LE SERPENT
LE RÉCITAÎEUR
GCr.
Embrassez dans l'esprit tous les maux, tous les ennuis, toutes les luttes intérieures dont fut autrefois cause pour les auteurs du genre humain, auprès de qui il se glissa, le Serpent, notre ennemi naturel, orgueilleux de ses triomphes pervers ; et au souvenir de cette antique malédiction , tombée des premiers hommes sur toute la nature humaine , ayez la vue tout entière de votre malheur et de la supériorité dans la lutte de l'ennemi , vous tous qui pouvez sombrer sur ces écueils. Car, lorsque le Serpent, auparavant précipité dans l'abîme à cause de ses péchés, connut soudain l'essence des choses intelligibles, et vit l'ordre des choses terrestres accompli, dans une indicible vé'.ocite, par la parole et la volonté seule; la grandeur de la céleste hiérarchie. Chérubins, Principes, Séraphins, Trônes, Archanges et cohortes redoutables des Anges; la terre, le ciel, et tout l'ensemble des astres ; l'eau et le feu, l'air et l'étber ; l'étoile du malin emportée dans le char du jour, et l'étoile du soir, flambeau des nuils ; les quadrupèdes, las oiseaux, tous les êtres vivants et tout ce monde issu d'un mot ; quand il vit enfin l'homme sorti tout entier de la puissance de Dieu, œuvre de sa main, serviteur des eieux, placé audessus de tous les êtres, maître désigné de l'ensemble de la création, supérieur à toutes choses par la raison, méritant le respect par son intelligence et formé à l'image de Dieu, il fut saisi de fureur et commença de lui porter des coups, pour le chasser de l'Edcn, où Dieu l'avait mis pour en faire sa demeure , en habiter les campagnes et jouir des fruits qui en proviendraient
L'Eden était la plus admirable de toutes les contrées orientales, arrosée par quatre fleuves, mère de toutes les plantes, dont la beauté éclatante fait le charme et les délices des yeux.
Le séducteur n'osa pas aborder Adam le premier, en qui était visible encore la main de Dieu de laquel e il était sorti, et dont le visage reflétait celui du créateur ; il s'approcha d'Eve, d'essence plus lourde. Eve devait pourtant être plus habile, à cause de l'intimité, contre son mari. La souveraine Sagesse avait formé la femme d'un peu de la chair de l'homme, prise sur le côté, et l'avait donnée à l'homme comme aide et compagne de la vie, charme des nuits et oubli des chagrins.
ADA