Tome le m'a a grant domage
Tels hom riches, plains de savoir, Ne fu aine mes à lel honiage.
Dame Reson , dame Reson Ma grant dolor ne puis refraindre:
Toz jors me truis en la meson De Plorer, de Crier, de Plaindre.
Fortune m'a longue seson Fet en grande seignorie maindre; Or m'est venue en dcsreson Ma joie et ma clarté eslaindre.
Estaindre, ce puis je bien dire Quar amortis sui et eslains.
Du roiaume sui en l'empire, De mes anemis sui etalains.
Tels me soloit dire : « Biaus sire.
Qui me dit : i Traîtres alains. • Or ne me prent talent de tire; De dolor sui noircis et tains.
Tains sui de tainture perverse Et de dolor tristre cl amere ; Ma robe m'est veslue diverse, Quar eele est noire qui blanche ère.
<!rvoi-je chasse trop diverse, Quar Fortune est marraslre et merc; Tiop s'est à moi mal fere aerse : Si vous pri , droit m'en vueiiliez fere.
{ Ci parole reson. ) Pierres, Fortune est en preser.ee Pordire ce qu'il li plera , El chasnins par droite balance Son loial droit cnportera.
Selonc les moz et la sentence CbascuRS ici proposera.
[piERRE.]
Dame , bien le vueil sanz doutance .
Ma! ait qui s'en descordera!
( Ci parole fortune.) A yoî «.Pierre.! bien nui< entendre :
J'ai acheté irop cher la Fortune , ses trésors et la seigneurie qu'elle m'a laissés pendant long-temps : tout a tourné à mon dommage. Y eut-il jamais -l'i homme riche et savant comme moi qui fut l'objet de la haine de tous!
Dame Raison, dame Raison , je ne puis mettre tin frein à ma grande douleur : je me trouve toujours dans la maison de Pleurs , de Cris et de Plaintes. Fortune m'a fait pendant long-temps rester en grande seigneurie; maintenant elle est venue à tort éteindre ma joie et mon éclat.
Éteindre, je puis bien le dire ; car je suis amorti et éteint. Je suis des plus malades du royaume, et atteint par mes ennemis. Tel a.ail coutume de me dire:* Beau sire, » qui me dit (maintenant-): t Traître avéré! > Aussi je n'ai pas envie de rire ; je suis noir et livide de douleur.
Je suis teint rie mauvaise couleur et de douleur triste et amere; ma robe m'est vêtue à l'envers, blanche autrefois", aujourd'hui noire. Combien varie maintenant nia chasse. Combien Fortune est marâtre et mère; elle s'est trop attachée à me faire du mal : et je vous prie de m'en faire justice.
( Ici parle raison. ) Pierre , Fortune se présente pour donnei - raisons. Chacun également obtiendra loyale justice, selon les mots et le plaidoyer qu'il prononcera.
[pierre.] Dame , j'accepte sans hésiter : malheur à qui s'y refusera !
( le parle FORTUNE.) Hol: '■ Pierre '. ou va m'eniendre . celui oui fait le
BRO
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Qui bien fet le bien trovera.
Tu le plains! Or niesluel ilcsfcmlrc
Tout ausi coin droiz le dira.
Or puis je bien dire el entendre
Que li proverbes voir dira :
« Qui le larron lorne de pendre,
Jà li terres ne l'anima. .
Je te lornai de povreté Quant je te vi premièrement;
Je te donnai la richelë Où in as est i longuement.
Or as faussement esploité , Dont tu reçois In paiement :
Se lu pers en la fausseté , jV ne l'en puis mes vraiment.
Pierres, bien voi , quoi que nus die, Que lu viens en la reverdure ; Quar qui melroit toute sa vie A servir mauves paine el cure Et si lessast à la foie Por son mesfet soufrir ledure, Tantosl serait l'amor faillie; Quar mauves est de tel nature.
Pierre, Pierre, se tu penssoies Où je le pris ne eu quel point, Bien croi que jamès ne feroies l)e moi 1ère clainor ne plaint.
Povres boni et noient csloies Quant je le mis en si liant point :
Or me mesdis et me guerroies !
Ainsi sert mauves tout à point.
Povres boni , ce di-je, et despris, Sanz richeté et sanz poissance , Quant je le mis en si liant pris Que sires esloies de France.
Or as par Ion orgueil mespris :
Se droiz en a pris la venjauce Et la fausseté l'a repris, Por qoi m'en (ez noise ne lance
( Ci parole riEitur.. ) Hé ! Fortune fausse et vilaine , Vessiaus plains de niai et d'amer, Escorpie de venin plaine , Au premier fez samblant d'amer Et en la lin mesaise el paine D'envenimer et rl'enflamer.
