‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 120 sur 335 · HOTE · texte numérisé non relu

HOTE

Qui compte sans son hôte compte deux fois.

En d'autres termes : On se trompe quand on fait un projet sans la participation d'une personne dont le consentement est nécessaire pour son exécution.

Les fré(juens démêlés des voyageurs avec leurs hôtes, quand il s'agit de régler les comptes, ont donné lieu à ce proverbe.

La Fontaine a dit que ;

Le moins prévoyant est toujours le plus sage.

Notre proverbe cependant doit être appliqué à ces faiseurs de projets, qui, après tel nombre d'aimées consacrées aux affaires y doivent, comme Gilblas, enfermer avec eux le bonheur dans une autre petite maison de Lirias. Les maladies , les accidens , les commotions politiques, sont autant d'hôtes avec lesquels ils n'ont pas compté.

3i2 HUG

HOTELLERIE. {Printemps d')

Mot critique de Ninon sur le teint d'une vieille coquette. Ce mot courut et eut la vogue pendant une bonne partie du règne de Louis xiv. Madame de Sévigné le rappelle dans une de ses lettres : c'était une allusion à ces mauvais tableaux des quatre saisons qui forment ordinairement des dessus de porte dans les cabarets.

HOUSEAUX ,{IIja laissé ses ) dit-on d\m liomme qui est mort en quelque lieu éloigné de son domicile. Le mot houseaux ayant cessé d'être en usage , on dit dans le même sens : Il y a laissé ses guêtres; on devrait dire ses bottes ; car les houseaux étaient de cuir, comme les bottes qui leur ont succédé.

HOUSSE. {Se promener en)

C'est-à-dire , à cheval. Au milieu du seizième siècle , époque où les carrosses étaient encore rares , les personnes de distinction qui allaient par la ville étaient montées sur un cheval couvert d'une grande housse qui descendait presque jusqu'à terre. Cet usage existait encore sous Louis xiv, puisque Boileau , Satire -y, dit ;

Courir chez un malade un assassin en housse.

HUCHE. [E/i/^é du vent de la)

Proverbe que les paysans appliquent à une personne jeune dont les joues sont rebondies, et qui a eu le pain à discrétion.

La huche est une caisse de bois où l'on pétrit le pain.

Les ouvriers que nous appelons menuisiers, étaient anciennement connus sous le nom de huchiers.

Hu GlIENOT.

Sobriquet donné en France aux protestans (i) calvinistes.

^i) La dénomination de protestans , appliquée originairement aux

HUM 3i3

Gui Coquille, clans ses Dialogues des misères de la France y dit, en parlant du règne de François ii, qu'à cette époque on commença à employer \evc\o\.hiiguenot ; et il le fait dériver de Hugues , parce que les protostans défendaient contre lesGui>>e la lignée de Hugues Capet.

D'autres disent qu'un députe calviniste ayant commencé sa harangue au roi par Hue nos venimus , et ayant de nouveau balbutié les mots hue nos auxquels il s'arrêta, les courtisans, peu familiarisés avec le latin, firent tourner cette mésaventure en plaisanterie , et donnèrent le sobriquet hugiiot aux gens du parti.

Suivant d'autres, on aurait d'abord dit egnots , et ce mot composé de l'allemand eid, foi, et gnossen , associé, signifierait allié en la foi.

Estienne Pasquier, dans ses Recherches de la France, rapporte qu'à Tours le peuple appelait le roi Hugon , «un rabat qui toutes les nuicts rodoit par les rues, par quoy le peuple, entendant qu'il y avoit quelques uns qui faisoient des assemblées de nuict , les appela huguenots, comme disciples de Hugon. » (i)

Une marmite sans pieds , où Ton fait cuire de la viande sur un fourneau, s'appelle une huguenote. Les protestans la substituèrent à la marmite ordinaire, afin d'éviter le scandale les jours oîi l'usage de la viande est interdit aux catholiques,

Hu3Iei:e.

Humeur de chien, humeur de hibou ^ humeur de dogue.

sectateurs de Luther, après leur protestation contre le décret lancé par la diète de Worms, le 19 avril i524, est devenue commune à toutes les sectes séparées de l'église cathol'que.

(i) Le lutin qu'on appelait le roi Htigon , à Tours, était, à Toulouse, la Malo-Bextio; à Orléans, le mulet Odet ; à Blois, le Loup-garou ; et à Dijon, Forte-Epaule.

3r4 IGN

Telles étalent les comparaisons qu'employaient nos pères pour exprimer une disposition passagère à quereller, à s'isoler, à se mettre en colère.

Lame s'élève dans les grandes circonstances ; mais garder une humeur égale parmi les contradictions journalières , ne point se (iiclier pour de petites choses qui tiennent de près à l'homme , être constamment bon dans les détails de la vie domestique ; voilà le suprême effort de la raison. On n'est pas vertueux pour cela , mais on est sociable. Les personnes avec qui vous vivez se font à la laideur, mais jamais à la méchante humeur.

Tu es plus hargneux que le chien de Bergolo.

