NÉCESSITÉ
De tout s^ avise a qui pain fault ( manque , deest).
Venter ingenii largitor.
Nécessité fait trotter les vieilles.
Nécessité rend magnanime
Le couard et pusillanime.
Nécessité d'industrie est la mère.
Il est bien rare, en effet, de voir des inventeurs parmi les personnes qui ont de la fortune.
Faire de nécessité vertu.
Pour dire, faire de bonne grâce une chose qui déplaît.
Racine a su ennoblir cette expression et la rendre propre au style de la tragédie :
Qui dans l'obscurité nourrissant sa douleur , S'est fait une vertu conforme à son malheur. (^Britannicus , act. a , se. 3. )
Nescio vos.
Ces mots latins , tirés de TÉvangile , et qui signifient je ne vous connais pas, sont devenus dicton populaire.
NEUF. ( Un vieux four est plus aisé a chauffer qu'un)
Se dit des vieilles amoureuses , plus inflan-nnables que ne le sont les jeunes personnes.
Urit amor graviîis, quo urimur intus.
(OviD.)
NEZ. [Avoir bon)
C'est avoir de la sagacité, prévoir les choses de loin.
Cette expression familière fait le sel de soixante-treize pièces de vers composées par Dalibray contre le parasite Montmaur, et intitulées V Atiti-Gomor.
Par-dessus les plus raffinés , Gomor d'avoir bon nez se vante Il n'est cuisine qu'il n'évente :
N'est-ce pas avoir fort bon nez ?
D'un homme fin on disait fréqueniment à Rome , qu'il é\.ià\. entunctœ naris ; et d'un esprit dépourvu de sagacité, qu'il è\.dL\\.naris obesœ.
NEZ. (^ Avoir un pied de )
C'est être honteux et confus. Cette façon de parler est empruntée d'un conte de Beroalde de Verville (i). Le jour de Noël, un chapelain se chauffait dans la sacristie devant un bon feu sur lequel il faisait griller du boudin pendant qu'on disait matines. Arrive l'heure d'aller encenser ; mon honmie glisse son boudin dans sa manche, et court remplir ses fonctions de thuriféraire. Malheureusement la manche n'était pas bien boutonnée ; le mouvement du bras l'ouvrit , et donna passage au boudin qui sauta au nez du doyen que le chapelain encensait : celui-ci, qui aurait eu bonne envie de faire des réprimandes , fut déconcerté, et de là vint le proverbe : Avoir un pied de nez.
Cette façon de parler peut encore venir du mangeur deJigueSy conte arabe , que La Harpe a imité dans le quatrième chant de Tangu et Féiiine.
(i) Moyen de parvenir t. a, p. aSî de l'édition in-i6, de 1734. Beroalde, sieur de Verville, né à Paris, en i558, était chanoine de Saint-Gatien de Tours. Il a affecté d'écrire le Moyen de parvenir sans suite, pour peindre le désordre des conversations ordinaires. Ce même livre a été imprimé sous le titre Ae Salmigondis , et sous celui de Coupccu de la Mélancolie , ou Fénits en belle humeur.