‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1271 sur 1429 · ENTREES DES BOIS ET DES REINES · texte numérisé non relu

ENTREES DES BOIS ET DES REINES

— Les entrées des rois et des reines do France ont donné lieu a un grand nombre de représentations dramatiques ou de pantomimes dont l'histoire a été recueillie en ces termes par les frères Parfait :

Mylères représentés aux entrées des rois et des reines de France à Paris.

Si l'histoire que nous traitons était plus connue, nous ne serions pas obligés de parler des mystères qui s'exécutaient sur des échafauds aux entrées des rois et des reines de France, puisque ces sortes de représentations n'étaient que des espèces du tableaux qui donnaient l'idée de quelques Iraits de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais tant de personnes les confondent avec ceux qui parurent sur le théâtre de la Trinité, qu'il nous a paru important de détruire celle erreur. Nous croyons en avoir trouvé les moyens, en rappoitant exactement les propres termes des auteurs qui ont parlé do ces sortes de mystères : par là on jugera si nous devons les mellre au rang des poèmes de la Passion, des Actes des apôtres, du Roi Avenir, etc. (873).

Entrée de la reine Uatieim de Uavière, à Paris le S0 juin lô)S9 (874).

« A la première porte Sainl-Denys, ainsi

appellée la Maison des Sols Attendons. »

(875) Ce fui vers la lin du règne de Charles V que les mystères représentés sur des échafauds furent introduits : ils tirent partie des cérémonies qui s'observaient aux entrées des rois et des reines de. France, jusqu'à François 1" inclusivement. Henri II les supprima, et on y substitua les arcs de triom-

fS7I) FnoissART et Cérémonial français, p. C3S, «59.

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NOTICE SLU LE THEATKE l.lMtE.ENT

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qu'on entre dans Paris, avoit un ciel tout ètoillé, et dedans ce ciel jeunes enfans appareillez et mis en ordonnance d'anges, lesquels enfans chantoient moult mélodieusement et doucement ; et avec tout ce, il y avoit une image de Nostre-Dame qui tenoit par figure son petit enfant, lequel enfant s'ébatoit par soy à un petit moulin fait d'une grosse noix ; si étoit haut le ciel et 01116 moult richement des armes de France et de Bavière : à nn soleil d'or resplendissant et donnant ses rayons, et le ciel d'or rayonnant étoit devise du roy.

« Après, dessous le mousticr de la Triniié, sur la rue, avoit un échafaut et sur I échafaut un chatel, et au long de l'échafaut éloit ordonné le pas (875) du roy Salhadin et tous faits de personnages les Chrétiens d'inné part et les Sarrazins de l'autre, et là étoient par personnages (876) tous les seigneurs de nom, qui jadis au pas de Salhadin furent, et armoyez de leurs armes ainsi que pour le lems d'adonc (877) ils s'armoienl.et un petit en sus d'eus étoit parpersonnage, le roy de France, et autour de luy les douze pairs de France, tous armoyez de leur armes. Et quand la reine de France fui amenée si avant dans sa litière jusque devant Péchafautoù ces ordonnances étoient, le roy Richard se départit de ses compagnons et s'en vint au roy de France, et lui demanda congé pour aller assaillir les Sarrazins, et le roy luy donna. Ce congé pris, le roy Richard s'en retourna devers ses compagnons, et lors se mirent en ordonnance et allèrent incontinent assaillir le roy Salhadin et ses Sarrazins; et là y eut pour esliatement grande bataille, et dura une bonne espace, et tout fut vu m ult volontiers, puis passèrent outre et vinrent à la seconde porte Saint-Denys (878) et là avoiton ordonné, comme à la première porte, un ciel nué et estoillé très-richement, et Dieu par figure séant en sa majesté le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; et là dedans le ciel petits enfans de chœur chantaint moult doucement en forme d'auges (laquelle chose on voyoit moult volontiers) et ainsi que la reine passa dedans sa lieliere sous la porte de paradis, d'amont (879) deux anges issirent hors en leur avalant (880), et tenoient en leurs mains une très-riche couronne d'or garnie de pierres précieuses, et la mirent les deux anges, et l'assirent moult

doucement sur le chef de la reine, en chantant moult doucement tels vers :

Dame enclose entre Fleurs de I.ys, Reine esles-voiis de paradis.

De Frani e, el île Inui ce P.iïs.

Nous en r allons (881) en Paradis.