( Proverbe italien. )

Bereolo , maître d'école de son métier, avait un chien qui tournait la broche, réveillait les écoliers paresseux, allaita la provision, rapportait, et dansait en mesure; mais ce chien était si hargneux que nul autre que Bergolo n'osait l'approcher.

HUPPÉS ( Les plus ) y sont pris.

C'est-à-dire, ceux qui se croient les plus habiles en sont dupes , s'y laissent tromper. Les plumets, les houppes étaient autrefois des signes de distinction.

L ( Mettre les points sur les)

On dit d'un homme exact jusqu'à la minutie, qu'il met les points sur les i.

On aura quelque part omis une virgule;

Que sais-je ? on n'aura pas mis les points sur les /;

\ussitôt cela forme un procès ridicule.

( La Chaussée. )

Ignoratn ï.

Les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit.

IND 3i5

Pour dire que les ignorans parlent le plus. Panard a fait un quatrain de ce proverbe :

De l'esprit faut-il qu'on décide Sur le bruit d'un parleur sans fin ?

Ne sait-on pas qu'un tonneau vide Résonne mieux qu'un tonneau plein ?

IMAGE. ( Quand la chose manque , il faut en présenter l')

Ce proverbe sert de justification à ceux qui font des châteaux en Espagne.

Le même proverbe explique l'origine de l'écriture, hiéroglyphique.

Impossible.

A r impossible nul n'est tenu.

La lâcheté ne manque jamais d'invoquer ce précepte pour se dispenser des devoirs les plus essentiels.

Industrie. •

La Science du bon homme Richard (par Franklin) contient plusieurs proverbes sur rindustrie,par exemple :

La faim regarde a la porte de l'homme laborieux , mais elle n'ose pas y entrer.

L'industrie paie les dettes y et le désespoir les augmente.

Labourez pendant que le paresseux dort, vous aurez du blé Cl vendre et h ^aixler.

Pour assurer les succès de V industrie y il faut de la tempérance ; bien desfortunes se dissipent en même temps qu'on les gagne.

Un VT.v plusieurs fois répété fait beaucoup.

// ne faut qu'une légère voie d'eau pour submerger un grand vaisseau.

3iG INIS

INDUSTRIE. ( Chevalier ci')

On nomme ainsi celui qui a le secret de vivre sans revenu et sans travail. C'est surtout à Paris et dans les autres grandes capitales , où les étrangers abondent , que les chevaliers d'industrie sont nombreux.

Le titre de chevalier vient de ce que, pour se donner du relief, ces messieurs prennent des titres.

Initier.

Etre initié à une science y initié dans une matière , initié dans une compagnie.

Chez les anciens peuples, \ initiation était une admission à la connaissance et à la participation de certains mystères.

Les francs-maçons ont remplacé les initiés. Le nom ^initié se liait au vêtement blanc que l'initié recevait en commençant une nouvelle vie.

C'est dans l'Inde qu'il faut chercher les premières traces des initiations ; de là les mystères passèrent en Egypte , puis en Grèce.

INNOCENS. {Donner les)

C'était anciennement donner le fouet par plaisanterie, le matin du troisième jour après la fête de Noël , qu'on nonmie le jour des Innocens.

Cette coutume d'infliger, une punition sans motif avait été introduite en mémoire du massacre des enfans du territoire de Bethléem, ordonné par Hérode.

C'était, pour les jeunes gens, un privilège d'aller le jour des Innocens surprendre de grand matin leurs maîtresses au lit, pour les traiter comme un maître d'école traite des enfans indociles.

Marot , pour exprimer la chose par un seul mot, créa le verbe innocenter :

INN 3i7

Très chère sœur, si je scavois où couche

Votre personne au jour des Innorens,

De bon matin j'irois en votre couche

Voir ce gent corps que j'aime entre cinq cens;

Atlonc ma main , veu l'ardeur que je sens,

Ne se pourroit bonnement contenter

De vous toucher, tenir, taster, tenter :

Et si quelqu'un survenoit d'aventure,

Semblant ferois de vous innocenter,

Seroit-ce pas honneste couverture?

On raconte qu'un seigneur du Rwau , prenant congé de quelques clames pour se rendre à une partie de chasse dans un lieu fort éloigné, entendit l'une d'elles dire : Nous allons dormir à notre aise, et nous passerons les Innocens sans les recevoir. Ces paroles piquèrent du Rivau. Il vole à son rendez-vous, puis fait rapidement vingt lieues de chemin pour arriver de grand matin, le jour des Innocens, chez la dame, la surprend au lit, et use du privilège de la fête.

Cette coutume existait à Dijon. «Vous savez, dit «l'auteur âes Escraignes (Veillées) dijo/inaises, que « l'on a à Dijon cette peute coutume de fouetter les « filles le jour des Innocens, laquelle est entretenue par « les braves amoureux, pour avoir occasion de donner « quelque chose aux estrennes à leurs amoureuses. >^

INNOCENS. ( C'est la musique des)

C'est-à-dire, une mauvaise musique.

