DIOCLÉTIEN, AGAPE, CHIONIE, IRENE, SOLDATS
dioclétien. L'illustration de votre famille, voire haute naissance l'éclat de vos diverses beautés exigent que vous soyez unies par les lois de l'hymen aux premiers officiers du palais, et noire grâce vous accordera ses faveurs, si vous voulez renier le Christ et sacrifier à nos dieux.
agape. Loin de vous ces soucis, ne vous accablez pas des apprêts de nos noce», car il n'est de puissance au inonde pour nous contraindre à nier un nom confessé, ni à souiller notre pureté virginale.
dioclétien. Qu'est-ce que celte folie qui vous agile ?
agape. Quel signe de folie découvrez-vous en nous ?
dioclétien. Un signe évident et très-grave.
agape. Lequel ?
dioclétien. Surtout en ce que, abandonnant les observances d'une antique religion, vous vous livrez aux vaines nouveautés des superstitions chrétiennes.
agape. Vous êtes hardi dans vos calomnies contre le Dieu (oui-puissant. Prenez garde.
dioclétien. Et à quoi ?
acape. A vous ei à la République que vous gouvernez.
dioclétien. Cette fille exlravague ; qu'on l'éloigné !
chionie. Ma sœur n'est pas folle; elle reprend, au contraire, très-sagemeni votre sottise.
(153) c Le sujet de la pièce est pris dans les Actes du martyre des trois sœurs (Acta trium sororum), légende fort répandue au moyen âge dans les églises grecque et latine. Le recueil des Bollandisles contient sous la date des 5 et 5 Avril (April.s, t. I, p. 245-250) : 1» une notice des divers agiographes latins et grecs qui ont raconté en prose el même en vers la passion des trois vierges, mises à mort a Thessalonique, l'an 290, par ordre de Dioclétien; 2' le récit laliB de ce martyre, extrait des Actes très anciens de sainte Anastasie. Hrolsvjllia, dans le drame qu'on va lire, a suivi pas à pas, selon sa
dioclétien. En voici une autre plus furieuse; qu'on l'ôle aussi de mes yeux e( que la (roisième parle.
irène. El la troisième ne sera ni moins rebelle ni moins obstinée.
dioclétien. Irène, lu es la dernière en âge, deviens la première en dignité.
irène. Montrez-moi comment, je vous prie.
dioclétien. Courbe la léie devant les dieux, el soi* pour tes sœurs un exemple o'auiendemeul el une occasion de salut.
irène. Se vautrent devant les. idoles, ceux qui veulent encourir la colère du Trés-llaul ! Mo:, je ne déshonorerai pas mon front couvert des parfums célestes, en l'abaissant aux pieds de simulacres.
dioclétien. Le culte des dieux n'a rien de déshonnële; il esl tout honneur.
irène. Quelle plus houleuse impiété ! quelle immense impiiude, de rendre aux esclaves l'hommage dû aux maîtres !
dioclétien. Eli ! t'ai-je engagée à respecter des csclaves?lls'agiides dieux des maîtres et des rois.
irène. N'esl-il pas l'esclave du premier venu, te dieu qu'on paye à l'artiste, comme une marchandise ?
dioclétien. En voici une dont il faut rabattre la présomption et le caquet par des supplices.
irène. C'est noire souhait; notre désir ardent esl d'être déchirée dans les tourments, pour l'amour du Christ.
dioclétien. Que ces femmes opiniâtres, insoumises à nos décrets, soient chargées de chaînes et gardées dans les horreurs des cachols, pour èlru examinées par le gouverneur Dulcilius !