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groupes bien contrastés ; il avait de plus une connaissance parfaite du clair-obscur, du coloris , et surtout de l'harmonie. — On pourrait désirer plus de noblesse dans ses figures 5 mais , malgré ce défaut , il parvint , sans être sorti du royaume , à un tel degré de perfection, qu'il fait honneur à l'école espagnole du 18e. siècle et à l'académie de Saint-Fernand. On a de lui aussi quelques gravures à l'eau-forte. — Toutes les églises sont ornées de ses tableaux, et tous les palais de ses fresques. Le cloître de la cathédrale de Tolède , où l'on trouve des choses admirables , mais qui malheureusement se perdent par la filtration des eaux, suffirait pour l'illustrer à jamais. V.
BAYEU DE SUBI AS (Ramon) , peintre d'histoire et fresquiste , naquit à Tarragone en 1746, et fut élève de son frère François , qu'il suivit à Madrid au second voyage qu'il fit pour s'y établir. Son application, son exactitude à l'académie de Saint-Fernand, et la direction d'un aussi bon maître , en firent un peintre correct. — Il obtint le premier prix de la première classe au concours de l'académie en 1766, et ne tarda pas à aider son frère dans diverses fresques. Le roi le nomma son peintre 5 mais , malheureusement pour les arts, il mourut trop jeune. Il a gravé à l'eau forte plusieurs de ses propres tableaux , quelquesuns de son frère , et d'autres du Guerchin , ainsi que de Ribera. V.
BECERRA (Gaspard) , sculpteur, peintre et arçhitecte, grand peintre d'histoire et fresquiste , qui long-temps avec Michel-Ange travailla dans Saint-Pierre. On ne peut parler de ce célèbre artiste sans une profonde vénération, puisque c'est à la pureté de son goût et à ses talens immenses que les arts en Espagne doivent leur perfection et l'éclat dont ils ont véritablement brillé. Becerra naquit à Baeza en i520. Voyant de bonne heure les progrès qu'avait faits en
BE 23 Italie Berruguete, il fut puiser aux mêmes sources : ne pouvant être élève de Raphaël, il 1 étudia ; mais il le fut de Michel- Ange , qui pendant plusieurs années le fit travailler à Saint-Pierre et à la Vigne du pape Jules II. Entouré de chefs-d'œuvre et parmi nombre des grands artistes qui les avaient crées , Becerra sut aussi acquérir une réputation immense , car il aida Vasari dans les salles de la Chancellerie de Rome , et vit une Nativité de lui , placée en regard d une autre de Daniel de \ olterre , dans l'église de la Trinité del Monte à Rome , que les Italiens signalent ordinairement comme de Volterre ; tant Becerra avait acquis la manière de Daniel ! Grand anatomiste , notre Becerra fit les dessins pour l'ouvrage que le docteur Jean Valverde publia en i554, et °iui depuis ce temps sert d'étude aux peintres , aux sculpteurs et aux chirurgiens. — Il fit de plus deux statues anatomiques dont les plâtres sont entre les mains de tous les professeurs. — Becerra se maria dans Rome le i5 juillet i556, et revint bientôt en Espagne par Sarragosse, où Morlanez le jeune, sculpteur aussi célèbre qu'opulent, s'empressa de le visiter. Becerra lui présenta quelques - uns de ses dessins et un superbe bas-relief en albâtre , que depuis ce temps on a placé dans une chapelle de Saint-Bernard de la Seu. — Philippe II , qui connaissait le mérite de notre artiste , ne tarda pas à le prendre à son service. S. M. l'employa dans les travaux de l'Alcazar de Madrid et au palais du Pardo. — Il fut nommé sculpteur du roi le 26 novembre i5Ô2 , et son peintre le a3 août 1060 à Ségovie. En recevant la cédule qui le nommait , S. M. lui permit de plus de s'absenter, et lui dit : « Partout où vous irez , vos honoraires vous seront comptés. » Notre Becerra peignit à fresque \& passage de la salle des audiences du palais à Madrid, et l'un des ceintres de la même galerie ; il les orna de stucs
et d'arabesques. II peignit ensuite, avec le Bergamasque, la partie du palais où le roi avait son cabinet, et l'embellit de plusieurs sujets rians de la fable 5 il sut les entrelacer d'ornemens en or qui descendaient jusques à terre. Ces chefs-d'œuvre de goût, de facilité et d'intelligence, périrent dans l'incendie de 1735 la veille de Noël. — Mais le Pardo conserve la pièce où notre grand homme peignit Méduse , Andromède et Persée. C'est là qu'il est facile d'observer , d'admirer jusqu'à quel point Becerra avait porté la correction , la pureté , l'expression et toutes les autres branches de cet art sublime. — Becerra sut encore mieux se distinguer comme sculpteur, ainsi que l'on pourra s'en convaincre dans l'ouvrage sur la sculpture qui suivra celui-ci. La mort l'enleva en i5^o, trop jeune encore, ainsi que l'observait avec raison son ami Jean de Arfé, en le pleurant avec tous ses collaborateurs. — Dans un placet que Becerra laissa en mourant pour Philippe II en faveur de sa femme , il eut soin de recommander le mérite de ses disciples Michel Martinez, Balthazar Torneo et Michel de Ribas, sculpteurs, qui l'aidèrent dans les stucs du palais de Madrid et du Pardo. — Il faisait mention, dans la même lettre, de Michel Barroso, de Barthélémy del Rio, de Bernuis, peintre de Tolède, et de Jean Ruis de Castagneda , sculpteur en bois de Tolède, de François Lopez , peintre de Madrid , et de Jérôme Vasques , peintre de Valladolid , qui tous l avaient aidé dans les nombreux ouvrages dont il avait été chargé , et qui pour la plupart étaient ses élèves*. — Les dessins de Becerra sont très-rares et trèsestimés : il les faisait au crayon noir et rouge, les étudiait et les terminait avec un soin particulier, considérant que le dessin est la base de la peinture. — Il s'occupait telle-
* Rien, il me semble, ne fait plus d'honneur à Becerra.
BE 25 ment de cette partie de l'art, qu'ayant été plusieurs jours à dessiner le Mercure de la fable de Méduse , qui orne l'appartement de S. M. au Pardo , le roi lui dit : « Comment vous n'avez fait que cela? » et lui de sourire respectueusement. — Il suivait l'usage des grands maîtres d'Italie , dessinant sur des cartons les sujets aussi grands qu'il devait les peindre ; c'est à l'abandon de cet usage que Ton doit attribuer la décadence du dessin dans les siècles suivans. — Les ouvrages de Becerra sont on ne peut plus nombreux : ils ornent Saint-Pierre , les palais et les couvens de Rome , de Sarragosse , du Pardo , de Zamora , de Huete , de Madrid , de Valladolid , de Grenade , de Rioseco , de Medina d'el Campo , de Salamanque , de Bribiesca , d'Astorga, etc. M.
BEJAR (le duc de), paysagiste. Ce seigneur fut aussi grand amateur que brave militaire : il se rendit célèbre dans l'armée par le sang qu'il répandit pour son roi au siège de Buda , et ne le fut pas moins dans le monde artistique, par l'intelligence et les talens singuliers qu'il développa dans ses dessins ainsi que dans ses tableaux. On retrouve à Madrid des uns et des autres parmi les collections, où ils tiennent une place honorable. Il aimait le paysage. M.
BEN AVEN TE ( le comte de ) , amateur et aïeul de celui qui vivait du temps de Palomino. Le comte était si bon peintre et si grand dessinateur , que les professeurs eux-mêmes faisaient un cas particulier de ses productions. M.
BEN AVIDE S ( Vincent ), fresquiste et décorateur, naquit à Oran, en 1637, et fut élève de François Rizzi à Madrid , il ne fit aucun progrès dans la figure , comme le prouvent ses ouvrages d'alors. — Mais comme il travaillait aux ornemens du Retiro , dont son maître dirigeait les ouvrages , il devint fort dans laequarelle : plusieurs ou-
vrages de lui attestent aussi qu'il connaissait assez bien Fart de peindre à fresque. C'est pour cela que Charles II le nomma son peintre en 1691. Benavides mourut à Madrid en 1703. M,
BENEDICTO ( Roche ) , Valencien , peintre d'histoire , élève de Gaspard de la Huerta. On prend à Valence même, et très-souvent, les tableaux du disciple pour ceux du maitre. Bénédicte, cependant , peu jaloux de bien dessiner, se livrait au coloris 5 mais, entre autres ouvrages de lui, on fait un cas particulier d'un tableau où Saint-François de Paule alimente plus de 3ooo personnes avec un peu de pain. Il mourut à Valence en 1735. V,
BENET ( le père Jérôme ) , peintre de portraits , peintre et jésuite, mourut à Valladolid en 1700. — Il se dédia particulièrement au portrait, et de plus à peindre des Vierges ainsi que des Christs. Il parvint à leur donner infiniment d'expression. 31.
BERATON ( Joseph ), peintre d'histoire, naquit à Tarragone en 1747 •> et apprit les élémens sous Joseph Luxan. Il revint ensuite à Madrid à l'école de François Bayeu, qu'il voulut imiter; mais il fut toujours maniéré. Cependant il obtint en 1766 le second grand prix à l'académie de Saint- Fernand. Beraton mourut à Madrid , en 1796 , après avoir laissé dans quelques églises plusieurs de ses productions. V.
BERENGUER (le père Ramon), peintre d'histoire , naquit à Lérida : il fut peintre et moine de la Chartreuse dont il devint prieur vers le milieu du 17e. siècle. Berenger avait tellement le goût des arts , qu'il fut en i634 se renfermer dans le monastère du Paular pour y copier tous les tableaux du cloître, qu'avait peints Vincent Carducho. Bérenger employa si bien son temps , qu'il parvint à la manière de ce grand maître. Il peignit avec succès les 24 tableaux
de neufs palmes de haut qui ornaient le grand cloître de son monastère , ainsi que les douze plus grands qui en décoraient le réfectoire. Ces tableaux furent dans la suite remplacés par d'autres de Jacques de Juncosa moins grands 5 mais l'on conserva ceux du père Berenger, qui mourut dans son monastère de Scala , le 27 février i6;5. V.
B ER RU GUE TE ( Alphonse ) , peintre, sculpteur, architecte. Cet artiste , du mérite le plus éminent , est le premier professeur qui répandit dans le royaume le goût d'un dessin pur et exact. C'est lui qui fit connaître les belles proportions du corps , le grandiose des formes 5 rien enfin ne lui fut étranger de tout ce qui constitue la peinture , la sculpture et l'architecture. — Il naquit à Paredes de Nava , vers i48o. Son père, Pierre Berruguete, peintre de Philippe Ier., lui donna les premiers élémens. Alphonse, à la mort de son père , ne trouvant point de maître digne de lui, fut en Italie. Vasari nous apprend qu'il était à Florence en i5o3. C'est alors qu'il copia le plus célèbre carton que Michel-Ange avait tracé , en concurrence avec Léonard de Vinci , pour peindre la guerre de Pise , dans la salle du grand conseil de cette ville *. — Berruguete fut à Rome en i5o4 , avec Michel-Ange, son maître, que le pape Jules II avait appelé pour travailler au Vatican. Notre Espagnol aida beaucoup Buonarota , et resta toujours à ses côtés dans cette capitale, où il fit des progrès vraiment extraordinaires. C'est alors que le Bramante, architecte de S. S. , chargea Berruguete de faire un mo-
* Les personnes instruites savent que cet ouvrage admirable de Michel-Ange servit d'e'tude à Aristote de Saint-Galles , à Ridolfo , à Guirlandaio, François Granicio, Baccio Bandinelli, Raphaël d'Urbin , et à tous les grands artistes de ce temps.
dèle de cire en grand du Laocoon , pour le couler en bronze. Il eut pour concurrens Jacob Sansovino , Zacharie Zacchi de Volterre , et le Vieux , de Bologne -, mais Raphaël préféra le modèle de Sansovino. — Berruguete revint à Florence, et, Philippe Lippi étant mort, il travailla, quoique sans l'achever, à un tableau de religieuses Hyeronimites que ce dernier avait commencé. Alphonse resta quelque temps encore dans cette ville , y laissant , ainsi qu'à Rome , plusieurs amis , parmi lesquels on voit avec plaisir figurer Baccio Bandinelli, et André del Sarto. — Il revint en Espagne , riche de pratique et de savoir , et resta quelque temps à Sarragosse , où il fit l'autel de la chapelle et le sépulcre du vice-chancelier d'Aragon. — Désirant connaître Damien Formente , qui travaillait au grand autel de la cathédrale de Huesca , Berruguete le fut voir. Formente se trouva bien de cette visite , car il corrigea sa manière en cherchant à imiter un aussi grand artiste. — De retour en Castille , Berruguete fut distingué d'une manière éclatante par Charles-Quint. — L'empereur le nomma de suite son peintre, son sculpteur, et lui ordonna difïerens ouvrages , tant pour l'Alcazar de Madrid , que pour le palais que l'on construisait à Grenade. Bientôt après il fut nommé valet de chambre du souverain. — Alphonse de Fonseca , archevêque de Tolède , le fit travailler au grand collège qu'il fondait à Salamanque *. — I/évêque de Cuenca, Jacques Ramirez de Villa Eseasa., l'employa pour la galerie du grand collège de son évèché j et l'on peut juger des travaux dont fut chargé Berruguete , puisque l'on emploja plus de i5o,ooo ducats d'or à cet ouvrage. — Berruguete, s'étant marié avec une demoiselle
* Le traité portait littéralement que toutes les peintures et statues qui composeraient le maître autel , seraient toutes de la main de Berruguete .
