‹ Dictionnaire des opérasChapitre 892 sur 928 · LAND · texte numérisé non relu

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respectueusement : « Je vous connais, messire. » Il n'en est pas de même avec Markhoel, qui remplace l'énumération de ses titres par une menace directe à Lancelot. Il a surpris son secret, découvert qu'il est l'amant de la reine, et si Lancelot ne le nomme pas, il dévoilera tout. Indigné, Lancelot, qui néanmoins a le chœur d'un chevalier, n'hésite pas et proclame comme douzième pair le plus digne de cet honneur, Alain de Dinan. Markhoel, furieux^ ne tarde pas à se venger. Grâce à lui, le roi surprend Lancelot et la reine au milieu d'un tendre entretien. « Je te livre cet homme » , lui dit-il en lui montrant Lancelot. Quant à la reine, qu'il n'a cessé d'aimer, il se borne à la confiner dans un cloître.

Markhoel profite sans tarder de la licence que lui a donnée le roi. En scélérat qu'il est, il attire Lancelot dans un guet-apens, le frappe et le laisse pour mort. Lancelot n'est pourtant que dangereusement blessé. Il est recueilli par Alain, chez qui il est entouré des soins les plus tendres par sa fille, la jeune Élaine. Alain a caché à son enfant le nom de l'infortuné chevalier, et Élaine s'est éprise de Lancelot sans le connaître. Celui-ci, enfin guéri, ne songe qu'à découvrir la retraite de Guinèvre, et il prend congé de ses hôtes sans se douter de l'amour qu'il a inspiré.

Nous voici précisément dans le couvent où Guinèvre s'est réfugiée. Auprès d'elle se trouve Élaine, sans qu'on sache pourquoi ni comment elle y est venue. Bientôt arrive Arthus, qui vient annoncer à l'épouse infidèle non qu'il oublie, mais qu'il pardonne, et qu'elle est libre de quitter le couvent. On voit ensuite paraître Lancelot, qui a découvert la retraite de sa bien-aimée et qui veut l'entraîner avec lui. Guinèvre refuse. Lancelot, désespéré, va s'éloigner, mais Élaine a surpris les derniers mots de leur entretien, elle a reconnu Lancelot, elle a tout compris, et son émotion est si forte qu'elle tombe inanimée.

Que sera le dénouement ? Le voici. Lancelot se retrouve au bord du lac où il a passé les belles années de son enfance. Une barque apparaît, glissant très lente. Sur le devant, un rameur. Dans la barque, Élaine étendue, en vêtements blancs, entourée de fleurs et de verdure. A l'arrière est assise une femme vêtue de deuil et les traits cachés par un long voile noir. La barque s'est encore avancée. Lancelot regarde et s'écrie: « Élaine!... Morte!... Que me reste-t-il donc ?» A ce cri, la femme vêtue de noir s'est dressée ; elle rejette son voile. C'est Guinèvre. Elle regarde Lan-

celot et, de la main lui montrant le ciel : Ce gui me reste... Dieu!

Pièce singulière, sans action, sans mouvement, sans situations, sans intérêt, pièce mal conduite et mal construite, dont l'élément lyrique semble complètement absent, et où le caractère passionné des héros est rendu avec une mollesse telle qu'il n'excite ni la pitié ni la sympathie. Il est évident que M. Joncières a fait tous ses efforts pour tirer un parti acceptable de ce livret mal compris et mal venu. On n'oserait dire qu'il y a réussi, et cela est d'autant plus fâcheux qu'on sent qu'il a voulu, par la forme qu'il a donnée à son œuvre, réagir en quelque sorte contre les excès, les sottises, les aberrations des jeunes coryphées de ce qu'on appelle l'école moderne. Nous ne trouverons ici ni le fracas orchestral, ni les harmonies déchirantes, ni les audaces aussi maladroites qu'inutiles qu'on peut trop justement reprocher à certains prétendus réformateurs qui devraient bien commencer par se réformer eux-mêmes. Mais aussi, il faut bien le constater, l'œuvre est froide, trop impersonnelle, et on n'y trouve pas l'accent, l'élan, le mouvement et la couleur indispensables dans toute production dramatique. Ce n'est pas qu'on ne rencontre, dans la partition de Lancelot, certaines pages intéressantes et appelant l'attention; mais elles sont plus rares qu'on ne le souhaiterait, et il arrive encore qu'elles manquent du nerf, de la couleur et de l'énergie nécessaires. Il faut citer pourtant, au premier acte, le chœur des chevaliers : Lancelot, brave entre les braves, chœur sans accompagnement, dont l'accent plein de franchise est doublé d'une belle sonorité ; la marche instrumentale très brillante et très colorée qui annonce l'arrivée du roi et de la reine ; puis la grande scène de Lancelot et de Guinèvre, qui est bien traitée et à qui l'on voudrait seulement plus d'élan et de chaleur communicative. Je lui préfère peut-être le duo de Lancelot et d'Élaine au second acte, qui est coupé par une ritournelle pleine d'élégance, et surtout, au troisième, la scène du pardon, entre Arthus et Guinèvre, dont le sentiment est très élevé et qui constitue l'un des meilleurs épisodes de l'œuvre. Celle-ci avait pour interprètes MM. Vaguet (Lancelot), Renaud (Arthus), Fournets (Alain), Bartet (Markhoel), Laffitte (Kadio), MueDelna (Guinèvre) et Mme Bosman (Élaine).

* LAND OF NOD , opérette , paroles de M. Chevalier, musique de M. A.-H. West, représentée au Royalty-Théâtre de Londres le 24 septembre 189S.

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