des tuiiupins. Ils onl enfin introduit des licences et des ridicules dans les mœurs (723).

N'en résulte-t-il pas aussi des influences sur le physique?» La volupté, dit l'luturquo par l'organe d'Amyot, son traducteur, dissout les corps, les amollissant de jour à autre par délices, dont l'usage fauche lo cœur, éteignant ses forces tellement que les faiblesses et les maladies viennent en foule, et dès la jeunesse on commence h faire apprentissage des infirmités de la vieillesse.... »

La jurisprudence fournit une multitude d'ordonnances cl d'arrêts concernant les spectacles, soit pour les supprimer, soit pour en réformer la licence.

On peut conMjlter à ce sujet un livre utile qui a paru à Paiis chez Humblot en 1770, sous ce litre : Code de la religion et dus mœurs, ou Recueil des principales ordonnances depuis l'établissement de la monarchie française, concernant la religion et les mœurs, par M. l'abbé Meusy, prôl're du diocèse do Besançon, 2 vol. in-12.

Ce recueil sur les deux ressorts les plus précieux d'un gouvernement lixe et stable, a été annoncé par de Querlou (724) comme une exposition abrégée de la religion de l'Etat, ou comme la profession de foi nationale.

Ou y voit, comme Meusy le dit dans la préface, que, depuis l'établissement de la monarchie en France, la religion et la vertu ont toujours trouvé dans nos rois des protecteurs, îles défenseurs, et les mœurs des censeurs et des juges.

La législation semble avoir tout prévu ; il n'y a point d'abus qu'on ne pût réprimer en réveillant quelques lois tombées en désuétude : Lex Juli'a. dormis. En effet, combien, par exemple, n'y a-t-il pas de lois sompluaires pour arrêter les progrès du luxe, qu'où appelle avec raison une fièvre politique, <jui donne aux Etats travaillés de ce funeste mal un faux éclat, une vigueur passagère, suivis tôt ou lard d'un épuisement réel 1

Meusy n'a pas omis l'article des spectacles. On trouve dans le second tome de son recueil un chapitre qui contient à ce sujet plusieurs extraits d'ordonnances et d'arrêts, (les sortes de divertissements ont mérité L'attention de tous les bous gouvernements, et ils ont toujours été regardés comme incompatibles avec l'exercice véritable de la religion chrétienne. C'est pour cette raison qu'ils sont au moins défendus dans les

(723) Douzième Feuille hebdom. de 17<>9.

(724) Feuille hebdomadaire des provinces, du S septembre 1770.

Diction N. nus Mystères.

temps plus particulièrement consacrés au culte divin et à la célébration des saint3 mystères.

Cette police est observée dans tous les Etals chrétiens avec plus ou moins de rigueur. L'abbé Meusy a donné sur cet objet une notice d'un Règlement que l'illustra impératrice Elisabeth, reine de Hongrie, fit pour ses Etats en 175V. « Les comédies, opéras , concerts et autres spectacles publics y sont défendus, 1" tous les vendredis de l'année; 2° dans l'Avent, à commencer au 14 décembre; 3° le jour de Noël, le jour des Rois, tout le Carême, le jour de Pâques, les jours des Rogations ; 4° les jours de la Pentecôte, de la Trinité, toute l'octave de la Fête-Dieu; 5° les fêles de la sainte Vierge et leurs veilles, quai d môme ces dernières ne seraient point fêlées ; 6° les jours des Qualre-Temps, lejour de la Toussaint, celui des Trépassés; 7° le 1" octobre et le 14 novembre, jour anniversaire de la naissance et du nom, c'est-à-dire du baptême de l'empereur Charles VI. Le 28 août et le 19 novembre, jour delà naissance et du nom de l'impératrice Elisabeth, el le 20 octobre, jour île la mort de l'empereur Charles VI. »

Voici une des réflexions de l'abbé Meusy sur les spectacles : « Les apologistes du théâtre ne font pas d'honneur à leur esprit, peut-être même à leurs mœurs, quand ils en prennent la défense. Ils conviennent eux-mêmes ;de la nécessité de réformer l<i théâtre, et conséquemmenl ils le condamnent, et il sera condamnable tant qu'il sera dans l'état actuel. » [Code de la Religion et des mœurs, tom. II.)

