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de M. î'abbé M***, Recueil des démonstrations écangéliques, Paris, 184-2, in-8°, !.. I"; M. Séguier de Saint-Brisson a publié une traduction complète dans la Préparation évangéliqued'Easèbe,én 1840, Paris, 2 vol. in-8°; et M. Magnin en a donne des fragments dans le Journal des savants de 1849.
Un théologien de Leyde, Etienne Lemoyne, pensait que ce drame était un reflet lointain de la grande catastrophe qui dispersa la nation juive. Jean Leclerc (Joann. Cleric, Histor. eëcles. ;Amstelod.,1716,ini4'', p. 797) s'est permis d'en douter. Cette opinion a été relevée de nos jours par M. Magnin (loc. sap. cit.). De même que Lemoyne, cet illustre savant s'est appuyé sur l'analogie du sujet et de la situation; toutefois , il a reporlé les souvenirs évoqués par Ezéchiel, d'un pharaon et d'un libérateur, à la grande insurrection qui éclata en Judée, sous Barcochébas, l'an 136 après J.-C, et au long siège de Bither; Hadrien est le pharaon; Barcochébas, le Moïse. Mais, si grandes que soient les autorités quenous citons, on peut se demander si ces prétendues analogies des travaux do la littérature et des faits de l'histoire, au moyen desquelles on a soulevé, dans nos derniers temps, beaucoup de poussière poétique, ne sont pas une pure illusion. Quand la société est profondément agitée, et que l'esprit humain branle en son assiette, il n'est pas probable qu'on réfléchisse beaucoup, et qu'on polisse des œuvres d'art. L'homme observe, au contraire, et il met de côté, pour les heures plus paisibles, où s'élaborent enfin, dans le calme, les secrètes tendances de l'âme.
M. Magnin a soulevé, à propos de la Sortie d'Egypte, une question nouvelle et grave : ce drame a-t-il été représenté? Si Ezéchiel est antérieur à l'ère chrétienne, dit M. Magnin, la pièce n'a pu Ctre jouée, ni à Alexandrie, ville égyptienne et peu favorable par cela môme aux Hébreux, ni en Judée, les Juifs ayant horreur des spectacles, nul théâtre d'ailleurs n'existant dans le pays, et la personnification de Dieu devant y apparaître, aux yeux do tous, comme un sacrilège. Malgré l'introduction des mœurs grecques et la construction d'un gymnase à Jérusalem, sous Autiochus Epiphane, il n'est pas de représentation scénique connue avant Hérode. C'est lui qui, au péril de sa vie, rleva, le premier, des théâtres à Sébaste. On y jouait les pièces de son familier, Nicolas de Damas. Mais si, au contraire, la Sortie d'Egypte a rapport au siège de Bither et à Barcochébas, ce drame a pu être joué dans quelqu'une des villes révoltées, et [très-probablement dans Bither même, ville savante, remplie de professeurs et d'écoliers.
Enfin, M. Magnin considère la rencontre de cette pièce a la fin du i" siècle , comme un grand sujet d'étonnement. Le génie dra-
(428) M. Edelesland Duméril a dit à propos d'Ezécliiel : < 11 est impossible «le ramener son Eça.yuyn à l'imitation d'aucun modèle classique; c'est une œuvre toute juive, qui ne s'est visiblement inspirée que
matique, après les efforts de l'école d'Alexandrie, n'avait puis rien produit. Une tragédie sur un sujet biblique par un auteur juif, jouée devant des spectateurs juifs, dément tout ce qu'on a dit de trop exagéré sur la répugnance des Juifs pour le théâtre et les représentations figurées, au moins à l'époque d'Ezéchiel. Ce drame, fidèle encore à l'ïambe de Sophocle et d'Eschyle, n'a pourtant plus rien des anciennes formes tragiques. Bien de la concentration habile recommandée par Aristote , et pratiquée avec tant de succès par les maîtres de la scène grecque. C'est une sorte de drame chronique, écrit dans un système que la scène grecque aborda vers ses plus hautes origines, niais qui y disparut presque aussitôt, tandis qu'en Europe plusieurs nations l'ont préféré jusqu'à nous, et qu'il a rendu possible, au moyen âge, les autos et les mystères. Cette pièce constitue une époque dans l'histoire générale du théâtre ; elle a été le modèle, ou, si l'on peut parler ainsi, le précurseur de nos jeux-partis, de nos moralités, et de nos mystères (428). Voy. Ezécuiel le Tragique.
Elsèbe , Préparation Evangéiique, livr. îx, cil. 28.]
(Le pcê.e tragique Ezéchiel raconte aussi (dans la ftction intitulée isagogf. [la Sortie d'Egypte]), que Mot/se fut exposé sur un marais par sa mère, recueilli là par lu fille du roi et élevé : celte histoire remonte jusqu'au temps de l'arrivée des Hébreux en Egypte, avec Jacob au]»ès de Joseph. L'auteur fait parler ainsi Moyse en l'introduisant sur la scène.)