« Après trouvèrent les seigneurs et dames devant la chapelle Saint-Jacques (882) un eschafaull fait moult richement el très-bien ordonné, séant au côté dexlre, ainsi comme ils s'en alloieul; et estoit ledit eschafaut couverl de drap de haute-lice et eiicourliné en manière d'une chambre, et dedans relie chambre il y avoit des hommes qui sonnôient orgues moult doucement. A la porte du Chastellet de Paris y avoit un chas tel ouvré et charpenté de bois et de gariîes (883) faites aussi fortes que pour durer quarante ans: et là y avoit à chacun des crenaux un homme d'arme armé de toutes pièces, et sur le ebasteluu lit paie, ordonné el eucourliné aussi richement de louies choses comme pour la chambre du roy, et estoit appelle ce lict le lici de justice; et là en ce lict par ligure et par personnage se gisoit madame sainte Anne. Au plein de ce chastel (qui estoit contenant grand espace) y avoit une garenne et grande foison de ramée, et dedans la rainée grande foison de lièvres et de lapins, el d'oy sillons qui voloient hors et y revoloierit à sauf parant, pour la double du peuple qu'ils voyoient. Et de ce bois et rainée, du côté que les dames vinrent, issit un grand blanc cerf (881) devers ledicl bel de justice : d'autre part issit hors du bois et de la ramée un lyon, et un aigle fait trèsproprement et approeboient fièrement ce cerf et le lict de justice. Lors issirent hors du bois el de la ramée jeunes pueelles environ douze, très-richement parées en ehappellels d'or, tenant épées toutes nues en leurs mains, else mirent entre le cerf et l'aigle, el le lyon, et monslrerent qu'a l'épée elles vouloient garder le cerf el le lict de justice, etc. (883). »

Représentations faites a Paris à l'entrée de Henri VI, roi d'Angleterre iSSti).

« L'an 1431, environ l'issue de septembre, Henry VI, roi d'Angleterre, lit son entrée à Paris... Si avoit au poncelet Saint-Denis un eschafaut, sur lequel éloit comme une manière de bois, où étoient trois hommes

(875) Ec sujet de relie représentation est pris de l'histoire des croisades.

(S7(i) Il est bon de remarquer que ces personnages ne parlaient point.

(877) D'alors.

(8~8) Il semble qu'on la nommait la porte aux Peintres, qui fut abattue du temps de François I" di! ce nom.

(879) Don liant.

188O) En descendant.

(881 ) Iteioui nous.

(88-2) Saint-Jacques de l'Hôpital.

(885) Guérite.

(884) Juvcnal des Ursius nous apprend que ce ççrf était (vilement fait el composé, qu'il y avait

homme 1 qu'on ne voyoit, -qui luy faisoit remuer les yeux, les cornes, la liouclie, el Ions les membres, et avoit au col les armes du roy y pendans, c'est à sçavoir i'esctl d'azur à trois fleurs de lys d'or, bien richement fait, et sur le licou près le cerf, avoit une grande espée toute mie, belle et claire ; el quant ce vint à l'heure que la reine passa, ccluy qui gouvernoil le cerf au pie.l du devant dextre, luy lit prendre l'espée, ci la lenoil toute droite, et la laisoit trembler. 1

(885) Nous supprimons le reste de celle description.

iSStJi t'Nr.ii.iu.Nn DE MoNsTRr.i.r.T, loin. Il, p. Tlt

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sauvages et une femme, qui ne cessèrent «le combattre l'un contre l'autre tant que le roy et Us seigneurs fussent passez : et avoit dissous ledit échafaut une fontaine jettant hypocras, et trois seraines dedans, et éloit ledit hypocras abandonné à un ehacun. Et Jepuis le poncelet, en tirant vers la seconde porte de la rue Saint-Denis, avoit par personnages sans parler ,887) de la Nativité Nosire-Dame, de son Mariage, et de l'Adoration des trois rois, des Innocens et du Bon Homme qui semoit son bled ; et furent ces personnages lrô-»bien; jouez : et sur la porte Saint-Denis fut jouée la Légende Saint-Denis, qui fut volontiers vu des Anglois, » etc.

lli pré-emaiions faiies à Paris a l'enir^edn roi Char les VII, le luardi 12 noieuibre U5T (888).

« Après les prevost des marchands et esehevius, le prévôt de Paris, etc., su i voient des personnages représentais les sept péchez mortels et les sept vertus, Foy, Espérance, Charité, Justice, Prudence, Force et Tempérance, montez à cheval, babillez selon leur propriété.

« I.e roy, ayant passé la porte Saint- Denis, vint au Ponceau , où d'un artifice éloit une fontaine, et sur icelle un pot couvert d'une fleur de lys, laquelle du haut de ses trois feuilles jettoit hypocras, vin et eau en abondance. Dans cette fontaine se promenoient deux dauphins; dessous cette fontaine éloit l'arcade pour passer, peinte en azur, semée de fleurs de lys ; et dessus une terrasse l'image de saint Jean- Ba plis te monstrant \Agnus Dei, lout entouré d'un chœur de musiciens habi lez en forme d'anges, ihanlans en toute mélodie.