Il n'est pas douteux que l'abbé Meusy reconnaît que la licence et la multiplicité de nos spectacles démontrent qu'on est bien éloigné de se réformer sur cet objet. Comment en effet y parviendrait-on, lorsque le plus grand nombre prétend avec Le Gendre de Saint-Aubin (725) « que c'est à tort « qu'on a reproché à nos poètes tragiques « d'avoir amolli la scène el abaissé la tra- « gédie, en rapportant toute l'action du « théâtre h l'amour; que les poêles e:i cela « ont suivi une voie plus sûre pour aller « au cœur, qu'ils ont mieux connu nue les « tragiques anciens ? »

Cette opinion de Saint-Aubin est élablie sur le mauvais goût de notre nation, dont la passion excessive p.iur les jeux de théâtres a donné lieu à île Lalande de rapporter dans son Voyage d'Italie, tom. V, les deux vers suivants d'un poète anonyme :

Mais au François plus que Romain Le spectacle sullil sans pain.

■I unique eudem suw.mis panier minimisque libido. (Juven., lib. il, sa t. 0.)

C'est pour réprimer un accès outré de c-iie oassion épidémique que le parlement

(725) Dans le i" livre de son Trmlê de l'opinion , chap. 5 de la Poésie, p. "2t'J

ii'JS

DICTION'NAIUE DES MYSTEUES.

de Tans a donné l'Arrêt qui suit, el dont on a ci-devant parlé H sera précédé des extraits des réquisitoires de Joly de Fleury et Séguier, des 25 janvier 1759 et 18 août 1770, dont il aaussiétéci-devant parlé. La licence des mauvais écrits a fait tant de progrès, que les magistrats ont été forcés de dire avec saint Augustin : « Eropressonsnous de réprimer des excès que nous avons dû prévoir. Sed nos tardions vel experti corrigamus quod providere debuimus. »

Extrait du Réquisitoire de M. Joly de Fleury, du 25 janvier 1759 (726).

« La société, l'Etat et la religion se présentent aujourd'hui au tribunal de la justice pour lui porter leurs plaintes. Leurs droits sont violés, leurs lois sont méconnues, l'impiété qui marche le front levé parait, en les offensant, promettre l'impunité a la licence qui s'accrédite de jour en jour.

« L'humanité frémit, le citoyen est alarmé; on entend de tous côtés les ministres de l'Eglise gémir à la vue de tant d'ouvrages que l'on ne peut affecter de répandre et de multiplier que pour ébranler, s'il était possible, les fondements de notre religion.

« Il suffirait d'être homme et citoyen pour être sensible à tous ces maux ; mais vous, Messieurs, magistrats et chrétiens, défenseurs des lois et protecteurs de la religion, de quel œil regarderez-vous des tentatives aussi téméraires?....

a Qu'il est triste pour nous de penser au jugement que la postérité portera de notre siècle en parlant de ces ouvrages qu'il produit

« Telle est la philosophie des faux savants de notre siècle. Ils se donnent gratuitement le nom d'esprits forts, et appellent lumière ce qui n'est que ténèbres.

« Comment des hommes que l'on croit si profonds et d'un génie si distingué des autres, ignorent-ils jusqu'à la définition de i'esprit fort? Qui établit en effet la véritable force de l'esprit? ne sont-ce pas les principes, les témoignages, les autorités sur lesquelles il se fonde, les vertus que lui mérite le bon usage qu'il fait des lumières que lui accorde le Dieu qui est le Seigneur de toutes les sciences! (1 Rois, II, 3.)

« Un esprit véritablement fort est un esprit éclairé |par la lumière supérieure, et qui connaît la vérité par des principes certains. Soutenu au-dehors par des témoignages qu'on ne peut récuser, jamais le dérèglement des passions ne l'affecte, ni influe sur ses connaissances et ses jugements. Le fidèle seul possède celte force d'esprit, l'erreur et l'aveuglement sont le partage de l'incrédule guidé par son sens particulier et par sa fadile raison.

« L'esprit docile, dit un auteur célèbre (La Bruyère), admet la vraie religion ; et l'es-

(■/26) Ce réquisitoire esi imprimé avec l'arrêt du 23 janvier 1759, pour la condamnation des ouvrages suiyanls, intitulés : De l'esprit, le I'yrrlionisme du saije, H Philosophie dit bon sens, la Religion naturelle. Leiirtsseini-vhilvsovhi'iues, Etreintes tics Esprits

prit faillie, ou n'en admet aucune ou en admet une fausse; or l'esprit fort ou n appoint de religion, ou se fait une religion : donc l'esprit fort, c'est l'esprit faible....

