LFS MÊMES, LE PAPE, SES CARDINAUX ET SES CHAPELAINS, LE CLERC
le clerc Ah! Sainl-Père, j'ai laissé les fonts lotit vides, pour vous dire une chose qui me fait grand'peur. Quelque force que j'y aie mise, je n'ai pu puiser à la rivière une seule poulie d'eau. Une main, qui toujours venait en Huilant jusqu'à ma seille , m'empêchait d'en prendre. J'étais glacé d'effroi , mais voyant qu'autrement je n'en viendrais pas à boni, j'ai laissé la main entrer en mon seau , et je vous l'apporte, Saint-Père; la voici , je vous l'apporte; dites, s'il vous plaît, sans retard, qu'en
mon fils
femme, je veux vous regarder comme Savez vous de quelle race elle esl issue?
le roi d'écosse. Neuni , par la Vierge honorée! •eue sais run de son extraction; mais, s'il vous plaît , je 1 • saurai cette fois.
le roi de hongr;e. Mon cher fils, je suis roi de Hongrie; sa mère eu était aussi ivi:ie : c'était une femme de race noble, courtoise et sage.
le roi d'écosse. Sire, puisque je sais quelle est «a famille, j'éprouve à son sujet plus de joie qu'auparavant, jusqu'ici je i'av is ignoré.
fai...
le pape. Sans doute, Dieu éclairant, par quelque miracle au sujet de celle main , quelque aventure inexplicable et ignorée ; mels-la ici.
LA fille. Celle main que je vous ai vu donner et que je vous vois tenir fut, Saint- Père, autrefois la mienne ; je me la coupai de ce bras-ci à cause de men père, n'osant contredire sa volonté, qui étail de m'avoir pour femme; n'en douiez pas.
le PArE. Viens-là, ma fille, et écoute. Dis-moi, où es-tu née , quels sont les parents et à quoi connais-tu celle main?
la fille. Saint-Père, à la façon des doigts. Le roi de Hongrie, est mou père, el ma mère aussi fut reine. Voyez-le là-bas, failes-le venir. Si je mens, faites-moi punir : je le veux bien.
le pape. Ma chère fille, écoule-moi bien : viens ici. Tu le mis en grand danger. Combien y-a-l-i que lu la coupas ? , . ,
la fille. Sainl-Père, je ne mentirai pas : en verile ilya sept ans passés; el sachez que j'aime infiniment mieux que < elle mutilation paraisse sur mon corps que d'avoir élé la femme de mon père , forcée de le connaître et d'avoir des enfants de ses œuvres.
le pape. Allons, paix, vous tous! faites silence, el priez Dieu dévotement qu'il nous manifeste m c'esl la main que celle dame se coupa, ainsi qu'i 11» l'a dit. — Ça . le bras! allons , belle fille ! je veux éprouver si'c'esi elle; je le verrai bientôt.
la fille. Sire, je vais délier mon bras , él veus verrez d'où elle partit quand je me pris à la couper. Vojez, Sainl-Père.
(Ici le Pape touche lu main au bras.) le pape. Reine des cieux, Mère de Dieu, voici un miracle bien éclatant : la main s'est rejointe, et il ne parait en rien qu'elle ail jamais ele séparée du |M.;,S. Fille, à celle heure Ion cœur don bien être dans un grand plaisir. ■ .
la fili e. Loué soit Dieu, le Roi des cieux ! fcn compensation îles grands malheurs et des chagrins que j'ai supportés, il me donne aujourd lun une noble récompense. J'ai trouvé mon compagnon qui me combla de tant de biens, qui m épousa par amour, ignorant, quand il me prit, qui jetais, quel nom même je porlais. Comment contenir ils iwie , Tout à l'heure encore j'étais domestique, a nreM-nt „, me servira comme reine. De plus, je vois près d'ici mon père si empressé .le me faire feie qu .1 ne saii comment s'y prendre : c'esl encore pour mm heureux événement, car je ne 1 avais pa.» M/is ce que je ressens davan
un
Ml
las
an ire epuis sept ans.
cl qui HIC louche
le plus au cœur, esl d'-voir
FIL
retrouve ma main ei île pouvoir m'en servir lout aussi bien qu'auparavant : ce Juin je rends grâces au Uni de gloire, à sa irès-douce Mère cl à tous les sainls.
LE PREMIER CARDINAL. Saint-Père, il faut île joie en fane sonner les cloches.
le deuxième CARDINAL. Dieu me protège 1 vous dites vrai ; et il faut aussi chauler d'une manière solennelle.
le p*rE. Seigneurs, pensons a nous hâter d'aller maintenant en ma chapelle, tandis que la chose est récente, et av;ml qu'il y ail presse : là nous pourrons chanter une hymne de joie, à notre aise et dévotement.— Va dire, va tout de suite, à mes chapelains qu'ils viennent ici et qu'ils nous tiennent compagnie; ils chanteront en allant une belle antienne à haute voix. Va me les chercher.
le clerc. Saint-Père, volontiers, j'y vais bien vile. — Seigneurs, ne vous tenez plusici; venez tous devant le Saint-Père : il vous mande.
l'un pour tous. Nous y allons, puisqu'il nous deiii. m. le : c'est bien le moins.
le iape. Vile, seigneurs! En allant jusqu'à ma chapelle, chaiilez-uioi sans relard une belle hymne j la louange de la mère du roi Jésus. En avant ! mettez-vous en or Ire. Qui commencera ?
le chapelain. C'esl moi oui commencerai, quand il vous plaira, sire.
FILLES DOTÉES (Les).— Les Filles dotées sont tirées du manuscrit de Saint-Benoitsur-Loire, où, sous le titre Premier miracle de saint Nicolas, elles forment la [première partie de ce précieux recueil.
Le manuscrit date du xii" siècle et rien n'empêche de croire que les drames qu'il nous a conservés lui sont antérieurs ; ou a pensé, en effet, qu'ils pouvaient être reportés jusqu'au m* et même jusq'au xie siècle.
Nous avons indiqué à l'article Saint-Benoit-sur-Loire [Manuscrit de), les différentes éditions des Miracles de saint Nicolas, dont les Filles dotées font partie.