BE 29 de Rioseco, se fixa dans cette ville, où il exécuta le sépulcre de l'évêque de Palencia dans le collège de Saint-Grégoire , et le maître autel du monastère royal de Saint-Benoît; il y termina beaucoup d'autres ouvrages , et fut occupé tant à Valladolid que dans plusieurs autres villes delà Vieille-Castille. — En 1026 , Alphonse fit un marché qu'il conclut en i532 , pour l'église de Saint-Benoit. L'une des conditions expresses était que, dans le grand œuvre qu il allait diriger, il ferait au moins les tètes et les mains tant-en sculpture qu'en peinture. Berruguete fut chargé de la sculpture du chœur de la cathédrale de Tolède, ouvrage magnifique autant qu'immense * : il fit aussi la Transfiguration de N. S. que l'on voit au-dessus du fauteuil de l'archevêque , et qui lui valut tant d'éloges. — A la suite de ces occupations constantes , Berruguete devint si riche, qu'en i55g il acheta de S. M. Philippe II la seigneurie de Ventosa , près Valladolid. — Personne jusqu'à présent n'a disputé à cet artiste son mérite singulier et ses connaissances profondes dans les trois arts qu'il cultivait ; Palomino dit au fol. 47 du premier volume de son ouvrage : — <c Berruguete fut celui qui apporta en Espagne, comme disciple de Michel - Ange , la perfection de la peinture à l'huile ». — Berruguete cependant se distingua davantage dans l'art de la sculpture , ainsi que le fit son maître. La noblesse des caractères , une anatomie un peu chargée, un dessin correct , et surtout le grand art de faire trouver sous les draperies tous les effets du nu , sont les avantages qui constituent sa facture. Il faut ajouter qu'il terminait
* Tous les marbres pour cette grande entreprise se tirèrent dei carrières d'Espeja , et l'albâtre de celles de Cogolludo. 11 n'est pas déplacé de dire ici que l'Espagne produit des marbres de la plus grande beauté , et qu'elle en possède en même temps une variété étonnaute.
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tout avec un soin particulier. — Dans l'architecture , s'il n'eut pas un goût plus exquis , c'est qu'il suivit un peu trop la manière de son temps , qui offrait des parties exactes et pleines de finesse, mais dont l'ensemble présentait un peu de confusion. — Les Villalpando , les Ruy-Diaz , les Grégoire de Pardo , Jean Mancano , Torribio Rodriguez , Pierre Martinez , de Castaneda , Jean-Baptiste et André Hernandez, Dominique Cespedes , Vigarny, étaient des artistes du plus grand mérite , qui travaillèrent avec Berruguete aux sculptures, bas-reliefs et ornemens des temples. Quelques-uns d'eux furent si habiles, que dans la suite des temps on a donné à Berruguete les produits de leur talent. -— Isaac de Helle peignit aussi, en i568, un tableau de l'Espérance que l'on attribue encore à notre Alphonse , et que je rappelle ici comme un hommage au savoir de Helle. — Berruguete fut un des artistes les plus laborieux qui aient existé ; Sarragosse , Madrid , Valladolid , Palencia , Santoyo, Paredes de Nava , Villar de Fallades , Medina del Campo, Sala manque , la Mejorada, la Ventosa, Cuenca , Alcala de Henares , Tolède , possèdent dans leurs palais et cathédrales des preuves inconstestables de la fécondité de cet habile homme. — On admire particulièrement à Grenade les bustes et ornemens du superbe palais commencé par Charles V. On a tort , au surplus , de croire que les bas-reliefs qui sont sur les supports des colonnes soient de lui. — Alphonse Berruguete, après avoir laissé des témoignages si honorables de ses nombreux talens , mourut dans Alcala en i56i. — Le souverain lui fît faire des funérailles de la plus haute magnificence.
BERRUGUETE (Pierre), peintre d'histoire. Palomino ni aucun autre écrivain ne parlèrent de cet artiste, et Pons même doute de son existence ; mais une déclaration
BE 5i authentique d'un commissaire , nommé Lazare Diaz , prouve ainsi l'existence de Pierre : « Je déclare au nom de ma mère que mon aïeul Pierre Berruguete fut peintre de Philippe Ier., qui, en récompense de ses talens , l'anoblit avec hérédité. Pierre épousa Elvire Gonzales , de qui il eut six enfans , savoir : Christine Gonzales , Elizabeth Gonzales , Pierre Gonzalës , Berruguete , Alphonse Berruguete , qui fut seigneur de la Ventosa , Elvire Gonzales , ma mère, et la Toledana , qui fut ainsi nommée pour être née à Tolède ^ où il est de notoriété que Pierre Berruguete, dont il s'agit ici, fut chargé de différens ouvrages. » — Le chapitre de Tolède, en i483, ordonna pour le sanctuaire des tableaux à Antoine del Bincon et à Pierre Berruguete 5 mais, cet ouvrage ayant été suspendu , le même Berruguete s'engagea en 1488 , de terminer tout ce qui manquait. Cette note est aussi prise dans un acte authentique du chapitre de Tolède. — Dans un autre on voit encore que le même chapitre décida, au commencement de i4ç)5 , que Pierre peindrait tout le cloître de la cathédrale. — Voilà donc l'existence de Pierre Berruguete bien constatée , et ses ouvrages, dont on trouve quelques fragmens, le signalent comme un très-grand artiste. — Sa manière est absolument celle duPerugin et des autres professeurs de ce temps. On acquiert cette preuve par un tableau, signé de lui en i497> qu'il fît à Avila , où il peignit le grand maître autel avec Santos-Cruz. — On lui a donné pendant certain temps les tableaux historiques qui décoraient les salles capitulaires d'hiver du grand chapitre: on a eu tort, car elles sont de Jean de Bourgogne, qui les fit, le 16e. siècle déjà commencé, époque à laquelle Pierre était sans doute mort, puisque dès i5oo il n'est plus mention de lui nulle part. M.
BERTUCAT (Louis de), peintre d'histoire. Quoique capitaine de dragons , l'académie de Saint-Fernand l'agréa
comme membre, en récompense de plusieurs tableaux qu'il lui présenta en 1780. Ses ouvrages, qui respirent le goût et la fraîcheur, sont dans Tune des salles de l'académie. M.
BESTARD, né dans l'île de Majorque , peintre d'histoire , vivait à Palma vers la fin du 17e. siècle. Il fit , pour le couvent de Montesion à Palma , un superbe tableau ; c'est une de ses plus rares productions , on la regarde comme une des merveilles de la ville. Elle porte il\ palmes de largeur et io de hauteur, et représente Jésus dans le désert, servi par les anges. Ce bel ouvrage se fait distinguer par le relief et la couleur. Bestard , doué d'un beau talent, s'est également rendu célèbre par les compositions dont il orna encore la même université , l'hôtel de ville, et plusieurs endroits principaux de Palma. — On iguore sa naissance et sa mort. V»
BISQUERT (Antoine), peintre d'histoire, né à Valence. A la suite de ses progrès dans l'école de Ribalta , il fut à Teruelen 1620,011 il s'établit, et commença par jouir d'une grande réputation. — Mais le chapitre de la cathédrale ayant chargé, en i6^5 , François Ximenès de peindre l'Adoration des Rois pour la chapelle de ce nom , Bisquert en conçut tant de chagrin , qu'il en mourut en 1646. Une belle couleur, le dessin et le sentiment composaient sa manière. Il a beaucoup travaillé, y.
BLASCO (Mathias), peintre historien, parut vers i65o, et fut chargé , à cette époque , d'embellir la paroisse de Saint-Laurent à Valladolid : ce qu'il fit avec assez de succès pour qu'on le cite. M.
BOBADILLA ( Jérôme ) , peintre de genre , naquit à Antequerra , et fut élève de Zurbaran à Séville ; il n'y fit pas tous les progrès que l'on pouvait attendre de son zèle, car il abandonna le dessin pour ne s'oc-
RO 55 cuper que de la couleur. Il ne fit jamais que de petites figures ; mais il entendait parfaitement la perspective , et savait dans ses compositions en faire un heureux emploi. Il mettait un tel vernis sur ses tableaux , que Murillo lui disait qu'il employait du cristal. Bobadilla fut un des grands protecteurs de \ académie qui se forma à Séville en 1660, et qui se soutint avec ferveur jusques en 1680 qu'il mourut. Il lui légua une nombreuse collection d'académies, de dessins , de modèles et d'ébauches , d'après les artistes les plus célèbres. Ses ouvrages sont répandus dans les collections et les maisons particulières de Séville. S.
BOCANEGRA ( Piei re-Athanase ) , peintre d'histoire, naquit à Grenade , et fut élève d'Alphonse Cano. Sous un aussi bon maître , et de plus étudiant les ouvrages de Pierre de Moya , il parvint à acquérir le style de Vandyck. Ses talens naissans , et sa manière de vivre en seigneur, lui soumirent la classe qui pouvait lui être inférieure , lui concilièrent l'estime des grands , qui prenaient plaisir à fréquenter sa maison, et lui donnèrent beaucoup d'occupation. — Il eut pour concurrent, dans diverses occasions, Jean de Séville, particulièrement dans l'ornement des rues pour les jours de Fête-Dieu, - qui, dans Grenade, se célèbrent avec une grande pompe. Il vint ensuite à Séville , et y développa beaucoup d'ostentation. Après avoir terminé quelques ouvrages , il en sortit pour Madrid , où la protection des marquis de Montalbo et de Mancera le mit à même de peindre des attributs de justice pour le roi, qui, en récompense, le nomma son peintre en 1676. Ces honneurs, qui ont enorgueilli beaucoup de peintres , augmentèrent la présomption de Bocanegra de telle manière, qu'il disait, à qui voulait l'entendre , qu'il était le premier peintre
de l'Espagne , et qu'il ne le céderait à aucun autre. Mathias de Torres , instruit et incommodé d'autant de jactance , lui envoya par écrit le défi de dessiner et peindre immédiatement le sujet qu'on leur donnerait dans un concours public. — Bocanegra , intimidé , se conduisit de telle manière , que le marquis de Mancera , conseiller de Castille , chez qui il était logé , déclara que c'était lui manquer à lui-même que de se conduire ainsi vis-à-vis de son protégé. Torres , instruit des intentions du marquis , cessa la plaisanterie -, mais Athanase ne parut plus dans la lice , et revint dans son pays , détesté de tous les peintres de la cour. — Bocanegra , de retour à Grenade , eut une affaire tout-à-fait pareille avec Théodore Ardemans , qui prétendait à la place de chef des travaux de la cathédrale *. — Plusieurs tableaux , qu' Ardemans venait de terminer à la satisfaction générale de ses amis , élevèrent entre ceux-ci et des partisans de Bocanegra quelques discussions : elles donnèrent lieu , pour les terminer, à un défi entre les deux artistes \ il fut donc convenu que Théodore et Athanase feraient en public leur portrait respectif. Le jour arrêté , et le concours assemblé, Ardemans, qui n'avait que 25 ans , prit le premier , sans aucune préparation , la palette et les pinceaux , et fit en moins d'une heure le portrait de son compétiteur. La prestesse, la ressemblance qu'il sut y mettre , la hardiesse avec laquelle il l'exécuta sans rien tracer, lui méritèrent les applaudissemens du nombreux concours. — Le parti d' Athanase se tut , et Bocanegra tout consterné, remit à un autre jour, que l'on détermina sur-le-champ, de faire le portrait de son
* On peut présumer que l'affaire qui venait de se passer clans la capitale , donna lieu à cette seconde.
