‹ Dictionnaire des opérasChapitre 128 sur 928 · BRAU · texte numérisé non relu

BRAU

l'idée de revêtir le brasseur de l'uniforme de George, et de lui faire tenir, à la bataille, la place de son frère absent. Daniel se prête de bonne grâce à cette substitution de personnes, comme on dirait en argot judiciaire; mais il est peu martial de son naturel, et se connaît médiocrement en stratégie. Toby, qui est un homme expéditif et que rien n'embarrasse, lui donne sur place une leçon de tenue militaire ; il lui apprend à marcher fendu comme un compas, à rouler de gros yeux, à porter son chapeau de travers, à fumer dans une pipe culottée, à dire morbleu ! sacrebleu ! et autres fleurs de rhétorique soldatesque. Cette leçon profite beaucoup plus à Effie qu'au débonnaire Daniel. Cependant le conseil a prononcé, et le lieutenant George doit garder pendant deux mois les arrêts forcés. C'est dur; mais en comparant cette punition aux dangers que le rôle qu'il a accepté pouvait lui faire courir, le brasseur se console. Entre Jenkins, un vieil officier de marine : « Vous êtes le lieutenant Robinson ? — Oui, monsieur. — En ce cas, vous devinez l'objet de ma visite. Ma sœur, séduite et abandonnée par vous ! Il me faut une réparation, le mariage ou un duel à mort, à votre choix; prenez votre épée et suivez-moi. — Impossible, monsieur; j'ai dû rendre mon épée, je suis aux arrêts. » Au même instant, on crie : Aux armes! ce sont les Ecossais. « Aux armes, mon lieutenant, dit Toby. — Impossible, sergent; je suis aux arrêts. — Aux arrêts! un jour de bataille ! Malheur 1 mon brave George serait déshonoré. Je vais supplier le général de les lever ; il ne me refusera pas cette faveur, la première que je lui demande. » En effet, Toby revient bientôt après avec le consentement du général. Le malheureux brasseur n'a pas été plus tôt hissé sur un cheval, que la courageuse bête (je parle du cheval) l'emporte au galop au milieu des rangs ennemis. Le bruit du canon lui a fait prendre le mors aux dents... Les Ecossais sont en pleine déroute, et le général, pour récompenser les prodiges de valeur du lieutenant Robinson, le nomme capitaine sur le champ de bataille. Il est de plus désigné pour aller présenter au roi les drapeaux pris sur l'ennemi... Le roi, charmé de sa belle conduite, le charge de la pacification de l'Irlande. Daniel ne peut refuser, et, par surcroît de désespoir, il doit partir le soir même ; mais, comme un malheur n'arrive jamais seul, le major Jenkins revient avec le contrat de mariage qu'il a préparé d'avance, et somme le lieutenant supposé d'accomplir sa promesse... Heureu-

sement, George revient, et, par un coup de théâtre très adroit, se substitue à Daniel au moment où celui-ci, traqué dans ses derniers retranchements, va épouser Anna Jenkins.

Daniel se démet alors de son métier de héros improvisé , et retourne à sa brasserie de Preston, où il épouse son Effie. Le sujet si usé des ménechmes a fourni le sujet de cette pièce, assez spirituelle et habilement mouvementée pour se passer, au besoin, de musique. La partition d'Adolphe Adam est une desmeilleures productions de ce compositeur. Non seulement il la jugeait ainsi lui-même, mais les critiques lui prédirent un succès au moins égal à ceux du Chalet et du Postillon de Lonjurneau. Les couplets de Chollet au premier acte ; le chœur des soldats ; la poétique romance : Pour sauver sa vie, et le récit de Chollet racontant les prouesses de son cheval, sont des morceaux bien en situation. Le compositeur et les auteurs avaient fait aussi la part du vulgaire , dans la scène où Effie, pour donner du cœur à son fiancé, prend les attitudes et la démarche militaires. « Quand Mlle Prévost, dit le critique anonyme déjà cité, a commencé à parcourir le théâtre au pas de charge, en chantant : Ran plan plan, le parterre s'est ému; aux jurons véritables qu'elle a prononcés, l'enthousiasme a éclaté ; mais, quand on l'a vue prendre une pipe, envoyer des bouffées de fumée de vrai tabac de caporal, qui ont répandu un vrai parfum de taverne et de corps de garda, oh ! alors, les trépignements du parterre ont ébranlé la salle. » Le succès de la pièce se prolongea pendant plusieurs années. Le Brasseur de Preston a été repris à l'Opéra-National le 22 janvier 1848. Mme Henri Potier, charmante comédienne d'ailleurs, chantait faux le plus agréablement du monde. Musard a tiré de cet ouvrage un fort joli quadrille.

BRAUTIGAMSPIEGEL (der) [le Miroir du fiancé], opéra prussien, musique d'Ebell, représenté à Breslau vers 1800.

BRAUT IM SCHLEIER (die) [la Nonne fiancée], opéra allemand, musique de Bœhm (Jean), représenté en Allemagne vers 1800.

BRAUTSCHAU (die) [la Dot de la mariée], opéra allemand , musique de F. Glaeser, représenté à Berlin, au théâtre Kœnigstadt vers 1830.

* BBAUTSCHAU (die), opéra-comique, paroles de M. A. Kasten, musique de M. O. Neitzel, représenté sur le théâtre de la Cour, à Neustrelitz, en novembre 1889.

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