LILIA
Je venais, sur ces froides pierres, Prier pour la reine et pour vous, Et pour celui qui, chez nos frères, Bientôt doit être mon époux.
Faible et dans l'ombre retirée, Que pouvez-vous craindre de moit Ah ! laissez-moi vivre ignorée.
Avec mon amour et ma foi.
NICANOR
Ne crains rien , je t'aime, et j'admire Ta beauté, ta grâce et ta foi.
Chaque rayon de ton sourire Est un regard du ciel pour moi.
A tes pieds mon orgueil s'incline; Ta parole trouble mes sens :
Car des anges la voix divine N'est que l'écho de tes accents,
Pendant ce duo, une croix, placée au-dessus d'une des tombes des martyrs, s'illumine miraculeusement. Lilia sent son courage se raffermir, et, s'apercevant que la croix reste obscure aux yeux de Nicanor, elle le repousse comme un maudit. Le tonnerre éclate, le proconsul tombe foudroyé. Satan paraît et revêt le manteau de Nicanor : mais, sans révéler sa présence à Lilia, il lui montre l'intérieur du palais d'Olympia, et Hélios aux pieds de la reine.
L'acte troisième se passe dans les jardins de la reine ; une bacchanale chantée, jouée et dansée précède l'entrevue de Lilia et d'Hélios en présence d'Olympia et de Satan. La jeune chrétienne rappelle son amant à la vertu, et chante un Credo imité de celui des Martyrs, dont l'intention est excellente, mais qui est aussi peu poétique qu'orthodoxe. Lilia chante qu'elle croit :
A l'Esprit saint , l'inspirateur de l'âme, Flambeau divin du passé ténébreux, Qui fit planer douze langues de flamme Sur le cénacle où priaient douze Hébreux!
Hélios rentre en lui-même , mais désespé-
rant de retrouver l'amour de Lilia, qu'on va conduire au supplice. Il s'exprime ainsi:
Vérité de l'enfer ! oui, j'ai souillé mon âme ! Rien ne pourra m'absoudre aux yeux de Lilia... Sauvons du moins ses jours, si je dois vivre infâme I... Reine! je suis à toi!... je t'aime, Olympia:
Pouvait-on imaginer un moyen dramatique aussi grossier, aussi brutal, de rendre un quatrième acte nécessaire et de prolonger la soirée? Frapper ainsi Lilia dans son cœur d'amante , dans sa foi de chrétienne. O convenances! ô mœurs dramatiques du théâtre de Corneille, de Racine , de Quinault luimême, qu'êtes-vous devenues!
Le quatrième acte se compose de deux tableaux; le premier représente l'atrium du palais d'Olympia. L'éruption du Vésuve a commencé d'éclater. Les esclaves en profitent pour se révolter et se livrer au pillage. Satan les y encourage. En vue de la catastrophe finale, le dernier tableau offre une architecture assez compliquée : la terrasse du palais d'Olympia est supportée par la colonnade d'un impluvium d'ordre Pœstum, et dominée par des façades de cariatides tétrastyles. On voit, d'un autre côté, l'avenue du temple d'Isis et de Sérapis, et au fond un aqueduc à deux rangs d'arches. Hélios accourt éperdu se jeter aux pieds de Lilia; il implore son pardon. Lilia répond:
Mon Dieu ! ce pardon qu'il demande,
Avec moi daigne le donner!
Du haut du ciel, sur lui que la grâce descende l
Mon Dieu, dis-moi de pardonner!
Tous deux , réconciliés dans l'amour et dans la foi, attendent la mort, soutenus et encouragés par le prophète Magnus, ce qui est encore une imitation du trio de Raoul , Valentine et Marcel dans les Huguenots. Olympia brave le fléau ; Satan triomphe ; les monuments s'écroulent avec fracas; la lave envahissante s'avance sur le théâtre. Magnus s'écrie : « Chrétiens, voici la mort! » Hélios et Lilia répondent: « C'est le ciell c'est la vie ! » Cet opéra n'a point d'ouverture. Le compositeur s'est contenté d'annoncer le lever du rideau par une introduction dont le motil principal, exécuté successivement par les violoncelles et la flûte , est accompagné par les harpes. La romance : Dans une retraite profonde, est le premier morceau qui excite l'intérêt. La mélodie , d'une simplicité calme et toute virginale , est gracieusement ornée d'un accompagnement de cor anglais. L'andante en la : Noble Hélios, en ton absence, chanté par Olympia, n'a rien de remarquable; mais la phrase du ténor qui en accompagne la fin exprime bien l'étonnement et la
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HERC
HERG
surprise des sens du jeune chrétien. Elle nous a rappelé la phrase de Daniel dans l'opéra de la Chaste Susanne de Monpou :
Comment, dans ma jeune âme, Comment supporter à la fois Et ce doux regard de femme Et le son charmant de cette voix.
