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« avoit épousé Marie, sœur de Jeanne, fui « le conseiller et l'auteur de cette infâme « action. Jeanne n'en étoit pas innocente; « elle eut beau se lamenter, ses larmes et « ses cris l'en justifièrent bien moins que « son mariage subséquent avec Louis, son « cousin-germain, beau prince, et selon ses « désirs ne l'en convainquit, »
La Tkaranta, seconde tragédie.
« La suite de l'Histoire de Jeanne sera l'argument de cette seconde tragédie.
« Ce prince Louis étoit fils de Philippe, « prince de Tarente, que Jeanne épousa un « an après la mort de son premier mari, « mais il ne jouit pas tranquillement de sou « second mariage. Car (c'est Mézerai qui « parle [930]) Louis le Grand, roi de Hon- « grie, étant venu on Italie pour venger la « mort de son frère André, et pour recueillir « son royaume, traita Charles deDuras tout « de môme qu'on avoit traité le roi André. « Il en eût fait autant à la princesse et à son « beau mari, s'ils fussent tombés entre ses « mains, c'est pourquoi elle se sauva de « bonne heure en sa comté de Provence, et « son mari peu de teins après elle. Le Pape « Clément VI lui rendit de grands honneurs; « mais profitant de l'extrême nécessité où « elle étoit réduite, il tira d'elle la ville et « le comté d'Avignon, qu'il n'acheta que « quatre-vingt mille florins d'or de Flo- « rence (931). Mais par-dessus le marché, il « approuva le mariage avec le prince Louis. « qui en récompense ratifia cette vente. On « dit que Louis ne gardant point la niodé- « ration nécessaire dans les caresses qu'il « faisoit à la reine sa femme, y ruina sa « santé, et mourut bientôt; mais c'est une « médisance, car Louis vécut jusqu'en 1362, « c'est-à-dire quinze ans après son mariage, « étant entré dans ses Etats en 1350 par la « médiation du Pape. » Cependant pour suivie l'idée du poêle, qui ne prétendait pas justifier la Reine Jeanne, nous lui fournirons un garant: c'est Brantôme (Fie* des Dames illustres) qui va prendre ce soin. « Elle épousa (c'est de Jeanne qu'il parle) « après, et aussitôt la mort d'André, un de « ses cousins, fils du prince do Tarente, « qu'elle aimoit fort durant la vie de son « mari, qu'elle traita bien, et demeura avec « elle trois ans en fort grande amitié, mais « il mourut tout exténué de s'être excessi- « vement et trop souvent employé au ser- « vice de la reine. »
La Malhorquina, troisième tragédie.
« Servons-nous encore de Brantôme (Vies dts Dames illustres) , pour donner le plan de cette tragédie. « Jeanne épousa après, « pour son tiers mari, Jacques d'Aragon, « infant de Majorque qui était pour lors le « plus délibéré prince, dispos et beau per- « sonnagequi se trouvât en la place, qu'elle « ne voulut pourtant qu'il portât le titre de
« roi, ains de simple duc de Calabre ; car « elle voulait seule dominer et ne-vouloit « pas avoir de compagnon, ainsi qu'ellefai- « soit bien et lui montra bien aussi; car « ayant su qu'il s'éloit donné à une autre « femme, (malheureux qu'il étoit, car de « plus belle n'en pouvoil-il choisir que la « sienne) lui fit trancher la tète et ainsi « mourut. » Ce qu'il y a de plaisant, c'est que Brantôme persuadé que la reine ne fit point mourir son troisième époux, ne laisse pas de dresser une longue apologie de ce piélendu supplice qu'il finit par ces mots: « Qui n'eût condamné ce prince d'avoir « faussé compagnie à cette belle reine ets'ê- « tre dérobé pour aller habiter avec une « autre qui ne la valloit pas en la moindre « partie de son corps. C'étoit tout ainsi « qu'un , qui pour éteindre sa soif, dé- ■ laisse la nette et claire fontaine, poural- « 1er boire dans un marais, sale, boueux et « tout vilain. »
L'Allamanda, quatrième tragédie.