Jà nus boni ne t'aura certaine ; Plus es muablc que la mer.
Tu me méis au commencier Pins aise que poisson qui noe Encore por moi plus essaucicr Me montas en baut sus la roe.
Or m'es jà venue enebaucier El m'as si gelé en la boe Que tels me soloit deschaucier Qui maintenant me fet la moe.
Quant doué m'eus tel haulece , Porqoi ne m'i as areslé ?
Por moi fere plus de iristece Le IV'is, (c'est la ) vérité ; Qtiar | h'om qui n'a phi | si iebece Quant il declliele' povreté , A plus dolor, honte et destreco Que s'onques n'cusi riche esté.
Trop csl fols qui eu loi se fie, Quar en la lin chier le coniperc :
Tu me fus au premier amie Et riorrice loiaus et mère ; Or m'es en la lin anémie Et marrasire dure et amcic.
Tu es ausi eom l'escopie Qui oint devant el point derrière.
Trahison fu et faussetés, Ce voit-on bien aperlemert
bien trouve le bien. Tu te plains, il faut que je me défende selon le droit. D'abord je citerai ce pro verbe : < Celui qui arrache le larron du gibet n'en sera jamais aimé. •
C'est moi qui l'arrachai à la pauvreté tout d'abord
que je le vi, ; je l'ai donné les richesses au milieu desquelles m as vécu longuement. Mais à a ti
1 'e, après avoir agi en traître, et sur le point de
recevoir le payement de ion crime, si lu perds tout par ta félonie, qu'y puis-je, en vérité!
Pierre, je vois trop, quoi qu'on en dise, que lu n'as jamais oublié ion premier élat de vilain ; el, après avoir pris peine et soin toute sa vira servir un méchant, si une seule fois, on le laisse enbnltc aux outrages à cause de ses méfaits , on a tout aussitôt perdu son amitié ; car telle est la naluie du méchant.
Pierre, Pierre, rappelle-loi où je le pris el en quel point , el jamais lu n'élèveras ni réclamation ni plainte conire moi. Tu étais un homme pauvre el (de) rien quand je te mis en si liaul point : maiutenant tu me maudis el me guerroies C'est ainsi que le méchant sert dans l'occasion.
Pauvre, dis-je, méprisé, sans richesse et sans pouvoir, quand je le mis en si baut lieu que lu étais seigneur de la France. Mais l'orgueil l'a é^aré : si la justice en a pris sa vengeance et t'a repris de la félonie, pourquoi me cherches-tu noise, et me faistu des reproches?
( Ici parle tierue. ) F.h ! Fortune félonne et vilain vase rempli de mal el d'amertume, scorpion plein de venin, sons sémillant d'aimer, lu ne m'as causé q^c malaise et peine envenimés et enflammés Qui peut èire cerUin do loi ? Tu es plus changeante que la mer.
Au commencement lu me rendis plus aise que poisson qui nage, et pour m'élever encore davantage, lu me montas en haut sur ta roue. El déjà lu m'es venu chasser el lu m'as tellement ieté dans 1 1 bouc que tel .avait coutume de me déchausse] qui maintenant me fait la mine.
Après m'avoir placé à une toile hauleut, pourquoi ne m'y as-tu pas lise'.' Tu le lis un instant pour me causer plus de tristesse, c'est la vérité; car le riche, quand il tombe dans la pauvreté, a plus de douleur, de honte el de détresse que s'il eut toujours été pauvre.
Trop est (nu qui en loi se lie, car, à la fin, il le pave cher : lu fus d'abord pour moi une amie, nue nourrice loyale et une mère, maintenant lit m'es enfin ennemie, dure et amère marâtre. C'est ainsi que !e scorpion est doux par devant el pique derrière.
Trahison el fausseté, onle voit clairement , quand lu me montras au commencement tant de bieuveil-
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Q lam inni île biens et d'amislez Me mons'.ras au commencement Et me douas les richetez , • Les bonors ei le tellement.
Donl je sui en la fin gelez El chaciez irop honleusemenl.
Ci parole fortune.
Pierres, moult 1res grant fi lonie Me dis el moult très grant outrage :
Tu dis que je l'ai vilonie El trahison lel et domage; Non ai , Pierres , mes corloisie A loi et à tout ion lingnage; Mes si mauves n'esloies mie Qtianl je te mis en seignorage.
lions ei loiausel preus esloies , Prés et de bien 1ère et d'emendre; A loul servir t'abandonoies, Le grant , le pelil el le niendre.
