F.OB
«lue, qui se décide, d'après leur conseil, à faire enfermer son fils. 11 lui envoie doncdeux messagers pour le mander. Mais Robert leur fait à chacun arracher l'œil droit, et ne répond à leurs supplications que par des plaisanteries... Le duc à celte nouvelle, et d'après l'avis de ses barons, bannit Robert, ordonnant que chacun lui courre sus.
« L'auteur, Bdèle à la gradation qu'il met dans les crimes de Robert, le représente bientôt dans un tel état de fureur qu'il tue pour le p aisir de tuer. Il rencontre sept ermites:
... Qui vous ;i mis ensemble
Cy en ce lieu ?
PREMIER EKM1TE.
Sire, nous y sommes por Dieu Prier el servi.' jour el nuit ; El sommes, voir («rai) ne vous aimuyt {sauf
[voue plaisir) Povres henni tes.
ROBERT
Je n'y acouie pas deux mines.
Jamais cy plus ne demourrez Mais en i'eure trelouz (sur l'heure tous) mourrez.
« El il les tue tous. En ce moment passe un valet; Robert lui demande d'uù il vient; le valet lui répond qu'il vient du château d'Arqués,
Où dîner doil la duchesse, a Hubert s'informe si le duc y est aussi, el sur la réponse négative du valet, il se rend à Arques. A son approche, écuyers, demoiselles, tout le monde s'enfuit. Ici commence une scène intéressante qui est le nœud de la pièce...
« Robert, accablé de remords, aborde sa mère avec des paroles de honte et d'horreur de lui-même, et il ajoute :
Je vous demanl (demande) i\ue mediez (disiez) Se savez(si vous savez) donl (d'où) ce peul venir Que je ne me puis abstenir De maulvaislie, uni m'en sens plein.
Je crois qu'aucun péché villain l.n mon père ou en vous eusles A l'eure que me conceusles.
* La duchesse, à ces mots, prie son fils de la tuer : c'est d'elle que vient le péché.
ROBERT
Mcre, ce neferai-je pas.
Mauvais suis trop, mais je seroye Pires encore se vous leroye (si je vous frappais.) Mais diles moy pour quel pécliié Je sui de mal si eniachic...
«La duchesse... apprend à Robert que, désespérée de ne pas avoir d'enfants après un asse/ long temps de mariage...
|)L5 MYSTERES
LOB
SSO
(en
elle)
dis : Puisque Dieu piieure
Ne venli entant dedans mon corps Sy li mené le dyable lors...
o Voi à pourquoi Robert est si méchant... « La tin de la scène est fort louchante. Robert adresse à Dieu une prière pleine de repentir; puis il annonce à sa mère qu'il va «lier à Rouie se confesser au Pape; il la charge de ses adieux pour son père, et s'en va. La duchesse lout éplorée apprend cette
nouvelle à son mari, qui, plus sévère, demande si Robert est vraiment repentant...
<c Robert, avant de partir, veut faire amender sescompagnons; ceux-ci refusent... Alors il les tue tous... Puis il veut mettre le feu a son fort; mais comme tous les bons sentiments lui reviennent, il va trouver l'abbé, iui remet la clef dufort, et lui dit •
Au duc mon père porterez Cesle clef, et li requerrez Qu'aies vous deus en mon manoir :
La trouverez mull graul avoir Qu'à vous el aunes ay lohi (enlevé), Lequel je vueil (veux) que soit rendu A tous cetilx que dire saront Combien el quoy perdu aroue De ce (je) charge vous deus en somme Car des ry (de ce pus) ie m'envoie à
[ Itoiuc...
« L'abbé est si étonné que d'abord il ne veut pas le croire.
« La duchesse, en apprenant le départ de son tils, dit avec une naïveté de tendresse prise dans la nature :
Par Éoy, j'ay de li grant pitié, El pour Dieu s'en va-il à pie Ou à cheval ?
l'abbé.
A pied, se Dieu me gart de mal, S'en va pour plus sentir grevance.
El vous dy, si grant repenlance Ol(ent), quant de moy duht de partir, Que je cuyday le cuer partyr Ly deust en tiens vraiemenl; Tant plouroil des yex fondammenl Ses niellais, dame.
« La fin du drame montre les effets surprenants du repentir de Robert.
« Après que le duc et l'abbé ont rempli ses intentions au sujet de son manoir, l'auteur nous transporte tout de suite au moment où il se présente au Pape. Les sergents de cepontife le maltraitent; un d'eux lui dit eu l'accablant de coups.
