‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 651 sur 1429 · SCÈNE LIX · texte numérisé non relu

SCÈNE LIX

LA FILLE DU ROI ALPHONSE, ALPHONSE, OTHON, L'EMPEREUR, LE ROI DE GRENADE, CHEVA- LIERS, LES CLERCS.

la fille. Sire empereur, ces deux seigneurs élant arrives, écoulez, grands et petits . ce que je veux dire d'amitié; et avant que nous nous séparions, vous serez témoin d'un spectacle qui vous remplira d'une joie et d'une pitié nierveilleus s. Je m'adresse à vous, sire Alphonse, moi qui me suis l'ail passer pour homme en vous servant, vous ci votre frère. J'ai bien vu que vous aviez le visage cl les yeux lonniés vers moi, sans relâche, occupes à nie regarder plus que loin auire, el sans nie reconnaître; mais c'est l'œuvre de Dieu même dans sa puissance : ainsi , n'en ayez pas le cœur marri. Voici mon seigneur, mou mari, Othon, neveu de l'empereur. Je sais à quel point vous nie chérissez; je suis voire fille . laissée à Burgos, à votre départ pour Grenade.

— Olhon, la trahison dont j'étais accasée à lort élant prouvée. Dieu soit loué !

Alphonse. Fille, en vérité, lu me fais pleurer de pitié et de joie; ei je ne puis m 'empêcher d'avoir de la joie quand je le regarde.

othon. Ah , beau sire Dieu! tôt ou lard tu récompenses les bonnes actions , et tu ne manques pas de punir les mauvaises. Aussi bien, ma très-douce sœur, baise-moi : pour loi lout le cœur me fond en larmes.

l'empereur. Ils me font verser des pleurs de pitié. En avant, en avant! c'est as>ez. Cessez désormais de pleurer: c'est Dieu qui a voulu celle assemblée. Pensons maintenant à effectuer le reste.

Alphonse. Cher sire, j'ai bien entendu comment Othon (je n'en veux pas sortir) a vaincu en champclos le traître qui sans cause nous a mis en guerre , et dont je venais tirer vengeance par l'aide de mes amis; mais je liens que Dieu nous a mis, ce me semble, eu voie d'accommodement. Voici comment : dés mai mena ni, je délaisse en paix à Otbon et à son épouse le royaume d'Espagne; mais nous emmènerons le traître, et nous rechercherons la demoiselle complice de son crime, puis nous ferons justice de tous deux sur les lieux mêmes de leur trahison. Voilà, ce me semble raisonnable.

l'empereur. Alphonse, je suis de votre nvis. Mais je vous donne le royaume de Mirabel qui m'est nouvellement échu, et le conté des Vaux-Plaissiez, en échange de votre renonciation absolue à l'Espagne.

le roi de grenade. Quant à moi , je pense, avant qu'un mois soit écoulé, le mettre en un état lel qu'il sera maître d'une terre dont il aura un revenu annuel de trois mille livres, clair el nei : telle est mon intention.

l'empereur. Maintenant, relirons-nous sauf p.us de relard , puisque Dieu nous a réconciliés ; mais avant, vous dînerez lous avec moi. Voici Bérenger que vous emmènerez ; je le mets à votre discrétion. Oh, oui! je me dessaisis de lui, el vous le donne.

la fille. Il n'échappera pas , je vous l'assure; je veux commettre quelqu'un à sa garde. — Seigneurs, je vous le confie et vous.t livre.

le premier chevalier d'alphonse. Dame, nous sommes entièrement à vos volontés.

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l'empereur. Je ne veux plus rosier ici; allonsnous-en vil»- cliner Ions. Aussi bien je vois que l'on me vieil < hercher: voici mes gens, il en esl temps. — Seigneurs, je veux que sans larder vous chantiez

en nous conduisant, un motet qui soit séduisant , plaisant et bel.

i.r.s clercs. Sire, nous le ferons tout de suite. — Eu avant ! chantons.

PAPtINUCE. — Ecrit au x* siècle, el en AlUmagne, ce drame de Hrolswithe est l'un de ceux de l'illustre religieuse «le Gandersheim, où l'on a cru surtout trouver trace du pédaniisme et de la subtilité du moyen âge. Sans doute l'accusation est fondée en ce qui concerne la société lettrée du moyen âge, et particulièrement Hrotsvrithe; mais elle est exagérée. Je crois que faute d'avoir remarqué que Paphnuce, de même que Sapience et Abraham , sont singulièrement analogues aux pièces de distribution de prix, on a méconnu le véritable caractère de ces divers drames. Outre l'élément littéraire, ils ont quelque chose de scolaire. M. Magiiu a été trappe de l'intention classique des citations de Hrotswitha. Après avoir remarqué « qu'il est singulier que Hrolswitha ne parle pas du trivium, » il a dit à propos de l'étalage scientifique que contient le Paphnuce : « Il fallait que ces notions élémentaires fussent quelque peu tombées en oubli à la lin du x" siècle, pour que Hrotsvitha ait pensé qu'il pouvait y avoir queque mérite a les rappeler si hors de propos. » [Théâtre de Brostvitha; Paris, 18'i5, in-8\ p. 471, note 62.) Il me semble plus probable que dans l'école que dirigeait Hrolswithe, et qui, à la tin de l'année scolaire, répétait les leçons de sa directrice diins les trois pièces ci-dessus indiquées, pour passer en revue la somme des connaissances acquises, on n'étudiait que le quadriiium, les notions du trivium étant abandonnées à quelque maîtresse inférieure au célèbre écrivain dramatique du x' siècle.

Argument. Conversion 'le la courtisane Thaïs, que l'ermite Paphnuce va trouver , comme Abraham, sous les dehors d'un amant; ramenée au bien, livrée au repentir, du lesie enfermée pendant cinq ans dans une étroite cellule; el quand elle est enlio, par cette jusle expiation, réconciliée avec Dieu, elle s'endort dans le Christ, i|iiinzc jours api es avoir terminé sa pénite.ice (213).

PERSONNAGES

paphnuce, ermite. thaïs, courtisane.

DISCIPLES DE PAPHNUCE. JEUNES GKNS , amOUl'eilX

de Thaïs. de la Thebaïde.

ANT INEETPVUL, ermites UNE ABBESSE.

(2l5)Cetie histoire... a été brièvemen racontée par un écrivain grec antérieur au v* siècle {Voyez Sir- LEi, Grœe. meiwl., apud Canis., Antiq. leclion., I. II.) Une version latine, dont on ne connaît pas l'auteur, a pris place dans le recueil des Bollaudisles, sous la date du 8 octobre. ( Aet. Sanctor., octobr., t. VI. p. 22S.) L'action se passe pendant la première moitié du iv« siècle, d'abord en Egypte, dans l'ermitage de Pap utice, à l'entrée du désert, puis dans une ville que notre auteur ne nomme pas, mais que plusieurs géographes disent être Alexandrie. Plus lard lîroisvillia transporte la scène dans la Tltéhaide, où saint Antoine s'était retiré avec quelques disciples. (M. Mac.nin.)

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