« La conséquence est juste; quelle plus grande faiblesse quede vouloirètre sanscertitude sur le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses conna ssances, de la nature et la destination de son ame? L'idée d'un premier être parfait, éternel, de qui tous les autres tiennent leur existence, à qui tout se rapporte, qui nous a faits à son image, cette idée ne prouve-l-elle pas plus de force et de noblesse dans l'homme qui l'adopte, qui la croit et qui la prend p nir la règle et le terme de ses actions?....

« I)ieu est visible dans tous ses ouvra- . ges... La lumière de son visage est gravée sur nous. [Ps. IV, 7.) Nous portons en Vousmêmes les caractères ineffaçables de sa divinité et les gages précieux des biens éternels qu'il nous destine. L'insensé a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu. (Ps. LU, i.) Mais son âme naturellement chrétienne dépose souvent malgré lui eu faveur de la vérité de cet Etre suprême, dont l'existence renferme celle d'une religion. C'est contre cette religion que nos philosophes s'élèvent; ils ont formé une sorte de ligue pour la faire disparaître du milieu dt> nous, pour inspirer l'indépendance et nour.ir la corruption des mœurs.

« Eh! quel mal leur a fait celte religion sainte pour exciter leur fureur? Si ses dogmes, ses cérémonies et sa morale les off. lisent, s'ils ne peuvent en être les disciples, pourquoi troubler l'Etat et vouloir disputer aux autres la liberté de suivre les maximes de la catholicité ?

« Ils déchirent le sein de l'Eglise qui les a adoptés pour ses enfants ; 1 1 comme si l'Etat était coupable à leuis yeux, parce qu'il est chrétien, ils conjurent la perle de 1 un et de l'autre, et cherchent à les saper par les fondements.

o Enfanls ingrats et rebelles, ils méconnaissent l'Auteur de tous les dons , et semblables à ces insensés dont parle un écrivain sacré (Job, XXI, ii) : Retirez-vous de nous, lui disent-ils, nous n'avons pas besoin de vos lumières. Nous ne connaissons ni vos promesses ni vos miracles, Dans cette folle présomption ils sont comme dans une sorte de délire cl marchent en plein jour comme des aveugles au milieu des ténèbres. (Deut., xxvm, 28-29.)

« Tel sera dans tous les temps le sort des écrivains profanes qui refuseront de subordonner la science des mœurs à celle de la religion. Le caractère de la vraie philosophie est déterminer les siennes par des accroissements de sainteté et d'amour envers l'Etre suprême; celle delà fausse philosophie est de terminer les siennes -jar des

forts, Lettre au R. P. Berthier sur le matérialisme , Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences et des arts et métiers, publiés par MM. Diderot et d'Alemberi.

NOTICE SUR LE THEATRE LHSUE

nu»

systèmes impies, par un accroissement de présomption et d'ignorance, et de rendre le philosophe vain, plus superbe et plus aveugle qu'il n'était avant ses recherches.

« Des hommes qui abusent du nom de philosophe pour se déclarer par leurs systèmes les ennemis de la société, de l'Etat et do la religion, sont sans doute des écrivains i|ui méritent que la Cour exerce contre eux toute la sévérité de la puissance que le prince lui confie, elle bien de la religion l'exige do l'attachement de tous les magistrats à ses dogmes et à sa morale.

« Vos prédécesseurs, Messieurs, ont condamné aux supplices les plus affreux, comme criminels de lèse-majesté divine, des auteurs (727) qui avaient composé des vers contre l'honneur dt Dieu, son Jùjlise et l'honnêteté publique; ils ont même déclaré soumis à la peine îles accusés ceux qui s'en trouveraient saisis, et les libraires furent décrétés de prise de corps et poursuivis suivant la rigueur des ordonnances. »

Extrait du Réquisitoire de M. Séguier, du 18 août 1770 (728) , imprimé par ordre exprès du roi.

« Jusques à quand abusera-t-on de noire patience? s'écriait l'orateur romain, dans un temps où la république, exposée a toutes les fureurs d'une faction prête a éclater, comptait au nombre des conjurés les citoyens les plus illustres, mêlés avec la plus vile populace.

« Ne pouvons-nous pas aujourd'hui adresser les mêmes paroles aux écrivains de ce siècle, à la vue de cette espèce de confédération qui réunit presque tous les auteurs en tout genre contre la religion et le gouvernement? Il n'est plus possible de se le dissimuler, cette ligue criminelle a trahi elle-même son secret. Son but principal est de détruire l'harmonie établie entre tous les ordres de l'Etat et maintenue par la relation intime qui a toujours subsisté entre la doctrine de l'Eglise et les lois politiques....

