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n'aurait pas le nez propre, et, par cela même, son odorat ne serait pas subtil.
Au moral , il s'agit ici d'un homme fin , c'est la traduction burlesque du proverbe latin : Homo emunclœ naris.
Ce proverbe s'entend aussi d'un homme qui, en cas d'attaque, saurait se faire respecter; alors le sens est le même que celui du proverbe : Un est pas manchot.
Qui se sent moiveux se mouche.
On emploie ce proverbe lorsque , dans la conversation, quelqu'un prend pour lui le blâme que l'on fait d'une chose en général.
MOUE. (Oncques vieil singe nejît belle) Avis aux vieillards qui croient se rendre agréables en faisant des pasquinades.
MOUFLES. (// ne faut pas j aller sans) C'est-à-dire, sans avoir pris ses précautions. Anciennement on appelait moufles des gants épais,
propres à garantir les mains de ceux qui se livraient à
certains travaux.
MOUILLE. { Se couvrir d'un sac )
Alléguer une méchante excuse, se conduire de manière à aggraver sa faute, au lieu de la rendre pardonnable.
Que l'on considère des baigneurs , on verra jusqu'à quel point la draperie des anciens sculpteurs (le linge mouillé) conserve les formes de la natuïe.
MOUILLÉE. [Poule)
Expression proverbiale qui s'applique à une personne d'un caractère timide.
C'est la timidité qui fait les malheureux, Au lieu que la fortune aide les généreux.
( Df.sfoîjtaines, Alcidiane, act. i. )
( Voyez Courage de brebis. )
4io MOU
MOULINS. (^ Jeter son bonnet par-dessus les^ Expression proverbiale empruntée des contes de fées: « Je jetai iiion bonnet par-dessus les moulins , et je ne
sais ce que tout devint. »
Cette expression proverbiale signifie ordinairement :
n'être arrêté par aucune considération , braver l'opinion ,
les inconvéniens, les conséquences.
MOURIR. ( Vous me ferez)
Expression métaphorique. Mourir et aller de vie à trépas, étaient jadis la même chose ; mais en amour, on ne l'entend plus ainsi :
La Mort avec l'Amour Se rencontrant un jour, Ils se firent caresse ; Et depuis ce moment On n'a plus vu d'amant Mourir pour sa maîtresse.
Mourir de la mort de Roland.
C'est-à-dire, de soif.
Après la bataille de Roncevaux, Roland-le-Furieux chercha inutilement un ruisseau pour se rafraîchir, et mourut de soif.
MOUSSE. ( Pierre qui roule n'amasse jamais) C'est-à-dire , une personne qui change souvent d'établissement ne devient jamais riche.
Nos pères employaient aussi la comparaison d'un arbre trop souvent transplanté : Sœpius plantata arhor fructum profert exiguum.
MOUTARDE. ( S'amuser à la)
C'est-à-dire, faire des choses inutiles, s'occuper de petites affaires , pendant qu'on néglige les grandes. Proverbe de table. Ce n'est point à rehausser avec de la moutarde le goût d'un morceau de bouilli, qu'un
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gnstronome se borne; il veut des plats fins et préparés par le cuisinier.
C'est de la moutarde après dîner.
Pour dire : Une chose tardive, devenue inutile dans un temps, et qui eût fait plaisir auparavant.
MOUTARDE. {Sucrer la)
Signifie adoucir un reproche , modérer son ressentiment.
MOUTONS. {Revenir à ses)
C'est revenir à un propos commencé et interrompu.
Cette expression est tirée de la farce de Patelin, où un marchand plaidant contre un berger qui lui avait volé plusieurs moutons, s interrompait souvent pour parler d'une pièce de drap que l'avocat de sa partie adverse lui avait aussi escroquée. Le juge, qui ne comprenait rien à ce galimatias, lui cria plusieurs fois de revenir à ses moutons.
Rabelais a employé plusieurs fois ce proverbe : Revenir à ses moutons, Livre i, chap. i et 2 ; Livre m, chap. 33.
C'est la condamnation de toute espèce de digression; l'auditeur est avide de jouir.
MUE. ( Tenir en )
Proverbe tiré de la fauconnerie. Nos pères s'en servaient pour exprimer l'espèce de séquestre dans lequel un amoureux mettait une femme avide d'argent. Tenir en mue une p.t..n de haute graisse.
