‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1247 sur 1429 · HISTOIRE DE LA BAZOCHE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA BAZOCHE

« Cène sont plus ici de grossiers pèlerins, ni de bas ouvriers qui jouent des pièces en public, c'est un roi , accompagné de son chancelier, de plusieurs maîtres des requêtes, d'un procureur général et autres personnes revêtues de titres émiuenls dans la robe, qui prennent ce soin eux-mêmes. Mais pour expliquer ce fait qui parait assez singulier, il faut remontera l'origine de ce roi •et de ses sujets.

« Le pouvoir de la Bazoche s'étend su*tous les clercs qui ne sont ni mariés ni pourvus d'offices de procureur. Quelques-auteurs voulant nous donner l'origine de ce nom, l'ont tiré de deux mots grecs qui signifient répandre îles discours , parce qu'une des Occupations les plus importantes des clercs delà Bazoche était autrefois de représenter au palais des pièces de théâtre dans le goût de l'ancienne comédie. Mais sans donner la torture au mot Bazoche, il suffit de remarquer que tous les lieux qui s'appellent dans les titres latins Basilica, ont porté en français, denuis plusieurs siècles , le nom de

(808) Nous sommes obligés de suivre deux auteurs qui sont les seuls qui aient parlé de la Bazoche un peu méthodiquement, et qui cependant se sont plus attachés à rendre compte de l'origine et des lisais établis entre 1rs clercs, que des jeux représentes par ces derniers. Le premières! Miraarrionl, qui a l'ait un Traité des juridictions royales étant dans l'enclos du Palais, elle second un particulier qui prend la qualité d'avocat de la Bazoche, à la lèle d'un Recueil de statuts, ordonnances, règlements, antiquités, prérogatives et prééminence du royaume de la Bazoche, imp. en 158(i.

(809) Ce titre de roi, donné à un simple clerc, ne paraîtra extraordinaire qu'à ceux oui ignorent

Bazoche, Bazogc, ou Bazouges. Or, le premier usage que les Romains aient fait du terme -Basilica a été pour désigner les auditoires spacieux où les prêteurs administraient la justice. Jamais auditoire n'a mieux mérité ce nom, que la grande salle du palais de Paris, et le terme basilique, c'est-à-dire royal, convient encore ajuste titre au palais où nos rois ont si longtemps demeuré. C'est sans doute de ce nom de basilique que la Bazoche a pris le sien.

« Cet établissement se fit, vers l'an 1303, par le roi Philippe le Bel, qui donna même Je nom de roi au chef île cette juridiction, dont les officiers furent appelés chancelier, maître des requêtes, avocat et procureur général, grand référendaire, grand audiencier de la chancellerie, secrétaires, greffiers» huissiers, etc. Il permit aussi à ce roi de la Bazoche de porter la toque royale, et au chancelier de porter la robe et le bonnet. Il ordonna que les plaidoiries ordinaires se tiendraient deux fois la semaine ; à savoir, le mercredi et le samedi, sur les cinq heures de relevée: et que tous les ans, le roi do la Bazoche ferait faire montre à tons les clercs du palais, avec tambour et trompette, accompagné de tous les clercs ses sujets, sous la conduite d'un colonel et de douze capitaines...

« On dit (Statuts et Règlements du royaume <le la Bazoche) que, sous le règne de Philippe le Bel (808), le nombre des procès augmentant de jour en jour, les procureurs se trouvèrent obligés de représenter au parlement qu'ils ne pouvaient vaquer aux affaires dont ils étaient chargés, sans être aidés dans leur ministère. La cour ayant délibéré sur cette demande, permit aux procureurs de recevoir des jeunes gens pour travailler sous eux, qui par ce moyen s'instruiraient dans leur profession, et deviendraient capables dans la suite de parvenir aux mêmes emplois. Ces jeunes gens, à qui on donna le nom de clerc, qui revient à celui d'étudiant, se rendirent si utiles au public, que pour récompenser leur vigilance et leur exactitude, Philippe le Bel, vers l'an 1303, voulut nonseulement qu'ils eussent un roi entre eux (809) , à qui il permit de porter une loquo pareille à la sienne (810), niais encore un chancelier, des maîtres des requêtes, un avocat et un procureur général, un procureur de la communauté des clercs, un grand

