FLORIMOND
Lessez, lessez tout ce propoulx, N'en parlez, plus , de par le Deable.
« Sa constance irrite Dyoscorus à un tel excès qu'il la fait retirer et ordonne qu'on la livre au prévôt Marcian pour lui faire subir le dernier supplice (112).
DYOSCORUS.
Harau ! Deables ; je creveray En ceste sanglante houlliere ; N'est tirée bien-toust arrière :
Tant plus je l'oy, et plus j'ay mal.
« Lucifer profite de cette conjoncture pour animer ses démons contre Barbe.
LUCIFER
Hau! Sathan?hau! Leviathan?
Berith, Astaroth l'infernal,
Saillez hors de vostre hospital?
« Lucifer ordonne à Satan de verser son poison dans le cœur de Marcian. Ce prévôt, s'étant fait amener la princesse, essaye de lui faire quitter la foi chrétienne. «Vos « dieux, réplique-l-elle avec fierté, ne sont « que de vaincs idoles. »
Idolles? G...
MARCIAK.
ARBARA.
Voire Folles.
seconde journée de la Passion. C'est ce que nous prouverons en parlant ci-aprés du Mystère de l'Incarnation.
(112) Dans le Mystère de sainte Barbe, imprimé, et différent de celui ci, ce même Marcian, qui n'est ici que le prévôt de Dyoscorus, se trouve empereur de. Rome.
DICTIONNAIHK JLS MYSTERES.
!85 BAH
A ces mots Maman commande à ?es
bourreaux .l'attacher Barbe à un pilier et de la fouetter de foules leurs forces.
TALIFABT, quarlus Tyrannus.
Il faiilt ung peu grater ta galle.
contrefoy, primus Tyrannus.
Despoullnns la, et la battons.
(l'ausu : exuant eam.) « Dyoscorus, songeant avec plaisir aux cruautés que Marcian va exercer contre sa tille, ordonne qu'on lui serve à souper. »
GhONIi.NART.
Sus, or nous abillon Pour aller souper :
CORNIBEBT.
C'est mon goust.
(Finis pro tertiù die.)
QUATRIÈME JOURNÉE
(Hic incipit quartus Liber Mhlerii Béate Barbare Virginie.)
« Au milieu de ses tourments Barbe loue le Seigneur et le prie de lui donner la force de les souffrir avec constance.
(Tyranni ligant eam nudam ad postem.)
« Lorsque ces bourreaux se sont exercés quelque temps, ils se reposent pour reprendre haleine et paraissent étonnés de sa tranquillité.
NAR1NART.
Elle est pire qu'une sansuë!
Le Deabîe nous la puist erabler (113)
CONTREFOÏ.
Nous n'avons bras, jambes , ne eulx (Ui) Que tous ne sont las.
ARCIAN.
Sus, mesgnye
MAR1NART.
Par Apollin, je n'en puis plus, El nous a mis jusqu'à la lye.
« Le prévôt lâche encore de lui faire abandonner sa religion, mais Barbe, aussi insensible à ses honnêtetés qu'à ses menaces, lui dit qu'il peut redoubler ses tourments. Marcian, irrité par ce mépris, ordonne aux tyrans de recommencer.
TALIFART.
Advise comme je m'atinte, Suy-ge bien fourny de bon nerf?
CONTREFOY
Il me semble il'ung cuyr de Cerf, Tant est dur : c'est bon pour sa peau.
« Alimodôs, l'un des chevaliers de Marcian, prenant pitié des maux de cette jeune princesse, l'exhorte d'obéir aux ordres du roi.
AMMOIIF.S.
Barbe, ma gentil' Damoiselle, Je vous requiers, ayez pitié De votre giaut formosité.
« Comme elle ne veut point l'écouter, le prévôt lui fait frotter ses olaies avec du vi-
'113) Dérober.
BAH
naigre et du sel. « Je ne sais déjà plus quel « tourment lui faire endurer, » s'écrie Marcian.