« Devant la Trinité étoitun grand théâtre, sur lequel esloient représentez les mysières de la Passion, et Judas faisant sa trahison ; ces personnages ne parloient, ai ns reprépentoienl ces mystères par gestes seulement (889). A la seconde porte aux Peintres étoient les images de saint Thomas, saint Den s, saint Maurice et saint Louis, roy de France, au milieu desquelles estoil celle de sainte Genevli fve pa trône des Parisiens.

'< Devant le sépulcre étoit un autre théâtre, où fuient représentées la Résurrection du Sauveur du monde, et son apparition à la Magdelaine.

« A la porte de Sainte-Calhenne derrière Sainte-Opportune, étoitun autre théâtre, où estoil le Saint-Esprit descendant sur les apôtres et disciples.

« Devant le Chastelet estoil un grand rocher et terrasse couvert d'un boccage et pastis agréable, où esloient les pastoureaux

avec leurs brebis, recevans les nouvelles, par l'ange, de la Nativité de Nostre Rédempteur, et chantins Gloria in rxcelsis Deo : et audessous de l'arcade dudit rocher estoit un Met dejustice, où esloient trois personnages représenlans la Loi de grâce, la Loi écrite, et celle de Nature : et contre les Boucheries esloient représentez le Paradis, le Purgatoire et l'Enfer; et au milieu l'archange saint Michel pesant dans une balance les âmes des trespassez (890).

« A l'entrée du grand pont de Paris , estoil représenté le Baptême de Nostre-Seigneur par saint Jean-Baptiste, et sainte Marguerite auprès du dragon. »

Représentations faites à l'entrée du rot louis XI, le dernier jour d'août 1461 (891).

« A l'entrée que fîst le roy à ladite vilio de Paris par la potte Saint-Denis, il trouva une moult belle nef en figure d'argent portée par le haut contre la maçonnerie de ladite porte, depuis le pont-levis d'icelle, en sïgni fiance des aimes de la ville, dedans laquelle nef estoient hstn.is estais, et aux chasteaux de devant et derrière d'icelle nef, estoient Justice et Equité, qui avoient personnages pour ce à eux ordonnez, et à la hune du masl de la nef, qui estoit en façon d'un lys, yssoit un roy h.ibillé en habit royal, que deux anges conduisoient.

« Un peu avant dans laditte ville estoient à la fontaine du Ponceau hommes et femmes sauvages, qui se combattoient et faisoient plusieurs contenances, et si y avoit encores trois belles tilles faisant personnfges de seraines, toutes nues, qui estoit chose bien plaisante, et disoient de petits motets et bergereltes. Et près d'eux jouoient plusieurs bas instrumens, qui rendoient de grandes mélodies. Et pour bien ralfre^chir les entrans en laditte ville y avoit divers conduits en ladicle fontaine, jp| fan! laict, vin et ypocras, dont chacun buvoit qui vouloit; et un peu au-dessous dudit Ponceau , à l'endroit de la Trinité, y avoit une Passion par personnages et sans parler (892). Dieu eslendu en la croix, et les deux larrons à. dextre et à seneslre ; et plus avant à la porte aux Peintres avoit autres personnages moult richement habillez. Et à la fontaine Saint-Innocent y avoit aussi personnages de chasseurs, qui accueillirent une bische illec estant : qui faisoient moult grant bruit de chiens, 'et de liompes de chasse. Et à la Boucherie de Paris il y avoit eschaffaux figurez à la bastille de Dieppe: et quand le roy passa, il se livra illec merveilleux assaut de gens du roy à l'entourdes Anglois estant dans laditte bastille, qui furent pris et gai-

(887) Voyez la Note suivante.

(888) Tiré du Recueil des Offices de France par J an Chenu, avocat en parlenieni.

(889) Voici mie preuve hien marquée que ces mystères n'étaienl point récités, et qu'ils n'étaient seulement que représentés par ligures; on peut voir encore «les preuves aussi fortes en plusieurs autres endroits ri-dessous.

(8911) Alain Chaitier rapporte dans s'Hi Histoire

une description fort abrégée de celte entrée.

(891) Chronique de Louis XI, écrite par Jean de. Trêves, greffier de l'Hôtel de Ville de Paris, p. 16 de l'édition de Bruxelles, à la suile des Mémoires de Commines.

(892) Celle Passion, comme on le voit aisément, est tniil autre que celle que jouaient les Confrères, puisqu'elle n'était qu'une action figurée.

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NOTICE SEP. LE THEATRE LUIRE

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