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PATR

compatriotes, ne manque sans doute ni de quelque verve, ni de quelque entrain, mais elle est absolument dépourvue d'originalité.

patria, opéra séria, livret de Pagavini, musique de B. Bernardi, représenté au théâtre Sociale de Lodi le 5 février 1879 ; chanté par Pizzorni, Greco, Meneghello , Mmes Colombo, Welmi.

* PATRIA, « épisode lyrico-dramatique », paroles de M. Enrique Moragas, musique de M. Sadurni, représenté au Tivoli de Barcelone en septembre 1893.

* patrie ! opéra en cinq actes, poème de MM. Victorien Sardou et Louis Gallet, musique de M. Paladilhe, représenté à l'Opéra le 20 décembre 1886. Le poème de cet ouvrage est l'adaptation musicale du drame émouvant et superbe que M. Sardou avait fait représenter à la Porte-Saint-Martin, le 18 mars 1869. Cette adaptation, faite avec beaucoup d'adresse, a inspiré le compositeur de la façon la plus heureuse. M. Paladilhe ne prétend être d'aucune école ; ce n'est pas un musicien à tendances ni à parti pris. Il n'a point de théories, il ne se propose point de modèles, il écrit simplement comme il sent, sans se préoccuper de plaire à d'autres qu'au vrai public, le juge en dernier ressort. Il cherche, de la façon la plus naturelle du monde, à tirer parti de son inspiration et, comme il a le sentiment de la vérité, le sentiment du pathétique, il a écrit, sur un livret superbe, une musique pleine de grandeur, de passion, d'émotion, de poésie, et il s'est trouvé que cette musique a communiqué aux auditeurs l'émotion dont il l'avait animée, et qu'elle a obtenu un succès complet.

Ce qui me semble particulièrement remarquable dans la partition de Patrie, en la considérant dans son ensemble, c'est la solidité monumentale de la construction, c'est la sûreté et la fermeté des attaches, qui ne trahissent jamais ni une faiblesse ni une négligence, c'est la belle sonorité de l'orchestre, orchestre vraiment scénique et non point symphonique (ce qui n'est pas la même chose), c'est la coupe élégante et la belle ordonnance de la phrase musicale, dont les ondulations prennent parfois une ampleur superbe, c'est enfin un ensemble de qualités à la fois très musicales et très scéniques qui dénotent un véritable homme de théâtre, apte à saisir toutes les situations et à les traduire en son langage avec la plus grande fidélité et le plus graud effet possibles. Ce qu'on lui souhaite-

rait seulement peut-être, c'est un peu plus d'originalité, de personnalité dans l'idée musicale proprement dite, qui, si elle se développe toujours d'une façon magistrale, n'est pas toujours essentiellement nouvelle dans son premier jet.

Si l'on voulait entrer dans le détail de l'œuvre, il faudrait signaler, au premier acte, un chœur de soldats très crâne et très sonore, toute la scène de l'instruction, qui est d'une belle et sévère ordonnance et que vient couper la chanson très franche du sonneur Jonas, le chœur des prisonnières, la prière si bien accompagnée par les cloches et les cors, et surtout le fragment symphonique qui suit, et qui est exquis. Au second, il faut tirer de pair la scène de Rysoor et des conjurés, scène excellente, traitée en déclamation rapide et d'un dessin plein de fermeté, puis le duo dans lequel Rysoor apprend à Dolorès qu'il se sait trompé par elle et qu'il tuera son amant; c'est là une page très puissante, très pathétique, d'une couleur chaude et, si l'on peut dire, d'une violence émue, qui produit une impression profonde. Le ballet du tableau suivant est tout à fait aimable. Le troisième acte nous achemine aux grandes beautés de la partition, ici, dans leur caractère intime, tout à l'heure, au quatrième acte, dans leur plus grande expansion. A remarquer tout d'abord un fort joli cantabile dans la scène entre le duc d'Albe et sa fille, puis la scène suivante, dans laquelle on force Kaiioo à rendre son épée, et qui est très bien traitée avec les trois voix ; mais le morceau capital est la dénonciation faite par Dolorès. La situation est puissante, dramatique, déchirante, et l'on peut dire que le musicien n'est pas resté au-dessous d'elle, car elle est vraiment magistrale, magistralement écrite et animée d'un grand souffle.

Mais voici vraiment le point culminant de l'œuvre, l'acte de l'Hôtel-de-Ville. Le drame, la musique, la mise en scène, tout concourt h son extrême puissance. Ici, l'émotion va toujours grandissant : la situation, d'abord dramatique, devient peu à peu terrifiante, et se dénoue dans une explosion formidable. C'est, en premier lieu, la scène de la conjuration et l'air superbe de Rysoor : C'est ici le berceau de notre liberté, air d'un noble et beau caractère, d'une ampleur grandiose, qu'accompagnent merveilleusement les harpes et les trombones. Puis le duo si pathétique dans lequel Rysoor reconnaît en Karloo l'amant de sa femme, l'ami qui l'a lâchement truhi; ce duo, tantôt touchant, tantôt véhément, est

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