qu'il y avail alors à Paris plusieurs particuliers cpii le portaient. Tels étaient le roi des merciers, que le grand chambellan (</) nommait, et qui avait autorité sur sa communauté. Celui des ribauds, ayant inspection sur les mauvais garçons de la cour et de Paris, ci enfin le roi des arbalétriers, etc. (Voy. Miiuumônt, p. til">, de son Traité des juridictions royales étant dans l'endos du Palais.)

(810) Les bonnets de chambre ressemblent beaucoup à ces toques dont on peut voir la ligure dans les anciennes tapisseries, surtout celles qui lurent fabriquées SOUS les régnes de François 1", Henri II, ele...

(a) Ou l'appelait autrefois le graoJ ebambrier.

BA

BAZ

référendaire et rapporteur en chancellerie, un grand audieticier et aumônier, qui seraient maîlres des requêtes extraordinaires, et autres officier» dont nous parlerons plus amplement; et, pour gratifier davantage cette nouvelle société, le même roi, Philippe le Bel, leur concéda le droit de justice souveraine, qui s'exercerait au palais sous le nom et autorité de la Bazoche (811), laquelle justice serait seule et sans appel pour tous les clercs, sur les différends qu'ils avaient et pourraient avoir à l'avenir, soit les uns contre les aulres, ou avec d'autres particuliers; et pour donner plus d'étendue h la puissance du nouveau roi de la Bazoche, il lui lut permis de faire frapper une monnaie qui aurait cours parmi les clercs el les marchands fournissant cette société , mais de gré à

tiré

«Par la suite, la Bazoche obtint une pleine autorité, non-seulement sur tous les clercs du palais et du Cliàtelet, mais aussi sur tous ceux des juridictions ressortissantes au parlement de Paris (812). .

« Comme il serait difficile d'entendre plusieurs faits particuliers des jeux de la Bazoche, sans connaître le nombre et les fonctions des officiers de ce royaume, nous allons parler de ces derniers.

« Le plus considérable officier de la BaEOche, après le roi de cette juridiction, était le chancelier (813), qui ne porte ce titre et n'en exerce les fonctions qu'un an. Il est élu huit jours après la Saint-Martin, et voici comment on y procède. Lorsque le temps d'élire un chancelier approche, le procureur de la communauté des clercs requière à la juridiction qu'il soit nommé quatre contendants, pour faire choix parmi eux d'unnouveau chancelier. Le procureur général conclut aux mômes tins, et la Bazoche rend un arrêt qui nomme le nombre de sujets reouis. Il est à remarquer que ce choix roule sur les quatre plus anciens maîtres des requêtes ordinaires, l'avocat général , le procureur général, et celui de lu communauté

(811) Ce mot Bazoche vient du lalin Vasilica. Les clercs s'en servirent sans doute à cause qu'ils s'assemblaient dans la grande salle du Palais. (Voir plus haut.) Au resle, il y a loul lien de croire qu'ils avaient déjà établi certaines règles entre eux, et que les privilèges que Philippe le Bel leur accorda n'en lurent que la confirmation.

