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Et qui dans ses excès , dont ils sont amoureux , Seraient fâchés qu'un autre eût été plus loin qu'eux; Mais je liens qu'il est mal , sur quoi que l'on se fonde , De fuir obstinément ce que suit tout le monde , Et qu'il vaut mieux souffrir d'être au nombre des fous, Que du sage parti se voir seul contre tous.
(Molière, l'Ecole de Maris , act. I , se. i. )
Les Croisades, qui avaient amené sur nos bords le luxe oriental , marquent à peu près la première époque des variations de nos modes. Le séjour des Français en Italie, sous Charles vin et Louis xii, fut l'époque de la seconde.
Les princesses étrangères , en apportant en France quelques unes des modes de leur patrie , ont aussi contribué aux variations du costume. Isabeau de Bavière, qui était née en Syrie, apporta, lorsqu'elle vint épouser Charles vi, le bonnet syrien, que nos Cauchoises ont conservé. Anne de Bretagne mit à la mode les coiffures plates; et sa fille, la reine Claude, l'imita. Eléonore d'Autriche se para du réseau espagnol; Catherine de Médicis fit adopter les modes italiennes. Le mariage d'Anne d'Autriche, fille de Philippe 11, roi d'Espagne, avec Louis XIII, introduisit le costume espagnol, qui se maintint sous Louis xiv. ^\\{\n , Madame ^ fille de l'électeur Palatin, seconde femme de Monsieur , frère de Louis XIV, donna la vogue et son nom à l'ornement de col que l'on nomme palatine.
Les défauts corporels ont aussi fait naître des modes; par exemple, on imagina les fraises pour cacher une cicatrice qu'Henri 11 avait au cou.
Et la politique ne fut pas toujours étrangère aux modes. François i^"" prit la braguette des Suisses pour complaire à leur nation.
Mais la mode, pour l'ordinaire, n'a pas de si puissans
motifs. Un petit événement, une invention quelconque, le costume d'un acteur clans une pièce nouvelle, une caricature, une chanson, un simple bon mot, en sont les sources les plus ordinaires.
MOEURS. {^Les honneurs changent les)
C'est-à-dire , l'homme élevé aux dignités méconnaît ou néglige ceux de ses amis qui sont restés simples particuliers.
Les Latins disaient aussi : Honores mutant mores.
Blessé de la froideur que lui témoignait son ancien condisciple Pezay, petit-maître bel-esprit, qui prenait le titre de marquis , La Harpe s'en plaignit dans le discours intitulé les Prétentions :
Dorilas avec moi fut uni dès l'enfance :
Tout nous était commun, jeux, plaisiis, espérance.
J'étais le confident des secrets les plus cliers,
De ses premiers amours et de ses premiers vers.
Il reclierchait le monde, et moi la solitude;
Il aimait le fracas , je préférais l'étude.
Quelquefois cependant il venait en secret
Boire avec son ami le vin du cabaret ;
Mais lorsqu'il fut admis à d'illustres toilettes ,
Qu'une duchesse un jour eut acquitté ses dettes,
Il ne fut plus le même , et son froid embarras
Etonna l'amitié qui lui tendait les bras.
Son sourire apprêté repoussa mes caresses ;
Il me parut distrait, il me fit des promesses.
Je lui trouvai le ton beaucoup trop ennobli;
Je l'avais vu sensible, et le voyais poli.
Je m'éloignai bientôt : mon humeur confiante
Ne put souffrir long-temps sa réserve offensante.
MOIINE. i^Gras comme un)
Il y a long-temps qu'on s'est égayé la première fois sur l'embonpoint des gens d'église :
Plus gras qu'abbés, ne que prieurs,
a dit l'auteur du Boman de la Rose.
Les moines auraient eu bien des qualités s'il fallait prendre à la lettre ces vers rapportés par Henri Estienne {^Apologie pour Hérodote^ :
Pour nombrer les vertus d'un moine , Il faut qu'il soit ord ( sale ) et gourmand , Paresseux, paillard, mal-idoine, Fol , lourd, ivrogne , et peu sçavant; Qu'il se crève à table en buvant Et en mangeant comme un pourceau.
Pourvu qu'il sçache un peu de chant , C'est assez, il est bon et beau.
MOINE. i^Mieux vaut gaudir (i) de son patrimoine que le laisser h un ribaud (2) de^
Les legs en faveur de l'Église s'étaient tellement multipliés dans le moyen Age, que la plupart des couvens étaient fort riches. Comme l'opulence avait contribué à
(i) Gaudir, s'amuser. De ce mot viennent ^a«i!//w/t5, choses gaies, et gaudisseur , homme plaisant.
(a) Il y avoit, sous Philippe ir , une espèce de soldats appelés Ribauds , Ribaldi , qui passaient pour déterminés , et qu'on mettait à la tête des assauts. Le libertinage outré auquel ils s'abandonnaient, rendit leur nom synonyme de débauché.
Les Ribauds, pris dans ce dernier sens , avaient un chef qui portait le titre de roi , suivant l'usage établi alors, d'appeler ainsi quiconque exerçait une espèce d'autorité.
