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des apôtres. — A la suite de ces tableaux, Navarrete eut Tordre de faire , pour la sacristie du collège de la Nativité , le Christ à la Colonne , la Sainte-Famille , et Saint- Jean l'Évangéliste écrivant l'Apocalypse dans l'île de Patmos. De ces huit tableaux que je viens de signaler, trois périrent dans un incendie -, les cinq qui restent sont le Martyre de Sai nt- Jacques , Saint-Jérôme dans le désert, la Nativité , la Sainte-Famille , et le Christ à la Colonne. Je ne puis mieux faire , pour parler des deux premiers , que de citer ce qu'en a dit le célèbre père Siguenza, dont le suffrage est du plus grand poids (quoique je ne sois pas de son avis pour le Saint-Jacques , qui selon moi est l'une des mauvaises productions de Navarrete ). Le Martyre de Saint- Jacques , dont le bourreau, d'un caractère dur et d'un visage extraordinaire, est (selon le père Siguenza ) le portrait d'un ouvrier de Logrono , et non du sieur Santoyo, secrétaire de Philippe II *, et Saint-Jérôme pénitent dans le désert , du même Fernandez , sont , dit-il , deux tableaux d'un grand mérite. Fernandez, dans ces deux compositions , paraît avoir suivi son imagination , et s'est entièrement laissé aller à son goût , qui était de terminer et d'embellir ses compositions ainsi que le font les Espagnols. Mais ces ouvrages achevés, Fernandez reconnut que ce n'était pas le mode employé par les grands maîtres. Se rappelant alors ce qu'il avait vu en Italie , il prit une manière plus élevée, plus énergique, en donnant plus de relief à ses productions, suivant, dans le clair-obscur et les teintes prononcées , le style de son maître , et
* Cette histoire sur Santoyo est généralement répandue eu Espagne, il n'est pas étonnant que des e'trangers y ajoutent foi • et sans le témoignage du père Siguenza , que l'on doit regarder comme irrécusable , la ministre Santoyo aurait toujours les honneurs qu'on lui fait dans cette affaire.
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dans les nuances brillantes et aimables , le ton du Corrége.
— La Nativité est un tableau d'une grande magie pour l'effet de lumière , puisqu'il est éclairé par trois foyers ; Tun qui jaillit de l'enfant f l'autre qui sert d'auréofe à sa gloire et qui en descend, et le troisième est formé par le flambeau que tient Joseph. Ce qui flatte le plus dans cet ouvrage, ce sont les Pasteurs , dont Peregrino Tibaldi s'écriait en les voyant : oh glibellipastori ! (nom qui est resté au tableau. ) Ce chef-d'œuvre est malheureusement abîmé , soit par le peu de soin qu'on en a pris , soit par la quantité de copies que les maîtres et les élèves ont voulu en tirer.