(812) < La Bazoche a toujours élé anclorisce par les roys de France, el approuvée par les arrêts de nos seigneurs du Parlement; et si on en voit encore aujoùrd'buy deux anciens, l'un en dalle du mardy 44 juillet 1528, el l'autre tht 3 avril 1515, dans les registres de la cour, dans lesquels on reconnoîl l'ancienneté de la Bazoche el leurs beaux privilèges. Et il se remarque dans celui de 1528, qu'il est porlé que les B.izoebiens de Poîc.liers tiennent en f'oy et hommage du roy de la Bazoche, el que de ce il se trouve une complainte en manière de nouvellelé de 1500, laquelle est signée en qiieuë par monsieur le président Guillard, lors étant maître des requêtes du ruy, parce qu'ils n'éloient lenus de répondre ailleurs qu'en la Bazoche. Celle même Bazoche a donné des lettres d'érection de Bazoche à plusieurs villes ; on en voit la preuve dans les lettres du ro\ de la

des clercs. Ces deux derniers se présentent à la communauté des procureurs, qu'on appelle l'ancien conseil (où préside toujours le chancelier de la Bazoche), et demandent deux commissaires (qui sont deux anciens procureurs) pour les aider à procéder à la nouvelle élection. Leur réquisitoire accordé, les deux commissaires, le procureur général et le procureur de la communauté des clercs, se rendent au parquet de messieurs les gens du roi du parlement, où, pendant trois jours consécutifs, ils y recueillent les voix de tous les clercs. Ensuite, ces quatre personnes et tous les officiers de la Bazoche se transportent à l'ancien conseil. Le rapport fait, le chancelier de la Bazoche, qui esl à la tête de celte assemblée, va aux opinions, en commençant par les procureurs au parlement, et finissant par les officiers de sa juridiction : et après avoir compté les voix, il nomme par un arrêt celui qui en a le plus grand nombre. On lui fait passer le barreau et prêter serment, etc. (Quelquefois le chancelier est continué dans son emploi encore un an ; mais alors c'est la Bazoche seule qui proroge ce temps, sans être obligée d'y appeler les procureurs au parlement.) Ensuite on lui remet les sceaux (814) sur lesquels sont gravés les armes de la Bazoche (815) timbrées de casque et morion, pour marque de souveraineté. Ce chancelier préside aux. audiences, et prononce les jugements qui s'y rendent, el ses arrêts sont exécutés comme ceux du parlement, nonobstant oppositions et appellations quelconques (816).

a Los maîtres des requêtes ordinaires, dont le nombre fut fixé à douze, rendent la justice conjointement avec le chancelier.

« Le grand référendaire et rapporteur en chancellerie, le grand audiencier et le grand aumônier, portaient le litre de maîtres des requêtes extraordinaires. Le premier était chargé du soin de présenter les lettres de provisions d'office accordées par la Bazoche, le second, celles émanées^du chancelier; et le

Bazoche dailéas de l'an 1586, sçavoir les villes de Loches, Chaumont, Lyon, el aulres lieux. Plusieurs poursuites sur appellations des sentences du prévôt hazochial de Lyon, et un règlement l'ail en la Bazoche l'an 15!'9, par les officiers de la Bazoche de Verneûil. i (Recueil des statuts, ordonnances, règlements, antiquités, prérogatives et prééminences du royaume de la bazoche, pp. 29 el 50.)

(815) Lorsque Henri 1!1 eut abrogé le litre de roi et de royaume de la Bazoche, le chancelier devint el esl encore la première personne de la juridiction dont nous parlons.

(814) Ils sont d'argent.

(815) Les armes de la Bazoche sont trois écntoires d'or en champ d'azur.

(810) Qu'on ne nous blâme point de ce que nous parlons des officiers de la Bazoche, tantôt au présent, el tantôt au passé : c'est un moyen qu'on a employé pour distinguer ceux qui subsistent actuel leineut au Palais, d'avec ceux dont les droits el les fonctions sont supprimées. Par là on évite des répétitions inutiles , el même étrangères au sujet que nous traitons.

