‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 314 sur 1429 · FET · texte numérisé non relu

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rapporter aux comptes rendus, fort incomplets et très-souvent inexacts du Journal général de l'Instruction publique (4 octobre 1835, 2* semestre, vu' article, p. 514), comme particulier au xn" siècle le développement extraordinaire des liturgies satiriques. II n'y eut pas une certaine fête de I Ane ou des Fous ; selon les temps et les lieux, l'Ane joua un rôle plus ou inoins considérable, et fut admis dans les offices (Rouen, Sens); dès le vu' siècle, on plaçait à Cambrai une ânessu peinte derrière l'autel; a Beauvais, le 14 janvier, une belle fille était assise sur un âne près de l'autel pendant les offices. Le Bœuf, la Vache grise, eurent a;issi, après le xu,' siècle, leur office. Les fêtes dus Fous, des Sots, des Lotts, des Sous- Diacres, des Hypodiacres, les élections des ro:s des Fous, de leurs évèques, de leurs abbés, celles des évèques, des enfants, les processions, les danses, les jeux de pelolte, en Dauphiné. de boule, en Berry, l'Obit de la Bouteille d'Evreux, et bien d'autres cérémonies licencieuses, ou pour lo moins bizarres de ce môme xu* siècle, que l'on retrouve encore plus extravagantes dans les siècles suivants (Ibid., 13 déc. 1835, Cours, xiu' art., p. 99), émurent le haut clergé qui ne cessa de les poursuivre, et ne parvint à les anéantir qu'à la lin du xv' siècle. Ainsi Dubois, dans son Histoire de l'Eglise de Paris, 1710, a faussé toutes les idées, en attribuant au xu' siècle les désordres des xiv et xv', < I en reportant tous les termes de la circulaire de 1444 deux siècles trop lût. Toiit le xvin' siècle s'y est abusé. > La fête des Fous est aussi ancienne que l'Eglise et a été universelle. Les Agapes et le Défruit appartiennent à l'histoire des premiers temps de toute l'Eglise. L' Alléluia était chanté en Espagne comme en France. L'Adam d'Alberstadt prouve que les pratiques sacrilèges des fous avaient pénétré dans le Nord, dès l'époque la plus reculée; il en est de même des Eptus Puor. La Procession du hareng, le Jour des merveilles, la Vache grise, le loup vert, le Bœuf, la fôte de VAne, les Calènes de,Marseille, le Jeudi saint d'Angers, les Danses dans les églises, Jes cimetières, se rattachent certainement à des époques antérieures au christianisme ; et la fête des Fous avait donné lieu à des usages impies, non-seulement en Occident, mais aussi en Orient.

Cédrénus raconte en ces termes que Théophylacte, (ils de l'empereur, nommé patriarche de Sainte-Sophie, à peine encore âgé de seize ans, établit, vers 1050, une sorte de fôte des Fous dans l'église qu'il présidait :

« C'est à ce patriarche, dit Cédrénus, que remonte l'usage qui a duré jusqu'à nos jours, de substituer dans les plus grandes t'êtes et les plus solennelles, consacrées soit à Dieu, soit aux saints, l'outrage de chansons indécentes, de rires et de cris insensés, aux hymnes sacrées que nous devons offrir à Dieu pour notre salut. Ce pontife rassemblant une troupe de débauchés et

mettant Eulhymfus à leur tête, tit de rel homme le gardien du temple, et institua, par son entreprise, des danses diaboliques, des cris infernaux et des chansons ramassées dans les carrefours. »

M. Magnin, dans le second semeslre de son Cours {Journal génér. de l'Instr. publiq., 30 août 1835, p. 455, 2' semestre, v* article , a cité ce curieux passage.

Les Fous eurent tout un clergé à part et formèrent une église. Il y eut des papes, des évoques et des abbés.

Dans le diocèse de Toul, on élisait deux évoques des Fous, dont l'un allait à cheval, le jour de son intronisation, visiter les couvents de Saint-Manuel et Saint-Apre. Après le repas d'usage, on jouait des moralités, ou des miracles, ou quelque farce. {Stalutamss. eccles. Tullens., ann. 1497, fol. 65, V, cités par Du Cange Gloss. Jnf. et med. lat., éd. Henschell, Pari«v Didot, in-4°, 6 vol., 1. 111, V Kalendœ, p. 960-961.)