heureux rival. Au jour fixé, toute la noblesse, tous les curieux , tous les partisans des deux artistes , remplissaient depuis une heure la salle ; Théodore était au milieu de l'arène, jouissant intérieurement de son triomphe, et dans l'espoir sans doute que Boeanegra le rendrait plus complet. — Vain espoir ! Athanase ne parut pas , et toute l'assemblée , qui était des plus brillantes , dut se retirer. Les dames n'eurent d'autres ressources que celle de faire pleuvoir sur le malheureux artiste un déluge de brocards , que le génie de la langue espagnole sait rendre des plus piquans. — Le seigneur François de Tolède , qui avait prêté sa maison pour ce défi , fut extrêmement incommodé de la manière dont cela s'était terminé : car on ne parlait que de cette aventure dans la ville , et, selon l'usage, chacun de faire sa version. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Boeanegra mourut en 1688, peu de jours après cet événement si funeste à son amourpropre. — Au surplus, l'orgueil qui perdit Boeanegra ne l'empêcha pas de laisser des regrets sincères aux amateurs des arts , qui trouveraient leur collection incomplète s'ils ne pouvaient y compter un tableau d'Athanase. C'est à Grenade , et particulièrement dans la cathédrale , que sont les plus beaux ouvrages de cet artiste. Je consacrerai ici à sa gloire, que le grand connaisseur Lebrun, visitant l'Espagne , soutint avec l'énergie qui le caractérisait, qu'un Christ très-beau de cette cathédrale était des premiers temps de Vandyck; je lui prouvai, par la signature , et surtout par les archives , qu'il était de Boeanegra. S*
BONAVIA ( Jacques ) , peintre et architecte. Philippe V, dont il fut le peintre, le nomma en 1744 Pr^" sident de l'assemblée qui devait déterminer l'établissement de l'académie de Saint - Fernand. Le travail étant fini ,
et l'académie étant installée , Bonavia fut l'un de ses membres distingués , comme directeur de la branche d'architecture. C'est dans cette partie des beaux-arts qu'il s'est exercé le plus, comme nous aurons occasion de le dire à son article , au dictionnaire Architecture , qui doit suivre celui de Sculpture. — Bonavia est mort à Madrid en 1760. M.
BONAY (François), paysagiste, né à Valence, où il se fît connaître au commencement du 18e. siècle, en composant de jolis paysages , dans lesquels il savait établir avec esprit des points de vue et des fabriques d'après Perelle, ainsi que des animaux d'après Berghem. Il vint à Madrid, et fut en Portugal, où il paraît qu'il mourut. Ses tableaux se trouvent chez tous les amateurs. Son chef-d'œuvre était un grand paysage qui embellissait la sacristie des Carmes Chaussés à Valence. K.
BOURBON (l'infant don Gabriel de ). * L'art de h peinture doit mettre au rang des amateurs les plus distingués ce prince , qui de très-bonne heure annonça le goût le plus exquis. L'académie de Saint-Fernand s'honore de le compter parmi ses membres , et l'on doit croire que ce n'est pas le rang de prince qui dicte cet article. C'est une vérité des plus authentiques , que l'infant don Gabriel dès son enfance fit connaître son goût décidé pour la peinture. Son père Charles III , roi de Naples , où naquit le prince, fut, comme tout le monde le sait, le protecteur des arts et le restaurateur du bon goût. Ce souverain mit une constance extraordinaire à suivre les découvertes d'Hercuîanum et de Pompéia. L'Espagne , où il vint régner ensuite , lui doit aussi les routes somp-
* C'est au même infant que Ton doit la superbe édition de Sal-
lusle.
tueuses qui la traversent 5 la bcîîe communication des Castilles aux Andalousies , ^par la Sierra Morrena • à Madrid, les édifices majestueux qui de cette ville font une capitale du premier rang , comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire. — C'est donc sous un roi dont le règne est aussi justement célèbre , que l'infant Gabriel put se livrer à son goût pour les arts. La précieuse collection de tableaux et de dessins qu'il forma dans son petit palais au bas de FEscurial , lui fait le plus grand honneur comme homme de goût. L'infant se fit une étude constante des Raphaëls qui brillent dans les collections royales. Les deux Apôtres de grandeur naturelle qu'il envoya à l'académie de Saint-Fernand , prouvent comme il avait étudié avec succès. L'académie, pénétrée de reconnaissance pour l'envoi de ces tableaux, pria S. A. de se placer parmi ses membres. On vit arriver, le 3 août 1782, dans ce sanctuaire des beaux-arts , ce prince qui les cultivait avec tant d'amour , et qui ne voulut siéger qu'à la place que lui donnait son rang d'ancienneté ; il fut donc modestement s'asseoir sur le dernier fauteuil. — Les progrès que S. A. avait faits dans le dessin et la peinture ne remplissant pas son génie actif, il s'amusait à peindre avec de la poussière de laine en couleur , et il mit tant de soin à ce délassement , qu'il parvint à imiter le naturel avec beaucoup de perfection. Mais les arts et l'académie eurent à regretter bientôt un amateur d'un rang aussi élevé et en même temps d'un goût aussi épuré. Le 23 novembre 1788 , l'infant de Bourbon mourut à l'Escurial , presqu à la fleur de son âge , laissant les souvenirs les plus flatteurs pour ses qualités morales , et les preuves les plus authentiques de ses talens.
BORGOSA ou BOURGOGNE (Jean de), peintre
d'histoire et fresquiste. Ce peintre , très -fameux dans Tolède , fit en 1 4g5 une partie du cloître de la cathédrale de cette ville. Il paraît qu'il travaillait avec Alvar Perez de Villoldo , car les archives portent que ces deux artistes reçurent une somme indiquée pour cet ouvrage. — Borgona peignit aussi vers le même temps , avec Alphonse Sanchez et Louis de Medina , le théâtre de l'université d'Alcala de Henarez. Il travailla pareillement dans la cathédrale de Tolède, avec François d'Anvers, Ferdinand d'el Rincon et r d'autres professeurs, de i5o8 à i5io; et conclut avec François d'Anvers et Villoldo le maître autel de la chapelle arabe. Il termina vers i5ii les quinze passages de l'Écriture Sainte, qu'avait commencés Pierre Berruguete dans les salles capitulaires de la saison d'hiver. — Il parait aussi que Jean de Bourgogne travailla dans Avila , et qu'il y termina de plus des ouvrages encore commencés parBerruguete et Santos-Cruz, pour lesquels on le paya largement. — De retour à Tolède , il peignit à fresque , dans la chapelle arabe dont j'ai déjà parlé, la conquête d'Oran. Il orna de fresques aussi la librairie de la cathédrale, de concert avec le maître Copin. Bourgogne fit des dessins pour le tabernacle que devait exécuter Henri d'Arfé. Tout porte à croire que Jean de Bourgogne mourut vers i533. — Cet artiste conclut aussi plusieurs portraits de cardinaux , qui lui firent beaucoup d'honneur. L'école espagnole de ce temps compte Jean de Bourgogne comme un de ses illustres membres. Il est au surplus très -positif qu'aucun maître de l'école florentine de ce temps , ni de l'école allemande , ne le surpasse dans le jeu des draperies ni dans la couleur. M.
BORRAS ( Je père Nicolas ) , peintre d'histoire , naquit à Cocentayna en i53o. Son goût pour la peinture
BO 5.;, le conduisit à l'école de son compatriote Vincent Joanes , le coryphée de l'école de Valence } d'où il sortit très-avancé ; niais, ayant obtenu un bénéfice, il se fit prêtre sans cesser d être peintre. Sa réputation le fit rechercher pour peindre le grand autel du monastère de Saint-Jérôme de Gandie , où il demeura un certain laps de temps -, après avoir terminé sou ouvrage au gré du chapitre , il demanda pour tout paiement qu'on voulût bien le recevoir hiéronimite. Notre peintre prononça donc ses vœux en i5^6. La communauté fut extrêmement contente de cette acquisition ; mais Borras , jaloux d'acquérir plus de perfection dans son art , et maîtrisé par un esprit religieux , quitta furtivement son monastère pour entrer au couvent de Saint- François , hors des murs de Valence. Le catéchumène, ne trouvant dans ce couvent ni la moralité énergique , ni les moyens de -s'instruire qu'il désirait, témoigna le désir de rentrer dans son premier cloître de Gandie. Les hiéronimites s'empressèrent de recevoir Borras , qui , par reconnaissance , employa toute sa vie à orner le couvent de ses ouvrages. — Il est en effet impossible de se figurer ce que notre professeur fit dans cette immense retraite. Tous les maîtres autels , les cloîtres , les réfectoires , les chapelles , l'infirmerie , enfin toutes les salles offrent des tableaux de Borras à l'œil étonné du voyageur, qui ne peut concevoir qu'un seul homme ait pu faire autant et aussi bien. . — Le père Borras mourut le 5 septembre, en 1610, à 80 ans, laissant la communauté dans l'affliction , tant pour ses talens , que pour la vie exemplaire qu'il mena constamment, et le désintéressement le plus rare , qui le guida dans toutes ses actions. Outre le couvent de Gandie, qui possède le plus grand nombre de ses travaux , on voit à Cocentayna , son pays , à Ontiniente , à l'Escurial , dans Aldaya , à Valence \ beaucoup
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de ses tableaux , qui tous rappellent la belle manière de leur illustre maître. V.
BOUZAS ( Jean- Antoine ) , peintre de genre et fresquiste, né en Galice, et disciple de Luc Jordan à Madrid. Aussitôt que ce dernier retourna en Italie , Bouzas se retira dans Santiago pour éviter les troubles de la guerre de succession. Ne trouvant dans ce pays aucun ouvrage public à faire , il se dédia aux tableaux de chevalet, dans lesquels on reconnaît la manière de son maître. Bouzas peignit aussi mieux à la fresque. Il mourut en 1730, et a laissé un fils très-fort dans les fleurs. M.
BRU ( Moïse-Vincent) , peintre d'histoire , naquit en 1682 à Valence , cette patrie des grands professeurs. Bru, dès son enfance , annonça qu'il serait lui-même un bon maître. A 18 ans, il avait terminé d'une manière brillante ses cours de philosophie et de théologie , et n'avait cependant pas laissé de dessiner et peindre à l'atelier de Conchillos. Toute la ville s'occupait de l'activité dévorante de cet intéressant artiste ; et sa réputation devint telle , que Palomino consentit, avec grand plaisir, à se l'associer pour continuer des travaux qu'il avait commencés. — Ce jeune homme, d'un savoir prodigieux, et aussi vertueux qu'instruit, mourut à 21 ans, au moment où se réalisait l'espoir que Ton avait conçu de ses dispositions : il était musicien , pinçaitde la harpe, et jouait de la viole aussi bien qu'il maniait les pinceaux. — A sa mort un étranger donna un grand prix de ses dessins. V.
BURGOS DE MANTILLA ( Isidore ), peintre de portrait, fit pour la salle des étrangers de la Chartreuse du Paular tous les portraits en pied des rois d'Espagne , depuis Henri II jusqu'à Charles II ; ils sont assez bien posés, généralement assez bien peints. Burgos travaillait
CA 41 vers 167 1. H faisait aussi des vers qui ne sont pas sans mérite. M.