Chaque ville considérable avait un roi des Ribauds. Suivant Boutillier, une de ses attributions était la surveillance des maisons de débauche ; et il en retirait une rétribution de deux sous par semaine. Des lettres de i33o, rapportées par Ducange, font voir qu'il avait un droit de cinq sous sur chaque femme convaincue d'adultère. Gouye de Longueniare comprend en outre dans les prérogatives de sa charge, l'obligation imposée aux filles de joie de faire sa chambre pendant tout le mois de mai.
Le nom de cet officier fut supprime sous le règue de Charles vi.
Primitivement les Ribauds ou Ribaux furent des hommes forts, qui travaillaient sur les rives des fleuves, soit à remonter les bateaux, soit à charger et décharger des marchandises.
Le Roman de la Rase parle de Ribauds, «portant sac de charbon en gièvc. »
y introduire le relâchement, on fit ce proverbe : Mieux vaut gauclir de son patrimoine que le laisser a un ribaud de moine.
MOINE. ( Comme Jîevre en corps de) Se disait jadis d'un mal qui n'excitait aucune commisération.
MOINE. [L'habit ne fait pas le)
C'est-à-dire, il ne faut pas juger des personnes par l'extérieur. Cette façon de parler est un emprunt fait aux jurisconsultes. Il s'agissait de savoir si le noviciat et l'habit rendaient apte à posséder un bénéfice régulier : on jugea qu'il fallait être profès, ou, ce qui est la même chose, que l'habit ne faisait pas le moine.
Ce proverbe est très ancien ; il se trouve dans le Roman de la Rose ; voici le passage :
Tel a robe religieuse, Doncques il est religieux :
Cet argument est vitieux Et ne vault une -vieille gaine , Car la robe ne fait le moyne.
Jamais le proverbe, V habit ne /ait pas le moine, dans son sens littéral , ne put être appliqué plus justement que vers le milieu du dix-huitième siècle. Beaucoup de femmes se faisaient peindre en habit de cordelier, de récollet, et même de capucin.
Tout le monde connaît cet impromptu adressé à unô princesse du sang :
Frère ange de Charolois , Dis-moi par quelle aventure Le cordon de saint François Sert à Vénus de ceinture.
(Voltaire, )
MOINEAUX. [Tirer sa poudre aux)
Faire de la dépense pour une chose qui n'en vaut pas
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la peine : on le dit surtout en matière de galanterie.
MOINEAUX. {Voila une belle maison , s'il gavait des pots a )
Se dit pour tourner en ridicule une chétive maison de campagne.
Lors du privilège féodal des colombiers , le petit bourgeois garnissait ses murs de pots à moineaux.
Malgré la défiance que le moineau a coutume de montrer, il revient au pot où ses petits lui ont été enlevés, s'il le trouve à la même place, et y niche de nouveau.
MOIS. i^Nous avons tous les ans douze) C'est-à-dire , nous vieillissons tous les jours. « Je la vois ( la vieillesse), disait madame de Sévigné ; m'y voilcà, et je voudrais bien au moins ménager de ne pas aller plus loin, de ne point avancer dans le chemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défiguremens qui sont près de m'outrager; et j'entends une voix qui dit : Il faut marcher malgré vous; ou bien, si vous ne voulez pas, il faut mourir, qui est une autre extrémité à quoi la nature répugne. »
Moitié.
Expression conjugale passée de mode, même dans la plus petite bourgeoisie. Un mari ne s'expose plus à appeler sa femme sa moitié devant un tiers.
Monde.
Laissez le monde comme il est.
Vous ne changerez pas le monde.
«Souffrir et supporter sans humeur ceux avec qui l'on \it, se prêter à leurs goûts, ne les point contrarier, ne se préférer à personne ; voilà le vrai moyen de vivre bien dans le monde. » (Térence, Andrienne.)
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«Celui qui fuit le monde , disant qu'il ne lui convient pas, d'ordinaire convient peu au monde. »
(Malesherbes.)
MONDE. {Les joies de ce)
C'est-à-dire, les plaisirs du mariage.
Un aveugle criait à la portière de la voiture d'une vieille princesse qui était demeurée fille : Âfez pitié d'ufi pauvre homme quia perdu les joies de ce monde. S'adressant à une des dames qui l'accompagnaient, la princesse dit : Est-ce donc que ce pauvre homme est eunuque? Non , princesse j lui répondit -elle, c'est qu'il est aveugle.
MONDE. ( C'est la fin du)
Plaisanterie contre un castrat , contre un de ces hommes que le couteau déshonore sans en faire de mallionnêtes gens.
On dit aussi : Léger de deux grains.
Les saints pères ne se fiaient point aux mutilations ; ils comparaient un eunuque à un bœuf auquel on coupe les cornes, et qui ne laisse pas de donner des coups de tête.