« Enfin Jeanne, (car c'est toujours la continuation de son histoire) se maria l'an 1376, avec Othon de Brunswick, prince allemand, avec lequel elle vécut en bonne intelligence ; mais Charles Durazzo, général des troupes du roi de Hongrie, vainquit Othon dans une bataille et le fit prisonnier. Ensuite de quoi il marcha vers Naples où ayant été reçu sans résistance, il assiégea la reine et la princesse Marie, sa sœur, dans le château de l'OEuf et les força de se rendre. Alors, maître de la vie de Jeanne et d'Othon, il les fit étrangler tous les deux en sa présence. Brantôme (Fie* des Dames illustres ) conte un peu autrement la mort de Jeanne, voici ses termes : « Charles du Durazzo, « maître du royaume et de \h personne de « la reine Jeanne, fit sçavoirau roi de Hon- « grie l'état des choses et lui demanda ce « qu'il feroit de cette princesse. Le roi de « Hongrie envoya à Charles deux de ses « barons pour le congratuler de sa victoire, « et fit réponse qu'il de voit mener la reine c au lieu propre auquel elle avait fait « étrangler André, et que en même lieu et « en même manière il la fit pendre et étran- « gler; ce qui fut fait; et ce corps porié « à Ste.-Claire à Naples. Et après avoir été « trois jours morte sur terre, fut enterrée, « et les deux barons en ayant vu l'exéeu- « lion , en portèrent les nouvelles en Hon- « grie »
La Joliannrla ou la Joananda (la Jeanne), cinquième tragédie.
« Il y a grande apparence que cette tragédie n'était qu'une récapitulation des divers événements de la vie de Jeanne de Naples. Car, Nostradamus en annonçant celte pièce, « ajoute que le poêle n'y avoit rien « oublié depuis que cette reine fut de l'âge « do six à sept ans, jusqu'à la fin de ses « jours qu'elle prit une telle et malheu-
(D30) An III' tome rie sou Abréaé ne l'Histoire de (951) Quelques-uns disenl qu'il ne les paya pas.
France. (Mê/.f.r.\i. tom. III, page 30.)
Dictionn. dbs Mystères, ^5
Ut9 PAT
« reuse fin qu'elle avoit l'ait prendre à An- « .ire son mari. » Nous dirons seulement que Jeanne mourut en 1382, âgée de 58 ans. »
PARIS (Jugement de). —M. O. Leroy signale parmi les pièces indécentes jouées .lux entrées des rois, le Jugement de Paris. (cf. Epoques... ch. 8.)
M. Edelestand Duméril, dans ses Origines latine:: du théâtre moderne (Paris, 18W, in-8", p. 7-2) relrouvecemime avec un autre drame sur lesévénemcnlsdu temps, dans un livre du x.tix siècle intitulé. Antiquités du triomphe de Béziers au jour de l'Ascension, contenant les plus rares histoires qui ont été représentées au susdit jour ces dernières années ; Béziers, 1628.
PATHF.L1N (La farce de.) — Les frères Parfait, dans leur Histoire du théâtre français (t. III, p. 167) , ont donné l'analyse suivante de la Farce de Pathelin, sous la date do l'an H7i (932).
« On ignore absolument le nom de l'auteur de cette farce et le temps de sa représentation. Tout ce qu'on sait de plus précisa l'égard du dernier article, nous le devons à M. de Lacaille, dans son Histoire de l'imprimerie et de la librairie de Paris, où il parle d'une édition de Pathelin, chez Pierre Le Caron qui imprimait vers lV7i. Ainsi, nous supposons cette pièce jouée vers ce temps qui eut un succès des plus marqués (933), et dont beaucoup de vers passèrent en proverbes, même le nom du personnage qui donne le titre à la pièce, de\int el est encore un nom général , pour désigner un homme qui sous une apparence de douceur et de probité cherche à tromper tout le monde.
« Nous allons donner un extrait de cet ouvrage, quoiqu'exlrèmement connu, tant par son mérite que par la pièce de de Brueys, qu'on joue très-souvent, qui porte !e titre de \ Avocat Pathelin. Nous rendons compte de celle de l'anonyme.
