ARLETTE
Il t'en va... ahl douleur cruelle!
Il y a de la verve et du mouvement dans le finale, qui est très travaillé. Les motifs les plus saillants sont la phrase de Diane : Ah! quelle joie enivrante, et l'ensemble allegro moderato : L'étrange personnage. Quant aux couplets de Charolais : Prenez garde au joli berger, ils rappellent exactement la facture syllabique des couplets d'opérettes de M. Offenbach, avec l'aggravation d'une cadence inacceptable pour l'oreille sur les mots seul vous ramène en ces bois. Les règles de la tonalité n'ont pas été plus observées dans le chœur des Reines d'un jour. Le musicien a pensé donner un caractère agreste au chant de ses vigneronnes en introduisant des effets de quintes consécutives sans aucun ménagement et en faisant succéder brusquement une phrase en sol de trois mesures à une phrase en la mineur de deux mesures. Le résultat est une pénible contrariété pour l'oreille et voilà tout. Ce n'est pas d'hier qu'on a cherché à exprimer le genre agreste, villageois, campagnard ; mais Grétry, Monsigny, Boieldieu, Victor Massé s'y sont pris autrement et ont su allier l'expression du caractère aux lois de l'oreille et du goût dans Y Epreuve villageoise , le Déserteur, la Fête du village voisin, les Noces de Jeannette.
L'entr'acte est une phrase d'un tour archaïque, successivement exécutée parles hautbois, les flûtes et le quatuor en sourdine; c'est un papillotage assez délicat et sans importance. A un chœur de fête populaire sur une musique de ballet succède un trio bouffe qui n'est que scénique. Les couplets de Simonne : Se consoler! visiblement écrits pour la voix superbe et d'une âpreté sauvage de Mme Engally, offrent quelques phrases bien caractérisées ; mais ce n'est pas encore là un morceau complet et réussi du commencement à la fin. Le chœur en l'honneur de la jeune favorite : Sur tes pas, charmante Ariette, est fort joli, mélodieux et d'un rythme gracieux. Quant au fabliau : Dans le moulin du grand meunier, c'est le morceau le plus applaudi de tout l'ouvrage à cause des vocalises, des roulades délicieusement chantées par Mlle Bilbaut-Vauchelet. La musique ne se distingue que par une facture habile. La scène de l'invocation de la mandragore enchantée est si puérile qu'elle ne produit aucun effet, malgré quelques phrases douloureuses d'Ariette apprenant que Jean est aimé de sa bienfaitrice. Dans le trio qui suit, on distingue une belle phrase de ténor au milieu d'une harmonie touffue et plus chargée de broussailles que de fleurs. Le début du finale est dramatique et intéressant Les imprécations contre
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le meurtrier inconnu de Saladin d'Anglure sont exprimées avec talent et énergie. Au moment où le comte de Charolais propose à Jean de le nommer Grand maître ou Connétable, celui-ci répond :
Le hasard me conduit selon sa fantaisie Et je ne sais plus rien que m'en aller.
et moins d'une minute après il s'enrôle sous l'étendard bourguignon et s'écrie : Qu'on me donne une compagnie ! L'acte finit par un ehœur guerrier un peu compliqué pour des soldats, mais plein d'élan, bien orchestré et digne d'une meilleure cause.
Le troisième acte s'ouvre très brillamment par un excellent chœur de soldats dans lequel sont intercalés des couplets intéressants par leur bizarrerie de la sauvage Simonne ;
C'est un plaisir souverain, De s'être battus la veille,
Quand on s'éveille
Le lendemain.
Nous avons assez médit du livret pour citer avec éloge la strophe suivante des couplets •de Simonne :
Eh ! que sont les morts, que sont les vivants, A la plaine verte, aux ruisseaux mouvants? Le bourgeon qui vous regarde Vaincre, tomber ou mourir, Fleurit sans y prendre garde, Quand il lui plaît de fleurir; Pour que tout s'efface, Jusqu'à la place Où sont tombés les combattants, Il suffit d'un printemps!
H nous reste à faire mention d'une romance sentimentale du comte de Charolais, assez étrange dans la bouche de ce téméraire personnage : Il est jeune, il est amoureux. Quant aux stances de la Bannière de France, on peut louer sans doute l'intention qu'a eue le musicien d'allier la mélancolie aux sentiments chevaleresques ; mais l'inspiration s'est ressentie du triste caractère de son héros. Les phrases de chant sont péniblement modulées, contournées, alambiquées, et si elles produisent quelque effet au théâtre, il est dû presque exclusivement à l'intensité des sons élevés et il est subordonné aux moyeps vocaux du chanteur. En somme, nous ne pensons pas que l'opéra de Jean de Nivelle ait de longs jours et reste au répertoire, malgré les éclatantes trompettes qui ont annoncé son succès.