Dieu el iresioz ses sainz servoies Pileusemenl et de cuer tendre El quant Diex vil qu'ainsi fesoies Si l'en vont le guerredon rendre.
Lors te pris en humilité Ou commandement Dieu le père, Et le lis par grant amisié T'a nifsun sus ma roe fere.
Or as en la fin esploité Mauvcseinenl de la matere :
Orgueil as pris cl vanité, El lessié la voie première.
Ta faussciez el tes orgueus T'a fel en cesle dolor eslre; Tiailres as el desloiaus Esté vers Ion seignor terreslre.
Li terres privez est Irop maus , El in savoies loul son eslre :
Or as esté com li cliaiaus Qui runge les sollers son meslre.
Tu pooies trop bien savoir Qu'en ma roc s'a .i. lel arl Qu'il i covient si droit seoir Que il ne pende nule pari ; Li qui peut, il l'estuel chcv.ir :
Et tu pendis (se Diex me gart? ) Vers le faus cl lessas le voir :
Or t'en repentiras à lart.
(Ci parole pinriRE.)
Hé ! Fortune dure et sauvage , Bien m'as ore por fol tenu !
Je voi mou II bien que cil do:nage Me sonl par toi luit avenu. Tu nie méis au baul estage, Et ne m'i as pas maintenu ; En dolor m'a mis cl en rage :
Par loi nie sont cil mal venu.
Son ami puel-on au besoin Essaier, ceseut-on relraire; Quar li ami bon el certain Aident de ce qu'il pueeni laire.
Li iriebeor faus et vilain Si ne finiront jà de brere; Tels d'il : « Je vous aim », Qui point et cunchie derrière,
Sj lu fusses loiaus amie.
De dolor m'eusses gelé; Mes lu m'es mortel anémie, Ce voit-un bien par vérité; Quar il ne le soulisoil mie A lolir la properilé, Ai nz m'as loin et mort et vie, Et tel moiir à granl ville.
Au premier si haut me méis Que loz li mons m'esloil amis,
lance et d'amilié et me donnas les richesses-, le* honneurs et la lenauce dont je suis à la fin arraché el chassé honteusement.
( Ici parte fortune. ) Pierre! ta parole n'est que félonie et outrage : lu disque je l'ai fait vilenie, dommage et trahison. Non ! Pierre; j'ai fait courloisie à loi el à loul Ion lignage. Ah ! tu n'étais pas si mauvais quand je t'élevai au pouvoir.
Tu clais boa, loyal et preux , prêt à bien faire et à entendre; tu le menais loin entier à servir lout le monde , le grand, le pelii et le moindre. Tu servais Dieu et tous les saints pieusement el de cœur tendre; el quand Dieu vit que tu agissais ainsi, il voulut l'en récompenser.
Alors je le pris dans un état humble par le commendemenl de Dieu le Père, et le fis par grande amitié élever ta maison sur ma roue. C'est dés lors que lu as malversé dans l'exercice de les fonctions : lu as pris de l'orgueil el de la vanilé, el laissé la voie première.
Ta fausseté et Ion orgueil l'ont seuls fait tomber dans cei abîme; lu aséié traîne et déloyal envers ion seigneur terrestre. Le voleur domestique esl, h; plus dangereux. Qu'ignorais-tu de ce qui concernait ton seigneur? Eh bien! lu as été le pelil chien qui ronge les souliers de son maître..
Ignorais-tu que sur ma roue il faut être assis parfaitement droit et ne pencher nulle part; celui qui penche tombe, el toi lu as penché (que Dieu me garde! ) vers le faux; lu as laissé le vrai : maintenant il esl trop lard pour l'en repentir
(Ici parle pierre. )
Eh ! Fortune dure et sauvage, me crois-tu fou? Je ne vois que trop que Ions ces dommages nie sont arrivés par loi. Tu m'as mis en haute position, et ne m'y as pas maintenu ; tu m'as mis en douleur el en rage : par loi me sont venus ces maux.
C'est dans la nécessité qu'on éprouve son ami, lel esl le proverbe. Alors, les amis bons et sûrs aident de ce qu'ils peuvent faire; mais les tricheurs, félons et vilains crient haro; lel d'entre eux dil par devant: i Je vous aime >, qui pique et conspue derrière.
Si lu eusses élé (une) loyale amie, je serais à l'abri du malheur, mais lu es mon ennemie mortelle, évidemment : car il ne l'a pas suffi de me reiirer la prospérilé, lu m'as enlevé el mon el vie, el lu nie piépares une mort ionominieuse.
Tu me mis d'abord si haul que lout le monde élii' mon ami , et à la fin lu me mis si (bas) que ton', le
» ô il