\:.i\ BAZ NOTICE SUR LE

dernier do la distribution des aumônes : co qu'ils ne faisaient cependant qu'en présence du chancelier et du procureur général. Ces maîtres des requêtes extraordinaires ne pouvaient assister en qualité de juges aux alfaires qui se décidait' H aux audiences, qu'au défaut du nombre compétent des maîtres des requêtes ordinaires (817), ou lorsqu'ils étaient mandés.

a Le procureur généra, ne peut être destitué de son emploi qu'au cas de mariage ou d'achat d'une charge do procureur. L'avocat du roi et le procureur de la communauté des clercs, doivent tenir la main à l'exécution des ordonnances, règlements et statuts établis par la Bazoche, jet de plus assister à toUt.es les plaidoiries ordinaires et extraordinaires, et aux assemblées qui se font «pour « empêcher qu'il ne s'y glisse quelque abus « dans l'ordre établi par la société, qui a « toujours.observé et observe encore aujour- « d'hui très-exactement l'ordonnance qui « fait deflense à tous les officiers delà Ba- « zoche de prendre aucun salaire pour la « visitai ion des procès, charges et informations qui leur sont communiquées , pour « sur iceux prendre conclusions civiles et * criminelles. »

« Les trésoriers ou receveurs, au nombre de quatre (818), qu'on élisait deux jours avant le chancelier, étaient obligés de faire assembler lo conseil pour les audiences, qui se tiennent le mercredi et le samedi à onze heures (819) « de recevoir tous les Becs- « jaunes (820), et bien venue accoutumée « être prise sur tous-les clercs indilférem- « meut entrant au Palais, qui sont d'un les- « ton de roy (821) pour l'ordinaire, et le « double pour les nobles à cause de leur « qualité plus relevée. »

« Ces trésoriers , qui sont toujours du nombre des maîtres des requêtes, reçoivent les gratifications laites à la Bazoche par le

^8 17) Ces maîtres des requêtes devaient être au moins senl pour rendre un jugement.

(818) Depuis très-longtemps il n'y en a plus que deux.

(819) Le mercredi qui suit la rentrée du parlerocnl, la Bazoche ouvre ses audiences en la chambre de S. Louis. La première séance est employée au récit d'une harangue prononcée ordinairement par !•• procureur de la communauté des clercs, par laquolle il exhorte ses confrères à remplir dignement les places qu'il- occupent. Ensuite, ou fait la lecture du taldrau des avocats lia/.ochiens.

(82rt) Métaphore prise des oiseaux qui ont !e I ec jaune avant que d'avoir de la plume. Il y a grande apparence (pie l'embarras où se trouvaient les nouveaux clercs, en répondant aux questions qui leur élaient laites par les trésoriers, a donné lieu à ce so riquel. Au reste, depuis plus de cinquante ans, les clercs ne payent plus ce droit.

(821) Monnaie d'argent du poids de 7 deniers 12 granis 1/2 de lin, que l'on commença de fabriquer sous Louis XII, en lots, qui fut évaluée à 10 sous. Sous les règnes suivants, cette monnaie augmenta jusqu'à 3 livres.

(822) L'anonyme qui a fait un Recueil des statuts et règlements du royaume de la Bazoche, nous apprend que ces gratifications (qui sont évaluées présentement a 150 livres chacune) furent accordées

Dictions, drs Mystères.

BA

lùïî.

parlement. La cour des aides, et la tba i cellerie (822) qu'ils emploient aux dépenses que la juridiction fait pour élever dans là cour du palais un arbre qu'on appelle le M ai. Comme celte cérémonie s'est conservée depuis son origine (qui suivit de près ceilo des clercs), il est nécessaire d'en parler.

« Tous les ans, au mois d'avril, le procureur général de la communauté des clercs se présente à l'audience de la Bazoche, et demande qu'il plaise à la juridiction nommer deux commissaires pour faire la recette et la dépense ordinaire de la fête de Mai; l'avocat général prend la parole, conclut à la nomination requise, et la Bazoche donne un arrêt qui nomme les deux commissaires.