Le comte d'Escherny , dans ses Mélanges {Paris y Bossange , 1811), proteste aussi contre la nullité des castrats. «J'ai connu, dit-il, une très belle princesse qui avait conçu une passion si violente pour un musicien castrat, qu'elle ne voulut jamais en faire le sacrifice à son royal amant ; et comme il était aussi amoureux d'elle qu'elle l'était de son chanteui-, il fut obligé de se contenter de la seconde place dans le cœur de la princesse. »
Admirons ici la bizarrerie et les jeux de la destinée. Les eunuques font le tourment des fenunes en Asie, et
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en Europe les femmes s'en amourachent : il est vrai que les eunuques d'Asie sont des eunuques complets.
La castration, que la jalousie n'avait point établie dans notre Europe, s'y introduisit cependant; on remarqua que les eunuques chantaient d'une voix claire, et pour avoir de bons chanteurs on fit des eunuques.
Clément xiv a essayé d'abolir la coutume d'émasculer les enfans ; mais ses ordres n'ont pas été exécutés partout; il y a des parties de l'Italie où l'on ne mutile pas aujourd'hui moins d'enfans qu'autrefois.
«Si l'Italie, dit Grétry (Essais sur la musique)^ savait de quel œil le reste de l'Europe voit cet attentat envers l'humanité , elle aurait depuis long-temps réprimé cet abus horrible qui déshonore un des arts les plus nobles. Je sais que l'Italie ne peut se passer de musique, ni la musique de voix de dessus et de hautecontre ; mais les enfans de chœur sont la vraie pépinière qui fournirait à tout; et quel mal y aurait-il quand , dans quelques états de l'Italie , on laisserait chanter les femmes sur les théâtres? aucun. Peut-être, au contraire , on déracinerait deux crimes à la fois, et qui sont également contre nature. »
En 1707, parut un Traité des eunuques, par D'Ollincan TAncillon), in- 12.
L'auteur a été dupe de la plaisanterie de Fontenelle, connue sous le nom de Relation de Vile de Bornéo. Mreo veut que tous ses ministres soient eunuques , et EenegUy qui lui dispute le trône, ne veut point d'eunuques à sa cour. Fontenelle parlait de Rome et de Genève, dont Mreo et Eenegu sont les anagrammes.
MONNAIE. (F««jjé?)
Pour donner à entendre que quelqu'un avait fait de
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la fausse monnaie, on disait, dans le seizième siècle , il a baillé un souJJJet au roi.
MONNAIE ( Pajer en ) de cordelier.
En prières et remercîtnens.
Plusieurs ordres religieux prenaient, avant la révolution de 1789, la qualité de niendians. Au premier rang étaient les carmes, les jacobins , les cordeliers et les augustins. Après eux venaient les capucins, les récollets, les pénitens, les minimes.
Les cordeliers tiraient leur nom d'une ceinture de corde.
MONTGOMERY. (^Partage de)
Tout d'un côté, et rien de l'autre.
« Les particuliers sont bien plus heureux maintenant « que l'on n'était auparavant, dit Ségrais (^Mémoires « anecdotesy p. l\i)^ lorsque le moindre gentilhomme « faisait le petit tyran sur ses terres. Il n'y a dans notre « Normandie que les Mati gnons et les Beuvrons qui se « soient comportés en braves seigneurs dans ce tempsce là, et c'est pour cela qu'ils sont encore chéris aujour- « d'hui : mais les Montgomerys , qui tyrannisaient et « battaient leurs paysans , sont allés au diable. »
MORION. ( Donner le )
Sorte de punition militaire qui s'infligeait jadis dans un corps-de-garde, en chargeant le délinquant d'une armure appelée morion.
Le nom est resté, quoique le genre de punition ne soit plus le même.
A la manière dont le morion s'inflige aujourd'hui, se rapporte un usage pratiqué par les moissonneurs dans quelques départemens. Chaque garçon , pour travailler, se place à coté de sa maîtresse. Lorsqu'on apporte lu
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soupe, les convives se placent en rond ; tout en mangeant, on rit, on plaisante. Celui qui s'écarte de la décence est puni à l'instant ; on le saisit , on lui donne sur le derrière, avec un sabot, un nombre de coups proportionné à la gravité de sa faute.
MORT. ( On trouve remède a tout y fors a la^ Dans l'Étourdi y Anselme dit :
On n'a point pour la mort de dispense de Rome.
Ouvrez Xlmitation de Je sus-Christ, vous y verrez : Nemo impetrare potest a papa bullam nunquam mariendi. Ainsi Molière a traduit l'Imitation.
Mourir est un tribut qu'on doit aux destinées, Où leur décret fatal n'a point prescrit d'années. On doit sitôt qu'on naît : il faut, sans s'effrayer, Quand la mort iions assigne, être prêt à payer. La mort est un écueil fatal à tous les hommes : Nous y sommes sujets dès l'instant que nous sommes. ( RoTKOU , Jphigénie. )
Tôt ou tard il faut sous ta main Que chaque être animé succombe.
Du berceau marcher vers la tombe, De l'homme voilà le destin.
(ViGÉE. )
« Le corps meurt peu à peu et par parties ; son mouvement diminue par degrés. La vie s'éteint par nuancçs successives , et la mort n'est que le dernier terme de cette suite de degrés, la dernière nuance de la vie. »