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BIBLIOTHÈQUE DE TURGOT

Le célèbre Turgot s'était, pendant son séjour à Limoges, où il était intendant, amusé à faire simuler sur la porte de son cabinet des rayons de bibliothèque ; il les avait garnis de livres fictifs et dont les titres lui avaient été dictés par des intentions satiriques.

On trouve, à cet égard, des détails curieux dans une lettre que M. Tenant de La Tour inséra dans la France littéraire [o février 1843) et qu'il a reproduite dans ses Mémoires d'un bibliophile (juin 1855).

M. Emile Castaigtae, bibliothécaire à Angouléme, a consacré au même objet une notice qu'a donnée le Bulletin du bibliophile (juin 1855).

Partisan de ce qu'on nommait alors les principes philosophiques, Turgot avait dirigé ses traits contre quelques-uns de leurs adversaires, oubliés aujourd'hui; divers écrivains de l'époque avaient eu leur part de ses égratignures. Nous allons transcrire quelques-uns de ces titres, en y joignant parfois de courtes explications.

« Traité de la charité chrétienne, par l'abbé de Caveirac (1).

« Conduite des Espagnols dans les Indes, par l'abbé de Caveirac.

« Délices du gouvernement turc, dédiées au Kislar aga, par S. N. H. Linguet (2).

« Dictionnaire portatif des métaphores et dos comparaisons, par Linguet; trois énormes volumes.

« Morale fondée sur la force, par Linguet.

« S. N. H. Linguet, De suppliciorum ingeniosa diversitate diatriba. « Draconiae leges, notis perpetuis illustrât» à S. N. H. Linguet. « Dangers du pain, par Linguet.

« Dialogue entre les trois gueules de Cerbère, jeu d'esprit, par Linguet.

satire et de mystification, et qui n'ont pas plus de réalité que les livres de l'abbaye de Satni-Vitlor. Il y aurait la matière pour an chapitre curieux cl neuf de l'bistoire des arts. En fait de médailles, le licencieux auteur d'un livre trop connu (/. Meur»» Ekgantiœ latini $ermoni$) en mentionne une représentant Sapho, et un docte Allemand (C. A. Klou) en a fait mention dans son traite (De nummù tatyrkit); c'était pousser un peu loin les recherches. L'Angleterre nous offre deux inventaires satiriques, tous deux dirigés contre le catholicisme; l'un, intitule : Catalogue de» rareté» qui we trouvent a vendre au café de Chelsta, in-8, figure au catalogue Scpber (paye 4 livres dix sols et marque Tort rare); l'autre est en anglais, et son titre peut se traduire ainsi : Catalogue de» vénérable» relique» qui teront vendue* le 1" juin 1753 dan» l'église Saint-Pierre de Rome, par ordre du Pope. Lu exemplaire de ce livret très rare et dont il n'est pas fait mention dans le HAhographer"» Manuel de Lowndcs. s'est adjuge, relie en basane, soixante-six francs a la vente Mac-Carthy, en 1816. n» 974. Des tapisseries, représentant des scènes satiriques, sont indiquées dans un livret dont l'édition originale est excessivement rare (Premier acte du tynode nocturne de» Propitide». 1615), mais dont il a été fait a Londres, en 1855. par les soins de deux bibliophiles qui ont pris le nom des frères Gébeodé, une reimpression tirée a petit nombre.

(1) L'abbe de Caveirac publia en 175S une Apologie de Loui» XI Y tur la révocation de l'édit de fiante», avec une Dissertation tur la journée de ta Saint- Barthélémy. Il chercha à établir que cette journée ne fut point préméditée, qu'elle coûta a peine la vie a deux mille personnes dans toute l'étendue de la France, que la religion n'eut aucune parla ces massacres. De vives clameurs s'élevèrent contre ces assertions ; Voltaire et les Encyclopédistes attaquereut avec force ce qu'ils appelèrent l'Apologie de la Saint - Barthélémy ; Caveirac avait cependant écrit que, « lors même qu'on enlèverait a cotte journée les trois quarts des horribles excès qui l'ont accompagnée, elle scrail encore assez affreuse pour être détestée de tous ceux en qui tout sentiment d'humanité n'est pas éteint ».

(2) Le turbulent et fécond avocat Linguet avait, dans plusieurs de ses ouvrages et notamment dans sa TKétjri» de» loi» civile», avance des opinions favorables au pouvoir absolu ; il eut le tort de se montrer partisan de l'odieuse pénalité eucore en vigueur; dans son Histoire de» révolution» de l'Empire romain, il révoqua en doute les assertions de Tacite et de Suétone au sujet de quelques-uns des Césars.

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