‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 941 sur 1429 · BOB · texte numérisé non relu

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lisant un drame loi que le Miracle de Robert le Dijablc, si ce morceau est uni; œuvre d'exception, ou s'il a été choisi au milieu de tout un vaste répertoire dramatique, dans lequel nous aient été transmis, sous celte forme vive et animée, la peinture de la société d'alors, la tradition de sos croyances, ses idées d'art et la manière de les appliquer. Alors on s'aperçoit que le mouvement île la Renaissance, dans son excès d'admiration pour les beautés simples et pures de l'antiquité, a dépassé le but en nous préparant cette éducation littéraire qui nous fait sauter à pieds-joints par-dessus le moyen âge, en passant, sans intermédiaire, de l'antiquité classique au xvir, ou tout au plus au xvr siècle. Or, la littérature dramatique du xnr et du xiva siècle ne le cède pas en abondance à notre moderne répertoire, dont la classification peut môme s'y appliquer, sauf toutefois pour la tragédie en style entièrement soutenu. Une composition, comme relie dont nous venons d'offrir l'analyse, a de fréquentes analogies avec celles de Shakspeare et des Espagnols. Pour une scène plus rétrécie, M. de Montmerqué a publié deux volumes de Jeux du un" et du xtv* siècle; ce sont des espèces de proverbes, de pastorales, d'opéras comiques. Le fatalisme, provenant de l'influence du diable, est une des idées les plus fécondes du moyen âge, soit que le personnage soumis à celte mystérieuse influence devienne, comme ici, par ses forfaits, la personnification du génie du mal; soit qu'il arrive, comme l'enchanteur Merlin, à des sciences qu'il n'était pasdonné à l'homme de connaître. Voila certainement, dans cette littérature, un trait saillant et original qui a servi de motif, même à des chefs-d'œuvre modernes. Maisjusqu'où doiton étendre l'originalité de cette littérature? Il est difficile que la tradition soit jamais assez, complètement interrompue, pour qu'il ne reste pas quelques traces des grandes civilisations qui ont péri. Cependant on peut dire qu'entre le polythéisme de l'antiquité et le christianisme du moyen âge se trouve une des séparations les plus complètes que présente l'histoire de l'esprit humain; et c'est l'opinion des hommes les plus versés dans la connaissance de notre ancienne histoire littéraire, que celles des traditions de l'art classique dont nos aïeux ont pu profiter sans le savoir, leur étaient arrivées par l'Orient. Là ils avaient trouvé une civilisation vivante, supérieure par son élégance et son instruction à celle de leur pays; et bien que leur haine religieuse fut presque aussi ardente contre les ennemis des Chrétiens d'Orient que contre les Sarrasins, cependant la supériorité intellectuelle de ces peuples exerça sur eux son ascendant et sema les germes féconds de cette littérature si animée du xnie siècle. L'instrument tout neuf de la langue française s'y exerça d'une manière infatigable. Delà, exubérance et prolixité, défaut qui sans doute a trop vite éloigné de cette étude tant d'esprits faciles à rebuter. Mais que de choses à recueillir dans

ce laisser-aller de la poésie de nos pères I Ce n'est pas tout : il s'y rencontre des écrivains d'un goût plus sévère, qui, comme l'auteur du miracle de Robert le Viable, en élaguant les accessoires inutiles, savent renfermer dans de justes proportions l'ensemble d'une amyre dramatique ; qui, en peignant aussi la société au milieu de laquelle ils vivaient, en retraçant ses goûts et ses croyances, savent faire ressortir ce qu'elle avait surtout de pittoresque et de dramatique. Nous devons donc encourager de toutes nos forces la publication intelligente des chefs-d'œuvre littéraires du moyen âge...» (P. 323-326.)

M. Berger de Xivrey termine en signalant, dans l'excellente édition de M. Edouard Fière, le choix curieux de pièces et de notes relatives à Robert le Diable, fait par M. Deville, et imprimé en tête du texte du miracle. M. Deville semble inclinera croire que parmi les héros auxquels les traditions ont attribué le surnom de Robert le Diable, celui qui y aurait le plus de litres serait le féroce Robert de Bellême, de la turbulente famille des Tolvas, dont plusieurs membres s'illustrèrent en Italie. Les exploits des Normands dans celie contrée auraient pu avoir quelque influence sur la dernière partie du miracle de Robert le Diable.

Le même volume contient la notice des manuscrits relatifs à Robert le Diable, par M. Paulin Paris, et celle de divers imprimés sur le même sujet par M. Edouard Frère.

De l'œuvre des modernes éditeurs, passons au travail du vieux poète ;

« A l'ouverture de la pièce, dil M. de Xivrey, le duc de Normandie reproche à son fils Robert ses excès. Celui-ci répond en s'en faisant gloire, et il ajoute :

Dcsoresmais, laissiez m'en (moi en) paiz, Ailleurs m'en vois (je m'en tais), et cy vous lais Où j'ay des compagnons assez...

« On le voit ensuite au milieu d'une troupe de brigands (ce sont là ses compagnons), occupé à projeter un des exploits qui leur sont familiers, le pillage d'un couvent... Des parôles, ces estimables associés ne tardent pas à passer aux effets. Il y a beaucoup d'art dans la manière dont ie poète représente Robert ne reculant devant aucun excès. Le moine, forcé de montrer les trésors de l'abbaye, refuse longtemps -d'ouvrir le coffre où. sont les dépôts faits par les étrangers :

Il sert que nous y niellons. Sire,

Les choses eslranges, sans faille (mensonge),

Qu'à garder souvent on nous baille

Ce bonne foy.

« Mais Robert dit à ses bandits :

Seigneurs, vous tous avant passez.

En besongne vous convient mettre Sans plus longuement icy estre.

Brise-Godet, pren les premiers Ces joiaux; et loi ces derniers.

Lambin, et loi, Boute-en-Couroyo Lèves toute celle monnoye, Et loi ces joiaux, Bigolet Pren avec Brise-Godet.

Rien n'y laissiez.

«Les barons de Normandie se plaignent au

DICTIONNAIRE irôs leur conseil,

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