« Depuis l'extirpation des hérésies qui ont troublé la paix de l'Eglise, on a vu sortir des ténèbres un système plus dangereux (Kir ses conséquences que ces anciennes erreurs, toujours dissipées à mesure qu'elles se sont reproduites. Il s'est élevé au milieu de nous une secte impie et audacieuse. Elle a décoré sa fausse sagesse du nom de philosophie; sous ce titre imposant, elle a prétendu posséder toutes les connaissances. Ses partisans se sont élevés en précepteurs du genre humain. Liberté de penser, voilà leur cri; et ce cri s'est fait entendre d'une extrémité du monde à l'autre.

D'une main ils ont tenté d'ébranler le trône, de l'autre ils ont voulu renverser les autels.

(727) Voyez entre autre l'arrêt du 19 août 1G23, contre Théophile, Beiieloi, etc.

(728) Pour (a condamnation de sept ouvrages impies, savoir : Lu conlujion sacrée, Dieu et lus lininiiics. Discours sur les miracles de Jésns-Chrïst, Examen critique des apologkte* de la religion chrétienne,

Leur objet était d'éteindre la croyance, de faire prundre un autre cours aux esprits sur les institutions religieuses et civiles, et la

révolution s'est, pour ainsi dire, opérée

Ils se sont, acharnés à déraciner la foi, a corrompre l'innocence et à étouffer dans L-s âmes tout sentiment do vertu.

« Ceux qui étaient le plus laits pour éclairer leurs contemporains se sont mis à la tête des incrédules; ils ont déployé l'étendard de la révolte, et, par cet esprit d'indépendance, ils ont cru ajouter a h \ir célébrité. Eue foule d'écrivains obscurs, ne pouvant s'illustrer par l'éclat même des talents, a fait paraître la même audace, et ils n'ont dû leur réputation qu'à la licence de leurs écrits et au funeste appareil du pyrrhonisuio qu'ils ont présenté.

« Tantôt ils ont fait de l'irréligion le fond même de leurs ouvrages, tantôt ils l'ont mêlée dans des écrits obscènes et voluptueux, comme pour l'insinuer dans l'esprit de la jeunesse, avec le charme des peintures lascives, et pour faire tourner au profit de l'impiété le désordre même qu'ils: portaient dans les sens.

« Les cœurs purs, les âmes honnêtes ont été attirés par des maximes insidieuses qui semblaient dictées par la bienfaisance, et la droiture de leurs sentiments leurafait illusion sur des principes d'autant plus dangereux qu'ils paraissaient tendre au bonheur de l'humanité.

« Avec les esprits graves, on a pris le ton de la méthode et de la réflexion. On a présenté des écrits légers et agréables aux esprits frivoles et superficiels. On a semé des doutes que le simple' n'était pas en état de résoudre; et le ridicule a achevé d'entraîner ceux que les faux raisonnements n'avaient pu persuader.

« Celtesecle dangereuse a employé toutes les ressources, et pour étendre la corruption, elle a empoisonné, pour ainsi dire, les sources publiques. Eloquence, poési . histoire, romaus, jusqu'aux dictionnaires, tout a été infecté ; et nos théâtres euxmêmes ONT RENFORCÉ CES MAXIMES PERNICIEU- SES, I» NT LE POISON ACQUÉRAIT UN NOUVEAU DEGRÉ D'ACTIVITÉ SUR L'ESPRIT NATIONAL, PAR I'aFI'LUENCE DES SPECTATEURS ET l"É~>

nergie de l'imitation. E'iliu la rcligiou compte aujourd'hui presqu'aulant d'ennemis déclarés, que la littérature se glorifia d'avoir formé de prétendus philosophes; et le gouvernement doit trembler de tolérer dans son sein une secte ardente d'incrédules qui semble ne chercher qu'à soulever les peuples sous prétexte tic lés éclairer.

« Nous n'ignorons pas à quelle hafno nous nous exposons , en osant déférer aux magistrats une cabale aussi entreprenante

par M. Frcrel; Examen impartial des principales religions du monde, le Christianisme dévoilé, et lu Système de la nature. L'arrêt du parlement inteivcni' sur ce réquisitoire le 18 août 1770, a condamné tous ces ouvraajcs à être brûlés.

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