BUSTAMANTE ( François ) , peintre de portrait et à fresque , naquit à Oviedo vers 1680. Il étudia sous Michel- Hyacinthe Mencndez \ à Madrid. De retour dans sa patrie , il se dédia au portrait , qu'il faisait très-bien. Bustamante fut aussi chargé de différentes fresques, et de plusieurs tableaux sur la vie de saint François pour le couvent de cet ordre. Il est mort à Oviedo en 17 3^. M.
CABEZALERO (Jean-Martin ) , peintre d'histoire, naquit à Almaden, en i633. Ilétudia dans Madrid, sous Carreno, devint un de ses bons élèves , et peut-être eût été un fort bon peintre , si la mort ne l'eût enlevé de bonne heure. Cabezalero surtout eût été grand coloriste. Le musée avait de lui quatre tableaux d'une très-grande dimension qui prouvaient le mérite de cet artiste. M.
CABRERA (Jérôme), peintre d'histoire et grand fresquiste, homme d'un grand mérite et élève de Gaspard Becerra ; il peignit en iô^o, avec Théodose Mingot , une des salles et l'une des tours du palais du Pardo. On y remarque les belles maximes de son école et le grand faire de ce temps. M.
CACERES ( Felices de ) , peintre d'histoire , et en grisaille. Il s'établit à Sarragosse en i63o, et peignit toujours du premier jet, sans vouloir retoucher. Il voulut peindre à l'huile , et ne put y réussir ; il mettait dans ses compositions une rudesse extraordinaire -, mais était grand dessinateur. A sa mort il laissa un fils qui hérita de talens tout-à-fait contraires à ceux de son père, c'est-à-dire, qu'il ne savait pas dessiner*, mais il donnait une telle suavité,
un tel aurait à ses Vierges, que le vulgaire en fît un assez grand cas pour enrichir l'artiste. V,
CACERES (François Gines de), peintre d'histoire, à Madrid , à la fin du 17e. siècle , paraît avoir été Télève d'Escalante , puisque sa manière se rapproche entièrement de ce maître comme on peut le juger par une assez belle Conception , qu'il fit pour une des églises de Madrid, ainsi que plusieurs autres grands tableaux pour divers couvens. On ignore sa mort. M.
CALDERON DE LA BARCA (Vincent), peintre de portraits et paysagiste , né à Guadalaxara , fut un élève de François Goya , qu'il voulut imiter; mais sa mort , arrivée en 1794? comme il n'avait encore que 32 ans, fit perdre les espérances que promettaient ses talens. — Calderon fit plusieurs portraits de particuliers très-ressemblans , et quelques scènes des champs , dans lesquelles il savait répandre de la grâce. La naissance de saint Robert , qu'il fit pour les Prémontrés d' Avila , lui fait honneur. M.
CALABRIA (Pierre de), peintre d'histoire et de batailles , élève du Fa-Presto. Philippe V le nomma son peintre, le 12 juin 17 12, en remplacement de Manuel Arredondo. Il fut aussi l'un de ceux que le conseil de Castille choisit, en 1725, pour estimer les peintures anciennes qui abondent dans les collections espagnoles. Je connais une assez belle bataille de ce maître que beaucoup d'amateurs croient cire de Jordan , tant Calabria était parvenu à l'imiter. ijf«
CALLEJA (André de la), peintre d'histoire, né à la Rioja, en 1706, et élève à Madrid de Jérôme de Esquerra. Michel Menendez venant de mourir, Galleja fut chargé de continuer, sur les dessins du défunt, les beaux tableaux de Saint-Philippe-le-Royal. A 3g ans vil fut nommé , par Philippe V, président de l'assemblée chargée de l'établisse-
ment d'une académie des beaux-arts. Lorsque FerdinandYJ, dont cette académie porte le nom, en fit l'ouverture en 1702, S. M. nomma Calleja directeur en exercice de l'académie, et en même temps son peintre. — En 1704 , d'après l'invitation de l'académie , il fit le portrait du seigneur Joseph de Carbajal, ministre d'état et le Mécène des artistes. Calleja fut reçu académicien de Valence, et en même temps nommé par Charles III, en 1778 , directeur général de l'académie de Saint-Fernand. Ce grand artiste mourut le 2 janvier 1780., regretté particulièrement de tous les élèves , dont il fomentait avec un zèle infatigable l'avancement. — Sa principale occupation, dans le dernier période de sa vie , fut de restaurer les tableaux du roi. Son mérite, à cet égard, est des plus transcendans. Son respect pour les ouvrages des grands maîtres devrait servir d'émulation et d'exemple à toutes les personnes qui suivent cette branche si intéressante des arts. C'est par suite de cette occupation, que l'on voit peu d'ouvrages de Calleja; mais les tableaux qu'on a recueillis de lui au Rosaire, et qui ornaient a Madrid les églises de Sainte-Croix, de Saint-Philippe-le-Royal , la chapelle du Trésor , le couvent de Saint-François, et l'académie, le classent avec raison parmi les grands artistes de son siècle. M.
CAMÀCHO (Pierre), peintre d'histoire, vers la tin du 17e. siècle, peignit, avec un peintre nommé Mimos. l'histoire de saint Pierre Nolasco pour le couvent de la Merci à Lorca , dans le rovaume de Murcie. On y observe de la couleur; mais les quatre docteurs, qu'il fit seul pour la collégiale de cette ville , sont justement célébrés par les connaisseurs. K.
CAMILO ( François ) , peintre d'histoire et fresquiste , né à Madrid, fds de Dominique Camile le Florentin , qui avait épousé mademoiselle Clara Perez de Villa-Franca dol
Borgo. Dominique étant mort , sa veuve épousa . en secondes noces , le peintre Pierre de las Cuevas , maître de beaucoup de bons professeurs, parmi lesquels on distingue notre François , qui , au surplus , trouva dans Cuevas toute la tendresse et les soins d'un bon père. A 18 ans, Camilo fut clioisi pour peindre le grand maître autel des jésuites de Madrid ; il y représenta saint François de Borja , un saint Sacrement à la main , ayant à ses pieds une quantité immense de fidèles. Cette production lit honneur au jeune peintre. — Camilo continua avec tant de zèle, que le comte, duc d'Olivares, le désigna pour peindre avec d'autres les rois d'Espagne, dans le grand salon de la comédie du Retiro où la cour se réunissait tous les soirs.
— Le même duc voulut encore que ce fût Camilo qui , dans le même palais , peignît à fresque i4 métamorphoses d'Ovide; ce qu'il fit avec succès. — Camilo, infatigable, fut chargé de beaucoup de tableaux qu'il sut toujours terminer à la satisfaction des amateurs. Il répandait dans ses compositions un coloris frais et suave. Son dessin était correct ; mais il sacrifiait un peu trop au goût de son temps , qui déjà s'éloignait des belles formes antiques. Tolède , Madrid , Alcala , Ballecas , le palais du Pardo , le Paular , Ségovie , Salamanque , possèdent nombre de ses œuvres.
— Camilo joignait à ces talens une aménité des plus entraînantes : aussi , laissa-t-il en 167 1 , année de sa mort, à Madrid, tous ses nombreux amis dans une véritable afflicr tion. — De tous ses élèves , François Ignacio est celui qui conserva le mieux la manière de son maître. M.
CAMINO ( Dominique ) , aragonnais, s'établit à Tarragone au milieu du 17e. siècle, en s'annonçant comme peintre ; quoiqu'il n'eût aucune connaissance de l'art , son assurance et son excessif amour-propre lui firent trouver quelques crédules qui lui payèrent noblement quelques
CA 45 mauvais tableaux. On croira difficilement que Camino trouva les moyens de vivre honorablement du produit d'un art dont il ne possédait aucune branche , lorsque des artistes du plus grand mérite ont passé leur vie dans toutes les peines inséparables du besoin. — Camino n'est donc ici que pour la forme. Jr.
CAMPO (Jean ), peintre d'histoire, néàlta, en i53o, étudia sa profession à Tolède , sous François de Comontes. Don Jérôme de Corella, nommé à Févèché de Comayagua aux Amériques, l'emmena avec lui en i55^, sous la condition de peindre tout ce dont on le chargerait pour l'ornement des églises. — On sait que cet artiste, mort aux Amériques, s'y est infiniment distingué; mais on n'a pu juger dans la péninsule du mérite de ses ouvrages. M.
CAMPO LARGO ( Pierre ) , peintre et graveur , travaillait à Séville en 1660. Il était Tun des soutiens de Facadémie. Campo sut mieux graver que peindre , et ses eaux-fortes surtout sont avec raison plus estimées que ses tableaux. S .
CAMPROBIN ( Pierre de ) , peintre de fleurs , de fruits et d'animaux , était , en 1660, l'un des plus grands soutiens de l'académie de Séville , dont plusieurs artistes payaient tous les frais pour l'avancement des jeunes élèves. — Camprobin mettait de la vérité , de la fraîcheur dans les fruits , dans les fleurs ; et quoique ce genre ne corresponde pas à la dignité d'un temple, on voyait cependant beaucoup de tableaux de cet artiste dans les églises des Andalousies. Il signait ceux de ses ouvrages qu'il crovait les meilleurs , Pedro de Camprobin Pasanofecit. S.
CANCLNO (Louis) , historien, naquit à Séville, vers 168 5 , et fut disciple de Lucas Valdes. La carrière des lettres, qu'il parcourut avec succès, ne lui permit pas de
donner le temps nécessaire à l'étude de la peinture ; cependant j'ai recueilli au couvent des Carmes de Séville deux tableaux de lui , qui représentaient des faits de la vie du prophète Elie. Ils prouvent que , si Cancino s'était entièrement adonné aux pinceaux, il serait devenu bon peintre. 11 est mort à Madrid en 17 58. S.
