SAINT IGNACE
gondofore. Alibanes, le sort d'Ignace me fend te cœur de pitié. Ce déloyal, pervers cl mauvais empereur l'a tourmenté comme vous et moi nous avons vu; ei j'ai été bien émerveillé de la douceur, de la paiience el de la joie de cœur du saint homme daits «es maux.
abbanes. Gondofore, il l'a tourmenté beaucoup, «nus cause el sans raison, et puis il l'a fait meure en prison laide et obscure.
gondofore. C'est vrai , el j'en prendrais soin très-volontiers, si je savais comment lui paiïei ; s'il arrivait que je le visse, je m'empierrais de son c al.
adbvnes. Mon cher ami , l'homme propose et Dieu dispose, c'est la vérité. Allons-nous-en là tout bonnement; peul-êlre le venons nous et pourronsnous lui pailcr.
gondofore. Vous dites bien , que Dieu ail l'œil sur moi ! Allons cl examinons bien les êtres. Eh, regardez! voilà une fenêtre qui, vraiment, me semble donner de la clarté là -dedans. Eh bien ! allons là.
abbanes. Allons ! je crois que ce jour donne où on l'a mis.
ignace. Que Dieu vous garde de mal, mes ami;,! je vous vois.
abbanes. Ah! sire, que Dieu vous veuille mettre prochainement hors ce lien ! Et comment Mrivous? pour Dieu, dites-le-nous.
ignage. Bien, s'il plaît à Deu , mes doux amis;
néa oins j'ai beaucoup a souffrir parce que je me
refuse à croire en Mahomet.
gondofore. Père en Dieu, c'est Ires-vrai; nous le savons : car sitôt que vous partîtes d'Antioche, nous vous suivîmes et nous nous en vînmes derrière vous. Nous savons ce que vous avez souffert. Noire désir serait d'affermir nos cœurs en Dieu; veuillezdonc, sire, nous enseigner la doctrine précieuse, afin que nous soyons empêchés d'errer dans la foi p.ir ignorance.
ignace. Quand vous n'aurez point de tiédeur dans l'amour ardent i\u Seigneur , c'est-à-dire quand vous en serez venus à ce poinl de l'aimer lanl dans voire cïur que, hormis son amour, vous négligerez et vous mépriserez loule chose, même votre propre personne, alors vous serez parfaits el proclamés ses vrais amis. Et je vous dis que, si vous l'aimez ainsi , la foi vous mettra à des épreuves qui vous feront avancer de plus en plus dans la voie des bonnes œuvres; alors vous serez purifiés du péché, el vous connaîtrez que dan-: le momie il n'y a que méchanceté et malice ; alors vous haïrez le vice pour aimer la venu; les anges seront vos amis, et vous aurez puissance et domination sur les démons; alors par contemplation vous pourrez réjouir votre cœur en Dieu; car rien ne pourra vous nuire, ni le ciel ni l'enfer, ni la terre ni la mer! ("est pourquoi pensez à aimer avec foi ce doux Jésus, le souverain des amoureux , le trésor de bien inépuisable, le maître inestimable qui peut tout, et qui n'a ni commencement ni lin; elsi vous l'aimez ainsi que je vous le dis, je suis certain qu'il vous fera régner glorieusement comme des rois puissants.
abbanes. l'ère en Dieu , quelle noble mémoire est en vous! combien votre science est profonde! Quand on commence une telle vie, sur quelle vertu doil-on se fonder spécialement pour se purifier de tous péchés? car celui qui n'a pas un bon commencement ne peut bien unir. Veuillez nous instruire sur ce poinl.
ignvce. Mes amis, il faut fonder sa vie sur la vertu d'humilité; sinon, je vous le dis, l'on ne fait que néant. Ainsi celui qui rassemble des venus en
lui sans y comprendre l'humilité , ressemble à l'homme qni amasse de la poussière, que lèvent enlève et détroit : c'est une chose vraie, et dite par saint Grégoire. Au contraire, quand on est humble de cœur el que l'on a entièrement extirpé de son âme l'orgueil qui la détruit et la confond, alors l'on en vient aux venus qui enrichissent l'esprit de science , de conseil el de sagesse, de piélé et d'entendement , du don de force aussi bien que de la crainte de Noire-Seigneur, qui n'est pas une vertu moindre que les autres, ainsi que le ail mon livre; car toujours elle fait bien vivre l'àme. Quand vous agirez ainsi , je vous dis que vous serez bénis de Dieu.
gondofore. Sire, il pourrait survenir ici quelque personne qui vous blâmerait ou vous calomnierait, ou qui s'effraierait de nous voir; nous allons donc prendre congé de vous à l'instant, en vous recommandant à Dieu; une autre fois, nous nous verrons plus à loisir.
ignace. Plaise à Dieu qu'il en soil ainsi ! Vous diles bien : oui, allez -vous-eu ; mais, je vous en prie, quelques paroles que vous prononciez, que toujours votre pensée ait pour but l'amour de Dieu. A. celle heure, je ne vous dirai rien de plus, mais je vous recommanderai à Dieu et à sa garde.
abbanes. Gondofore, quand j'examine cl consi 'ère la paiience dans les faits, cl la science dans les discours que possè le cet homme, je liens que le Dieu de paradis habile en lui.
G iNDiiFORE. Aussi, certes, il est, suivant moi.il'up grand mérite el d'une haine perfection devant Dieu. Autrement, comment eùi-il pu échapper au péril qu'il a déjà couru ?
abbanes. Gondofore, vraiment je ne sais; je suis certain que D eu le soutient, Allons, compagnon! il faut maintenant nous séparer de lui, et prendre noire npas pour soutenir notre vie. Allons uiner ton l de suite : il en est temps,
gondofore. Allons-y donc; et puis, sans tarder, nous reviendrons vers la cour savoir si on lui rendra la liberté ou ce qu'on eu fera.