« Ces commissaires sollicitent et louch ni la gratification du Parlement et celle de la Cour des Aides. Ces sommes reçues , ils so transportent dans la cour du Palais, à la maîtrise des eaux et forêts et conviennent, avec les oïïïciers de cette juridiction, dujour qu'ils se trouveront à Bondy, pour y choisir dans' la forêt lés deux arbtes qu'on leur a permis d'y faire couper, ce qui se fait quelque temps après.

« Le mercredi qui précède le dimanche que la Bazoche en corps va à Bondy, pour y faire marquer les deux arbres déjà choisis, le chancelier en habit de cérémonie et les deux commissaires, accompagnés d'un timbalier, de quatre trompettes, de trois hauibois et d'un basson, se rendent au palais pour aller ensuite donner les aubades et réveils accoutumés au premier président , aux présidents h mortier, aux procureurs et avocats généraux, aux olïîciers des eaux et forêts, et enfin a la Bazoche. Le même jour, à midi, ils recommencent ces aubades et réveils à la porte du parquet des gens du roi , à celle de la Grand'Chambre, au bas de l'escalier de la Cour des Aides, aux requêtes de l'hôtel; à la chancellerie où leur est déli-

par François I" aux Bazochiens, pour les récompenser d'un service important. qu'ils rendirent à ce prince. Voici comment il rapporte ce fait dont nous ne nous rendrons point garants : « En loi?, il y eut quelque révolte en Guienne, occasionnée par des impôts qu'on avait élé oliligé de mettre sur celle province. Le. roi de la Bazoche, à la lèle de six mille de ses sujets, vint offrir ses services à François lrr pour lui aider a punir les mutins. Le roi accepta ces offres, et les Bazochiens, ayant joint les autres troupes qui étaient en Guienne, se comportèrent avec tant de valeur et de sagesse, qu'ils aillèrent beaucoup à remettre le calme dans tous les lieu.: qui voulaient se soustraire à l'obéissance duc à leur souverain. François I", pour faire connaître combien il était content des Bazochiens, leur lit don « d'un lieu de promenade, contenant cent i arpens de pré, qu' on apneloit le Pré de la Seine, « et qu'on nomma depuis le Pré aux Clercs. A ce « don, il ajouta la permission de faire couper dans i l'une de ses forets deux arbres, pour en élever un i dans la cour du Palais, et pour fournir aux frais < qu'ils étoienl oldigez de faire le jour de cette cl;i remonie, il leur accorda une somme à prendre « sur les amendes ajugées au roy, tant au Parlement « qu'en la Cour des aides ; et à l'instant, il leur eu i lit expédier des lettres qui furent enregistrées au « parlement en 1548. »

BAZ

BAZ

vrée la gratification d'une lettre de quatre sceaux simples.

« Le matin du dimanche arrêté pour aller à Bond y, tous les officiers de la Bazoche, à cheval et habillés le plus magnifiquement qu'il leur est possible, ayant avec eux un timbalier, quatre trompettes, etc., vont prendre à sa demeure leur chancelier et le conduisent dans la cour du palais. Un clerc fait un discours sur l'antiquité et les privilèges de la Bazoche; ensuite, au son des instruments guerriers, la cavalcade prend la route de Bondy, où elle trouve en arrivant tous les officiers des eaux et forêts à cheval suivis des gardes qui l'attendent. Après un déjeûner assez simple, lus officiers des eaux et forêts et les gardes se rendent à la forêt, dans un lieu indiqué. Le chancelier et ses suppôts se remettent en marche, et à une portée de fusil de l'endroit désigné, la troupe fait halte et le premier huissier, par ordre du chancelier, vient avertir les officiers des eaux et forêts que la Bazoche en corps arrive, etc. On lui répond qu'un est prêt, etc. Aussitôt les deux troupes se joignent et le procureur général de la communauté des clercs prononce une harangue, où il rappelle les droits et les privilèges de la (juridiction bazochiale; ensuite il fait l'éloge du roi régnant, passe au mérite du chancelier en place et finit enfin par demander la permission de faire marquer les deux arbres choisis. Cette demande accordée, les timballes et les trompettes se font entendre; tous les officiers des eaux et forêts et ceux de la Bazoche vont de compagnie, font marquer les deux arbres par le gardemarteau et se séparent. Le chancelier et sa compagnie viennent dîner au même endroit où ils avaient déjeûné; quelques jours après cette cérémonie, le charpentier avec lequel les commissaires ont conclu un marché, va à Bondy, y fait couper les deux arbres marqués, les conduit à Paris dans la cour du Palais et en donne avis aux commissaires