— Le quatrième représente la Sainte-Famille , où l'on admire des têtes d'une composition angélique ; c'est dans ce tableau qu'oubliant la dignité du sujet, il mit dans un coin , sur le devant, un chien et un chat qui se disputent un os , mais qui , tout déplacés qu'ils sont , prouvent la facilité et le naturel que Fernandez savait aussi donner à ce genre. - — Le cinquième est le Christ à la Colonne ; cette composition , d'un style tout différent que les précédentes , fit un honneur infini au Mudo. Le Christ est vu de face , et présente une des belles figures que jamais l'art ait pu créer. Le contraste que présente la divinité du Seigneur avec la laideur des satellites qui se préparent à le flageller, est d'une vérité extraordinaire. On trouve dans cette production le génie, le grandiose , la couleur et l'énergie qui peuvent seuls appartenir à un artiste du premier mérite, et qui lui ont mérité le second surnom du Caravage espagnol. Navarre te , quand il fut dans sa patrie, peignit aussi plusieurs ouvrages qui décorent le monastère de la Estrella. — Le 3i août i5^6, le roi ordonna que l'on comptât à Fernandez 5oo ducats d'or pour son tableau d'Abraham devant les Anges. C'est à cette époque de 1576 qu'avec les hiéronymites de l'Escurial il passa un contrat
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que ie roi approuva par une cédule *. Le malheur a voulu que Fernandez ne pût tenir sa promesse en entier 5 il commença par les huit tableaux désignés dans le contrat pour être peints les premiers, savoir : les Apôtres, les Evangélistes , Saint-Paul et Saint-Barnabé , qui , de deux en deux , composent seize ligures de grandeur naturelle. Il commença , et finit ces huit tableaux dans les années 1577 et 1678, et se mit à ébaucher les autres 5 mais la mort l'enleva le 28 mars 1^79, à Tolède , chez son ami Nicolas de Vergara le jeune , où il avait été dans l'espoir de se mieux porter. Les vingt-quatre autres furent continués et terminés pendant i58o, i58t et i582 , par Alphonse Sanchcz Coëllo et par Louis de Carbajal, qui furent dans ce temps les seuls jugés capables de suivre une entreprise commencée par le Mudo. De toutes manières il est très-heureux pour l'art que, n'ayant pu consommer ce grand œuvre, il ait au moins pu terminer les huit premiers , qui représentent tout l'apostolat, et qui sont en effet le nec plus ultra de la couleur **. — Comme tout intéresse dans un artiste
* Par ce contrat , Navarrete s engage à peindre pour le couvent de l'Escurial trente-deux tableaux , dont vingt-sept de sept pieds et demi de haut sur sept pieds et un quart de large, et les cinq autres de treize pieds de haut sur neuf de large. Il s'engage de plus à ce que toutes les figures aient six pieds et un quart de hauteur, et à ce que tout soit de sa main.
**Ces chefs-d'œuvre , ainsi que tout ce qu'il y avait à l'Escurial de précieux en tableaux, ont été conduits à Madrid à dos d'hommes, avec un soin particulier : 800 hommes portaient et i5oo escortaient. L'esprit de parti , sans me permettre aucune désignation , voulait brûler l'Escurial \ il fut décidé que tout viendrait à Madrid , et tout fut religieusement déposé au Rosaire. On ne laissa à l'Escurial que quelques bronzes des Leoni, le fameux Christ en marbre et les tableaux jugés médiocres. Cette mesure ût que rien ne se perdit , et que la totalité surtout ne fut pas brûlée.
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aussi marquant, je me ferais un plaisir de donner à la suite de sa notice tout ce qui se fit à «l'ouverture de son testament 5 mais ce serait trop long. — Ce qu'il y a à remarquer, c'est qu'on trouva dans son atelier quarante-une grandes toiles, les unes ébauchées, les autres presque conclues ; cela peut donner une idée de l'activité de notre muet , qui en effet était infatigable. — Lope de Vega Carpio , le célèbre poète , composa pour le Mudo ce qui suit :
JVo quiso el cielo que liablase Por que con mi entendirniento Dièse mayor sentimienlo A las cosas que pintase:
Y tarda vida lesdi Con el pincel singular, Que como no pude hablar Hice que habiascn por mi.
« Le ciel ma refusé de parler l'avantage » Pour que mon seul entendement » Donnât le sentiment » A chaque personnage; » En effet, ma touche est si vive j> Et ma couleur si de'cisive, » Qu'à mes portraits je semble imposer une loi , » Celle de s'énoncer pour moi. »
Fernandez de Navarrete fut doué d'un talent extraordinaire 5 de plus , il possédait dans l'Histoire sacrée et dans la Mythologie des connaissances aussi profondes que réfléchies. Quoique muet *, il lisait, écrivait, jouait aux cartes , donnait à ses démonstrations la clarté la plus précise , de manière qu'il se faisait admirer de tout ce qui
* Un muet qui sait e'erire et démontrer des talens , n'a rien d'extraordinaire à présent; mais la nature n'avait pas encore, en i526', créé, pour le bien de l'humanité, des abbés de Lépée ni des abbés 8icard.