Nous avons, pour exprimer le même rapport d'homme à femme, le mot entretenir; et ici doit trouver place cette boutade du Cousin Jacques (Beffrov de Régny ), auteur des Lunes : «Si ion me disait, cherchez quelque manière de dépenser votre argent qui soit à la fois
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ridicule, honteuse et extravagante , je ne le jouerais pas, je ne soudoyerais pas des mains gagées pour les forfiilts, je ne le placerais point chez un emprunteur déhanché, je ne le jetterais point par les fenêtres; je dirais seulement : entretenons une fdle , et voilà Tintention du fondateur remplie. »
Muguet.
Nom d'un petit maître , à cause de la fleur nommée muguet.
On a dit aussi maijolet, parce que la marjolaine a été un parfum à la mode.
A ces odeurs succéda le musc.
Dans le dix -huitième siècle, hommes et femmes étaient heaucoup plus parfumés qu'aujourd'hui, parce qu'il entrait une quantité considérahle de parfums dans la pommade et dans la poudre. On parfumait aussi ses habits ; mais pour les hommes cet usage était réputé de mauvais ton.
Il entre des parfums dans l'huile dont on se sert pour les cheveux ; mais ils sont très doux. Ni les habits ni le linge ne se parfument.
Mule.
La mule du pape ne mange qua ses heures; Autrement, à des heures réglées.
Un riche serait mal servi, s'il faisait continuellement des largesses à ses gens.
MULE. {Ferrer la)
Cette façon de parler est venue de la ruse du muletier de Vespasien , qui , sous prétexte que l'une des mules était déferrée, arrêta la litière de cet empereur, et par là fit avoir audience à une personne qui l'avait payé pour l'obtenir.
MUS 4i3^
On peut encore admettre l'interprétation suivante : Avant que les carrosses fussent communs, à une époque oii les rues de Paris étaient tellement boueuses, qu'il était pénible de les parcourir à pied , les magistrats montaient sur des mules, accompagnés d'un clerc (i). Les infidélités que celui-ci était à même de commettre lorsqu'il faisait ferrer la mule, passèrent en proverbe; et ferrer la mulej voulut dire faire compter à son maître plus d'argent qu'on n'en a dépensé.
MULET. [Garderie)
C'est s'ennuyer à attendre quelqu'un. Le mulet était la monture de nos ancêtres. Quand un maître avait affaire dans une maison, il faisait garder son mulet à la porte , chose fort ennuyeuse , qui a donné lieu au proverbe.
Musc.
Le musc n'est pas l'odeur des gens d'esprit.
Ce proverbe fait la critique, non seulement des lettres ambrées et musquées, mais de celles qui sont écrites sur du papier de couleur ou du papier à vignettes.
MUSQUÉES. {Fantaisies)
On appelle ainsi les bizarreries des personnes de haut parage que l'on n'ose condamner.
Littéralement, c'est le goût pour les flacons , les sachets de senteur, les pastilles à brûler, les bonbonnières.
Dans le seizième siècle, les bonbons étaient en France
(i"> En i5o4, un cordonnier de Paris, qui avait pour enseigne une mule , et dont la l)Ontique était située dans l'enceinte du Palais, inventa une chaussure faite en cuir de Barbarie ou maroquin. De là viejit que les pantoufles de maroquin s'appellent muies du Palais.
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d'un usage presque général. Au inomeut où le duc de
Guise fut tué à Blois, il avait son dragier à la main.
Mystifier.
Mystifier quelqu'un , c'est abuser de sa crédulité pour le rendre ridicule, sous prétexte de l'initier à des mystères; car ce mot est composé du greco-latin mysta ou mysteSy initié dans les mystères du culte de quelque divinité, et àeJucerCj qui ï<{\\./îcare en composition.
Mystifier v\e se trouve ni clans le Dictionnaire de Trévoux, ni dans celui de l'Académie Française; mais nos pères disaient, dans le même sens, se gausser àe quelqu'un, se gaudir de quelqu'un. «Nous étions au souper, en mon hôtel, un grand tas de bons compaignons et vrais gaudisseurs. » (Soixante-cinquième Nouvelle nouvelle. )
Ce genre de bouffonnerie a du rapport avec le ris que les anciens nommaient mégarique ; pour le provoquer, ils ne se faisaient aucun scrupule de sacrifier l'amitié.