CAIXO (Alphonse), peintre d'histoire, sculpteur et architecte. Ce grand artiste naquit à Grenade le 19 mars 1601. Son père, architecte, lui enseigna son art, et, suivant les conseils de son ami Jean del Castillo, transporta sa famille à Séville , où notre Alphonse apprit la sculpture sous le célèbre Jean Martinez Montanez. Il prit d'abord des leçons de peinture sous François Pacheco, ensuite sous Castillo, dont j'ai parlé ci-dessus. — Cano , animé du désir de la gloire, ne perdait aucun instant. Il étudiait dans la maison de Pilatos les statues et bustes grecs qui ornaient ce palais des ducs d'Alcala. C'est là qu'à force de travailler, Cano sut acquérir un style élevé, créa les formes les plus belles , et parvint à draper avec un goût et une franchise qui le classent parmi les sculpteurs du plus grand mérite. De son premier temps, on voit à Séville cinq grands maîtres autels dont l'architecture , la sculpture et la peinture sont entièrement de lui, et présentent des traits de génie que ne désavouerait pas Michel-Ange, dont Cano semble avoir été l'élève. — En 1628 , le père de Cano fut chargé d'établir le grand maître autel de la paroisse de Lebrija. Le traité passé , Cano père se mit à travailler; mais il mourut en i63o , avant d'avoir achevé. Cano fils , chargé de suivre le travail de son père , le termina à la satisfaction de tous les connaisseurs. Palomino fait les plus grands et les plus justes éloges de la sculpture de cet ouvrage ; il cite comme un chef-d'œuvre la statue de la Vierge tenant l'enfant, qui est entièrement du jeune
Alplionse. Plusieurs professeurs, à cette époque, disputaient à Cano le premier rang dans l'exercice de ces trois brillantes facultés , la peinture , la sculpture et l'architecture ; mais le génie ardent de Cano ne lui permettait pas de jouer un rôle secondaire. — Il paraît que, un jour pressé par son caractère violent, il eut une affaire avec Sébastien Llano de Valdes , homme généralement reconnu pour son mérite et sa modération : Cano , très-adroit, blessa son rival assez grièvement pour devoir sortir de Grenade , et vint à Madrid ; c'était en 1687. Cano trouva un appui dans l'amitié de son condisciple Jacques Velasquez , qui était de retour d'Italie , et qui , jouissant de la plus haute faveur , sut procurer à son ami la protection du comte d'Olivarez. En effet, le duc destina, en 1639, Alphonse à la direction de quelques ouvrages dans ses palais , où il parvint , malgré son caractère , à obtenir la bienveillance du père Jean-Baptiste Mayno , peintre du roi , et maître de dessin du prince Balthasar. C'est à cette époque que Cano peignit le beau monument du couvent de Saint-Gilles , pour la semaine sainte ; l'arc triomphal , pour la porte de Guadalaxara, lors de l'entrée de Marianne d'Autriche , seconde femme du roi ; et qu'il fit plusieurs tableaux d'un genre si nouveau en Espagne , d'une telle suavité , que , surnommé l'Albane espagnol , Lebrun luimême se méprit à deux de ses compositions dans la Chartreuse de Triana. — En i643 , Cano vint à Tolède pour obtenir la place de directeur des travaux de la cathédrale , qui fut donnée à Philippe-Lazare de Goyti. Il paraîtrait que c'est vers ce temps qu'on accusa Cano de la mort de sa femme , et qu'il fut mis dans les prisons de la cour, où il souffrit la question sans rien avouer. Ce bruit fut général dans toute l'Espagne ; cependant on a fait toutes les démarches nécessaires, et sans succès , pour découvrir le
procès de cette affaire. - — Lazare Diaz del Valîe , qui vivait à Madrid alors , et qui cite cent traits particuliers de la vie de Cano , ne parle point de cet événement , dont Palomino seul fait mention. — En 1647 , Cano fut nommé majordome de la confrérie de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Madrid ; ce qui atténue un peu la présomption du crime dont on vient de l'accuser : car , à cette époque , ces confréries , quoi qu'on en puisse dire , étaient assez scrupuleuses pour ne pas admettre au moins un homme prévenu d'un assassinat. — En i65o, Cano revint à Tolède, pour donner son assentiment à de nouvelles constructions qu'on avait faites dans la cathédrale. Il fut à Valence et à la Chartreuse de Porta Goeîi, où il laissa des preuves nombreuses de tous ses talens. Il revint ensuite à Madrid , où il conçut le projet de se faire ordonner pour Grenade, s'y retirer, et y mener une vie moins agitée au milieu des travaux qu'il brûlait d'entreprendre. Cano fit sa demande au chapitre de Grenade, qui, parfaitement instruit des talens prodigieux d'Alphonse , vint représenter à Philippe IV combien il serait avantageux d'obtenir un artiste aussi distingué. S. M. donna son consentement le 1 1 septembre i65i , avec la condition que Cano serait ordonné dans l'espace d'un an. — Alphonse fut mis en possession le 20 février i65i , et installé, par le chapitre, dans un magnifique atelier qu'on avait fait préparer pour le recevoir. On lui offrit ensuite tout ce qui serait nécessaire à ses travaux , et on l'exempta d'assister au chœur, excepté les jours de fête. — L'année était écoulée , et Cano ne se faisant pas ordonner, le chapitre , jaloux de compter parmi ses membres un homme de ce mérite, le pressait de tenir sa promesse ; voyant qu'il temporisait trop , on s'adressa au roi : S. M. , prévenue par des raisons secrètes que lui avait déduites Cano, voulut bien obtempérer à ce qu'on lui
CA 49 donnât la première prébende vacante. Cano gagnait du temps , et le chapitre de Grenade se refusait à lui tenir compte du produit de son canonicat , lorsque l'évêque de Salamanque le fait chanoine , l'ordonne sous-diacre , et fait tant pour l'artiste , que le roi ordonne au chapitre de Grenade de lui compter à l'instant tous les arrérages échus de sa prébende, qu'il conserva tranquillement jusqu'à sa mort. — Alphonse Cano a été l'un des artistes qui ont le plus illustré l'Espagne, sans en être jamais sorti. — Il avait le coup d'oeil de la plus grande justesse ; dans son dessin pur, jamais il n'a manqué à la beauté de l'antique, ni à la vraie nature. Personne n'a possédé plus que lui la belle simplicité ; je me réserve , au surplus , à l'article Sculpture , de rendre compte de son savoir dans cet art.
— Peu d'artistes ont autant dessiné que lui; ses dessins, généralement estimés , et toujours courus , se trouvent chez tous les amateurs. Il est vrai que dans aucun des trois arts qu'il cultivait en maître, il n'entreprit jamais rien avant d'en avoir créé le dessin avec un soin particulier. Mais ce que l'on doit considérer comme un phénomène , c'est que , sachant donner à ses sculptures la vigueur de Michel-Ange , il a su donner à quelques-unes de ses productions en peinture la douceur de l'Albane.
— Les arts perdirent Cano le 5 octobre 1667 , laissant une foule d'élèves qui ont illustré leur maître. Parmi les plus distingués dans la peinture , on compte : Alphonse de Mena , Michel-Jérôme de Cieza , Sébastien de Herrera Barneuvo, Pierre Athanase Bocanegra, Ambroise Martinez , Sébastien Gomez , et Jean Nino de Guevara , tous artistes dont l'historique , dans ce Dictionnaire , rend compte de ce qu'ils ont été. — Les ouvrages publics et principaux de Cano sont répandus dans toute l'Espagne , et sont tous d'un mérite reconnu. Il n'est point une église, un
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couvent de Cordoue , de Madrid , de Grenade, de Séville, qui ne possède plusieurs chefs-d'œuvre de lui. Lebrixa, la Chartreuse de Xeres , celle de Saint-Martin de las Cuevas, celles du Paular, de Porta Cœli , Tolède, Valence, Murcie, Malaga ; partout enfin Cano a laissé des souvenirs de sa fécondité et de son génie. S. 0 CANO ( Joachim-Joseph ) , né à Séville , fut élève de Dominique Martinez. Il mourut dans sa patrie , en 1784 , secrétaire de l'école de dessin. On estime particulièrement les copies qu'il fit des Vierges de Murillo. Ne pouvant créer , Cano s'adonna tellement à imiter ce grand peintre , qu'il a eu peu de rivaux en ce genre. S.
CANO DE AREVALO ( Jean) , peintre de genre , naquit à Valdemoro en i656 , et fut élève de François Camilo à Madrid. Il réussissait parfaitement à peindre en petit , et faisait en ce genre plus de progrès que dans les grands sujets; il s'adonna entièrement alors à créer de jolis épisodes sur des éventails préparés. Pour avoir un débit prompt et lucratif de ses compositions , il se servit d'un singuliér stratagème : il se renferma dans sa maison pendant tout un hiver , et peignit une grande quantité d'éventails ; la saison de vendre étant arrivée , notre peintre supposa qu'il avait reçu de Paris un envoi considérable , et en peu de jours il ne lui resta aucun éventail. Comme cet essai lui donna de grands avantages, il se dédia entièrement à ce genre, et y réussit tellement, que la reine le nomma 6on peintre. Son goût pour faire des armes lui enlevait beaucoup de temps. Il parait que plusieurs amis de salle l'engagèrent à voyager en Andalousie, pour y faire connaître ses talens ; il reçut un cartel dans une fête de taureaux : arrivé sur le terrain , Arevalo se battit en brave ; mais deux assassins , témoins de son adversaire , le blessèrent tellement , que peu de temps après il mourut
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à Madrid à l'âge de 4^ ans. Ce délit se commit en 1696. Il voulut aussi étudier l'acquarelle eu grand ; mais il ne réussit que dans les éventails. M.
CANTELLOPS ( Joseph ), peintre d1 histoire , né à Palma dans File de Majorque , était membre de l'académie de Saint-Fernand. 11 mourut , en 1785, dans sa patrie, où sont tous ses ouvrages. V.
CARAMUEL DE LOBKOWITZ ( l'illustrissime don Juan de) , grand amateur, né à Madrid en 1606 , fut d'abord moine ; après, abbé de Melrose dans les Pays-Bas; ensuite évèque de Misi ; mais, d'une versatilité extraordinaire , après avoir été simple soldat, il devint ingénieur et intendant des fortifications de la Bohème. Il mourut en 1682, évèque de Vigevano , l'ayant été avant de Koenigsgrat et de Campano. Il se faisait par-dessus tout un grand honneur d'être peintre, comme on peut le voir dans le troisième volume de l'ouvrage qu'il publia sur l'architecture , et qui n'est pas sans mérite. M.
CARBAJAL ou CARAB A J AL (Louis) , peintre d'histoire, frère du sculpteur et architecte Jean-Baptiste Monegro , naquit à Tolède, en 1 534; il ^ut élève de Jean de Villoldo, et mit tant de zèle dans ses études, qu'il acquit assez de réputation pour que Philippe II le nommât son peintre, à l'âge de 22 ans. — Il peignit entre autres tableaux une Madeleine, qu'il termina en i5yo. Cette composition était l'un des ornemens principaux de l'Escurial , ainsi que sa Nativité, que l'on voyait dans l'infirmerie , et qu'il finit en 1678. De i58o à 1682 , il composa pour le même monastère sept grand tableaux , qui s'y trouvaient placés dans diverses chapelles , et qui depuis ont été transportés à Madrid. — Il termina ces ouvrages d'une manière si brillante , qu'il fut choisi par Philippe II pour être l'un des quatre artistes destinés à peindre les angles du
grand cloître de l'Escurial. C'est là qu'il représenta , sous les dehors les pîus riches, la Nativité , l'Apparition des Anges, la Circoncision, l'Adoration des R.ois, les Noces de Cana et le Baptême de Notre-Seigneur. Ces compositions placent avec raison Carbajal au rang des grands peintres. Il avait, il est vrai, un peu de timidité } mais ses pâtes sont belles , son dessin pur , ses têtes pleines de suavité, et, dans les sujets pieux qu'il a traités, une expression sagement mystique sait toutes les animer. — Carbajal fut ensuite à Tolède, et peignit, en i5qi , avec Blas del Prado, le grand maître autel des Minimes. Il travailla de même en i6i3, avec d'autres professeurs , au palais du Pardo. Il paraît que c'est vers ce temps que mourut cet artiste, qui' fait vraiment honneur à l'Espagne. Cette Madeleine, dont j'ai déjà parlé, était un chef-d'oeuvre que Lebrun ne cessait d'admirer. M.
CARDENAS ( Juan de), peintre de fleurs et de fruits , fils et disciple de Barthélemi de Cardenas le Portugais. Il demeurait à Valladolid, vers 1620, et y jouissait d'une grande réputation , particulièrement pour les fruits et les fleurs. M.
CARO ( François ) , peintre d'histoire , naquit à Séville en 1627. Son père, François Lopez Caro, lui donna les premiers élémens de son art 5 mais, jaloux de suivre de meilleurs préceptes , il vint à Madrid à l'école d'Alphonse Cano. En très-peu de temps , son zèle lui fit faire de tels progrès , qu'il obtint une très-grande réputation parmi les amateurs. Il fut chargé , en i658 , de tous les tableaux de la chapelle Saint-Isidore, dans l'église de Saint- André, que les fidèles d'alors faisaient construire avec une grande ferveur. Caro reçut des applaudissemens universels pour cet ouvrage, dans lequel il rappela toute la manière de son rnaitre. — II peignit ensuite son fameux tableau du Jubilé,
pour le couvent de Saint-François à Ségovie , où il introduisit le portrait de Contreras et celui de sa femme. Il mourut en 1667 , à la-fleur de son âge , laissant des regrets à tous les amis des arts. S.
CARO DE TAV1RA ( Jean ) , peintre d'histoire , né à Carmona , étudiait à Séville , sous François Zurbaran. Il fit de tels progrès, que Philippe I\ le fit chevalier de Saint- Jacques, autant pour sa naissance que pour ses talens; mais il mourut si jeune, qu il y a très-peu d'ouvrages de sa main. S.
CARREX O ( André ) , né à Valladolid , soutint en 1 626 un procès en faveur des artistes , et mit tant de chaleur à sa défense , qu'il le gagna. — On ne connaît de lui que quelques ouvrages qui sont chez les amateurs. M.
