INTRODUCTION
Un ouvrage du genre de celui-ci doit être renouvelé et complété sans cesse, pour se tenir au courant de la production artistique, qui ne s'arrête et ne s'interrompt jamais. C'est pourquoi des suppléments périodiques viennent constamment le tenir à jour, pour satisfaire les besoins ou la curiosité du travailleur ou du simple amateur. Mais, lorsque ces suppléments se multiplient, leur nombre finit par rendre les recherches difficiles et amener une perte de temps fâcheuse. Il arrive donc un moment où il faut, de toute nécessité, refondre l'œuvre entièrement et en faire, c'est bien le cas de le dire, une nouvelle édition « revue et augmentée». Cette considération ne pouvait manquer de frapper les éditeurs du Dictionnaire lyrique, et voilà pourquoi ils m'ont confié la lourde tâche de le remanier et de le compléter. Le quatrième et dernier supplément s'arrêtait à l'année 1880 et laissait, par conséquent, une vaste lacune à remplir. Ce n'était pas une mince besogne, et le temps nécessité par la rédaction et par la réimpression complète d'un tel ouvrage m'a obligé moi-même à placer à la fin du volume un supplément destiné à le tenir au courant des faits jusqu'au dernier jour.
Je ne me suis pas absolument borné, en entreprenant ce travail, à enregistrer et à cataloguer tous les ouvrages nouveaux qui, depuis dix-sept ans, avaient vu le jour en tous pays. Dans un recueil de ce genre, les erreurs et les omissions sont absolument inévitables ; j'ai corrigé quelques-unes des premières, et je me suis efforcé de réparer les secondes dans la mesure du possible : c'est-à-dire que j'ai complété divers renseignements, précisé des dates, rectifié certaines attributions, et que, faisant un retour sur le passé, j'ai comblé un assez grand nombre de lacunes, sans avoir d'ailleurs aucunement la prétention d'être complet, le « complet » étant, nul ne l'ignore, chose impossible en matière de bibliographie.
En fait, la présente édition du Dictionnaire lyrique ne renferme pas moins de quatre mille articles nouveaux; ce chiffre est même un peu
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dépassé. On peut donc juger de l'intérêt qu'elle présente sous ce rapport. Pour la France, le travail était relativement facile, même en ce qui concerne les omissions que je signalais. Il n'en était pas de même pour l'étranger, surtout sous ce rapport. L'Espagne, particulièrement, avait été un peu négligée, faute de documents certains, bien que ce pays offre un intérêt spécial en raison de ses zarzuelas, qui sont un produit original et qu'on pourrait qualifier d'autochtone, comme notre opéra-comique; j'ai entrepris de combler le vide en ce qui le concerne, et l'on trouvera ici cinq cents titres nouveaux de zarzuelas et d'opéras espagnols. Quoique le Portugal soit beaucoup moins important au point de vue de la production, j'ai cependant réuni aussi les titres d'un assez grand nombre d'ouvrages représentés en ce pays. Quant à la Russie, qui depuis plus d'un quart de siècle a conquis une place à part et est devenue l'une des grandes nations musicales de l'Europe, j'ai fait en sorte de tenir le lecteur au courant de ses efforts intéressants en ce qui touche la production dramatique.
Il va sans dire que j'ai mis tous mes soins à être aussi complet que possible en ce qui concerne l'Allemagne et l'Italie; toutefois, pour ce qui est de ce dernier pays, j'ai écarté de propos délibéré, pour ne pas grossir démesurément ce volume, tout ce qui a trait au genre de l'opérette. C'est qu'ici la quantité, qui est énorme, n'est malheureusement pas égalée par la qualité, qui est absolument nulle. L'Italie produit annuellement jusqu'à quarante ou cinquante opérettes, parmi lesquelles il n'en est pas, peut-on dire, une seule digne d'intérêt ou d'attention au point de vue musical. Tandis qu'en Allemagne et en Autriche, des artistes comme Franz de Suppé, Johann Strauss, Zayts, Millœcker, Richard Gênée, Zeller, Czibulka, en France, Offenbach, Hervé, Charles Lecocq, Edmond Audran, Louis Varney, etc., ont conquis un renom européen et voient leurs ouvrages représentés en tous pays, l'Italie n'a pas produit en ce genre un artiste et une œuvre de quelque valeur. Voilà pourquoi j'ai passé les uns et les autres sous silence.
Les suppléments successifs qui étaient venus s'ajouter au Dictionnaire lyrique, m'ont obligé, en certains cas, à un travail de résumé que je dois faire connaître et dont je puis donner un exemple typique avec Aida, l'opéra célèbre de Verdi, qui n'avait pas nécessité moins de trois articles, dont l'un avait trait à la création de l'ouvrage au Caire, un autre à sa représentation sur notre Théâtre-Italien, aujourd'hui disparu, un troisième enfin à son apparition en français sur la
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scène de notre Opéra. J'ai dû, naturellement, coordonner ces divers renseignements et les réunir dans un seul article. Il m'a fallu procéder de même pour divers autres ouvrages qui se trouvaient dans le même cas.
Un autre point important me reste à signaler, celui-ci touchant les œuvres de Richard Wagner. On sait combien, depuis vingt ans, les opinions se sont modifiées, on peut dire transformées, relativement à ces œuvres, à quelles discussions passionnées et ardentes elles ont donné lieu, quelle puissance d'expansion plusieurs d'entre elles ont acquise, combien enfin le public, en tous pays, s'est familiarisé avec elles. Chez nous, particulièrement, après de violents combats, la représentation tardive, mais éclatante, de Lohengrin, de Tannhàuser, de la Valkyrie, du Vaisseau fantôme, nous a permis de juger en connaissance de cause la valeur et les procédés du maître allemand ; et ceux-là même qui ne pouvaient ou ne voulaient point se rendre àBayreuth avaient encore la possibilité d'aller entendre à Bruxelles des ouvrages tels que Siegfried et les Maîtres chanteurs de Nuremberg , tandis qu'ici nos grands concerts symphoniques nous faisaient connaître les principales pages de Tristan et Yseult, de l'Or du Rhin et du Crépuscule des Dieux. Dans ces conditions, il ne m'a pas semblé possible de conserver dans le Dictionnaire lyrique ce qui avait été dit de ces œuvres en un temps où elles étaient encore complètement inconnues du public français, et où un jugement sur elles ne pouvait être que superficiel et incomplet. S'il eût vécu jusqu'à cejour, l'auteur du Dictionnaire lyrique, mis à même de les connaître et de les apprécier autrement et plus sûrement que par une simple lecture, si attentive qu'elle pût être, aurait certainement vu modifier ses impressions à leur égard et aurait assigné à Wagner la place qui lui convient, aussi loin de l'enthousiasme des admirateurs fanatiques et passionnés que du dénigrement des adversaires systématiques et injustes. C'est ce que je me suis efforcé de faire moi-même, en restant dans les limites de la critique impartiale et sincère.
J'arrête ici ces courtes explications, qui me semblaient pourtant nécessaires. Et en terminant, je présente avec confiance au public la seconde édition de cet ouvrage, mis au courant des faits jusqu'au dernier jour de l'impression. Si, pour l'espace qui s'étend depuis 1880, date de son dernier supplément, jusqu'à l'heure présente, il offre encore quelques lacunes, je crois pouvoir affirmer qu'elles sont peu