L'année \'jM\ est l'époque d'une mystification qui fit du bruit dans le monde littéraire. A force de fréquenter les médecins, madame la comtesse de Voisenon avait pris pour la médecine un goût si vif, qu'elle l'exerçait dans sa terre. Pour la ridiculiser , quelques médecins, entre autres le docteur La Virotte, imaginèrent de lui jouer un tour. Ils lui firent accroire que, sur sa renommée, elle avait été élue présidente du Collège de médecine à Paris, en dressèrent les patentes, et les lui expédièrent. Pour mieux la persuader, on fit mettre un carton à quelques exemplaires du Journal des Savansy et l'on y intercala ce prétendu événement littéraire. (Numéro de mars, page 573.)
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Le marquis d'Argens, chambellan de Frédéric ii, avait obtenu un congé, pour aller faire un voyage en Provence, sa patrie. Frédéric voyant avec peine que le marquis tardait à revenir, fabriqua un mandement de révêque d'Aix, portant condamnation des Lettres juii-'es, et autres ouvrages du philosophe, et en adressa un exemplaire à son valet de chambre , avec ordre de le placer sur la cheminée de son maître. La menace produisit son effet ; le marquis partit. Il y avait à s'y méprendre; ce morceau d'éloquence était nourri de passages de l'Ecriture. Mais un mot calma ses inquiétudes; le pasteur se qualifiait êvêque et non archevêque' La mystification reconnue , le marquis d'Argens fit mettre à la poste une lettre , où rendant compte à Frédéric de son empressement à le rejoindre , il lui racontait comment le démon de la guerre avait cherché à soulever une brebis fidèle contre son pasteur; ajoutant que si le diable avait jeté les yeux sur XAlmaiiach rojaly il aurait vu que la ville d'Aix a un archevêque ^ et non simplement un êvêque; qu'il allait écrire au saint-père, pour lui dénoncer cette diablerie, etc., etc.
Tout le monde sait combien de mystifications eut à éprouver Poinsinet (i), auteur de la comédie du Cercle y dit le petit Poinsinet, à cause de la petitesse de sa taille, et pour le distinguer du traducteur d'Anacréon. En caressant son amour-propre , on lui faisait accroire les choses les plus absurdes, puis on lui disait que son
(i) M. Goethe, recherchant les causes de la possibilité des tours jouésà Poinsinet, distingue d'abord deux sortes de crédulité : crédulité d'ignorance, crédulité de confiance ; il trouve de l'innocence dans la première, et de la loyauté dans la seconde ; « mais , dit-il, la crédulité <jui résulte d'un fond inépuisable de suffisance et de vanité , n'inspire ni intérêt, ni pitié; elle n'excite que le désir de s'en moquer. » ( Dij Hommes célèbres de la France , au dix-huitième siècle. )
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noviciat allait finir, et qu'il passerait de l'état de mystifié à celui de mystificateur. Ses persécuteurs étaient Palissot et le journaliste Fréron.
Il y a une quarantaine d'années que les grandes villes Je France, Paris surtout, avaient des mystificateurs de profession^ qui allaient offrir leurs services et jouer des rôles de princes, de niais, d'étrangers, etc., pendant un dîner ou une soirée entière. Blusson , le plus célèbre d'entre eux, est mort à Paris le 9.9 mai 1820, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. (i)
Quelquefois la mystification tourne contre les mystificateurs ; en voici un exemple. Une jeune actrice du Théâtre-Français, aimable et jolie, avait été invitée, en i8o5 , à dîner chez un riche banquier. A table, elle fut placée à côté d'un homme couvert de broderies, chamarré de cordons, et que tous les convives appelaient mon prince et votre excellence. Elle se conforma à l'étiquette, en lui parlant toujours avec respect; elle ne lui donna pas d'autre titre que celui A'altesse, Tout autre en eût été dupe comme elle. Le prétendu prince, qui n'était pas sans esprit, soutint son rôle à merveille, parla des affaires publiques en homme qui en avait l'habitude, des souverains avec une noble aisance, des
(1) Dans «lie maison de campagne où se trouvait Musson, le compositeur Nicolo se crut empoisonné , pour avoir bu, à l'office, un verre de la première liqueur qui lui étoit tombée sous la main. Comme médecin , Musson ordonna à l'empoisonné du bouillon coupé, dn thé et la diète. Nicolo se couche sur un canapé, et la compagnie va dîner. De fréquens messages apportaient de ses nouvelles, du salon à la salle à manger On ap])rend enfin qu'à la chaleur d'estomac a succédé une grande faiblesse. Vous êtes guéri, dit le médecin; je vous permets de manger uue |)etitc soupe. — Une soupe ! y pensez.-vous , docteur ? mon estomac ne pourrait la digérer Pour terminer la plaisanterie, on demandt- à Nicolo s'il reconnaîtrait la fatale bouteille. — Hélas ! oui. — Nous allons la finir à votre santé. C'était du ratafia de cciises.