CARRES O DE MIRANDA (Jean), peintre d'histoire, de portraits et fresquiste, né à A viles , dans la principauté des Asturies ,1e 20 mars 16 1 !\. Son père , d'une famille distinguée, a ppelé à Madrid pour un procès, voyant le goût décidé de son fils pour la peinture , lui fit apprendre le dessin sous Pierre delas Cuevas. Ce maitre lui fit faire de grands progrès ; mais il en fit de plus rapides sous Barthélémy Roman, qui lui apprit aussi à être coloriste. — A 20 ans il fit le tableau du cloître de Marie d'Aragon , et ceux du couvent du Rosaire \ il travailla avec tant de fruit , qu'au fur et mesure qu'il avançait en âge, il croissait en réputation, et de telle* manière qu il fut un des premiers peintres de son temps. — La ville d'Aviles le nomma juge, et la noblesse de Madrid lui conféra la même place ; mais Velasquez, le voyant un jour très-occupé pour des affaires entièrement étrangères à Fart qu'il exerçait, lui dit qu'il avait besoin de lui pour le service du roi. De suite il l'employa dans le palais royal. Carreno commença par peindre à fresque, dans le salon des Grâces , la fable de Vulcain , celle de
Pandore et d'Épimethée qu'il ne put terminer, étant tombé malade : mais ce qu'il avait fait plut tellement à Philippe V, que S. M. le nomma son peintre le 27 septembre 1669. — 11 sera facile de voir, à l'article de Ricci , combien ces deux artistes travaillèrent ensemble. — A la mort de Sébastien de Herrera , Charles II , continuant à Carreno son titre de peintre du roi , lui conféra la place de maréehaldes-logis, qu'il remplit avec tant de grâce qu'il sut se concilier l'estime de tout le monde , et particulièrement celle du roi. S. M., très-jeune encore, un jour que Carreno faisait son portrait, lui demanda de quel ordre il était. Carreno répondit : « Sire, je suis votre serviteur? Et pourquoi n'en portes-tu pas les marques?» etaussitôtlui fit donner une riche décoration de Saint-Jacques , que Carreno refusa.-— Ses amis et les professeurs surtout dans Fart qu'il exerçait, lui reprochèrent de n'avoir point accceplé cette marque de considération, quand ce n'eût été que pour l'honneur de la peinture. — Carreno leur répondit : « La peinture n'a pas besoin d'honneur; elle peut, au contraire, en donner à tout le. monde. » Le roi concéda encore à Carreno le privilège de porter l'habit dont S. M. se servait chaque année le jeudi saint, usage consacré par Sanchez IV de Castille, et suivi par Charles V. — Le refus que notre artiste fit de l'ordre de Saint-Jacques ne lui fit pas perdre les faveurs du roi : car il fit plusieurs fois le portrait de S. M. , celui de don Juan d'Autriche , et particulièrement celui de l'ambassadeur moscovite qui était à Madrid en 1662. — Ce fut aussi Carreno qui fit le portrait du roi, armé de pied en cap, que l'on envoya en France pour son mariage avec Louise d'Orléans. — Après avoir terminé un nombre infini d'ouvrages , Carreno mourut à Madrid en septembre i685j , laissant des regrets à tous les élèves, dont il était le véritable appui. Il enseignait avec
CA 55 une douceur sans égale , procurait à chaque élève et artiste de l'occupation, et corrigeait leurs ouvrages pour les faire valoir davantage. Charles II l'aimait véritablement , nonseulement pour ses talens , mais aussi pour sa candeur. S. M. lui donnait de nombreuses gratifications, qu elle sut continuer à sa veuve , en récompense de ses talens. Le roi avait défendu qu'aucun peintre fit son portrait sans la permission de Carreno. — Le mérite de ce peintre consiste dans un dessin large et pur, dans un coloris vague et suave, qu'il dut aux études nombreuses qu'il fit des œuvres de Vandyck ; ses esquisses sont pleines de franchise , et démontrent une grande facilité d'invention, ainsi que beaucoup de pratique. Il a de plus suivi de très-près les traces de Velasquez , surtout dans le portrait. On a de lui aussi plusieurs gravures à l'eau-forte , dont Palomino fait assez de cas. Parmi les nombreux écoliers qu'eut Carreno, on remarque Jean-Martin Cabezalero , Joseph Donoso , François-Ignace Ruiz de la Iglesia , Joseph de Ledesma , et Louis de Sotomayor. Ses ouvrages sont répandus à Tolède , Alcala , Paracuellos , Alarcon . Orgaz , Penaranda , Almeïda , Pampelune, Victoria, l'Escurial, le palais et la plupart des temples de Madrid, Saint-Ildefonse , Placencia , Bexar, Grenade, Segovie. On en trouve aussi chez tous les amateurs. M.
CARROZ (Vincent), peintre d'histoire , chanoine de la Sainte-Eglise de Valence , grand amateur et d une rare intelligence ; il cultivait l'art avec son maître et son ami Jérôme^le Espinosa. Carrozfutundes plusardens soutiens de l'académie de Valence 5 ses ouvrages principaux sont dans la cathédrale, r .
CASANOVA (Charles), peintre et graveur en tailledouce , naquit à Exea en Aragon ,et vint ensuite à Madrid, où Ferdinand VI le nomma son peintre ; il se livra plus
particulièrement à la gravure, comme nous aurons occasion de le démontrer à son article, dans le Dictionnaire des Graveurs espagnols qui suivra cet ouvrage. — Casanova mourut à Madrid en 1762. V.
CASANOVA (François), fils de Charles Casanova , fut aussi peintre et graveur en taille-douce \ mais il le fut encore en pierre dure. Il naquit à Sarragosse, en 1734, et apprit de son père les élémens de la peinture. Transportés tous les deux à Madrid, François concourut particulièrement et avec chaleur aux études que savait encourager rassemblée qui travaillait à l'établissement de l'académie de Saint-Fernand. Casanova eut le premier prix en 17 53-, il employa le reste de sa vie à graver, comme on pourra le voir à son article du Dictionnaire des Graveurs espagnols. Il mourut , en 1778, au Mexique , où il était directeur de la gravure à l'hôtel des monnaies. — On trouve en Espagne plusieurs gravures de lui , et particulièrement une qu'il finit à Cadix en 1756-, elle représente saint Emide. V.
CASARES ( Jacques-Antoine) . peintre d'histoire } soutint de sa propre bourse, pendant 1668, 167 1 et 1672, l'académie de Séville , où il concourut lui-même comme élève avec de grands succès. Il mourut très-jeune. On ne connaît de lui qu'un Ecce-Homo qui était à Séville et qui n'est pas sans mérite. S.
CASTANEDA (Grégoire) , peintre d'histoire , vivait à Valence vers 1625. Il paraît qu'il fut disciple et gendre de François Ribalta, à qui l'on attribue les ouvrages de Castaneda : c'est sans doute faire l'éloge de ce dernier 5 niais il est très-vrai que les connaisseurs ne peuvent confondre ses œuvres avec ceux de François Ribalta , l'un des chefs de l'école de Valence. L'on ne connaît Castaneda que parce qu'il fut appelé dans la ville d'Andilla (comme il constepar les archives), pour peindre le maître autel de
îa cathédrale ; composition dans laquelle il sut assez bien développer la manière de son maître , mais qui est bien loin d'en offrir le mérite. Castaneda mourut à Valence en 1629. V.
CASTELLO (Fabrice), peintre d'histoire et à fresque, fils de Jean-Baptiste Castello le Bergamasque et frère de Nicolas Granelo. A la mort de son père , il se trouva trèsjeune à Madrid, où son frère lui enseigna les principes de l'art 5 mais il fit de véritables progrès sous François d'Urbin, qu'il aida en 1576 dans les travaux de l'Escurial, sans aucuns appointemens et comme élève. Cependant, le 26 juin 1 584 5 Philippe II le nomma son peintre. Le i3 septembre delà même année, S. M. ordonna que son frère Nicolas, Lazare Tabaron etHoraceCambiaso, peignissent à fresque, dans l'appartement de la reine à l'Escurial , quelques épisodes de la bataille de Saint-Quentin. Ils devaient les orner d'arabesques et de cartels dans le stvle dps grottes de Titus. En 1587 ils eurent à peindre ensemble (excepté Cambiaso qui était retourné en Italie) la bataille de la Higueruela, que gagna Jean II sur les Maures de Grenade. Il paraît que ces artistes copièrent cette bataille d'après une toile de i3o pieds de longueur qui se trouva roulée dans uue armoire de l'Alcazar de Ségovie, et qu'avait exécutée Dello , peintre de Jean IL Cette composition est vraiment des plus curieuses. On y voit tous les mouvemens de la guerre , toutes les peines qui en résultent; la variété des attitudes , des costumes et des armures est aussi surprenante que bien exécutée. Je voulais faire graver ce bel ouvrage; les circonstances s'y sont opposées. — Ils peignirent aussi dans le même bâtiment les expéditions aux îles Terceres , avec une quantité inouïe d'embarcations et de débarquemens de troupes. Sur les voûtes ils tracèrent mille cartels ingénieux, avec la même grâce qu'ils dévelop-
pèrent dans les salles capitulaires du môme monastère. — Ces ouvrages terminés , Philipe III fît venir à Madrid Castello , et lui donna la permission de passer à Alba de Tormes , pour y peindre divers ouvrages dans le palais du duc. — Castello fut ensuite l'un de ceux que Ton choisit pour orner le Pardo, où il peignit plusieurs fresques. Forcé de se soumettre à l'usage du temps, il fut chargé de colorier 48 bustes de saints et de saintes que Jean d'Arfé avait exécutés pour les reliquaires de l'Escurial. — Castello mourut à Madrid, en 1617, considéré comme un homme du plus grand talent , et fut remplacé par Barthélémy Gonzales. M.
CASTELLO ( Félix ) , peintre d'histoire et de batailles , fils de Fabrice, naquit à Madrid en 1602 , et apprit les premiers élémens sous son père. Il se perfectionna ensuite sous Vincent Carducho. Le soin de ses maîtres , son application et son génie , en formèrent bientôt un des meilleurs artistes de son temps. Félix se fit surtout distinguer par le dessin et l'expression. On a de lui, à Madrid, deux productions capitales , qui donnent à Castello un rang très-élevé, savoir : la Prise d'un château par don Fadrique de Tolède*; et dans l'autre, les Espagnols se jetant à la nage pour aller attaquer, sous les ordres de don Baltazar Alfaro. C'est aussi de Castello que sont les tableaux qui étaient dans le cloître de Sainte-Barbe , et qui ont été recueillis avec soin au Rosaire. Ce peintre mourut en grande réputation, l'an i656, à 54 ans. Sa facture est large, ses compositions superbes ? bien entendues , et mieux exécutées. M.
* Lorsque Castello jeta les masses de son tableau, Carducho, son maître , le jugea si favorablement qu'il demanda à son élève de lui laisser faire la tête principale : en effet , la figure de don Fadrique est de Carducho; c'est dire qu'elle est fort belle.
CA 5g CASTILLO (Augustin del ) , peintre d'histoire et à fresque , né à Séville en i565 , y fut élève de Louis Fernandez. Après avoir fait quelques progrès , il fut à Cordoue, entra de suite en grand crédit, par la correction et la simplicité qu'il savait donner à ses compositions. Il entendait parfaitement la fresque , et laissa , dans ce genre , plusieurs ouvrages à Cordoue , que le temps , et particulièrement les refaits des prétendus restaurateurs , ont presque entièrement perdus. La cathédrale de Cadix possède de lui une Adoration des Mages , qui donne le cachet de ses talens. Castillo mourut à Cordoue en 1626 , laissant un fils, nommé Antoine , dont il avait été le maître , et qui le surpassa dans l'art de peindre à l'huile. S.
CASTILLO ( Ferdinand del ) , peintre de genre et sculpteur , naquit à Madrid le 11 mars 1^4° 5 el concourut aux études de l'académie de Saint-Fernand. Son frère Joseph ayant été à Rome pensionnaire du roi , Ferdinand se dédia à la peinture , et prit la place que lui avait laissée son frère à l'école de Corrado Giacuinto. — Très-jeune, il gagna le second grand prix que l'académie distribua en 1757 , et fut nommé peintre de la fabrique royale de porcelaine , au Retiro de Madrid. Il conserva cette plac» jusques en 1777^ qu'il mourut, ayant laissé un petit nombre d'ouvrages que l'on voit dans les salles de l'académie. M.
