‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 676 sur 1429 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LES MÊMES, LE CHRIST

LA mère de dieu. Hélas ! hélas ! ô femmes, je ne vois pas la joie sur le visage de mon Fils : comme il est pile! sa beauté s'efface,..

0 femmes,, depuis co irisio regard de mon Fils, j'envie le trépas et je suis lasse de la vie. Relirezvous, retirez-vous, je suis lasse de la vie...

O vous, qui n'avez été que pour le bien universel des hommes, 6 mon Fils hien-aimé, quelle justice vous frappe de ces maux? De quels péchés subissez* vous les peines? Vos mains sont pures, pures de saig. Vos lèvres sont pures; vous êtes entièrement pur; pur est votre front et plus pure est votre âme; vo re cœur ignore le mal. El c'est vous que je vois pondu entre des larrons! Ce ne sont point vos ennemis qui dans leurs recherches vous ont surpris: un ami, un disciple a accompli votre p"r:e, et vous l'avez hien voulu : celui-là, vous l'aviez dés:gué aux vôtres à propos d'un pain; vous avez voulu épargner ce misérable, et pour l'air.. cherau mal, vous l'aviez, a son insu, entouré de vos (Mets. M.iis comment le Père, dont la grâce vous a envoyé sur la terre, al-il voulu que vous fussiez sous le joug d'une mort si ignominieuse! O calamité! de quel forfait ne suisje pas témoin? Crime intolérable et inouï! ah, je meurs! ah! ah! mon Fils! quelle inique mort ! ah! nh! Je le repèle, combien vous êtes injustement mis à mal, non pour vos péchés, niais pour effacer les souillures et les fautes de la 'première femme. Je sais, je vois tout, mais je ne trouve point de mots pour parler, et pourtant ri u ne m'est inconnu des résultais de tout ceci. Mais le désespoir surpasse moult en moi l'espérance; et quoique j'éloigne de mou ime l'idée d'un malheur, mes gémissements suit innombrables, mes yeux sont pleins de larmes brûlantes, sans doute parce que la femme cède aisément aux soupirs et aux pleurs.

le christ. Voici, 6 la meilleure de tontes les femmes , voici votre nouveau fils vierge. El vous, à disciple, voici votre mère Vierge. Eh quoi! ô femme! eh quoi! vous pleurez. Vous détournez les yeux et vous pleurez. El vous êtes là, pleine de trouble, dans cel heureux moment, et vous ne soutenez pas avec ardeur ma mauvaise fortune. Tout ce qui se passe est conforme aux prophéties . soit à mes propres prédictions , soit à celle des prophètes. Le temps csi venu de la défaite de l'ennemi de F. o mue. Pourquoi donc pleurez- vous encore sur voue Fils?

la mère de dieu. Non, c'est en pensant à ce peuple, c'est en rappelant en moi toute la force île la raison et supérieure à mon malheur, que j'ai pleuré, et que je pleure encore, mais sur cos hommes, à la prévision des calamités qui menacent «eux qui vous ont suspendu à cetlecroix.ô mon Fils; cl je suis prèle à loin événement, quoique la tristesse domine encore en moi sur mon ferme espoir. Oui , quelque terrible qu'elle soil pour la nature, vous , vous dompterez cl vous écraserez aisément la mort, et bientôt ressuscité , vous prendrez vengeance de vos ennemis. Mais la lemnie est d'une essence prompte aux larmes: c'est pourquoi je gémis encore, et transpercée de tristesse, désolée, je pleure. Je suis pleine de force assurément, et néanmoins je succombe en perdant votre présence vc-

n rée. Oh ! Combien esl rude ce coup , qui tri plie

de mon espoir et lerr. sse mon àmc! Oh! je meurs, la faveur de la vie ne m'est de rien, et j'envie la mort, ô mon Fils! abandonnée, exilée dans mon affliction ; ni mère, ni frère, ni parents; personne pour me conduire au port dans ce naufrage; ah! si je ne v.'tjs revois bientôt, ô mon Fils!, comment

soutenir la vie? Non, iion.ô mon Fils bien-aimé , ne nie laissez pas seule ici-bas.

LE ciimsT. Ayez confiance , j'aurai garde , et vous êtes plu-, en paix que jamais : liez-vous en Dieu; vous ne pouvez juger encore de la grandeur de ces événements. Je vous accorderai des dons tels que rien ne sera an-ilcssns de vous, ni au ciel , ni sur la terre , ni parmi tomes les choses crées; et je vous accorderai celte grâce en laveur de bien des hommes.

la mère rm dieu. J'ai foi; vos paroles ne me trouvent pas incrédule; elles sont toutes bienveillantes pour moi , je le vois bien. Je vous ai enfanté, et je sais comment je vous ai ciifané. Mais ma douleur est plus grande que vos révélations. Oh ! je vous en supplie par celle salutaire Passion , qui délivre du mal la race humaine ! aulanl qu'il soit possible à une mère, je me prosterne à vos pieds , ayez pitié! ayez pitié de mon malheur! ne me laissez pas, abandonnée, privée de vous! Donnez-moi l'hospitalité dans les régions où vous demeurez. El si vous n'avez point porlé dans votre propre cause un jugement irop rapide, si vos vœux , par la puissance du Père sont accomplis à vos souhaits, IVucs que je vous voie, après votre trépas, le troisième jour, ressuscité d'entre les morts, selon vos prédictions à ceux qui vous aiment. C'esl ainsi , en effet , que loutes choses seront pour moi plus assurées , et que, bienheureux Fils avoué du Père bienheureux , vous serez célébré dans les chants de toules les créatures.

Sans doute je ne l rainerai pas longtemps ma triste vie, mais celle tourbe de scéléiais sera punie pour le meurtre du Seigneur de la terre et du ciel. Ses forfaits seront frappés des maux réservés aux sacrilèges. Mais, sans souci d'eux, j'ai crainte pour leur postérité! Ah! que leurs enfants ne subissent pas la peine des pères et n'expient point ce meurtre impie! Et vous, ô mon Fils, lumière née de Dieu, éloignez, adoucissez , repoussez la mort , loin au moins des débris d'une famille aimée...

le christ. O femme, j'accueille vos paroles ; et jo ne m'élève contre aucune. Pour beaucoup de raisons, je suis prèl à vous accorder la grâce que vous souhaitez; vous n'attendrez pas en vain. Je vous aiderai , du haut des cieux , dans ce dessein, et vous ferez l'épreuve d'une fortune contraire devenant cause de félicité, quand vous aurez passé ces derniers et lamentables moments.

la mère de dieu. Ah ! combien votre cœur est généreux cl bon! O mon Fils , dans quelle calamité vous êtes tombé , et pourtant votre âme supérieure s'appartient tout entière. Quels soins n'avez-vous pas sans cesse de moi? C'esl en y réfléchissant, que j'ai reconnu ma suprême imprudence, et ma vaine trislesse.el mes inutiles préoccupations sur mon propre sort.

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