A Vienne, le 15 décembre, la veille de saint Adon, évèque du diocèse, les plus jeunes clercs élisaient parmi eux un évêque à qui l'archevêque était tenu de donner de l'argent, du vin et du bois, et qui, aux fêtes de saint Etienne, de saint Jean, des Innocents, officiait, sauf la messe. (L'abbé d'Artigny, Notice sur la fête des Fous dans ses Mém. de littér., t. IV, et dans Leber, Collect. des meill. dissert.; Paris, 1838, in-8% 20 vol., t. IX, p. 257.)

A Châlons-sur-Saône, on pratiquait à peu près les mêmes rites qu'à Vienne. (Le P. Perry, jésuite, Hist. civ. et ecclés. anc. et moderne de la ville de Chdlons; Paris, 1654, in-fol., p. 435.)

En 1606, dans le diocèse de Viviers, il y eut un procès entre les Fous et leur évêqun qui ne voulait pas faire les fêtes. L'oflicial donna gain de cause aux Fous. (Cf. Lancelot, Recueil mss. de pièces, et Du Caxge, »* Kalend.)

Dans le même diocèse, au xiv' siècle, les Sclaffards avaient leur abbé [Voy. Sclaffards), qu'on élisait avec des cérémonies que nous rapportons d'après Du Cange.

Il y eut, en même temps qu'une église, une royauté des Fous. Le Loup vert est un Roi, le duc Urbin, dans la procession de la Fêle-Dieu d'Aix, est le chef du peuple. Saint Paul, dans la procession qui à Vienne porte son nom, était reçu par un Roi.

La variété de ces formules est infinie. Tantôt c'est une communion d'homme à homme (Agapes, Défruit), tantôt une dérision de la nature humaine, comme VAdam, VObit de la Bouteille, la Procession de la Fête-Dieu d'Aix, la Procession noire d'Evreux, la Procession de saint Paul à Vienne, l'institut des Sclaffards, ou les Danses consacrées. D'autres fois, c'est l'animal qu'on appelle à la connaissance de Dieu ; et ailleurs on le repous'se et on le maudit. L'espril humain s'exalte à la pensée d'êlre en communication avec Dieu, ou perd l'espoir d'atteindre jamais aux sommités du Très-Haut. C'est ators.

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qu'on entend gémir s( |

entrailles de llacliel {Innocents).

Le nord île la France, le centre et le suJest subissent surtout les exigences des Fous. Dans Vienne seule on trouve la Procession de saint Paul, l'élection d'un évêque des enfants, et le Jour des merveilles. Mais ni l'extrême ouest ni le sud-ouest n'en gardent d'aussi fortes traces.

Pour compléter ces notions et connaître tout entière la fête des Fous, il faut lire, dans ce Dictionnaire, les articles suivants : Adam d'Alberstadt (I'), — Agapes (les), — Alléluia (I'), — Ane (la fête de I'}, — Boeuf (la prose du), — Calènes (les), — Danses consacrées (les), — Défruit (le), — Eptus Puor (I'), — Innocents (les), — Jeudi-Saint (le), — Jour des merveilles (le), — Loup vert (la procession du), — Obit de la Bou- Tii lle(I'), — Procession de la Fête-Dieu d'Aix (la), --Procession du Hareng (la), — Procession noire d'Evreux (la), — Procession de saint Paul a Vienne (la), — Sclaffards (les), ■ — Vache grise (la).

FETE DES MERVEILLES ( La ) — Voy.

Jour des merveilles (Le).

FETE DFS MIUACLFS. — Voy. Jour des merveilles ( Le ).

FIACRE (Saint). — Le mystère de Saint- Fiacre est tiré du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Il date du xv* siècle.

La Bibliothèque du théâtre François, ouvrage attribué au duc de La Vallière (Dresde, 1768, in-8°, 3 vol., t. I", p. 38-V2), a donné «le ce drame une analyse que nous reproduisons ci-dessous.

M. Achille Jubinal l'a publié dans ses Mystères inédits du xv* siècle ( Paris, 1837, iu-8", 2 vol., t. I",'p. 304-355), dans le temps môme où M. O. Leroy le mentionnait dans ses Etudes sur les mystères (Paris, 1837, in-8% p. 290). Plus tard, et bien après la publication de M. Jubinal, M. O. Leroy est revenu sur ce sujet.