Es-tu de la place Manberl?
Tien et lien, fuy de cy , Trubert,
Ou mal pour loy.
«... Le Pape arrête ses sergents et fait approcher le pèlerin de son trône.
ROBERT
Saint Père , je vous requier , sire, Coufessiou.
LE PAPE
Dis moy de quelle nascion Tu es, avant, ne de quel esire, Ne se chevalier, ie preslre Ou homme lay.
« Robert lui répond :
Fil sui du duc de Normandie Mais je me réputé, el sec bien.
Sire, que je vail pis qu'un chien Tani suy a Dieu abhoiuinable ; Hubert ay nom, suriion de Dyabie.
«Le Pape, qui le connaît déjà de réputation, commence par l'adjurer de ne pas lui faire de mal; puis il écoute sa confession et le renvoie à un ermite. — Celui-ci remet à l'entendre au lendemain, et l'engage à sou-
per et à coucher dans l'ermitage. Mais Robert refuse do manger, et veut passer la nuit sans se coucher. L'ermite va prier Dieu de rai indiquer la pénitence à imposer à Robert; puis, après sa prière, il s'endort.
« Alors arrive l'intervention des puissances célestes. Dieu vient avec Notre Dame, saint Jean et deux anges pour répondre à la prière de l'ermite pendant son sommeil...
« Voii i la pénitence que Dieu indique a l'ermite :
non
PREMIER CHEVALIER
J.c fol le va lollir an rliicn Avani que point on ail gonsltf; C'est fait ; il li a tout oslé , Vncillc ou ne veuille.
i.'ehperere.
Je voy de cet homme merveille, El lieu <|u'il est vray fol à plaiu; Il a brisé en deux son pain El s'en a au chien départi La plus grand part.
Tu li diras Qu'il faut que le loi contreface : IVen quelque lieu qu'il soit, n'en place, Ne parle nient plus qu'un nuiel; El avec ce, pour faim qu'il ait, Li enjoins qu'il ne mangera Jamais , fors ce qu'aux chiens pourra Tullir (arracher). Sanz cette peniiance, Il ne nie plais mettre ordonnance Plus legerelie.
« Robert accepte avec humilité cette pénitence, et il se prépare à s'y conformer le jour môme, quoiqu'il ne sache pas bien
Comment nie pourray déguiser, Pour le fol faire.
« Mais l'ermite répond que la sainto Vierge le lui indiquera.
« Dans la scène suivante, Robert fait lo fou sans parler. Le colloque des autres personnages fait très-bien ressortir son jeu. Plusieurs compagnons lui font une foule détours et de mauvais traitements qu'il endure en riant d'un air hébété. L'empereur qui passe par là et qui fait dresser sa table en cet endroit, l'aperçoit aussi, et veut le faire mander, mais il ne peut y parvenir. Pendant ce temps-là, le prince appelle son chien et lui jette un os. Robert se précipite sur le chien, et parvient à lui arracher l'os. Celte scène (pour laquelle il fallait un chien qui fût bien dressé) est habilement conduite.
l'emperere (à son chien).
Louvct, Louvet, lien, Louvcl. tien, Mange cela.
PREMIER CHEVALIER
Regardez, au chien s'en va là.
Osier li vcult son os sans faille.
Kl le chien aux denz, qu'il ne faille, Le tient forment {[orientent).
DEUXIÈME CtlEV.'.I.IER.
A li osier teni durement; Mais le chien le lire et débat; Sans faille, vez ci bon csbal li bien rire.
l'esciiier.
Combien qu'ans dctis le chien fort lira Tire encore plus fort le fol; Ll happé l'a si par le col
Que esté li a.
« Ils se le montrent ensuite rongeant son os. L'empereur, pour dédommager son chien:
Tien, lu arras ce pain, Louvcl, Louvcl , lien , tien.
« Il suit partout le chien. Il se couche avec lui sous l'escalier: l'empereur lui fait poiter un bon lit, mais il le repousse et se couche dans la paille du chenil.
«Survient un messagerqui apprend à l'empereur l'arrivée des païens. Ce prince fait aussitôt crier Y arrière-ban,
Aussi ben au clerc comme au lay.
« Dieu envoie alors l'ange Gabriel ordonner à Robert de s'armer d'armes blanches qu'il trouvera près d'une fontaine dans un pré et d'aller combattre les païens.
«Puis vient la représentation de la bataille. Les guerriers s'excitent au combat. Le jargon Barbare des païens divertissait sans douta beaucoup les spectateurs.