MARCIAN
Ceste G... de mal'affaire
Me feray <y mourir de raigc.
BARBARA
Tu pers ta peine, et ton devis.
« On la ramène en prison coucher sur un lit de cailloux pointus. La sainte Vierge prie le Seigneur de soulager une fille qui souffre avec tant de courage pour sa gloire; Dieu va la visiter avec ses anges.
(Pansa : descendant Deus et Angeli cantando , et veniant ad carcerem.)
« Lucifer, au désespoir des bontés que le Seigneur a pour Barbe, appelle tous les démons pour leur apprendre cette nouvelle.
ASTAROT1I.
C'est ung maulvais commencement Pour bien garnir nostre mesnaige.
LUCIFER
11 l'aime cordiallement.
LÉVIATUAN.
C'est ung maulvais commencement.
LCCIFER.
Il luy promet finablcment En Paradis son beïilaige
BÉR1TH.
J'en ay grant deul, certainement Dedans mon mal cieux couraige.
SATHAN
C'est ung maulvais commencement Pour bien garnir nostre mesnaige.
« Ce n'est pas tout, dit Lucifer : comme « Marcian ne sait plus quel tourment faire « endurer à la princesse, il faut que vous « alliez l'inspirer. »
(Pansa : Fingal Marcianiis dormire, et Demones reniant ad eam.)
« Ce prévôt, conseillé par ces malins esprits, envoie chercher Barbe, et la l'ait attacher à un pilier.
(Puusa : vadant quesitum Barbaram, et habeanl cordum ad ligandam eam.)
« Je m'apprête à éprouver les tourments « les plus affreux, » lui dit cette tille courageuse.
BARBARA
Car tu es du Deable endurcy.
MARCIAN
Haro! Mercure! quesse cy?
Ceste trop me despite.
(Pansa : suspendunt eam.)
« Barbe, ainsi attachée, lui reproche sa fureur avec les termes les plus vils.
N'as-tu point honle ne vergongne.
De commettre telle besongne?
De pendre une pouvre pucelle Par les piez : c'est ebose eruélle.
Hélas! pour l'honneur féminine,
(Il il Yeux.
187 BAR
Et pour celle qui tant fut digne De te porter dedans ses llaiis, Tu ne deusses pas faulee mine, Commettre ceste euvre maligne, Par courroux qui te son en ilans,
« Le cruel prévôt, irrité par ce discours, lui fait déchirer le corps avec des peignes de 1er, et ensuite brûler par des lampes ardentes. Non-seulement Barbe souffre ses maux avec une constance infinie, mais même elle raille son bourreau.
BARBARA
Truant, mengue ung petit, S'il te semble bon au vergueusc Mes membres souf sus et jus Roustiz, et sans plus de débat Fay les mectre dedans ung plat, etc.
(Stultus loquilur.)
« Marcian essaye encore de la séduire par ses promesses ; mais la voyant persévérer, il commande à ses satellites de lui écraser Ja tête avec des maillets de fer.
CONTREFOT.
A ce cy nous nous aceordon Il sera fait pluslousl que dit.
(Pausa: liganl eam, et habeant muleas ferreas.)
MAR1NART.
Forgeons mieulx :
Frappe de hault sur ceste enclume.
« Marcian effrayé de la voir résister à ce nouveau tourment, s'écrie avec fureur:
MARCIAN
Par Saturnus, je cuyde et croix, Que tu es Nigromencieiine, Ou une mauldicte Arrienne.
« Les chevaliers du prévôt pressent Barbe, mais en vain, de se rendre aux volontés de son père.
Al 1M0DÈS.
Qu'atens-tu?
Delesse ton Jésus bien loings.
MARCIAN
Sis Marinait, et toy Contrefoy, Marpaull, Talifartf Abrégez," Gardez que jamais ne mengez.
Tant que vous aurez, comme fors, Tranché ses mammelles du corps, tomme chose très diûamable, Et en femme vituperable.
Prenez moy cousteaux esbrechez, Mal taillan's, lours, et tous brecbez, etc.