« Elle ouvre par Pathelin et Guillemette sa femme. Le premier se plaint du peu de gain qu'il a fait depuis quelque temps dans sa profession d'avocat.
OUtLLEMETTE.
Nous mourions do fine famine.
Nos robes sont plus qu'eslamine Reses (934).
(932) M. Magnin, dans son cours à la Faculté «les lettres a signalé, sons la date du xv siècle, le Sergius de Jean Reuchlin, comme une imitation de Pathelin. (Cf. Journ. gén. de l'inslr. publ., 1S5G, o mars p. 292.)
M. F. Génin a publié dans l'Illustration Jrançaise (1852, n03 512 el 515, p. 59ti et 410), une version de la farce de Pathelin, accompagnée de quelques notes.
(933) La grande réputation de celte farce pénétra iusque chez les étrangers, en faveur desquels Alexandre Connibert en donna une traduction en vers latins, qui fut imprimée à Paris en 1543, par Simon de Ceimes, pour François Eslienne, sous le titre suivant : Palelinus nova comœdia, alias Veteraior, e vutgari lingua in lalinam traducta per Alexandrum Connibertum leguin doclorem , el nuper quant diligenlissime recognila : ut conferenti cum veteri exem-
PAT lit©
pathelin.
Taisez-vous par ma conscience.
Si je veuil mon sens esprouver, Je sç.tcrai bien où en liouver Des robes et des chappeions.
Je m'en veuil aller à la foire.
GUILLEMETTE
Vous n'avez denier ne maille, Que ferez-vous?
PATHELIN
Vous ne sçavcz Belle dame, si vous n'avez Du drap pour nous deux largement, Si me desmentez hardiment.
« Pathelin quitte Guillemette, et va aborder Guillaume Joceaume, drapier. Après les premiers compliments, il entre en matièro avec le marchand et donne de grands éloges au l'ère de ce dernier.
PATHELIN
Ha! qu'estoit un homme sçavanl!
Je requier Dieu qu'il en ail l'anie.
De votre père ; doulce dame !
Il m'est advis tout clerement Que c*est-il de vous proprement.
Qu'esloil-ce, un bon marchand et saige?
Vous lui ressemblez de visaige, Pardieu, comme droicle painture.
Se Dieu eut oncq de créature Mercy, Dieu vray pardon luy fasse A l'anie.
LE DRAPPIEB.
Amen, par sa grâce, Et de nous quant il luy plaira.
PATHELIN
Par ma foi, il me déclaira Maintesfois el bien largement Le temps qu'on voit présentement, Moult de fois m'en est souvenu :
El puis, lors ii estoii tenu L'un des bons
« De ce discours, Pathelin passe à i'état du commerce, et ensuite jetant la vue sur une pièce de drap.
Cestuy-cy est-il taint en laine?
Il est fort comme un cordoùen.
LE PRAPPIER.
C'est un irés-bon drap de Rouen Je vous prometz, et bien drappé.
PATHELIK
Or vrayment, je suis alirappé
plan plane nova , hoc est longe tersior , talinisque auribus gratior videatur. Cette traduction est à la vérité assez exacte. On y a ajouté le rôle d'un acteur (personnage) que l'on introduisait assez communément dans ce temps-là, et qui servait à faire remarquer aux spectateurs les plus beaux endroits de la pièce. — Celle farce expurgée , augmeiiiée , mise en vers latins pour plaire aux oreilles savantes, parut sous les auspices dedom P. Colson, d'Heuricus Sussaneus, de Nicolas Jucundus et de Jean Masset. En épigraphe on lit : Plus olei quant vint. Elle forme un loin petit livret de 29 feuillets numérotés, formant 58 pages. Il faut ajouter au litre donné par les frères Parfait ces mots qui indiquent la main des savants Etienne : Cum privilegio. Imprimebat Simon Colinceus Francisco Slephano, 1545.
(934) Rases, usées.
PAT