CASTILLO (Joseph del ) , peintre d'histoire , et frère de Ferdinand, naquit à Madrid le i4 octobre 1737, et dès son enfance voulut devenir peintre. On le mit sous la direction de Joseph Roméo , qui donnait ses leçons dans l'une des salles de Saint-Fernand , dont on allait enfin établir l'académie. Ses progrès lui méritèrent la protection du ministre d'état don Joseph de Carbajal , qui le fit, à ses propres frais, partiv pour étudier à Rome en J75i , sous Corrado Giacuinto , qui jouissait d'une vaste
réputation; mais ce grand artiste, nommé en i ^53 premier peintre de Ferdinand VI , ramena 5vec lui son élève , qui commençait à devenir bon coloriste. Castillo suivit à Madrid les leçons de Giacuinto, et ne manquait pas d'assister exactement aux cours de l'académie , qui était déjà installée. Il en eut le premier prix de la première classe , en 1^56} ce qui le mit en crédit et lui procura quelque occupation dans les maisons royales. Mais jaloux de l'aire de plus grands progrès , il se présenta au concours d une pension vacante , pour aller à Rome , et fut le vainqueur. 11 retourna donc dans cette capitale en i^58. Castillo envoyait à l'académie les preuves du savoir qu'il acquérait sous François Preciado, et, les 'six années concédées pour sa pension expirées, il revint à Madrid. C'est alors que Charles III donna l'ordre à son premier peintre , Antoine Mengs , d'employer le jeune Castillo. Mengs à l'instant le chargea des tableaux destinés à la manufacture des tapisseries royales , et il en exécuta près de cent* Mengs le chargea aussi de peindre six tableaux mystiques pour les cellules des religieuses du couvent royal de las Salesas, un oratoire portatif pour l'infant, plusieurs portraits de Charles avec le manteau de la Toison d'or , et beaucoup d'autres ouvrages 5 il fit aussi le portrait des savans pères Mariana et Àmbroise Moralès , pour la collection des hommes illustres , ainsi que plusieurs dessins pour le Don Quichotte de l'académie. Castillo fut reçu académicien en 1788 , et mourut à Madrid en 1793. Tous les artistes reconnaissent sa constante application ; mais on lui désirerait une couleur plus harmonieuse, et plus de connaissance tant des lois de l'optique que de celles de la perspective. Ses gravures à l'eau-forte sont célèbres ; savoir : la Cène d'Emmaiis , peinte par Cerezo 5 la Fuite en Egypte, et autres tableaux de Jordan. Castillo
sut restaurer, avec un talent supérieur, les fresques du Ptetiro , et les copia en petit à l'huile , pour les graver. Il a laisse' de ses productions à Madrid , à l'Escurial , au Soto de Rome , et dans plusieurs autres villes du royaume. M.
CASTILLO (Jean del ) , peintre d'histoire, né à Séville en i58/[, était le jeune frère d'Augustin. Il apprit l'art sous Louis Fernandez -, bientôt il acquit le titre de grand dessinateur. Castillo fit alors un voyage à Grenade , où il peignit pour divers particuliers , plusieurs tableaux, qui firent tant d'honneur à leur auteur, que Michel Cano transporta sa famille à Sé ville , où retournait Castillo , pour qu'Alphonse Cano pùt suivre la peinture sous ses leçons. Vers les dernières années de sa vie, Castillo fit un nouveau voyage à Cadix, où il mourut en 1640 , à 56 ans. Il laissa une réputation de bon peintre ; mais ses titres les plus honorables sont d'avoir été le maître d'Alphonse Cano, d'Etienne Barthélémy Murillo , et de Pierre Moya , qui sont les plus grands artistes de l'Andalousie. S.
CASTILLO DE SAAVEDRA (Antoine), peintre d'histoire et de genre, {ils d'Augustin Castillo , et neveu de Jean de Castillo, naquit à Cordoue en i6o3 , où son père lui enseigna tout ce qu'il savait. A la mort de son père , Castillo fut à Séville , avec Joseph de Zarabia , se perfectionner à l'école de François Zurbaran. Il fit des progrès en peu de temps , parce qu'il avait reçu dexcellens principes , et qu'il était vraiment né peintre. De retour dans sa patrie , il s'adonna avec une ardeur extraordinaire au dessin et à l'étude de la nature. De temps en temps il allait à la campagne , et dessinait les fermes , les animaux , tous les instrumens aratoires , sans rien omettre de tous les accidens et caprices de la nature. Il devint très-fort en ce genre , en raison de l'application qu'il y mit. Souvent il modelait en argile des
académies d'après le naturel , des têtes ou des ornemçns qui servaient ensuite aux orfèvres. Comme il s'était dédié particulièrement à l'étude de la nature, il saisissait d'une manière si extraordinaire la ressemblance , que tous les seigneurs voulaient se faire peindre par lui. Saavedra vint à un tel degré de réputation , que chaque maison de Cordoue se faisait un point d'honneur d'avoir de ses ouvrages. Castillo jouissait enfin du titre de premier peintre de la ville , lorsque son élève Alfaro revint de Madrid , avec la présomption d'être le disciple de Velasquez , premier peintre du roi. La jactance d' Alfaro en imposa aux ignorans , qui de suite lui procurèrent beaucoup de travaux , tant publics que particuliers. Nous avons déjà dit qu' Alfaro avait la manie de mettre sur tous ses tableaux Alfaro pinxity j'ai rendu compte de ce qui avait engagé Castillo à mettre sur une de ses productiens : Non pinxit Alfaro. Antoine Castillo sç croyait non-seulement supérieur à tous les peintres de sa patrie , mais aussi à tous les artistes des Andalousies , et , pour faire preuve de ses talens , il fut à Séville , où se trouvaient les plus famés 5 mais il éprouva ce qui était arrivé à François de Francia à Boulogne , lorsque Raphaël lui envoya sa Sainte Cécile , pour qu'il la plaçât dans l'église- del Monte. Vasari nous assure que François mourut de chagrin peu de jours après la réception de ce chef-d'œuvre , qui lui fit reconnaître à quelle distance il était de ce grand homme. En effet Castillo vint à Séville , rempli de satisfaction ; mais , à la vue des peintures du couvent de Saint-François , et des fameux tableaux de Saint Léandre , de Saint Isidore j et de Saint Antoine de Padoue , qu'avait créés le pinceau de Murillo , il s'écria : «Castillo est mort ! Comment, ajoutait-il, Murillo, cet élève servile de mon oncle , peut être l'auteur de tant de beautés ! » Enfin , consumé de tristesse , il revint à Cor-
doue, et , voulant imiter Murillo , il fît un Saint François, qui est son meilleur ouvrage; mais , le chagrin s'emparant de lui totalement, il mourut en 1667 , regretté de toute la ville , et particulièrement de Pierre Antonio , qui fut son meilleur élève. Comme il avait fait beaucoup d'études, on rencontre beaucoup de ses dessins chez les amateurs. Il les faisait ordinairement à la plume , et y répandait beau* coup de liberté. Il suivait, dans cette sorte de composition , le genre d'Herrera le vieux. Pour être un des premiers peintres d'Espagne , il lui manquait de la fraîcheur et de la suavité. Il a laissé un grand nombre de tableaux à Cordoue , Grenade , et à Madrid. S.
CASTREJON ( Antoine de ) , peintre d'histoire , naquit à Madrid en i6a5, et fut élève de François Fernandez. Il était meilleur coloriste que dessinateur [ et cependant tes petits sujets d'histoire, qu'il composait avec esprit, ont toujours été courus. Ses compositions se trouvent dans les perspectives de Roque Ponce , de Joseph Garcia , et dans les guirlandes de Gabriel de la Corte. Il peignit en grand le martyre de sainte Lucie , qui était à Saint-Philippe-le-Royal, et qui périt dans l'incendie du 4 septembre 17 18, 11 paraît aussi que deux autres de ses compositions périrent dans un autre incendie qui eut encore lieu le 16 août 1790, au même Saint-Philippe.— Castrejon mourut à Madrid en 1690. M.
CASTRO (le licencié don Léonard-Antoine de), élève de Barnabe Ximenes de Illescas, était de Lucena. Il y suivit sa carrière ecclésiastique , et se distingua comme grand amateur dans l'art de la peinture) qu'il exerçait vers 1640. S.
CAUDI ( Joseph), peintre, architecte et graveur, résidait à Valence, vers 1662, comme bon ingénieur malgré qu'il figure parmi les peintres. Il est plus connu comme
graveur -, j'aurai l'occasion de le faire voir à son article dans le Dictionnaire des Graveurs espagnols. Caudi fut appelé à Madrid , en 1667 , par Charles II , et y mourut en 1696. V.
CAXES, ou CAXESI, ou CAXETE (Eugène ) , peintre d'histoire et fresquiste , naquit, en 1 5^, à Madrid , où s'était établi son père en arrivant d'Italie. Ce fut sous lui qu'Eugène commença , et qu'en peu de temps il parvint à être l'un des meilleurs peintres de la capitale*. — Philippe III lui fit donner, en 1698, une gratification pour l'aider à se marier avec Anne d'Avila , mère de trois enfans , veuve de Jean Manzano , maître charpentier de l'Escurial, qui, étant tombé d'un échaffaudage , était mort sur le coup. S. M. choisit aussi Caxes , pour qu'au Pardo il travaillât près de son père. Il orna de cartels la salle d'audience du roi , et peignit à fresque , au milieu d'une voûte , le Jugement de Salomon, dans lequel il répandit les talens d'un grand maître. Il fut nommée peintre du roi le i3 août [612. Caxes fut alors chargé de beaucoup d'ouvrages pour divers monastères , couvens et églises de Madrid. En 16 16 il peignit à fresque, avec Vincent Carducho, la chapelle de la Vierge, dans la cathédrale de Tolède, et en 1 7 1 8 il fit avec le même le maître autel du monastère de Guadeloupe. Il fut aussi chargé de peindre dans l'Alcazar de Madrid les faits marquans de la vie d'Agamemnon, et reçut un grand prix pour ce bel ouvrage, dans lequel il avait particulièrement développé une imitation franche de la nature , les teintes les plus gracieuses et un dessin hors de toute critique. — Caxes mourut à Madrid en 1642. L'école espagnole le considère comme un de ses meilleurs professeurs , et surtout comme un de ses plus zélés défenseurs. Ses dessins au crayon et à l'encre de la Chine sont très-estimés des artistes. Les élèves les plus
CE 65 célèbres de Caxès sont Louis Fernandez , Jean de Arnau , le licencié Pierre de Valpuesta. Il a travaillé à Madrid , à Tolède, à Alcala de Henarès, à Guadeloupe, à Ciudad- Réal , à l'Escurial , et dans beaucoup d'autres endroits. M.
CAZARES ( Laurent ) , peintre d'histoire , né à Burgos. Il mourut en 1678 dans cette ville , dont les temples et les maisons particulières possèdent plusieurs tableaux signés de lui. M,
CEA (Jean de ) peignit en i565 , avec Jean de Aneda , les tableaux de la nef de la cathédrale de Burgos : c'est tout ce que je puis dire sur cet artiste. M.
CEBRIA ( Félix ), né à Valence , et grand ami de Paul Pontons , qui lui apprit sa profession en le faisant assister aux séances que l'académie de cette ville tenait en 1660. Cebria doit être fort étonné de se trouver ici. V,
CERECEDO (Jean de), peintre d'histoire, originaire d' Alcala de Henarès, concourut, en i5^7, avec Gaspard de Palencia , né à Valladolid , pour travailler aux ouvrages qu'avait faits à Espinar le célèbre Alphonse Sanchez Coello. On ne connaît aucun ouvrage public de ce peintre. M.