« Dans ce mystère , a dit cet auteur dans ses Epoques de l'IIist. de France ( Paris, 18M, in-8°, p. 360-301 ), une pièce entière, une farce qualitiée telle, se trouve jetée dans une pièce grave et au milieu de l'action, avec laquelle elle n'a aucun rapport Un jeune homme, saint Fiacre, qui

regarde la pureté comme la plus belle des vertus, est livré à des tentations sous lesquelles il craint de succomber, et prie instamment Dieu de l'enlever de ce val de misères. Dieu, voulant exaucer sa prière, lo trappe d'une maladie mortelle, et charge »aint Michel et l'ange Gabriel d'aller dire à l'évoque Faron de porter le viatique à son j -une serviteur et de l'aider à bien mourir. Les deux célestes messagers s'étant acquitlés de cet ordre, l'évéque vient apporter au jeune malade des consolations et les plus hautes espérances : il ouvre en quelque

sorte à son âme les portes do l'éternité

La scène change. Nous sommes sur un grand chemin où nous voyons passer un brigand qui cherche la route de Saiut-Oiner. Puis

après paraît un vilain réfléchissant profondément \ quoi? — à la bouillie qui l'attend près de son foyer. Il se plaint du lemps

qu'il a perdu à une messe Un sergent

arrive qui se bat contre le brigand et a la bras cassé. Le vilain , rendu à son village, y trouve sa femme au cabaret, disant de lui mille injures, et buvant h plein verre avec la femme du sergent, qui se réjouit du bras cassé à son mari, attendu qu il ne pourra plus la battre. Le sergent, de retour, lui prouve qu'elle avait compté sans son hôte : il la bat comme de coutume. Le vilain, qui a pris les devants, n'est pas en reste avec sa femme, et les deux commères battues finissent par se battre entre elles et s'arracher leurs coiffes. Dieu, cependant, au haut du ciel, s'occupe de la récompense et des honneurs qu'il veut qu'on rende au bienheureux jeune homme, dont l'âme est arrivée à lui. Il appelle ses Anges et le mystère continue. L'auteur, en mêlanl aux plus hauts intérêts la peinture de tout ce que la terre a de matériel et de vil, a-t-il voulu relever encore son héros qui s'est détaché d'une atmosphère impure, et nous transporter d'autant mieux dans les conseils suprêmes ? — Non : ce profond contraste n'est très- probable, ment qu'un plus grand emploi du ridicule amalgamé aux choses les plus graves.... »

Nous reproduisons enfin l'analyse attribuée au duc de La Vallière :

« Le père et la mère de saint Fiacre, fâchés de voir leur fils entièrement livré à la dévotion, désirant lui voir prendre un aa'ro genre de vie, se déterminent à le marier, et chargent un chevalier de lui chercher une femme. Celui-ci envoie une jeune fille... Mais le jeune saint... persiste... Dieu, touché de la ferveurdesprièresde saint Fiacre, en parle à la Vierge, et pour conserver ce digne serviteur, il lui fait ordonner par l'ange Gabriel d'aller en France. Le saint obéit, fait marché avec un batelier, passe la mer, débarque, prend le chemin de Meaux : saint Faroa le reçoit, lui assigne un lieu désert, et promet de lui donner toute la terre qu'il pourra bêcher en un jour. Saint Fiacre se met au travail, il est interrompu par les cris d'une vieille femme, qui se plaint a l'évéque qu'on usurpe son terrain. L'évoque, surpris de voir tant d'ouvrage fait eu aussi peu de temps, apaise la vieille, exhorte le saint à se bien conduire et se recommande à ses prières. Pour le soustraire désormais aux pièges de l'ennemi, Dieu envoie à saint Fiacre une maladie : saint Faron lui adminislre les sacrements; il meurt. Saint Michel conduit son âme en paradis, et saint Faron, avec son chapelain et son clerc, enterrent son corps.

« Une chose assez singulière, c'est que ee mystère dont on va bientôt voir la suite, est interrompu ici par une farce. En cet endroit, on lit dans le manuscrit : Ici est interposée une farce...

• Après que cetle farce, écrite Irès-librement, est linie, on recommence un autre mystère, qui est la suite du précédent, et

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