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plaisirs avec une aimable légèreté. Il fît de tendres complimens à toutes les femmes , et à sa jolie voisine des déclarations très pressantes; il lui offrit au dessert un très beau solitaire y comme un souvenir qu'il la priait d'accepter et de conserver. La jeune actrice l'accepta en pensant qu'il était offert à son talent plutôt qu'à sa personne, puisqu'il était présenté devant vingtcinq témoins. Le reste de la soirée se passa gaîment et bien. La mystification fut soutenue jusqu'au bout par le parasite et ses compères. La demoiselle ne douta pas un moment qu'elle n'eût affaire à un grand prince , et le diamant sur lequel elle jetait les yeux de temps en temps la confirmait dans son opinion.
Le lendemain, à son réveil, on lui remit une lettre. Quels furent sa surprise et son dépit en même temps en apprenant que le prince à côté duquel elle avait dîné , qui lui avait fait de si pressantes déclarations, auxquelles elle avait souvent répondu avec trop de complaisance, n'était qu'un bouffon qui s'était moqué d'elle toute la journée; que le banquier et quelques autres convives avaient participé à cette mauvaise plaisanterie, et qu'on la priait de renvoyer par le porteur le solitaire, qui était la seule chose vraie qu'il y eût dans tout cela !
Doucement, messieurs, répondit la demoiselle lorsqu'elle fut remise de son étonnement; vous vous êtes amusés à mes dépens en me priant de recevoir uu diamant ; je ne sais pourquoi je ne prendrais pas ma revanche en le gardant. Vous me l'avez donné devant vingt-cinq témoins ; vous m'avez priée de le garder comme un souvenir; je l'ai accepté de bonne foi : il m'appartient de bon droit. Vous dites aujourd'hui que tout cela n'était qu'une plaisanterie; je n'en sais rien,
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et je ne suis pas obligée de vous croire; mais, dans ce cas-là, il m'appartient encore, parce qu'il fut le moyen principal, et qu'il doit être le prix d'une mystification qui me déplaît, ou d'une insulte que je n'ai pas méritée. Dans les deux cas , j'ai droit à un dédommagement ou à une réparation ; et si la délicatesse m'empêche de garder votre insolent cadeau, mon amour-propre humilié et la justice exigent qu'il ne rentre pas dans vos mains : les pauvres en profiteront.
Nabot.
Le mot nabot vient de nabo, qui , en espagnol , veut dire naveau; ce sont les Espagnols qui les premiers ont donné ce sobriquet cà un bout d'homme.
Nos pères avaient encore le mot courcibot , formé de court et de bot, mal fait.
Les naiîis ont pendant long- temps servi d'amusement aux rois et aux grands seigneurs. Nos vieux romanciers leur donnent pour emploi de sonner du cor dans les joiites et les tournois , ou sur le donjon du château, à l'arrivée des dames et des chevaliers. Les nains tenaient aussi lieu de pages, et faisaient les messages extraordinaires.
Biaise de Vigenère, dans ses notes sur les Tableaux de Philostrate , parle des nains de François i^"^ et de Henri ii. « Un des plus petits qui se pût voir était celui qu'on appelait Grand-Jean-le-Milanais , qui se faisait porter dans une cage , en guise de perroquet ; on cite encore une fille de Normandie, qui était à la reine, mère de nos rois, et qui, à 1 âge de sept à huit ans, n'avait pas dix-huit pouces. »