(823) Tout le monde sait que l'arbre appelé le Mai est dans la cour du Palais, et fait face d'un côté à la rue de la Vieille-Draperie, et de l'autre à l'escalier qui conduit au milieu de la salle Mercière. Les armes de la Bazoche, qu'on attache à cet arbre et qui sont entourées de lierre, portent au bas de l'écusson les noms du chancelier et des deux commissaires en exercice.

(824) Celle montre générale est aussi ancienne que l'érection de la Bazoche, puisque Philippe le Bel en autorisa l'exécution. Voici les termes du compilateur anonyme du Recueil des règlements du royaume de la Bazoche : « Philippe le Bel ordonna que tous les ans le roy de la Bazoche feroil faire montre à tous les clercs du Palais ei du Chàtelei, et autres clercs ses suppôts, et sujets. >

(823) Les clercs qui s'enrôlaient sous ces capitaines, s'obligeaient de suivre leurs engagements, à peine de dix éeus d'amende. < En 1528, un clerc qui avoil pris parti, ne voulant pus satisfaire à son engagement, fût condamné à l'amende prescrite par l'arrest du chancelier de la Bazoche, et en exécution, saisie fut faite du manteau du défaillant, qui, pour se soustraire à la jurisdiclion de la Bazoche, lil citer son capitaine devant l'ollicial de Paris. Làdessus appel comme d'abus au Parlement par les

qui s'y rendent; on abat l'ancien Mai et l'on élève le nouveau au son des timballes, trompettes, haut-bois, etc. (823).

« Cette fête ou cérémonie du Mai, nous en [rappelle une autre plus célèbre qui fut supprimée par Henri III. On la nommait la Montre générale (824). En peu de mots voici de quoi il était question.

« Une fois l'année, vers la fin du mois dé juin ou au commencement de juillet, tous les clercs, tant du Parlement que du Châtelet, s'assemblaient et se distribuaient en douze compagnies ou bandes, commandées par autant de capitaines. Ces capitaines avaient à leur tête le roi de la Bazoche, et sous leurs ordres, chacun un lieutenant et un enseigne. Chaque clerc enrôlé portait sur son habit, indépendamment du jaune et du bleu, couleurs adoptées par la Bazoche, celle désignée par le capitaine, qui pour cet effet la faisait peindre sur un morceau do vélin , qui s'attachait au drapeau de là compagnie (825). Les trompettes, les hautbois et les tambours de la ville accompagnaient la Montre générale des Bazochiens ; ces derniers se rendaient tous en bon ordre dans la cour du Palais, et après avoir passé en revue devant leur roi, au son des tambours, trompettes, etc., ils allaient accompagnés de ces derniers « donner des au- « bades et réveils accoutumés à messieurs « les premier et second présidents de là « Grand'Chambre, procureur général, chan- « celier, messieurs les gens du roi et plu- « sieurs conseillers (826). »

« Quelques jours après cette fête , les Bazochiens donnaienlla représenlalion d'une moralité ou d'une farce, autre usage établi parmi eux , et pour lequel nous n'avons rappotté les précédents, que pour donner plus de clarté à ce dernier, qui fait le principal objet de cet article.