Distribution ■ Jean de Nivelle, M. Talazac; le comte de Charolais, M. Taskin ; Ariette, M'ie Bilbaut-Vauchelet; Simonne, Mme Engally; Diane de Beautreillis, M"» Mirane; le page Isolin, M»« Dalbret; Saladin d'Anfrlure,
M. Maris; le sire de Malitorne, M. Grivot; le baron de Beautreillis, M. Gourdon; uq vieillard, M. Troy.
JEAN DE paris, opéra-comique en deux actes, paroles de Saint-Just (G. d'Aucourt), musique de Boieldieu, représenté à l'Opéra- Comique le 4 avril 1812. Le dauphin de France veut connaître la princesse qu'on lui destine, et, voyageant avec elle sous le nom supposé de Jean, bourgeois de Paris, il sait à la fois se rendre aimable et devenir amoureux de sa fiancée. La donnée est agréable et le livret bien fait. Quant à la musique, elle peut être regardée comme une des perles de l'écrin du maître. Elle a partout la couleur de ce sujet de fantaisie, elle idéalise à ravir ces personnages demi-historiques. On dira que c'est le genre troubadour ! Sans doute, mais ne vautil pas mieux exceller dans le genre troubadour, y mettre de la grâce, de l'esprit, des motifs charmants, une harmonie élégante, que d'écrire des scènes parfaitement logiques et ennuyeuses? Tous les morceaux de Jean de Paris ont été populaires : le grand air du sénéchal : C'est la princesse de Navarre; la cavatine : Quel plaisir d'être en voyage; la romance du troubadour : Le troubadour, fier de son doux servage. Rappelons aussi le chœur d'introduction et le chœur charmant du second acte : De monsieur Jean, que le festin s'apprête.
C'est à propos de Jean de Paris, et alors qu'il en préparait la représentation au théâtre Royal de Dresde, dont il était le directeur, que l'immortel auteur du FreischUtz, Cari-- Maria de Weber, écrivait ce qui suit : « Aux plus grands maîtres de l'art il appartient de tirer les cléments de leurs œuvres de l'esprit même des nations, de les assembler, de les fondre, et de les imposer au reste du monde. Dans le petit nombre do ceux-ci, Boieldieu est presque en droit de revendiquer le premier rang parmi les compositeurs qui vivent actuellement en France, bien que l'opinion publique place Isouard (Nicolo) à ses côtés. Tous deux possèdent assurément un admirable talent ; mais ce qui place Boieldieu bien au-dessus de ses émules, c'est sa mélodie coulante et bien mesurée, le plan des morceaux séparés et le plan général, l'instrumentation excellente et soignée, toutes les qualités qui distinguent uu maître et donnent droit de vie éternello et do classicité à son ccuvro dans le royaume de l'art. Ces qualités, il les partage à la vérité avec Méhul; mais, son penchant le portant vers la forme italienne, sa mélodie s'en trouve plus pure, sans
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qu'il sacrifie pour cela, bien entendu, au sens des paroles. Ce trait caractéristique de ses œuvres est un double témoignage en faveur de son propre talent. » Depuis l'époque où Weber écrivait ces lignes, Jean de Paris, injustement oublié chez nous, n'a cessé d'être populaire en Allemagne, où il fait partie du répertoire de tous les théâtres.
JEAN DE procida, opéra italien, paroles de Niccolini, musique du prince Poniatowski, représenté au théâtre Standish, à Florence,
JEAN ET Geneviève , opera-comique en un acte, paroles de Favières, musique de Solié, représenté salle Favart; le 7 déc 1792.
JEAN ET JEANNE, opérette en un acte, paroles de M. A. Lafon, musique de M. Ancessi , représentée aux Folies-Nouvelles eD octobre 1855. Elle appartient au genre pastoral, et la musique a paru assez agréable. C'est dans cette opérette que l'acteur comique Dupuis a fait ses débuts.
JEAN GUTENBERG, opéra allemand, de Mme Charlotte Birsch , représenté à Munich dans le mois de février 1836.
JEAN GUTENBERG, opéra allemand, musique de M. G.-C. Fùchs, représenté à Cologne en janvier 1859.
JEAN LE DUC, opéra-comique en un acte, paroles de M. Bureau, musique de M. Tac- Coën, représenté au théâtre de Nantes en juillet 1872.
" JEAN LE PARESSEUX, opéra-comique en un acte, musique de M. A. Ritter, représenté sur le théâtre de Weimar le 8 mai 1890.
JEAN LE SOT, opérette en un acte, paroles de M. Th. Julian, musique de Pilati , représentée aux Folies-Nouvelles en avril 1856.
• JEAN-MARIE, drame lyrique en un acte, livret tiré par M. Mortier du drame de M.André Theuriet, musique posthume d'Ippolito Ragghianti, représenté sur le théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, le 14 janvier 1896.