DINA
positeur, sa sensibilité et son intelligence de l'art dramatique se manifestent pleinement dans les autres parties de l'ouvrage, dont les plus appréciées sont : le cantabile de Marina : Vasili, mon seul amour; la prière : Exauce^ nous, Seigneur; le début du duo de Lusace et du prieur; la rêverie de Marina : Pâles étoiles; les couplets de Lusace : J'ai pour toute philosophie, qui sont réussis et montrent quelles seraient les aptitudes du compositeur pour le genre de l'opéra-comique s'il ne préférait pas la nébuleuse esthétique allemande au goût français, aussi "brillant que solide, aussi délicat que sûr. Je signalerai encore comme un duo d'un bon accent dramatique celui de Marina et de Marpha : Pourquoi parler d'espérance ? l'arioso pathétique de Marpha: Mon fils! il est mon fils ! dont la répétition du thème à l'octave grave produit un bel effet si l'artiste possède une voix de contralto suffisante; le ballet hongrois et une jolie valse en fa. Le chœur qui suit est d'une bonne sonorité. Quant à la chanson slave, ce n'est qu'un pont-neuf qui se dissimule mal derrière l'armure de la clef et les doubles dièses. La romance de Dimitri : Si Dieu, Marpha, qui nous compte les heures, est expressive; on aurait pu cependant donner à cette mélodie une importance en rapport avec la situation et en faire la note caractéristique de l'opéra. Dans le cinquième acte, presque tout est à louer. Le trio dans lequel Marina et Dimitri chantent leur amour, tandis que la jalouse Vanda erre dans la nuit, en proie à ses pensées de vengeance, est très beau. Le chœur qui suit offre dans l'orchestre une marche harmonique d'un excellent effet; la forme scolastique ne l'atténue en rien. Le morceau qui précède le finale, d'ailleurs fort court, est le meilleur de tout l'opéra; c'est la Marche du couronnement. Unité dans la composition , clarté et puissance de l'harmonie, variété des détails, instrumentation brillante, allure solennelle , cette marche réunit toutes les qualités requises dans ce genre de morceaux. L'opéra de M. Joncières a obtenu un légitime succès. Distribution: Dimitri, Duchesne ; Lusace, Lasalle ; Job, Gresse ; le prieur, Comte ; le roi de Pologne, Lepers; Marpha, Mme Engalli ; Marina, Mlle ZinaDalti ; Vanda, Mlle Belgirard.
* dimitri, drame lyrique, poème de Mme Czerwinka, musique de M. Anton Dvorak, représenté avec succès sur le théâtre National de Prague en octobre IS82.
dimitri donskoï, opéra russe en trois
actes, musique de Rubenstein, représenté à Saint-Pétersbourg en 1852.
* DINAH, opéra en quatre actes, paroles de MM. Michel Carré fils et Paul de Choudens, musique de M. Edmond Missa, représenté au théâtre de la Comédie-Parisienne le 27 juin 1894. Le livret de cet opéra a été inspiré, dit-on, par la Cymbeline de Shakspeare. A la vérité il n'y paraît guère, et le génie du grand poète n'a guère laissé de trace dans ce scénario dépourvu tout à la fois de vraisemblance et d'intérêt. La scène se passe à Venise au moyen âge. Au lever du rideau, nous sommes en pleines fêtes aristocratiques : les gondoles glissent silencieusement sur l'onde, tandis que les chansons effleurent les lèvres des belles courtisanes. Tout à coup, une querelle éclate entre deux jeunes seigneurs, Mentano et Pachimo, le premier amoureux et aimé de la belle Dinah, tandis que le second, amant rebuté, ne cherche qu'à, se venger. La querelle s'envenime, et les deux rivaux en viennent aux mains. Un ami les sépare au moment où l'épée de Mentano vient de tomber sous un furieux coup de son adversaire. Celui-ci offre alors une gageure à Mentano : il laissera toute sa fortune entre ses mains si, dans vingt-quatre heures, il ne peut lui rapporter le bracelet que Dinah tient de Mentano lui-même et qui sera la preuve de son succès auprès d'elle. Mentano accepte le pari. Au second acte, Pachimo, qui n'est pas à cela près d'une infamie, s'introduit la nuit, clandestinement, dans les appartements de Dinah, et lui vole le fameux bracelet. Puis, à l'heure dite, il le montre à Mentano, qui perd ainsi sa fiancée et sa fortune. A partir de ce moment, l'action devient tellement obscure et embrouillée qu'il est impossible d'y rien comprendre. Toujours est-il que Mentano et Dinah finissent par s'expliquer, et qu'au moment où on s'y attend le moins, Pachimo, provoqué en duel par un ami de Mentano, Philario, est tué par celui-ci. Ici finit la pièce. La musique, par malheur, n'est pas faite pour excuser les défauts de celle-ci : aussi confuse que le livret, elle offre le plus singulier mélange de style orné et d'aspirations wagnériennes qui se puisse concevoir. Tout le rôle de la courtisane Flora est écrit à l'italienne, comme la chanson du premier acte et l'air désespérément banal du troisième, mais dans le mauvais style italien, que ne relèvent point la grâce des contours et la saveur de l'idée. Pour tout le reste, on tombe dans un empâtement musical sans intérêt et sans vigueur, dans une