« Le succès des mystères représentés à l'hôpital de la Trinilé, excita l'envie et l'émulation des clercs de là Bazoche (827),

officiers de la Bazoche, pour lesquels plaidèrent de Thou, Poyet et Berruyer : Morin pour le promoteur de l'ollicial , dit qu'il se désistait de la citation, et Favier pour le défaillant, demanda pardon de sa faute. La Cour, par son arresi du 14 juillet de la même année 1528, renvoya le défaillant pardevers le roy de la Bazoche et son conseil, cl ordonna à ce roy de iraiter aimablement ses sujets. > (Hist. de la ville de Paris, liv. x. pp. 502 et 503.)

(820) Statuts cl règlements du royaume de la Bazoche.

(827) Il serait difficile de marquer exactement le temps où les clercs de la Bazoche commencèrent à représenter des moralités et des farces, mais il est certain qu'ils lardèrent peu après rétablissement des confrères de la Passion, puisqu'en 1442, oh trouve qu'ils étaient en possession des moralités, des farces et des soties ou sol lises, et que le Parlement fut obligé d'interposer son autorité pour réprimer la licence qui régnait dans leurs pièces. Voici ce qu'en dit l'abbé d'Aubignac : « Or en France la comédie a commencé par quelques pratiques de piété, étant jouée dans les temples, et ne représentant que des histoires saintes. Mais elle dégénéra bientôt en satire ei bouffonnerie, autant contraire à l'honnêteté des mœurs qu'à la pureté de la religion. Elle fut

BAZ

BA8

13ÎS

mais arrêtés par le privilège exclusif des confrères de la Passion, ils furent obligés de chercher une nuire roule. La morale parut un fonds inépuisable à leur dessein, ils personnifièrent les vertus et les vices, et dépeignant toute l'horreur des derniers, ils faisaient voir l'avantage que l'on retire en suivant les premiers. C'est ce qui fit donner aux pièces dressées sur ce plan le titre de moralité. Cette idée, assez heureuse, fil tout l'effet que ceux qui l'avaient employée pouvaient en attendre, et ce nouveau genre de spectacles (qui ne paraissait que ttois ou quatre fois l'année [828]) fut estimé par beaucoup de personnes , supérieur à celui des mystères (829).

« Cependant le succès des moralités fut peu considérable eu le comparant à celui des farces qui parurent ensuite, et dont l'invention est due également aux poètes Bazochiens. Ces pièces, travaillées dans un goût singulier, n'étaient pas sans mérite. Elles ridiculisaient d'une façon vive et plaisante, des vices qui ne sont que trop répandus dans le monde et que l'on a la bonté de ne qualifier que du nom de défauts; tels que ceux d'avarice, de fourberie, de débauche, etc. Mais ce fonds excellent, qui caractérise la bonne comédie et que Molière sut depuis si bien faire valoir (830/, fut gAté dès qu'il fut découvert; la sale équivoque, la satire grossière et personnelle tinrent pendant plus de deux cents ans la place du galant badinage et de la fine raillerie (831).

« Les farces que la Bazoche représenta pendant un certain temps, ne satirisèrent que des lours de jeunesse de quelques clercs de la société ou des gens d'un caractère méprisable; mais peu à peu des personnes d'un état plus relevé furent désignées et même nommées. Ce chemin une l'ois tracé, il ne fut plus de rang ni de naissance à l'abri des médisances ou des calom-

quelquc temps ainsi maltraitée par les Bazocliiens, qui lurent comme les premiers comédiens en ce royaume; et enfin parmi les bateleurs publics, parmi lesquels elle a demeuré pendant plusieurs années, avec autant de bonté que d'ignorance. > (Pratique dit Théâtre, loin. I, p. 549.)

(828) Les clercs de la Bazoche ne jouaient ordinairement que trois fois l'année. La première fois, le jeudi qui précédait ou qui suivait la fete des Rois, car celle représentation variait enlre ces deux jours; la seconde, le jour de la cérémonie du Mai dans la cour du Palais; cl la troisième, quelque temps après la montre générale. Mais lorsqu'il se faisait des réjouissances publiques à Paris, comme aux entrées des rois et des reines de France, elc., la troupe des Bazocliiens prenait part à ces événements, et donnait le divertissement de son spectacle.

