X DICTIONNAIRE DES OPÉRAS
sistait encore, l'appui que l'État accorderait à une telle entreprise aurait l'approbation générale, car il en résulterait plusieurs avantages : l'instruction musicale du public agrandie et améliorée; des modèles et des objets d'études offerts aux compositeurs; une école de style pour les chanteurs qui, nous ne craignons pas de le dire, ne peuvent être bien formés à l'interprétation intelligente et forte de leurs rôles que par l'étude du répertoire ancien. L'organisation spéciale de ce théâtre rétrospectif permettrait de monter ces ouvrages sans qu'il fût nécessaire de recourir à des frais considérables de mise en scène.
Les directeurs des autres théâtres, subventionnés ou non, renonceraient bientôt à puiser des pièces dans le domaine public, qui serait devenu l'apanage naturel du théâtre rétrospectif, et les auteurs contemporains auraient ainsi plus de chances de voir accueillir et représenter leurs ouvrages.
La critique musicale trouvera dans le Dictionnaire des opéras un vaste champ d'observations, des remarques de toute nature. Elle y pourra suivre les destinées de l'art musical, la marche du génie des maîtres, l'aptitude, les tendances, les goûts de chacun d'eux. Elle verra par le choix des sujets à quelles sources tel compositeur puisait de préférence ses inspirations. Les uns se sont cantonnés dans le même cercle d'idées et pendant toute leur carrière ont piétiné sur place ; d'autres ont agrandi le cadre de leur toile, ont monté toujours, et chacun de leurs pas a été signalé par une victoire. C'est ainsi que Rossini s'est élevé de VEquivoco stravagante à Guillaume Tell; Spontini, de VEroismo ridicolo à la Vestale ; Méhul de YAnacréon, de Gentil Bernard, à Joseph. De tels exemples sont-ils fréquents de nos jours? Il semble, au contraire, qu'on cherche quelque abaissement nouveau du goût et qu'on se défie de ce qui est beau, simple et grand.
Le but principal qu'on s'est proposé dans V Histoire des opéras a été celui d'être utile. Néanmoins, j'avoue qu'il ne m'a pas été possible d'adopter la devise de l'historien : Scribitur ad narrandum, non ad probandum. Cette maxime, plus ou moins suivie dans les travaux historiques, ne saurait convenir à un ouvrage tel que celui-ci, où l'auceur considère comme un devoir d'appeler l'attention du public sur les œuvres qui lui ont paru belles et intéressantes, et de le mettre en garde, en même temps, contre celles dont l'inspiration a été puisée à des sources peu dignes de l'art, et qui ont pu en arrêter le progrès.
Les doctrines artistiques émises dans ce livre ne sauraient différer