Proverbe parisien. En i474? Louis xi établit dans l'église des Innocens , à Paris , six enfans de chœur, un maître de chapelle, etc.; mais il n'affecta à sa fondation qu'une rente pécuniaire sur le lover de quelques maisons voisines. L'argent ayant perdu de sa valeur, le traitement des musiciens s'en ressentit, et par suite la musique. De là notre proverbe.

3i8 JAQ

JACQUEMAR. ( Vêtu de fer comme un ) Comparaison empruntée de ces statues qui frappaient loii heures sur le timbre des anciennes horloges; elles étaient revêtues d'une jacque en mailles de fer, et armées d'un marteau. {Jacque , Mart.)

JAQUETTE, (/e- ne m'en souviens non plus que de ma première^

Se dit d'une chose qu'on a tout-à-fait oubliée.

Par les statuts du corps de maîtrise des couturières y donnés en 1676, on voit qu'outre les habillemens des femmes, elles pouvaient faire ceux de l'un et de l'autre sexe jusqu'à Vdge de huit ans; d'où il suit qu'à huit ans il y avait alors des garçons en jaquette.

J. J. Rousseau , dans son Emile , dit : « Ce qu'il y a de mieux à faire , est de laisser les enfans en jaquette aussi long-temps qu'il est possible. »

Rousseau n'avait en vue que la liberté des mouvemens. Un Westphalien , Bernard-Christophe Faust, par un autre motif, reproduisit , en 1 791, la même opinion. « C'est, dit-il, Ihabillement différent qui rend les enfans attentifs à la différence de leur sexe. C'est, poursuit-il , en établissant une ligne de démarcation entre les petits garçons et les petites filles, que l'on détruit l'innocence de leur âge.... Fixons le terme de l'enfance des garçons à dix ans, celui des filles à huit; donnons aux garçons et aux filles, qui n'ont point de sexe, un même habillement sans la moindie différence. »

(^Projet d'un vêtement libre, unijorme et national y présenté à l'Assemblée nationale de France, le 26 août

-Non seulement le vœu de Faust n'a point été accom-

ïAll 3i9

pli, mais depuis trente ans on a toujours tant soit peu devancé l'époque où l'on donnait aux garçons les attributs de leur sexe; aujourd'hui à peine attend-on qu'il?, aient atteint deux ans.

JAR. {Entendre le^ C'est être difficile à tromper.

Jar est le radical de jargon , langage que tout le monde ne comprend pas.

JARDINET. (^ Ne fais pas un four de ton bonnet, ni de ton ventre un )

Nos pères voulaient dire par là qu'un bonnet trop chaud avait ses inconvéniens , et qu'il ne fallait pas manger trop de salade.

En dépit du proverbe, tous les hommes portaient la nuit un bonnet de laine, et les femmes mettaient sous leur coiffe un bonnet piqué, A l'usage des bonnets chauds et des lourdes perruques, ont été attribuées les apoplexies qui furent si fréquentes sous Louis xiv et pendant la régence.

Nous ne connaissons guère que deux sortes de salades, la verte et la blanche; nos pères en avaient beaucoup d'autres , notamment la salade de poireaux cuits sous la cendre, qu'ils mangeaient avec du sel et du miel; la salade d'oignons cuits, assaisonnés de vin doux; et la salade de carottes cuites dans le vin.

JARDINIER, ( // est comme le cJiien du^ qui ne mange point de choux , et n'en laisse pas manger aux autres.

Ce proverbe s'applique à ceux qui possèdent une chose sans en jouir, ni en accorder la jouissance ixu\ autres.

'J2o JE A

JARNAC. {Coup de)

On donne ce nom aux coups mortels et imprévus , par allusion à celui que La Chàlaigneraye reçut de Jarnac, le lo juillet i 547, à Saint-Germain-en-Laye.

Jarnac avait donné un démenti à La Chàtaigneraye , qui l'accusait d'entretenir un commerce de galanterie avec sa belle-mère; celui-ci le défia au combat. Le roi (Henri 11) le permit, et voulut même en être spectateur; il se flattait que La Cliâtaigneraye , qu'il aimait, remporterait l'avantage ; mais Jarnac le renversa par terre d'un revers qu'il lui donna sur le jarret.

Voici un autre trait qui se rapporte si bien à notre proverbe, que l'on est tenté de lui en attribuer l'origine. Après la bataille de Jarnac ^ donnée le i3 mars 1569, Louis i'''", prince de Condé, ayant un bras en écliarpe et la jambe cassée d'un coup de pied de cheval, reposait au pied d'un arbre, lorsqu'arriva sur lui Montesquiou , capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui lui lira un coup de pistolet à bout portant.

JEAN DE VERT. ( Je m'en moque comme de)

Jean de Vert, commandant formidable des troupes impériales, fut fait prisonnier en i638, dans une bataiille près de Rhinfeld, et conduit au cbâteau de Vincennes.

On dit aussi :

Je m 'en moque comme de Van quarante.

Sans doute par allusion à la fin du monde, qui devait arriver en l'an nul quarante.

Jk an-Fa RI NE.

Ce furent les comédiens (jui imaginèrent les premiers en France de poudrer les cheveux ; les personnages bouffons se sau[)Oudraient la tête et le visage de farine ,

Page 1