(829) Tout contribuait aux applaudissements que recevaient les clercs de la Bazoche : ils étaient auteurs et acleurs ; ajoutez que ces derniers qui, sans doute, avaient plus d'éducation que ceux qui représentaient les mystères, mettaient plus d'art et de convenance dans leur déclamation et leurs jeux de tliéàire.

(830) Molière ne s'y conforma peut-être que trop, du moins Despréaux lui a lait ce reproche dans le troisième chant de son Arl voétique. Voici le pas-

nies répandues dans ces pièces. De plus, les Bazocliiens joignirent aux représentations des farces, celles des soties ou sottises, que le prince des sots et ses sujets, jouaient sur des échafauds en place publique, et qui ressemblaient moins à des comédies qu'à des libelles difJamatoires (832J.

« Les guerres civiles et étrangères dont la France fut déchirée sur la fin du règne de Charles VI et le commencement de celui de Charles VII, suspendirent toutes les règles prescrites et donnèrent occasion à la licence qui s'introduisit dans les farces et sottises. En vain le parlement aurait voulu s'opposer à la témérité des poètes qui donnaient de pareils ouvrages; les lois n'étaient plus écoutées, et celles du plus fort en faisaient l'équité. Un roi étranger était presque le maître du royaume, l'héritier présomptif n'avait que peu de gens qui lui fussent demeurés fidèles ; les princes de son sang unissaient tous leurs efforts pour lui faire ôter une couronne qui lui appartenait; la ville capitale était tyrannisée par des gens de la lie du peuple, qui s'étaient rendus les arbitres de la liberté et de la vie, non-seulement des simples particuliers, mais même des personnes du plus haut rang. Parmi tant de factions différentes, chacun suivait le caprice ou l'intérêt qui le conduisait. Les partisans du dauphin n'étaient pas fâchés de ce qu'on découvrait au public les défauts et l'ambition des princes, qui s'étaient emparés du gouvernement par la faiblesse du roi régnant, et le peu de respect que les Parisiens portaient à celui d'Angleterre. Les princes et le roi d'Angleterre, à leur tour, étaient charmés de faire répandre des discours offensants contre l'honneur du Dauphin : de sorte que toutes les pièces qui parurent alors, n'étaient remplies que d'injures grossières contre les trois partis dont nous venons de parler , et ceux qui les avaient composées ou récitées, bien loin do

sage, qui ne peut manquer de faire plaisir, même à ceux qui le possèdent de mémoire :

Eludiez la cour, et connaissez la ville;

L'une et l'autre est toujours en modèles fi-rliles;

C'est par l'a que Molière illustrant ses écrits,

reul-êlre de son art eut remporté les prix,

Si moins ami du peuple, en ses doctes peintures,

Il n'eût pas fait souvent grimacer ses ligures,

Quitté pour le bouffon, l'agréable et le tiu,

El sins honte à Térence allié Tsbarin.

Dans ce sac ridicule, où Scapin s'enveloppe,

Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.

Si Despréaux dit, peut être en parlant de Molière, quel terme aurait-il employé pour ceux qui sont venus après ce grand homme ?

(851) Le mot adjectif que l'on joignait toujours au nom de farce, faisait connaître le genre dans lequel elle avait été composée. Ainsi l'on trouve f.vrcf. joueuse, hislrionique, fabuleuse, enfarinée, morale, récréative, facétieuse, badine, française, elc. Les noies qui suivent ces farces dont nous donnons des extraits, expliquent ces différents termes.

(832) Le prince des sots donna la permission aux clercs de la Bazoche île jouer ses soties ou sottises, et en échange il reçut de ces derniers celle de représenter des farces. (Voyei l'article du Prince des Svt$ Cl des Enfants sans Soucy.)

15Î7 BAZ.

subir une punition

DICTIONNAIRE DES MYblEUES.

Page 1