C'est surtout dans l'air de l'extase que le compositeur a le plus travaillé son instrumentation. Pendant qu'Hélios vide la coupe, les gammes chromatiques du quatuor, con sordini, se succèdent, et il faut convenir qu'il y a là une difficulté d'exécution qui rendra presque toujours ce passage scabreux et d'une justesse douteuse, d'autant plus que ces instruments jouent des traits de huit triples croches sur des sixaines jouées par les harpes. Le reste de l'air est d'une couleur poétique délicieuse. Le petit chœur syllabique des chrétiens, qui ouvre le second acte, offre une jolie modulation en sol bémol. La prière qui suit est sans accompagnement , bien traitée pour les voix , et la phrase dite en écho par les ténors produit un agréable effet. Comme nous l'avons dit plus haut, le morceau qui nous paraît le plus dramatique est le duo entre Lilia et Nicanor. L'inspiration y règne d'un bout à l'autre. Ce n'est qu'une suite de phrases bien accentuées et allant droit au cœur, surtout dans la partie de Lilia. Cependant quelques modulations viennent étonner l'oreille. La substitution du ré bémol à Y ut dièse, pour obtenir un repos en ut par le moyen de la sixte augmentée , est loin d'amener un résultat satisfaisant. L'air de la vision, où se trouve la jolie phrase : Je veux aimer toujours dans l'air que tu respires, est poétiquement accompagné par une première harpe à l'orchestre et une deuxième harpe dans la coulisse. Parmi les airs du ballet nous rappellerons le joli motif en la mineui dit par les violons , dialoguant avec la première flûte et accompagnant le pas des Grâces et des Muses. Le talent de M. David se distingue particulièrement par un emploi original du rythme. La bacchanale en fournit une nouvelle preuve; la répétition persistante du mot Evoe lui donne le caractère étrange et tourbillonnant qui convient à cette sorte de divertissement. Quant au Credo, dont la mélodie est large et religieuse, nous croyons qu'on préférera l'accompagnement de la seconde strophe à celui de la première, qui se compose des cors, bassons, clarinettes et flûtes. Il fallait la voix exceptionnellement puissante de M "ne Gueymard pour triompher de cet orgue artificiel. Sans l'tre aussi remarquable que le duo du deuxième
acte, celui du quatrième, entre Lilia et Nicanor, a de grandes qualités mélodiques et scéniques. C'est Hélios qui le commence : Dieu ne m'a pas frappe', cette plaine est couverte de débris et de morts , et il produit de l'effet. Malgré les défauts du poème et les réminiscences des situations, nous le répétons, la conception musicale de M. Félicien David est grande et belle. Elle possède tous les caractères qui doivent lui assurer son maintien au répertoire de l'Opéra. Comme tous les mélodistes, M. Félicien David met en relief presque constamment deux parties, le chant et la basse. Les parties intermédiaires sont la plupart du temps des accords de remplissage et ne contribuent à l'ensemble que par des effets de sonorité. Ce n'est pas que l'instrumentation de ses partitions ne soit fort intéressante, au contraire. De tous les compositeurs contemporains, M. David est , avec M. Berlioz, celui qui fait le plus éloquemment parler l'orchestre. Nous ajouterons même que l'auteur du Désert le fait parler avec plus de précision, de simplicité et de clarté; mais nous parlons de la composition harmonique et de la forme que revêtent ses inspirations. Cette forme, d'ailleurs, est actuellement la plus saisissable pour le public. Le rôle d'Hélios a été une des plus belles créations de Roger. Il a su exprimer merveilleusement l'enivrement voluptueux dans la scène de la coupe. Mmes Borghi-Mamo et Gueymard -Lauters ont aussi chanté avec talent les rôles d'Olympia et de Lilia. Obin a rempli le double rôle de Nicanor et de Satan. Personnages secondaires : Coulon et Marié. Mlle Emma Livry et Mérante ont fait presque tous les frais du ballet.
HERCULE, opéra en deux parties, musique de Krieger , représenté à Hambourg en
hercule , opéra allemand, musique de Keiser, représenté à Hambourg vers 1700.
hercule, opéra allemand, musique de Schmittbauer, représenté à Carlsruhe vers
HERCULE, petit opéra allemand, musique de Wolfram, représenté à Tœplitz vers 1825.
HERCULE ET omphale , pantomime, musique de Reeve, représenté à Londres en
HERCULE ET THÉSÉE, opéra, musique de Graupner, représenté à Hambourg en 1708.
HERCULE mourant, tragédie-opéra en
HÉRI