CEREZO ( Mathieu ), peintre d'histoire et fresquiste , né à Burgos en i635 , où il reçut les premiers élémens de son père, qui s'appelait aussi Mathieu , et de qui l'on trouve une grande quantité de Christs à Burgos,* que l'on attribue souvent à son fils par la seule raison qu'il est plus connu. — Cerezo vint à Madrid à Fàge de i5 ans , et entra chez Jean Carreno qui lui fit faire des progrès extraordinaires. — En effet Mathieu ne perdait pas un seul instant : il suivait les cours de l'académie e étudiait d'après nature , faisait le portrait de tous ses amis, copiait les chefs-d'œuvre des palais , et parvint à être coloriste. Il imitait tellement le style de son maître , que souvent on a confondu leurs
ouvrages. Après cinq années d'étude Cerezo prit soit essor: il se mita peindre particulièrement des Conceptions, qui le mirent de suite en crédit et ont conservé toujours à leur auteur une réputation justement méritée. Il fut chargé de difFérens travaux , tant publics que particuliers , pour Madrid et d'autres villes. Il aida Herrera le jeune à peindre à fresque la coupole de Notre-Dame d' A tocha. Il se rendait à Burgos , lorsqu'il fut retenu à Valladolid , où il laissa un superbe Saint-François qu'on peut voir à Paris. De retourà Madrid, il peignit pour le réfectoire des Récolîeisson fameux tableau des Pèlerins d'Emmaus , ouvrage rempli de finesse , d'expression, et en même temps d'une simplicité entraînante. C'est de ce tableau qu'un Italien un peu présomptueux dit, en le voyant : Pcressere dun Espagjiuolo , nonè cattivo. Il paraît que cette composition, que Cerezo fit à Tàge de 4o ans, fut sa dernière; car il mourut à Madrid en i685. On estime beaucoup ses intérieurs, qui sont remplis de naturel. On a de lui une collection de dessins au bistre qui sont pleins de mérite. — Les ouvrages de Cerezo figurent dans toutes les collections , dans les temples de Madrid , de Badajoz, du Paular, de Valladolid, de Paiencia, de Burgos , de Malaga. Son pinceau est large , sa couleur belle, et son dessin est aussi facile que correct. M.
CEUVERA (le frère Blas de ) , peintre d'histoire. Ce disciple de Joseph Martinez peiguit, en 1644 5 quelques tableaux pour le cloître de Saint-François de Valladolid; il travailla concurremment avec Philippe Gil de Mena et Jacques Valentin Diaz , qui firent chacun ce qu'on leur avait assigné pour le même cloître. M.
CESILLES ( Jean ), peintre d'histoire, peintre de Barcelone. On voit, par les archives,*qu'il s'engagea , le 16 mars i382 , à peindre pour le grand autel de la paroisse de Saint-Pierre à Reus, et pour le prix de 33o florins d'Ara-
CE C7 gon , l'Histoire des douze Apôtres ainsi qu'une série d'ornemens. Je n'ai vu qu'un seul fragment de cet ouvrage, qui porte l'empreinte du temps , et qui fut remplacé , en i55^ 3 par un autre maître autel de Perris de Austriach. V.
CESPEDES ( Paul de), peintre d'histoire, sculpteur, architecte et grand fresquiste. Cet homme, d'un talent immense, naquit en i538 à Cordoue,et honora son pays comme grand artiste , antiquaire, humaniste et vraiment érudit. Cespedes fit ses études à Cordoue. C'est là qu'il apprit les premiers principes et la philosophie , ce qui le conduisit jusquesà 18 ans. En i556, il fut à Alcala de Henarès poury suivre des études plus sérieuses, et se livrer principalement aux langues orientales. Il prit ensuite quelques légères idées de la peinture, et fut en Italie. Pacheco , son grand ami, nous dit que Cespedes fut deux fois à Rome; mais il ne connut de Michel-Ange que ses ouvrages , dont il parle avec enthousiasme. Il paraît seulementqu'il travailla sous la direction de l'un des élèves de Michel Ange. — Cespedes fit preuve , à Rome même , de ses talens , lorsqu'il peignit , dans l'église d'Aracceli, les fresques qui sont au-dessus du sépulcre du marquis de Saluzzo; et dans l'église de la Trinité del Monte l'histoire de la Vierge, dont il orna la chapelle de l'Annonciata. Il représenta sur les pilastres les Prophètes, et sut développer dans tout cet ouvrage la majesté de l'antique, ainsi que le beau style de la grande école. Ces travaux donnèrent à Cespedes une grande consistance dans Rome, le firent surnommer le Raphaël espagnol , et resserrèrent les liens qu'il avait formés avec divers savans et antiquaires. C'est à cette réputation qu'il dut sans doute l'offre qu'on lui fit d'un canonieat dans le chapitre de Cordoue. Cette faveur le fit revenir bientôt, et il prit possession le 7 septembre 1777? recevant les félicitations de l'évêque et du chapitre. Il
assistait au choeur avec une scrupuleuse exactitude. C'est à cette époque aussi qu'il fit , avec le célèbre docteur Ambroise de Morales, le Martyrologe qui fut admis en i583 par le chapitre. Malgré ses nombreuses occupations, il ne laissait pas de prendre les pinceaux. — Il passait ses vacances à Séville où il avait une très-jolie maison pour y tenir ses dessins , ses études et ses antiquités. Il vint dans cette ville pour la dernière fois en 1608 , quand son ami Pacheco peignait à fresque quelques sujets de Dédale et Icare , pour le cabinet de don Fernand Henri de Ribera , troisième duc d'Alcala. L'ouvrage de Pacheco mérita de telle manière l'approbation de Cespedes , qu'il dit à son ami que, sans contredit, la manière qu'il employait pour peindre ses fresques ne pouvait qu'être celle des anciens ; mais il convint en même temps que l'acquarelle lui plaisait davantage. Il fit son fameux tableau de la Cène , où toutes les beautés idéales se trouvent réunies, et font de cet ouvrage un chef-d'oeuvre vraiment classique. Je voudrais avoir le talent de répéter tout ce que j'en ai entendu dire à Lebrun, qui resta deux heures fixé devant lui. De retour à Cordoue, Cespedes alternait avec les devoirs de l'église et l'étude des beaux-arts -, il donnait aussi une partie de son temps à la confection des beaux traités qu'il a laissés sur les antiquités. Ce savant artiste mourut à Cordoue. Le registre des extraits mortuaires de la cathédrale porte ce qui suit : « Mourut le seigneur Paul de Cespedes , chanoine de cette sainte église de Cordoue , le 26 juillet 1608. Tous les chanoines dirent deux messes pour le repos de l'âme de cet illustre peintre et architecte, dont les grandes vertus ont ennobli notre Espagne. » Cespedes fut enterré dans la cathédrale même, et le chapitre fit graver sur sa tombe l'épi taphe suivante:
« Paulus Cespedes, hujus alm;r » Ecclesiae portionarius , picturac , » Sculpturae, architecture, omniumque » Bonarum artium, variarumque » Linguarum peritissimus , hic situs » Est. Obiit anno domini MDCVIII, s Septimo calendas sextilis. »
Paul de Cespedes, nous le répétons, fut l'artiste le plus profondément érudit qu'ait eu l'Espagne , et l'Europe n'en comptera qu'un très-petit nombre qui puisse lui être comparé. Parmi ses œuvres on remarque ce qu'il écrivit sur l'antiquité de la cathédrale de Cordoue. C'est là qu'il prouve que le site occupé par cette basilique est le même que celui où les Maures érigèrent leur mosquée , et est aussi le même où les Romains avaient fondé le temple de Janus. La littérature espagnole possède une correspondance que Cespedes eut avec le savant antiquaire de l'Andalousie, le licencié Jean Fernandez Franco. Cespedes savait l'hébreu, l'arabe et le grec. Il fut très-lié avec le célèbre Benoît Arias Montano, autre savant très-versé dans les langues. Cespedes fit aussi un poëme sur la peinture , dont on doit la conservation aux soins de Pacheco. Le plan du poëme , la division des idées , la pureté de l'idiome et la versification harmonieuse , mettent ce petit ouvrage peut-être au-dessus de ceux de M. Dufresnoy en latin , et de MM. Lemierre et Watelet en français : il écrivit de plus un Traité de Perspective théori-pratique , qui est aussi rare que ses Recherches sur le temple de Salomon. Dans ce dernier ouvrage il démontre son érudition sur l'origine de la peinture ; mais il se surpasse encore dans le profond discours qu'il écrivit en 1604 , à la prière du savant Pierre deValencia, intitulé :de la Comparacion de la antigua y moderna pintura y escultura. C'est là qu i! donne des notes très-curieuses sur les peintres florentins.,
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depuis Cimabue jusqu'à lui. On ne peut que s'étonner du goût qu'il répandit dans ses descriptions sur les ouvrages des Grecs : il suit d'abord le texte de Pline Second, et l'on admire ensuite les rapprochemens ingénieux qu'il sait en faire avec les œuvres de Michel Ange , de Raphaël , du Titien, etc. Ses écrits prouvent son instruction dans la théorie des arts ; comme ses peintures , qui le font briller parmi les premiers artistes d'Italie , prouvent son savoir dans la pratique. Pacheco reconnaît formellement que Cespedes est un des premiers coloristes espagnols , que l'Andalousie lui doit la connaissance du clair - obscur -, et Antoine Pons ajoute que, si Cespedes avait eu avec Raphaël l'amitié qui l'unit à Frédéric Zucaro , il eût été l'un des plus grands peintres du monde , comme il en fut l'un des hommes les plus érudits. On admire dans les œuvres de Cespedes l'élégance et le grandiose qui caractérisent son dessin, la liberté de ses figures anatomiques, la hardiesse des raccourcis , les heureux effets du clair-obscur, le coloris le plus brillant, l'expression la plus vraie , et surtout le génie de la composition. Cespedes a fait aussi des portraits ; maïs il aimait mieux que le portrait fût plutôt bien peint que ressemblant. Il suivit la manière des grands maîtres de son temps , en faisant premièrement des cartons de la grandeur des tableaux qu'il devait composer. — Ses dessins , très-courus , sont ordinairement au crayon rouge et noir; ses élèves les plus célèbres sont : Jean-Louis Zambi 'ano , Antoine Mohedano , Jean de Penalosa , Antoine de Contreras, Christophe de Vela. — Ses ouvrages sont à Madrid , dans l'Alcazar et la cathédrale de Séville , dans celle de Cordoue , où l'on voit la Cène , qu'il composa , et qui est un des ouvrages les plus capitaux de l'art. S.
CHACON (Jean) peignit le monument de Séville en i557, et un Saint Fernand que j'ai recueilli à l'Alca-
?sar de Séville. Chacon ne se U'ouve ici que par pure exactitude. S.
CHAMQRRO (Jean), peintre d'histoire, élève de François Herrera-le-Vieux , fut président de l'académie de Séville en 1609 , 1670. Il contribua à la soutenir de ses deniers jusques en 1678. Les quatre Docteurs, tous les tableaux qui représentent la vie delà Vierge , et qui étaient au couvent de la Merci de Séville, placent Chamorro parmi les bons et surtout parmi les laborieux peintres de celte école. S.
CHAVÀRITO (Dominique), peintre d'histoire, naquit en 1676 , à Grenade , où il apprit , sous Joseph Risueno. Il fut ensuite à Rome, où il étudiait avec avantage sous Benoît Lutti. De retour en Espagne, il s'éloigna de la cour, et futdaus sa patrie , où il est mort en 1750. La plus grande partie des œuvres de Chavarito se trouve dans les maisons particulières de Grenade, il en est très-peu de publiques } mais tout ce qu'il a fait se distingue par la couleur, le lumineux, et une composition remplie d'heureux caprices. S .
CHIRINOS (Jean de), peintre d'histoire, né à Madrid , en 1 564 î ^ut un élève du Greco, et non de Louis Tristan , comme l'avance Palomino. Chirinos fut un professeur d<* beaucoup de mérite , et c'est pour cela qu'il fut choisi pour peindre , de concert avec Barthélémy de Cardenas , les tableaux destinés au cloître du couvent d'Atocha. — Il mourut à Madrid en 1620. Voyez Cardenas. M.
CID (François ) , fresquiste , l'un de ceux qui , en i594, travaillèrent au célèbre monument de Séville. S.
CIEZ A ( Joseph de ) , fresquiste , naquît à Grenade , en iG56, et fut disciple de son père Michel, qui lui fit acquérir beaucoup de pratique dans la fresque. Il est vrai qu'à cette époque l'usage était de peindre l'extérieur de